L'influence du "gaming" à la littérature

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19/01/2021

Vincent Tassy, Diamants, éditions Mnémos

Vincent Tassy, Diamants, éditions Mnémos

Figure des éditions du Chat Noir, Vincent Tassy est un amateur de vampirisme et d'univers fantastiques. Il est déjà l'auteur de plusieurs romans qui s'inscrivent, d'ailleurs, dans ce courant littéraire à l'image d'Apostasie, d'Effroyable Porcelaine ou encore de Comment le dire à la nuit

Avec Diamants, il change de registre et propose un texte de fantasy qu'il a tout spécialement écrit pour les éditions Mnémos. Une formule sur mesure qui vaut à son roman d'être édité en tant que Pépite de l'Imaginaire, à paraître en février prochain. 

N'ayant encore jamais lu la prose de cet auteur, malgré tous les bons retours que j'ai entendus dessus, je suis très curieuse de la découvrir avec Diamants. Je remercie donc Estelle Hamelin et les éditions Mnémos pour ce nouveau partenariat. 

Dans ce roman Vincent Tassy nous emmène à la cour d'Oestrange. On y rencontre la reine Alamasonthe et ses deux filles, Daphnéa et Savannah. Depuis l’Évanescence, la magie  s'est étiolée dans le royaume. L'arrivée d'un ange va bouleverser les choses. C'est une venue qui avait été prédite par le Livre sacré Diadema, même si pour beaucoup, cela relevait surtout du mythe. Certains y voient le signe de grandes richesses et d'autres, d'un désastre à venir. Quoi qu'il en soit, c'est l'effervescence à Oestrange qui voit là une occasion de briller à nouveau. Une cérémonie en l'honneur de cet Or Ailé ne tarde pas à venir, ce sera le moment de désigner le Laquais qui le servira. Pour Mauront, il y voit l'opportunité d'élever sa condition sociale. Pour être élu, il est même prêt à dévoiler son don particulier avec les fleurs. Mais cela pourrait être une folie que de s'exposer ainsi ? Tandis que Mauront espère un nouveau départ, des intrigues se forment dans les coulisses du pouvoir et pourraient bien faire vaciller la royauté et la paix. 

Diamants, c'est déjà un univers onirique qui nous éblouit par son éclat. L'auteur insère son récit dans un cadre d'action vaste qui nous emmène à la découverte de lieux mystérieux et éblouissants. Ainsi, on passe d'un incroyable palais, digne de la Renaissance au royaume secret de Ronces, après avoir préalablement traversé une forêt sombre et dangereuse. Il y est également question des cités cachées des Brumes. Ici, Vincent Tassy se fait l'inventeur d'un univers enchanteur en empruntant autant aux contes qu'aux mythes. De fait, Ronces pourrait être la métaphore du château enchanté, et les Brumes pourraient, quant à elles, incarner soit l'Atlantide, soit l'Enfer. Dans tous les cas, on se sent irrésistiblement attirés par ces lieux qui nous plongent dans une douce rêverie et font naître en notre cœur une certaine indolence. 

Or, cette langueur imprègne les trois-quarts du livre car Vincent Tassy joue souvent ici la carte de la retenue. En effet, il ne fait montre d'aucune précipitation dans le déroulement de son histoire, pourtant les péripéties ne manquent pas. Alors ne croyez pas que ce texte soit tout en longueurs car il n'en est rien. L'auteur y enchaîne les événements à point nommé et nous laisse le temps d'apprécier chaque passage. 

Ainsi, si au début du livre, on se trouve dans une certaine contemplation béate, l'ambiance évolue assez vite au fil des pages pour nous faire vivre des moments critiques et même douloureux. 

Dans Diamants, l'auteur joue avec nos émotions et nos sensations. Il alterne douceur et violence, et se fait tantôt caressant en laissant libre court à une certaine sensualité, tantôt cruel en malmenant ses personnages qu'il plonge dans de terribles tourments. 

