L'influence du "gaming" à la littérature

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23/06/2018

Camille Leboulanger, Bertram le baladin

Bien loin d'un marketing agressif, les éditions Critic ont la réputation d'éditer des romans de qualité au style unique et à l'intrigue originale. 

Sans prétention, Bertram le baladin est un roman à côté duquel on pourrait passer. Ce qui serait un beau gâchis au vu du récit parfaitement bien exécuté et à l'intrigue efficace que nous livre sur un plateau Camille Leboulanger. 

Dans les Terres Hautes s'est perdu le savoir de la fabrication du papier et avec lui, la maîtrise de l'écriture. C'est donc à la Guilde des Musiciens à qui revient la tâche de récolter toutes les histoires afin de les retransmettre partout où ses représentants passent. Seuls gardiens du savoir, leur notoriété est légendaire et fait d'eux des hôtes de marque dans chaque cité traversée. 
C'est sur ces terres qu'évolue le célèbre baladin Bertram dont la réputation des chansons n'a d'égale que sa forte personnalité. Connu de tous, sa popularité le précède partout où il séjourne. Mais le voici tombé en fâcheuse posture, son précieux luth lui a été dérobé. Et avec ce vol, c'est sa qualité de musicien de la Guilde qui est remise en question. Car qu'est-ce qu'un barde sans instrument de musique pour accompagner son art? Amputé d'une partie de lui-même, Bertram est bien désemparé jusqu'à ce qu'il croise une esclave détenue par deux Aigles Rouges (une compagnie de mercenaires sévissant dans la région) qui affirme connaître l'identité des voleurs. En échange de sa liberté, elle lui promet de tout lui révéler. N'ayant pas vraiment d'autres choix, Bertram va tout tenter pour libérer cette mystérieuse Sans-Nom et partir sur les routes avec elle en quête de son luth disparu. 

Voici un roman qui chante à nos oreilles une douce mélodie au parfum d'aventure, de danger et d’héroïsme. 

Avec Bertram le baladin, Camille Leboulanger est l'auteur d'un récit insolite qui pique la curiosité de ses lecteurs. Et ce, dès le premier chapitre qui s'avère très accrocheur en mettant en exergue les ingrédients qu'il faut pour attiser l'intérêt.  

Pour ce livre Camille Leboulanger fait preuve d'une grande simplicité. Il n'y conte pas l'épopée de grandes batailles propice au genre, mais plutôt le destin singulier d'un ménestrel qui nous réserve bien des surprises. Finalement le point fort de ce roman réside dans son héros. Bertram est un personnage à la verve riche et au caractère fort. Par sa gouaille il en impose autant à son public qu'aux lecteurs de cette histoire. 

Dire que la fantasy de Camille Leboulanger est singulière est un euphémisme. La magie s'exerce à travers la musique qui renferme un pouvoir pour réaliser des prodiges. Vecteur de communication, vecteur de savoir, la musique est un art qui nous émerveille ici. Musicien lui-même, l'auteur a su nous enchanter au grès de la virtuosité de ses mots qu'il maîtrise autant que la musicalité des chansons écrites et chantonnées par Bertram. 

En éditant ce livre, les éditions Critic assure à ses lecteurs une agréable pause-lecture

Fantasy à la carte

17/06/2018

Alex Evans, Sorcières associées, Sorcières associées, tome 1

Fantasy à la carte ne pouvait pas se contenter de lire le tome 2 sans explorer le premier volet des aventures de nos associées sorcières. 

La force du récit d'Alex Evans repose sur son duo d'héroïnes. En suivant tantôt l'une tantôt l'autre, l'autrice fait de ces femmes les fils d'Ariane de ses intrigues. Chacune y mène ici sa propre enquête afin de satisfaire les demandes de leurs clients. Ce procédé assure une bonne dynamique du roman tout en encadrant le lecteur tout au long de son exploration. Ce sont deux personnages forts que leurs origines et leur caractère opposent tout en leur conférant une certaine complémentarité au sein de leur petite société de services. Alors que Padmé est issue d'une riche famille Parassis, Tanit, elle, a grandit dans les bas-fonds du Nadinh, avant de devenir l'une de leurs espionnes. Il en résulte des personnalités très différentes rendant la lecture de leurs aventures passionnante. La noble Padmé est plutôt du genre collé-monté et stricte tandis que Tanit est une frondeuse et une aventurière de premier ordre. Son franc parlé vient heurter le langage policé de Padmé promettant aux lecteurs des échanges savoureux. 

