L'influence du "gaming" à la littérature

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27/10/2026

Eva Martin, Destinés, éditions Critic

Eva Martin, Destinés, éditions Critic

Après Miska et De l'or dans les mains, Eva Martin enchaîne avec un nouveau titre qui s'intitule Destinés. Il vient tout juste de paraître aux éditions Critic. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie Éric Marcelin pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Valen tout juste âgé de 16 ans est le prince parfait d'un royaume florissant. Il semble cumuler toutes les qualité : courageux, gentil et honnête. C'est bien simple, tout le monde l'aime. Un jour, alors que sa fête d'anniversaire bat son plein et que son père vient de l'introniser comme son successeur officiel, un terrible fléau vient de s'abattre sur le royaume étouffant toute vie sur son passage, à l'exception de celle de Valen et d'une huluberlue surnommée Folasse. Tous deux n'ont pas d'autre choix que de s'unir pour survivre et trouver des réponses. Mais ce qu'ils ignorent encore, c'est que Valen est au cœur d'une partie de Destinée lancée entre deux divinités et qu'une troisième, nommée Tricheur a décidé de corser le jeu. Impossible pour Valen et Folasse de rester les bras ballants lorsque les difficultés les entravent de plus en plus les mettant même en danger. Bien au contraire, les voici en route pour prendre leur revanche. 

Mon avis :

Avec Destinés, Eva Martin change totalement de registre en nous proposant ici, non pas de la fantasy épique, mais plutôt humoristique. 

La voici qui, comme Terry Pratchett en son temps, a décidé de jouer avec les codes du genre pour nous délivrer une aventure aussi drôle que décalée. 

L'histoire prend cadre dans un univers inspiré de l'Antiquité. En effet, elle nous entraîne tantôt au cœur de la cité de Narras ressemblant à s'y méprendre aux villes méditerranéennes, tantôt au sein du domaine des dieux. D'ailleurs, Narras semble bénie des dieux tant il y fait bon vivre et où le climat y est toujours doux pendant que d'autres lieux concentrent tous les fléaux de la terre. C'est à croire que les immortels se sont concentrés sur ce petit bout de terre oubliant le reste du monde. 

Ce qui n'est pas faux puisque sous la plume d'Eva Martin, les dieux sont quelque peu désabusés, préférant se distraire à coup de dés sur le dos de certains humains plutôt que d'exaucer leurs prières. 

Entre ces lignes, les divinités se divertissent donc en jouant à Destinée, un jeu de plateau en vogue pour déité désenchantée. Évidemment, ils le font à l'insu des mortels qui continuent de croire en eux dans une certaine mesure. Sans surprise, à force de ne pas réaliser les vœux, les humains finissent par croire de moins en moins en leur existence. 

Dans ce roman, le panthéon des dieux est largement moqué car ces derniers y sont présentés sous le jour peu flatteur d'êtres mesquins, calculateurs, menteurs et feignants. Rien de glorieux chez les divinités d'Eva Martin car elles sont plutôt décrites ici comme des êtres abjectes n'agissant que dans leurs intérêts personnels puisqu'ils préfèrent se jouer des humains que de les sauver des difficultés du quotidien et des catastrophes naturelles. 

En plus de s'attaquer aux figures divines, Eva Martin s'est également intéressée à l'image du héros, à travers son personnage de Valen. Il nous apparaît comme le jeune homme parfait pétri des plus belles qualités qui est né pour vivre un grand destin puisque c'est ainsi que les dieux l'ont décidé. Sur le papier, le plan semblait parfait entre la quête à mener, la belle demoiselle en détresse à sauver, sans oublier l'épée magique qui attend d'être libérée par l'élu. 

Mais c'est sans compter sur la facétie de l'autrice qui en introduisant le personnage de Folasse rebat les cartes d'un plan si bien dessiné. Aussi, l'histoire prend une tournure où il n'y a plus personne à sauver si ce n'est les deux personnages principaux de l'histoire eux-mêmes et que l'épée fabuleuse est complètement déjantée. 