Diamants est un roman choral qui donne la parole à une poignée de héros. A travers eux, Vincent Tassy explore les contradictions humaines. Il y a, par exemple, Alamasonthe, une monarque au caractère froid qui est rattrapée par son passé, notamment par la douleur de l'abandon. Marqué par le départ de son mari, elle a fermé son cœur à ses deux filles et est devenue une femme glaciale. Elle est à l'image de son royaume et incarne le déclin en se laissant doucement glisser dans la folie. Son aînée, Daphnéa est l'antithèse d'une dauphine, future souveraine. Pour preuve, elle préfère s'enfoncer peu à peu dans l'invisibilité pour se faire oublier. Savannah, quant à elle, dispose d'une personnalité plus rayonnante. Cette cadette serait donc un meilleur choix à la succession. Dolbreuse est le mancien de Vaivre et il occupe également le rôle de chambellan de la reine. Avec sa floromancie déclinante, ses prédictions manquent de clarté. Cela fait de lui un piètre magicien, alors on s'interroge sur sa réelle utilité à la couronne. A contrario, Marmont s'avère être un mage puissant qui dispose d'un grand pouvoir, fruit d'un héritage mystérieux. Enfin, l'Or Ailé autour duquel tout tourne est le personnage le plus énigmatique de cette histoire. Il incarne à la fois l'aurore et le crépuscule autant pour Vaivre que pour le reste du monde. L'existence des anges demeure un secret bien gardé qui suscite moult interrogations et fascinations. Vincent Tassy s'appuie sur des héros étonnants pour faire vivre son histoire afin de surprendre et d'amener le lecteur là où il ne s'attend pas.

Diamants est un récit enivrant et poétique qui nous entraîne au cœur d'une fantasy oscillant entre lumière et obscurité. Coup de cœur de ce début d'année, ce livre m'a même donné envie d'aller faire un petit tour du côté de ses autres textes. 

Fantasy à la Carte

Vincent Tassy
Diamants
Editions Mnémos

12/01/2021

Alan Lee, Cahier de Croquis du Seigneur des Anneaux, éditions Christian Bourgois


Alan Lee, Cahier de Croquis du Seigneur des Anneaux, éditions Christian Bourgois

Enchantée par son Cahier de Croquis du Hobbit, sorti aux éditions Christian Bourgois, le 5 novembre dernier, je n'ai pas résisté à demander au Père Noël celui sur Le Seigneur des Anneaux. Or, comme j'ai été très sage, j'ai eu le plaisir de le trouver au pied de mon sapin. Merci Père Noël. 

Les Cahiers de Croquis d'Alan Lee sont de magnifiques ouvrages que je recommande à tous les amateurs de la Terre du Milieu

Généreusement illustrés, ils sont un très beau témoignage du travail qu'Alan Lee a effectué lors des tournages de ces deux films qui ont littéralement redéfini la réalisation d'une adaptation d'une oeuvre de fantasy

Lorsque l'on commence à feuilleter Le Cahier de Croquis du Seigneur des Anneaux, il est difficile de détacher son regard de cette multitude de détails que regorge chaque dessin. Avec John Howe, ils ont donné vie à la Terre du Milieu avec beaucoup de talent. C'est d'ailleurs, ces mêmes dessins qui ont alléché Ian McKellen et l'ont convaincu d'accepter d'endosser le rôle de Gandalf. C'est donc le travail d'Alan Lee qui a fait rentrer ce grand magicien au casting du film. En préfaçant ce bel ouvrage, l'acteur nous rappelle que l'image mentale que l'on se fait des lieux et des gens rencontrés dans les livres est totalement influencée par les illustrations qui y sont insérées. Ainsi, à travers ses nombreux croquis, Alan Lee a façonné la Nouvelle-Zélande pour qu'elle devienne la Terre du Milieu de J.R.R. Tolkien. 

Divisé en 20 parties, Alan Lee nous emmène dans les lieux emblématiques du Seigneur des Anneaux en commençant par le pays de Bree. Il nous explique que le village a été édifié dans un camp militaire, qu'ils y ont construit des maisons à colombages, placées par-dessus des bâtiments existants pour les prises de vue extérieures. Quant aux scènes intérieures, elles ont été tournées en studio. Au début du tournage, ils ont dû filmer les Hobbits dans un décor surdimensionné afin de faire prendre conscience aux téléspectateurs de la différence de taille. Cela a donc nécessité la création de deux décors rigoureusement identiques, sauf pour l'échelle. Par la suite, Peter Jackson a simplifié les choses en faisant jouer les acteurs à genoux. 