Sorcières associées démarre sur les chapeaux de roue avec un vampire qui vient solliciter l'aide de nos deux sorcières. Envoûté par un charme, ce dernier est coincé dans cette dimension et est contraint à tuer, il lui faut donc par l'intermédiaire des filles trouver qui est à l'origine de ce méfait pour s'en libérer et retourner chez lui. En outre, une série d'incidents survenus dans une usine d'automobiles employant des zombies empêche la chaîne de production de fonctionner correctement. Il semblerait que la magie soit à l'oeuvre. En tout cas, le directeur le croit bien volontiers. A Tanit et Padmé de démêler tout ça et de découvrir quel esprit malveillant se cache derrière ces mystères. 

Alex Evans signe ici un roman très réussi tant par la richesse de son univers que par ses intrigues fouillées qu'elle conduit d'ailleurs habilement de front. Non seulement elle redonne au genre steampunk un certain éclat mais en plus, elle apporte à la fantasy un renouveau bienvenu. En faisant fi des convenances littéraires habituelles qui classe volontiers la fantasy dans un merveilleux médiéval, Alex Evans, elle, a choisi de la mettre dans un monde moderne, contemporain à la Révolution industrielle et saupoudrée de touches steampunk. Son univers y en ressort donc encore plus riche et surprenant. 

Au final Sorcières associées mêle subtilement l'ambiance vapeur et cuivre à la magie faisant de ce cycle, une saga de fantasy incontournable à lire. 

Fantasy à la carte

10/06/2018

Alex Evans, L'échiquier de Jade, Sorcières associées, tome 2

Emballées par l'imaginaire steampunk et foisonnant d'Alex Evans, les éditions ActuSF lui ont réitéré leur confiance en éditant le second volet de Sorcières associées

Bien que partageant un univers et des héros communs avec le premier tome, L'échiquier de jade peut se lire de manière indépendante sans pour autant en affecter la compréhension. Chaque roman possède sa propre intrigue qui prend la forme d'une nouvelle enquête menée par nos deux héroïnes. 

L'action de L'échiquier de Jade se déroule toujours dans la cité de Jarta, véritable plaque tournante, propice à tous les types d'échanges. Inspiré des villes d'Asie du XIXe siècle, à l'image de Singapour, Jarta nous propulse dans l'effervescence d'une ville modernisée par les nouvelles technologies favorisant un brassage d'une population très cosmopolite. En posant un tel décor, Alex Evans donne ainsi une pointe d'exotisme à son récit. 

En pleine campagne électorale, la cité de Jarta est en ébullition avec la venue d'une ambassadrice de Yartège (empire autocratique voisin). Comme si cela n'était déjà pas assez suffisant pour mettre le consulat à cran, il faut qu'un démon vienne semer la zizanie dans le quartier des Sept Cadrans, qu'un échiquier en jade destiné en cadeau diplomatique à l'ambassadrice soit volé, sans parler des actions violentes menées par la ligue antimagie. C'en est trop pour le Consul qui fait appel au binôme de Sorcières associées pour régler tous ces incidents magiques. Cette multitude d'investigations, en apparence sans rapport, va mener Tanit et Padmé à enquêter dans les coulisses du gouvernement, nécessitant doigté et diplomatie. Or, au vu du caractère bien trempé de Tanit, il est difficile de promettre que cela se passera sans bavures. 

L'échiquier de jade signe une enquête musclée menée par un duo de charme et de choc. 

Sous leur faux-air de Sherlock Holmes et du docteur Watson au féminin, Tanit et Padmé s'apparentent à deux détectives résolvant des énigmes impliquant la magie. Détentrices de pouvoir, elles réhabilitent par leurs actions la magie aux yeux du monde. Disparue il y a plus de 400 ans, sa soudaine réapparition en effraie plus d'un. Elles démontrent ainsi que celle-ci peut être utilisée à des fins bénéfiques et devient nécessaire à la bonne marche du monde.

En se nourrissant du genre steampunk, la fantasy d'Alex Evans donne naissance à un univers dans lequel la magie côtoie la technologie. Fortement influencée par la Révolution industrielle, l'autrice glisse dans son récit les inventions qui ont marqué cette époque. Pour preuve, l'aéronef tel le dirigeable y est utilisé comme moyen de déplacement. En outre, un accent tout particulier est mis sur le progrès avec l'usage d'automates qui deviennent de parfaits assistants pour effectuer tous types de tâches. Un tel choix donne une ambiance toute particulière à ce roman et s'attire ainsi un public élargi. 

Alex Evans réussit le tour de force de faire revivre le passé tout en dotant son récit de notes avant-gardistes. Le tout formant un univers cohérent et dépaysant. N'étant pas moi-même spécialement fascinée par le courant steampunk, je reste bluffée devant la facilité avec laquelle cette autrice me fait adhérer à son histoire. 