Sans surprise, il en ressort un texte piqué de scènes ubuesques où le héros d'hier est plus souvent dépassé qu'à son tour laissant sa compagne de voyage prendre les rennes d'une expédition prenant des allures d'un road trip au goût de revanche. 

En cela, Destinés nous promet des moments de lecture savoureux car l'autrice y a détourné tous les éléments  qui font le sel d'un récit classique de fantasy. C'est inattendu et cocasse à souhait. 

Le succès de ce récit repose bien évidemment sur son improbable duo de personnages. Alors que son destin était écrit depuis sa naissance, Valen se retrouve très vite dépassé par la situation. Son rôle de héros est vite remis en question dans ce livre à cause du personnage de Folasse qui finit par lui ouvrir les yeux sur une réalité qu'il a du mal à accepter. Pour autant, sera-t-il à même de s'écrire une nouvelle destinée sans l'aide du script. 

Quant à Folasse, elle incarne la vraie héroïne de l'histoire. Personnage irrévérencieux qui déboule dans le roman tel un grain de sable venant bloquer les rouages d'une histoire pourtant bien ficelée. Électron libre, elle dispose d'un don tout à fait particulier lui permettant de comprendre la volonté des dieux. Tous la prennent pour une folle mais la vérité est ailleurs. Aussi, elle va prendre les choses en mains pour contrer les plans diaboliques des entités supérieures quoi qui lui en coûte. Atypique et drôle, son franc parler secoue les croyances et le conformisme dans lesquels Valen a grandi. Elle incarne l'élément perturbateur du récit qui renverse la donne initiale pour s'emparer de la place d'héroïne à part entière.

Pour conclure :

Avec Destinés, on plonge dans une fantasy haute en couleurs nous offrant un moment de lecture fort rafraîchissant.  A lire sans modération !

Fantasy à la Carte

Informations

A lire sur le blog, mes avis sur Miska et De l'or dans les mains. 

Eva Martin
Destinés
9782375793671
300 pages
Editions Critic

24/10/2026

Rebecca Yarros, Threshing Day, éditions Hugo

Rebecca Yarros, Threshing Day, 
éditions Hugo

Alors que toute la communauté des lecteurs de la première heure attendent le 4e opus de la saga, The Empyrean, avec beaucoup d'impatience, Rebecca Yarros en a décidé autrement. Ainsi, la sortie du tome 4, initialement prévue en 2026, n'aura donc pas lieu. 

Toutefois, elle nous propose un petit amuse-bouche qui vient juste de sortir en librairie, histoire de patienter jusqu'à la publication du saint graal. 

C'est un recueil de 14 nouvelles qui s'intitule Threshing Day et s'ouvre sur un préambule introductif d'un colonel prodiguant des conseils aux professeurs de dragonologie à transmettre aux étudiants du quadrant des cavaliers.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Hugo, je les remercie pour l'envoi de ce service de presse. 

Mon avis :

Threshing Day signifie le jour du battage, autrement dit, la journée la plus importante pour un futur cavalier qui va se lier à jamais à un dragon ou mourir, voire être recalé. Cette consécration pour celles et ceux qui réussissent méritait bien que l'autrice s'y intéresse de plus près. 

Aussi, Rebecca Yarros nous propose de lire 13 nouvelles correspondant au jour du battage de 13 élèves de Basgiath. 

Il est à noter que certains de ses textes dévoilent des éléments de l'intrigue de la saga, notamment lorsqu'elle nous partage les souvenirs d'élèves intégrés l'année d'après l'entrée de Violet Sorrengail.

Mais d'autres datent d'avant sa propre arrivée comme les nouvelles correspondant au jour du battage de son frère et de sa sœur, Brennan et Mira. 

Plus que le plaisir de retrouver ce plaisant univers, l'intérêt d'une telle publication est de prendre de la hauteur par rapport à la saga originelle pour nous éclairer sur certains des choix scénaristiques qu'a pu faire Rebecca Yarros au fil de ses romans. 