Parmi les hauts lieux qu'Alan Lee a apprécié créer, il y a Meduseld. Il s'est d'ailleurs inspiré des légendes anglo-saxonnes pour enrichir la décoration du Château d'Or et des bâtiments environnants. Bien que le cheval soit largement représenté, il est à noter qu'il y a ajouté de nombreuses créatures surnaturelles qui viennent s'enrouler autour des piliers, sur les arches ou encore sur la ferronnerie des lieux. La particularité d'Edoras est d'avoir été entièrement recréé en décor réel dans une vallée, situé sur l’Île du Sud. Un écrin somptueux et sauvage qui a retrouvé son état originel dès la fin du tournage. 

Cela nous amène au célèbre Gouffre de Helm qu'Alan Lee a commencé à dessiner dès son arrivée sur le site. Pour s'assurer une totale crédibilité de la bataille, Peter Jackson lui a demandé de travailler à la réalisation d'une maquette. Pour cela, il a modelé cette fameuse vallée avec de l'argile car Peter Jackson aime travailler avec des miniatures comme nous le confie ici l'illustrateur. 

Souvent tourné en paysages réels, le choix des lieux de tournage a été un élément crucial dans l'étape de la réalisation. Parfois, Alan Lee nous précise que l'équipe technique devait ajouter des éléments de décor dans le paysage afin de faire, par exemple, apparaître à l'écran l'existence de ruines, traces d'une civilisation déchue. D'autre part, il est souvent arrivé à Alan Lee d'embarquer à bord d'un hélicoptère afin de photographier les montagnes sous toutes leurs coutures. Cette collecte de photographies a été notamment nécessaire pour créer des arrière-plans qui ont servi pour les séquences à Fondcombe, Isengard et en Mordor. 

Pour Minas Tirith, l'illustrateur a cherché à recréer l'ambiance d'une vieille cité italienne avec ses nombreuses ruelles, escaliers et arches. C'est un lieu remarquable qui s'inspire de la Renaissance italienne comme en témoignent les nombreuses statues des rois du Gondor que l'on peut voir dans la grand'salle. 

Parfois, Alan Lee va chercher l'inspiration dans ses propres souvenirs comme ce fut le cas pour la conception des Mausolées où reposent les Rois et les Intendants du Gondor. En effet, il s'est servi de son expérience de travail dans un cimetière à Highgate pour représenter au mieux ce lieu sacré. 

S'il nous partage beaucoup d’anecdotes de tournage, Alan Lee évoque également certaines illustrations qu'il a réalisées pour l'édition du Centenaire car il faut garder à l'esprit qu'il est avant tout un artiste qui met en images les mots. En outre, la sublime illustration de couverture représentant nos deux Hobbits, Frodon et Sam, dissimulés à la vue des Orques devant la Porte Noire, marquant l'entrée en Mordor est un bel exemple de cet incroyable talent. En quelques détails, il fait ressortir toute la gravité de l'instant que vivent ces deux personnages pris dans la tourmente. 

Au gré des pages, on s'immerge dans les moments cruciaux de ces films. On est en but aux difficultés qu'Alan Lee et les équipes techniques ont pu rencontrer lors de cette aventure cinématographique. 

Ce Cahier de Croquis du Seigneur des Anneaux nous fait prendre la mesure du travail colossal qu'a réalisé l'illustrateur ; des nuits blanches qu'il a passées à la construction des décors. Il a tellement donné de sa personne qu'il s'est même fracturé le poignet lors d'une mauvaise chute en marchant sur des rochers en polystyrène. 

Cette expérience exceptionnelle, il la partage un peu avec nous à travers cet ouvrage. On y découvre l'envers du décor d'un film grandiose qui fait honneur à un homme de génie. 

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog mon avis sur Le Cahier de Croquis du Hobbit

Alan Lee
Cahier du Croquis du Seigneur des Anneaux
Editions Christian Bourgois

08/01/2021

Estelle Faye, Un Éclat de Givre, éditions Folio SF

Estelle Faye, Un Éclat de Givre, éditions Folio SF

Avant la sortie de son prochain roman, Un Reflet de Lune aux éditions ActuSF qui s'inscrit dans le même univers, j'avais envie de vous parler d'Un Éclat de Givre d'Estelle Faye. 

