L'influence du "gaming" à la littérature

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10/07/2016

Bertrand Crapez, L'Héritier du roi Arthur, tome 1, Livr'S éditions

Bertrand Crapez, L'Héritier du Roi Arthur, tome 1, Livr'S éditions

Lorsque les éditions Zinedi m'ont contactée pour me présenter le roman de Bertrand Crapez, le titre a tout de suite capté mon attention. Il ressort en février 2021 chez Livr'S éditions, auréolés de superbes couvertures. C'est donc l'occasion d'en reparler. L'héritier du roi Arthur est évocateur de tant de magie. Avec cette simple mention d'Arthur, on sait d'emblée que les légendes arthuriennes y seront à l'honneur. Or, depuis fort longtemps les histoires légendaires du roi de Camelot et des chevaliers de la Table Ronde fascinent l'imaginaire populaire. Pour un récit de fantasy, mettre la Matière de Bretagne en arrière-plan, c'est un peu un retour aux sources et, en soit un gage d'enchantement. 

Dans L'héritier du roi Arthur, le temps d'Arthur arrive bientôt à son terme. Il est devenu un vieil homme. Les chevaliers ont presque tous disparu. Le royaume de Logres est affaibli et est donc en danger. Or justement, c'est le moment que choisit Galaad pour assouvir sa vengeance et s'emparer du royaume. 

Pour faire face à ce grand péril, entre en scène le tout jeune Kadfael, fils de Perceval et de la fée Mélusine qui apparaît comme le héros de cette nouvelle histoire. Apprenti de Merlin, Kadfael aspire plus à s'amuser dans les rues de Camelot que de suivre assidûment les cours de son maître magicien. Mais l'arrivée retentissante de Galaad va tout bouleverser et le jeune garçon va vite se retrouver au cœur d'une quête aux lourds enjeux. La fameuse quête source de tous récit fantasy et incontournable du mythe arthurien se taille donc une belle place dans ce roman. 

Ici Bertrand Crapez n'a pas cherché à réécrire les textes de Chrétien de Troyes mais propose plutôt de poursuivre ses aventures légendaires. Il a lâché la bride à son imaginaire pour redonner vie aux hauts lieux mythiques tels Camelot ou Brocéliande. 

Entre ses lignes, on croise Arthur, Morgane, Perceval, Mélusine, Viviane, Yvain, Merlin qui côtoient les personnages de Bertrand Crapez sans pour autant choquer le lecteur. 

Son intrigue est bien construite. Le récit est fluide et la lecture n'en est que plus agréable. Bertrand Crapez nourrit son texte aussi bien de légendes celtiques, nordiques qu'arthuriennes. Des éléments pas négligeables car ils viennent en fait donner du poids à sa fantasy

Même si ce récit s'adresse en premier lieu à un jeune public, il est clair qu'on se laisse facilement charmer par cette plume que l'on ait 12 ou 70 ans d'ailleurs. 


En effet, Bertrand Crapez fait preuve d'une belle imagination pour offrir une grande aventure épique digne des plus célèbres chansons de geste médiévales. Il est un peu comme un ménestrel qui partagerait avec nous les hauts faits des grands héros de son époque. 

Grâce à lui, on a un aperçu de ce que serait la vie à Camelot après Arthur. Si certains seront sceptiques quant à cette intrigue, la découverte du roman risque fort de les bouleverser. En effet, retrouver les héros du passé et en découvrir des nouveaux est quand même une bonne idée. Pari audacieux mais réussi pour ce professeur qui a eu envie de mettre par écrit ses histoires afin de donner le goût de lire à son fils. 

Plus qu'un simple roman à lire, pour moi L'héritier du roi Arthur mérite d'être en lice parmi les romans pour le prix Imaginales des lycéens ou des collégiens. 

Fantasy à la carte
A lire aussi sur le blog mes avis sur les tomes 2 et 3

Bertrand Crapez
L'Héritier du roi Arthur
Tome 1
Livr'S éditions

03/07/2016

Florent Marotta, Yzé et le Palimpseste, tome 1

Avec Yzé et le Palimpseste, Florent Marotta nous montre ce dont son imaginaire fantasy est capable.