Avec ce second tome, les éditions ActuSF ne font que nous confirmer qu'il serait dommage de passer à côté de ce talent. 

Fantasy à la carte

03/06/2018

Fabien Cerutti, Le Testament d'involution, Le Bâtard de Kosigan, tome 4

Le Testament d'involution est le quatrième tome qui vient magistralement clôturer l'incroyable saga de fantasy historique signée par Fabien Cerutti. Un dernier volet qui était très attendu par ses lecteurs. Tous trépignaient d'impatience de découvrir tous les secrets du Bâtard et de voir enfin s'éclaircir les mystères autour de ces sociétés secrètes qui menacent la vie de Kergaël, l'héritier de Kosigan. 

Avec une intrigue étroitement liée à celle du Marteau des sorcières, cela n'a rien d'étonnant. Souvenez-vous que le troisième opus avait laissé Pierre Cordwain de Kosigan aux prises entre les sorcières du Cénacle lunaire d'un côté et le cardinal du Saint Office de l'Inquisition de l'autre. Entre la peste et le choléra, difficile de déterminer quel est le pire des maux. Pris entre ces deux feux, le voilà bien obligé de jongler et de mener deux stratégies de front en espérant ne pas y laisser trop de plumes, si ce n'est la vie. 

Tombé dans les filets des sorcières du Mondkreises, il compte tirer parti de ce mauvais pas en leur proposant une juteuse association. En échange d'une rondelette contribution, il leur offre son aide et celle de ses hommes pour évincer Las Casas. Pari audacieux quand on sait qu'il a promis à peu près la même chose au maître de l'Inquisition. L'étau se resserre autour de notre mercenaire avec une prophétie aux finalités floues qui est sur le point de s'accomplir. En effet, le testament d'involution cache en vérité le texte d'une prédiction promettant à celui qui la réalisera la toute puissance. C'est pourquoi les sœurs Stein mettent tout en oeuvre pour l'accomplir afin d'obtenir le pouvoir nécessaire pour vaincre l'Inquisition, tandis que Las Casas, sous le prétexte d'empêcher ses dernières d'agir, cache en réalité le désir de s'approprier ces puissants pouvoirs pour lui-même. 

Tantôt menant le jeu, tantôt se laissant porter par les événements, Pierre Cordwain réussira-t-il au final de tout ça à vraiment tirer son épingle du jeu?

Clairement ce roman est une belle réussite avec un auteur qui parvient à mener le suspense jusqu'au bout. En répondant à toutes ses promesses, ce final se conclut même dans une apothéose de surprises. 

Pierre Cordwain de Kosigan est de ces héros que l'on n'oublie pas. Condensé de cynisme, d'humour et de manipulation, ce charismatique personnage tient la dragée haute autant à ses ennemis qu'aux lecteurs des Chroniques de Kosigan. Avec un tel profil, on comprend sans mal le plaisir pris en suivant ses tribulations. 

Protéiforme ce cycle est une véritable explosion des genres (fantasy, espionnage, historique). Fabien Cerutti a employé les grands moyens pour nous en mettre plein la vue. Derrière ses deux époques de narration se cache une intrigue commune. C'est l'éternelle lutte entre les détenteurs de pouvoir, ceux dont le sang noir coule dans leurs veines et les membres de la Croix d'Adombrement (une secte religieuse qui trouve ses origines à l'époque médiévale). Un combat perpétuel qui aboutit toujours dans un bain de sang. Derrière les actions de ces groupuscules, c'est l'humanisme face à l'obscurantisme qui est en action. 

Fabien Cerutti est l'auteur d'un cycle qui exhibe fièrement une esthétique et un style exclusif et stupéfiant. Il porte ses lecteurs au bout de sa plume pour leur faire vivre des aventures extraordinaires. De livre en livre, on est subjugué par les étonnantes révélations que son héros nous fait. Entre Moyen-Age et fin XIXe siècle, cet écrivain nous fait voyager dans un cours d'Histoire en dévoilant des secrets inimaginables du passé. Mais qui pourrait croire que l'Histoire a été à ce point mystifiée? Des initiés à l'imagination fertile peut-être? Des élus comme Phooka et Dup de Book en Stock assurément. Je ne peux que les remercier d'avoir mis Fantasy à la carte dans la confidence et vous incite, vous, les lecteurs de fantasy d'aller à la rencontre de cet auteur qui sera à l'honneur sur Book en Stock en ce mois de juin. 

Fantasy à la carte