D'ailleurs, beaucoup de ses nouvelles évoquent de près ou de loin le personnage principal de The Empyrean. En effet, sans la croiser directement, il est souvent question de Violet Sorrengail nous rappelant ainsi combien elle joue un rôle important dans plus d'une destinée. 

Toutefois il n'est pas question ici de rentrer dans les détails de chaque battage et vous spoiler ainsi le plaisir de la découverte. 

Mais ayez tout de même à l'esprit que chacun des textes est porteur d'émotions. Certaines rencontres vous feront très certainement mourir de rire, à l'image de celle de Ridoc et d'Aotrom, d'autres, au contraire, vous mettront les larmes aux yeux. Cela est inhérent à la personnalité ou au passé de chacun d'eux.

Chacune de ces nouvelles est un moment intime que l'autrice nous partage. Il ne s'agit pas seulement d'une rencontre explosive, parfois mortelle entre un dragon et un humain, mais plutôt d'en apprendre plus sur chacun des personnages secondaires, pour la plupart, notamment sur leurs peurs les plus profondes ou sur l'origine des liens qui les unissent. 

Ainsi, j'ai trouvé très réconfortant de lire les nouvelles concernant Garrick et Liam autant pour leur proximité avec Xaden que, soyons honnêtes, parce qu'ils sont particulièrement attachants. Chacun à leur manière nous dévoile finalement une autre facette de l'inflexible Xaden, à travers un aperçu de son passé remontant bien avant Basgiath. 

C'est tout bonnement récréatif que de prendre le temps de lire tous ces textes qui nous replongent avec délice dans les intrigues agitant le royaume de Navarre et son académie militaire. 

Ce moment suspendu est même trop court puisque Threshing Day ne comporte que 224 pages alors si je peux me permettre un conseil, savourez-en chaque ligne car ça se lit bien trop vite.

Enfin avant de conclure, je ne peux pas faire l'impasse sur l'objet-livre en lui même qui est très beau. Outre le joli jaspage piqué d'ombres de dragons, les éditions Hugo ont glissé au début de chaque texte une illustration du dragon avec lequel s'est lié le cavalier dont Rebecca Yarros nous partage ici l'histoire. On retrouve également en pages de garde, un autre magnifique dessin représentant une haie d'honneur de dragons et de leur cavalier. 

Les illustrations sont signées Joe Requeza et sont clairement la valeur ajoutée de ce livre en le transformant en objet précieux renforçant l'immersion. 

Threshing Day s'adresse avant tout aux lecteurs de la saga à cause des nombreuses références à la série originelle. Je vous déconseille donc de le lire avant comme si c'était une porte d'entrée sur cet incroyable univers car vous passeriez à côté de certaines subtilités. 

Pour conclure :

Enfin, même si la lecture de ce livre n'est pas nécessaire à la compréhension de l'histoire, il serait tout aussi regrettable de passer à côté de ce divertissant tête à tête avec les plus beaux personnages de ce cycle de romantasy. A bon entendeur!

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mes avis sur : Fourth Wing, Iron Flame et Onyx Storm. 

informations

Rebecca Yarros
Threshing Day
9791042909536
224 pages
Editions Hugo

Lien vers le site

20/10/2026

Guy Gavriel Kay, De l'encre dans la nuit, éditions L'Atalante

Guy Gavriel Kay, De l'encre dans la nuit, 
éditions L'Atalante

Octobre marque le retour du mois de l'Imaginaire. Or, pour l'occasion, sur les étals des librairies fleurissent de très belles parutions. Aussi au programme du mois, les éditions L'Atalante nous ont réservé la très attendue sortie du nouveau titre de Guy Gavriel Kay. 