C'est dans un univers post-apocalyptique que vit sa jeune héroïne prénommée Ambre Delage. Orpheline, elle vit seule avec sa tante dans la nova Lugdunum (anciennement appelée Lyon). Jusque-là scolarisée au lycée, elle connaît une vie trop monotone à son goût. Dans le monde construit par Florent Marotta, la terre a subi une guerre dévastatrice. Les humains se sont rassemblés dans des sortes de villes nouvelles, placées sous le contrôle d'un groupuscule d'hommes et de femmes se faisant appelé la Fraternité de la Lumière. Ce sont ni plus ni moins des fanatiques religieux effrayés par les détenteurs de pouvoirs magiques qui sèment la peur et maintiennent l'ordre sous la menace des armes à feu. C'est dans ce contexte opprimé qu'Ambre apprend qu'on lui a caché la vérité sur ses origines. Alors que sa tante et elle manquent de se faire tuer, Ambre découvre que son véritable nom est Yzé et qu'elle est en réalité une Wicce que des Magis veulent kidnapper. C'est donc sous des chapeaux de roue que démarre cette aventure fantasy

Florent Marotta introduit dans son récit deux catégories de magiciens: le Wicce et le Magis. Mais ce qui les différencie, c'est surtout leur rapport à la magie, leur manière de pratiquer leurs pouvoirs. 

Le Wicce proche de la nature utilise sa magie par l'intermédiaire d'un artefact qui lui est propre. C'est un peu le totem du magicien. Pour Yzé, c'est un pendentif en forme de Salamandre qui symbolise son élément: le feu. Cet objet constitue une aide pour canaliser le pouvoir. 
Le Magis quant à lui n'a pas besoin d'artefact et a donc moins d'entraves car son pouvoir peut se nourrir de tous les éléments: l'eau, la terre, le feu et l'air. Il en est que plus dangereux. 

Deux branches de sorciers qui ne se comprennent pas et dont le conflit perpétuel vient alimenter la traditionnelle lutte entre le Bien et le Mal du présent récit fantasy. Une autre lutte vient également s'ajouter à l'histoire déjà bien chargée, la guerre avec les Frères de la Lumière qui traquent tous les magiciens sans aucune distinction. Le but de ces exaltés n'est pas des moindres puisqu'ils cherchent à anéantir toute forme de magie. Avec toutes ces données, on imagine bien que la jeune Yzé va devoir entre autre mener sa quête de liberté afin d'empêcher les Magis et les Frères de la Lumière de détruire les Wicces, et la magie en général.

Dans des décors de fin du monde où la nature a bien souvent repris ses droits, Florent Marotta concentre ses intrigues autour de quelques lieux qui apparaissent comme les derniers bastions de vie, et même parfois de liberté. Les faubourgs des novas sont devenus le terrain des marginaux entre lesquels il n'est pas bon de tomber.  

Yzé et le Palimpseste est une fantasy sombre où les paysages de désolation peuvent faire penser à ceux de la série Shannara, adaptée du roman éponyme de Terry Brooks. On y retrouve la même dimension post-apocalyptique avec ses décors grandioses et désertés. 

Dans son monde, Florent Marotta fait déplacer ses héros par l'intermédiaire de portes qui leur permettent de se trans-localiser. Un moyen bien commode de s'assurer des déplacements magiques comme les piliers d'Art de Robin Hobb ou les Portoloins de J.K. Rowling. Ainsi l'auteur use de tous les éléments qu'il a sous la main pour que la magie s'ébatte gaiement dans son texte. Elle est le cœur de sa fantasy. Une fantasy contemporaine d'ailleurs aux accents parfois avant-gardistes. 

Avec son premier tome, Florent Marotta a réussi à proposer une intrigue cohérente et aventureuse. Les péripéties ne manquent pas pour venir pimenter chacun de ses chapitres et nous prodiguer une envie sans cesse renouvelée d'y retourner. En somme, Yzé et le Palimpseste trouve naturellement sa place parmi les rayonnages des romans de fantasy française à lire. 


Fantasy à la carte

26/06/2016

Georgia Caldera, Dentelle et Nécromancie, Victorian Fantasy, tome 1

Difficile de résister à l'appel de Georgia Caldera lors du Salon Fantastique 2016 pour partir à l'aventure en compagnie des deux héros de Victorian Fantasy: Andraste et Thadeus. 

Il faut dire que la publication de ce roman ne m'avait pas laissé indifférente, alors il ne m'en fallait pas plus pour me convaincre de m'y plonger ardemment. 

