Dès sa première parution, Auriane Velten s'est distinguée par la singularité de ses textes. Rappelez-vous que son premier roman, After a remporté de suite le prix Utopiales. Ce qui en dit long sur le niveau de cette plume de l'imaginaire.
Bien que n'ayant lu jusque-là qu'un seul de ses romans avec C'est-comme-ça, je sais combien ses récits peuvent être déconcertants. Je n'avais donc aucun mal à imaginer que son nouveau roman, Liminal, était pensé et écrit comme tel.
Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Mnémos, je remercie Estelle Hamelin pour l'envoi de ce service de presse.
Résumé :
Haru est pilote de Mécha qui lutte au quotidien avec ses deux équipiers contre les kaijus qui menacent le monde. Sakura est une lycéenne promise à une carrière de chanteuse à succès. Jin est une onryō seulement animée par un perpétuel désir de vengeance. Voici trois destins de femmes que tout semble opposer. Pour autant, quelque chose va les lier au point de les orienter sur un autre chemin ? La question est de savoir quoi et surtout pour les mener où ?
Mon avis :
Dans Liminal, Auriane Velten nous immerge dans un cadre à la fois contemporain et futuriste agrémenté d'éléments du folklore asiatique.
Le titre de ce roman résume à lui seul la singularité de l'univers imaginé par l'autrice. "Liminal", n'est-ce pas un terme sibyllin ? D'ailleurs que désigne-t-il ici? Un espace blanc, cotonneux aux frontières indistinctes ? Mais encore ? Liminal nous apparaît ici comme une sorte de dispositif permettant de passer d'un livre à un autre. C'est en tout cas ce dont sont capables les protagonistes d'Auriane Velten qui revivent presque à l'infini des scènes de leur vie afin d'impulser à celle-ci une autre trajectoire ou de se transporter carrément dans une autre histoire.
C'est-comme-ça nous avait déjà prouvé combien Auriane Velten a à cœur de jouer avec le patrimoine littéraire, notamment en réécrivant le destin de figures mythologiques. Elle récidive avec Liminal en se servant de différents mangas comme support pour changer la trajectoire de vie de ses trois personnages.
L'étrangeté du concept a l'intérêt de mettre en lumière ce genre littéraire propre au Japon qu'est le manga. Ce roman est d'ailleurs une ode à la culture japonaise. Elle intervient par de multiples petits détails. Déjà l'action se déroule en partie à Tokyo. En outre, à travers la carrière de chanteuse que tous attendent de Sakura, il y a une référence au courant culturel et musical K-pop qui est apparu en Corée. Sans parler de l'introduction du Kaiju comme menace du monde et qui emprunte directement à la mythologie asiatique. Ce sont ni plus ni moins des monstres toujours décrits comme des créatures gigantesques capables de réduire en cendre les plus grandes centres urbains.
En sus d'un univers foisonnant et une plume plutôt qualitative, Liminal cherche aussi et surtout à mettre en exergue des portraits de femmes fortes qui cherchent à s'émanciper de leur destin. Aussi, elle rejoue sans relâche leur partition pour mieux l'améliorer, quitte à tromper les règles en sautant dans d'autres livres car quoi de mieux pour trouver sa place.
Ce récit est déroutant mais aborde des thématiques importantes tournant autour du féminisme, et de la sororité. Celles-ci s'expriment à travers ces trois femmes qui se veulent solaires chacune à leur manière. Elles sont combatives et cherchent à s'affranchir des règles de la société notamment en terme de liberté sexuelle ou de genre.
Liminal comme ses autres romans témoignent de son soucis de représentation. Il y a une diversité dans sa communauté de personnages.
La quête de soi est également au cœur des enjeux de ce texte. Il faut dire que cette dernière est bien souvent inhérente aux littératures de l'imaginaire.
Étrange, surprenant et singulier, bien des adjectifs peuvent qualifier ce roman. Mais une chose est certaine, Liminal aura été pour moi une lecture déstabilisante, m'obligeant à sortir de ma zone de confort.
On ne peut renier l'imaginaire fouillé de l'autrice et la poésie de ses mots. Clairement les grands amateurs de science-fiction s'y retrouveront car tel est le talent de cette voix montante de l'imaginaire français.
Pour conclure :
Pour ma part, bien que le pitch m'ait plus, l'alchimie n'a pourtant pas pris. Tout ne peut pas plaire à tous les coups et je ne suis sans doute la bonne cible pour cette œuvre. Mais qu'à cela ne tienne, je retenterais l'aventure avec cette signature qui n'a sans doute pas fini de faire parler d'elle.
Fantasy à la Carte
A lire sur le blog, mon avis sur C'est-comme-ça.
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