Voilà de quoi ravir les amateurs de ce désormais grand nom de l'imaginaire. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les édition L'Atalante, je remercie Emma pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Poète de taverne, Thierry Villar ne pensait pas se retrouver un jour à côtoyer de très près le pouvoir. Et pourtant le voilà contraint à devoir enquêter sur l'effroyable assassinat du frère du roi. Un meurtre, révélateur des luttes intestines pour le trône de Ferrière qui agitent autant les vieilles familles rivales que les ennemis de longue date. A Thierry de la jouer fine en nouant les bonnes alliances pour survivre à ce complot aux conséquences s'annonçant déjà très retentissantes. 

Mon avis :

Avec De l'encre dans la nuit, Guy Gavriel Kay signe à nouveau une très belle fresque de fantasy historique réhaussée d'un soupçon de magie. 

Son récit prend cadre en pleine guerre de Cent Ans qui a opposé les Français aux Anglais de 1337 à 1453. Conflit de 116 ans auquel s'est ajouté une lutte intestine entre deux familles rivales : les Bourguignons et les Armagnacs se traduisant par une véritable guerre civile qui a profondément affaibli la France. 

Guy Gavriel Kay fait débuter son histoire au moment de l'assassinat du frère du roi, Louis Ier d'Orleans, commandité par Jean sans Peur pour permettre aux Bourguignons de regagner en influence. Un jeu de pouvoir dû à la folie du roi Charles VI. 

L'auteur s'appuie sur ces éléments clés pour nourrir son intrigue tout en se jouant de l'Histoire. 

En effet, le récit se pare donc de notes uchroniques car l'auteur y multiplie les rencontres entre certaines figures de l'Histoire qui n'ont pas eu lieu dans la réalité mais viennent habilement servir son intrigue ici. 

Aussi, Jeanne d'Arc vient dans ce roman en aide à Charles VI en lui redonnant sa raison plutôt qu'à Charles VII pour lui remettre le trône. L'intérêt étant ici de rebattre les cartes pour donner aux évènements une toute autre saveur.  

D'autant qu'une certaine magie œuvre entre ces lignes. Celle-ci est d'ailleurs intimement liée à l'entremonde et donne quelques dons divinatoires à certains protagonistes. La manifestation de ce pouvoir est discrète mais bien utile pour servir les faits relatés dans ce roman et expliquer la tournure que Guy Gavriel Kay a choisie de donner à certains épisodes historiques. 

Derrière l'Histoire que met en exergue De l'encre dans la nuit, l'auteur nous plonge avant toute chose dans une enquête piquée de secrets d'État et de complots. 

Le récit n'en est que plus passionnant surtout en raison des nombreux dangers qu'encourt le héros. Hissé au rang d'enquêteur, ce poète de taverne n'a pas vraiment les épaules pour endosser un tel rôle et pourtant lui laisse-t-on un autre choix ? Côtoyer le pouvoir n'est pas de tout repos comme Thierry Villar en fera les frais plus d'une fois. 

La plume de Guy Gavriel Kay est à nouveau incisive pour tailler dans le tumulte de l'époque mais aussi très poétique pour nous livrer des morceaux choisis de poésie portés par la verve de son héro atypique. 

Le style est enlevé et entraînant ne laissant finalement aucun temps mort au lecteur. 

Guy Gavriel Kay y distille suffisamment de mystères et de suspense pour tenir ses lecteurs en haleine. 

Pour qui aime l'Histoire, c'est immersif et divertissant car ce livre joue beaucoup avec notre rapport au passé. 

L'auteur nous démontre que l'Histoire ne tient qu'à une succession de détails et que si l'un vient à manquer ou à intervenir à un autre moment, les évènements prennent donc une toute autre direction. 

Pour conclure :

Avec De l'encre dans la nuit, Guy Gavriel Kay s'est réapproprié une époque trouble avec beaucoup d'habileté pour nous en livrer une version intelligente et palpitante. Du grand art ! 

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog mes avis sur : Voile vers Sarance, Le Seigneur des Empereurs, Tigane, Les Derniers Feux du Soleil et Comme un Diamant dans ma Mémoire. 

Informations

Guy Gavriel Kay
De l'encre dans la nuit
97910360002755
368 pages
Editions L'Atalante