Dans ce roman, Estelle Faye nous plonge dans un Paris post-apocalyptique et nous attache aux pas d'un jeune chanteur de jazz, prénommé Chet. L'apocalypse survenue au XXIe siècle a laissé la place à un monde distordu dans lequel Paris semble être le seul endroit où un semblant de vie demeure. Au fil du temps, les survivants s'y sont entassés et vivotent sous une chaleur écrasante et perpétuelle. Enfant de ce nouveau siècle, Chet vit de ses représentations musicales et de petits services, pas toujours très légaux, qu'il rend ici ou là. Incapable de résister aux beaux yeux du bel apollon qui se présente à lui, le voilà qui accepte une mission bien payée mais suicidaire. Seulement il risque de comprendre trop tard où il a mis les pieds. 

Estelle Faye est une belle plume de l'Imaginaire français que je découvre au fur et à mesure de ses textes. J'avoue avoir été d'abord ensorcelée par son univers fantasy développé dans Les Seigneurs de Bohen (éditions Critic) et Les Révoltés de Bohen (éditions Critic). C'est donc tout naturellement que j'ai eu envie de lire ses autres romans.

Avec Un Éclat de Givre, elle explore un autre rivage d'Imaginaire et nous fait accoster dans un futur décadent mais qui n'est pourtant pas exempt de merveilleux. 

Suite à une exploitation excessive des sols, les hommes ont épuisé les ressources de la terre. La disette a pris le pas sur l'abondance et les populations ont été progressivement décimées. Ici, des restes de technologie côtoient la misère. Des enfants naissent même avec des dons de télépathie ou de télékinésie qu'ils perdent à l'âge adulte. 

Dans son roman, Estelle Faye tisse un monde bouleversé où les chimères d'hier sont devenues réalité. La vie ne semble se concentrer plus qu'à Paris et dans sa proche banlieue car les terres situées au-delà sont devenues hostiles et inhabitées. Cadre principal de l'action, Paris y est tantôt vibrante, tantôt inquiétante. Ce roman se lit comme un hommage à la ville lumière qui n'a rien perdu de sa superbe même si les hauts lieux de la capitale renaissent sous cette plume de manière bien différente. Ainsi, le centre commercial les Quatre-Temps nous apparaît comme figé pour l'éternité dans un passé perdu et la piscine Molitor est devenue un club privé à sirènes, nées de manipulations génétiques. Quant aux égouts, ils sont peuplés de dangereux rats hybrides, crées par des savants fous parce qu'à l'époque, ils ont trouvé cela amusant. Une torpeur s'est littéralement abattue sur la ville, la chaleur y est insoutenable. Le climat est toujours déréglé même si des apprentis scientifiques ont inventé au siècle dernier un régulateur. Celui-ci est d'ailleurs au cœur des enjeux de ce récit car tombé aux mains de fanatiques, il promet une canicule éternelle. C'est également un Paris où la nature a repris ses droits, la végétation s'y épanouie de manière désordonnée, formant un ensemble sauvage et luxuriant. 

Avec Un Éclat de Givre, elle signe un univers envoûtant que l'on s'imagine bien connaître mais qui, pourtant, ne cesse de nous étonner au fil des chapitres. 

Porté par un héros à la personnalité multiple, le roman n'en est que plus immersif. Chet est un homme qui se cherche. Il fascine, attache et surprend. En tant que chanteur, il doit se fondre dans toutes les chansons qu'il interprète. C'est pourquoi, au fur et à mesure du livre, on le voit enfiler de nombreux masques. A lui seul, il incarne de nombreux personnages. Âme solitaire, Chet est un héros tout en contradictions qui prend l'aventure à bras le corps et se découvre plein de ressources. 

A l'image de son héros, Un Éclat de Givre est un roman touchant qui véhicule son lot d'émotions et nous fait vibrer d'un bout à l'autre. 

Avec ce roman, je découvre une autre facette de cette autrice qui s'est réappropriée, ici, les codes d'un genre que je lis peu et qui pourtant, m'a totalement emportée. 

Fantasy à la Carte

Lisez également mes avis sur Les Seigneurs de Bohen et Les Révoltés de Bohen.

Estelle Faye
Un Éclat de Givre
Editions FolioSF