Dentelle et Nécromancie est un roman qui se raconte à deux voix. Majoritairement centré sur deux personnages principaux, Georgia Caldera s'acquiert tout de suite l'attention de ses lecteurs. Ici, on ne se perd pas au milieu d'une multitude de points de vue. Tout est simple mais efficace. C'est un match sous haute tension qui se déroule sous nos yeux tant ces deux êtres arborent un caractère bien trempé. 

D'ailleurs arrêtons-nous quelques instants sur l'intrigue. Andraste est une toute jeune sorcière qui vit confinée depuis sa naissance dans le manoir familial, le Coven des Coldfield. Ses sœurs et elle y vivent sous l'autorité implacable de leur grand-mère Helen, une puissante sorcière. Seulement à la différence de ses sœurs, Andraste ne semble être prédisposée qu'à des pouvoirs minimes. Piètre sorcière, plutôt esseulée dans cette grande  demeure, Andraste s'y ennuie ferme jusqu'au jour où elle reçoit une invitation de la reine  Victoria de Neo-Britannia. Voilà quelque-chose d'extraordinaire, tiens ! et d'improbable même. Crainte de tout le royaume, personne ne peut se soustraire au désir de sa Majesté. C'est donc accompagnée de sa sœur aînée Ruth que notre petite sorcière s'embarque dans un carrosse royal pour le palais de Neo-Londonia. Pour elle, c'est l'aventure qui commence. Elle peut enfin s'échapper du Coven et voir le monde. Mais que va-t-il se passer là-bas? C'est quelque peu effrayant et intimidant de se retrouver au milieu d'inconnus, surtout lorsqu'on est mandatée par la femme la plus puissante en plus. D'autant que la cour est pleine de chausse-trapes et de traites et Andraste va vite en faire les frais. En effet, à peine arrivée, les choses partent de travers au plus grand désarroi de la jeune femme qui ne peut rien faire pour inverser la tendance. Bon gré mal gré, elle est bien obligée de se laisser porter par le flux des événements. De plus, rencontrer le séduisant et l'horripilant lord Thadeus Blackmorgan ne va pas éclaircir ses esprits, bien au contraire. 

En se concentrant sur deux héros, Georgia Caldera prend le temps de soigner leurs portraits. Que ce soit Andraste ou Thadeus, tous deux sont comme deux brasiers couvant sous la glace.

Bien que très jeune, Andraste a déjà un fort caractère et refuse de s'en laisser compter. Elle ne veut plus continuer à être dirigée par d'autres et souhaite enfin devenir maîtresse de sa propre destinée. Ivre de liberté, emplie de fierté, elle est une puissance qui s'ignore. Belle, elle l'est assurément et elle en a pleinement conscience mais bien d'autres pouvoirs couvent en elle. Face à elle, Thadeus est un homme machiste dans toute sa splendeur. Soupe au lait et violent, son mauvais caractère n'est un secret pour personne comme va vite le constater Andraste. Mais sous sa carapace d'homme bourru se cachent des failles que la jeune femme va mettre à jour. Il n'est peut-être pas si mauvais. En réalité, il cache de lourds secrets qui le rongent et qui ont contribué à la rendre ainsi. 

Voici deux héros à la personnalité forte qui ne manquera pas de booster le récit. Au fur et à mesure des chapitres, Georgia Caldera réussit à nous faire changer notre jugement sur ses personnages. On est tour à tour surpris, troublés par ces derniers. L'émotion est donc bien au rendez-vous.  

Quelle plume cette Georgia Caldera, elle mêle des éléments de Steampunk à une fantasy victorienne avec une si grande habileté. N'étant pas très amatrice de ces univers "steampunk", elle fait pourtant accepter cette touche en toute simplicité. Dans une Angleterre parallèle, on retrouve bien l'ambiance de l'époque, le frou frou des robes, la magie des bals, le romantisme des promenades en calèche. Le tout étant ici assaisonné d’éléments quelque-peu futuristes avec par exemple l'introduction d'animaux mi-bête, mi-machine, obtenus grâce à la puissance des métasorciers afin de les rendre quasi invincibles, ou en tout cas plus puissants. Sans parler des légendes qui planent au-dessus de nos héros tout au long du récit jusqu'à son dénouement. On comprend très vite que leur destin est intimement mêlé et que la sorcellerie imprègne aussi bien leur vie que les lignes de ce premier livre. 
En espérant que ces quelques lignes vont vous mettre en appétit de lire ce premier tome du cycle Victorian Fantasy. Pour ma part, c'est le premier roman que je lis de cette auteure et j'y perçois déjà tout son talent de narratrice de grandes histoires. 

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