L'influence du "gaming" à la littérature

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Affichage des articles dont le libellé est Editions Critic. Afficher tous les articles
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26/08/2026

Louise Roullier, Oceano Nox, éditions Critic

Louise Roullier, Oceano Nox, éditions Critic

Pour avoir lu Grain de Sable, je connais déjà l'originalité de la plume de Louise Roullier. Elle fait partie des voix montantes de l'imaginaire francophone et témoigne déjà d'une maturité dans la publication de textes imposants. 

Oceano Nox est son nouveau roman. Il paraît chez Critic le 2 septembre prochain. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie Éric Marcelin pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

L'écrivain Pinto Bem s'est embarqué comme comptable sur la galéasse San Creador dans le conflit qui oppose la cité des mages, Maravilhès et l'empire jambhai. À bord, il découvre très vite qu'une étrange épidémie sévit. Certains passagers semblent se laisser mourir. En interrogeant l'une des victimes, celle-ci commence à lui narrer un récit bien singulier. En effet, le malade se déclare être habité par un dieu et propose de lui conter son histoire. Bien qu'à peine croyable, il se laisse peu à peu envoûter par ce qu'il entend. Et s'il disait la vérité ? 

Mon avis :

Dans Oceano Nox, Louise Roullier nous immerge au cœur d'une fantasy d'inspiration historique nous contant un conflit armée opposant deux puissances, incarnées par Maravilhès, la cité des mages d'un côté, et l'empire jambhai de l'autre côté. Cette guerre est sans surprise le fruit de désirs expansionnistes et d'intolérances religieuses. 

Ce roman nous décrit plusieurs batailles maritimes, à l'image de la célèbre bataille de Lépante qui se déroula en 1571 et opposa la flotte ottomane à celle de la Sainte-Ligue, dont l'autrice nous confie d'ailleurs dans son avant-propos s'en être nourrie pour donner corps et crédit à ses descriptions. 

Ainsi, au fil des chapitres, on partage le quotidien de nombreux acteurs ou victimes collatérales de ce terrible conflit en passant du rameur cantonné à la chiourme à la capitaine de l'armada ou encore à la simple servante. 

Oceano Nox est une fantasy très épique dans laquelle on prend part au combat par intermittence. C'est toute l'originalité de la plume de Louise Roullier qui a pris le parti de nous faire découvrir son histoire façon kaléidoscope en nous faisant passer d'un camp à l'autre au gré des rencontres d'un dieu. On ne s'enlise donc pas dans des descriptions de combats à n'en plus finir. 

Le style choisi est de suite plus poétique et le récit très captivant. Ici, il nous est impossible de prendre fait et cause pour l'une ou l'autre des parties car il n'y a pas de réels méchants entre ces lignes, mais juste des âmes broyées par la marche de l'Histoire. C'est à la fois exaltant et terrifiant car il n'y a nul gagnant dans ce livre, juste beaucoup de sacrifices pour finalement aucun bénéfice. 

En outre, des mages prennent part à cette guerre. Les sorts fusent. La magie née de l'imaginaire de Louise Roullier ne manque pas d'ingéniosité, à travers l'usage de papiers à sorts pour réaliser le prodige souhaité. On pourrait d'ailleurs penser que la présence de mages et autres enchanteurs sur les navires de guerre vont faire basculer le conflit. Il n'en est rien. Même s'ils sont un atout indéniable pour Maravilhès, il ne faut pas sous-estimer la force brute et la détermination de l'empire. 

Et puis que dire de l'omniprésence d'un dieu déchu, on ne peut pas faire plus surnaturel, n'est-ce pas ? 

Guerre et magie se confrontent au fil des chapitres pour nous entraîner dans un maelström d'émotions. 

Oceano Nox se révèle être une histoire passionnante par le choix que fait Louise Roullier en nous y immergeant par l'entremise d'une correspondance épistolière témoignant des souvenirs d'une divinité. La lecture n'en ai que plus intense où les émotions sont exacerbées. 

Louise Roullier a construit Oceano Nox autour d'instantannés de vie d'un certain nombre de personnages. Certains épisodes sont courts d'autres plus longs. On y suit tour à tour des hommes et des femmes dans des destins tous plus tragiques les uns que les autres. Certaines destinées sont d'ailleurs plus touchantes que d'autres. C'est le cas, par exemple, de Sundar et Jai devant mettre leur amour à l'épreuve de la caste sociale et du jugement, ou encore de Salini qui incarne la fraîcheur et l'espoir de ce roman. 

Pour conclure :

Avec ce nouveau roman, Louise Roullier affiche son indéniable talent de conteuse. Gros coup de cœur pour ce texte autant sur le fond que la forme. L'autrice a bien travaillé sa copie pour écrire une fresque de fantasy aussi puissante qu'inoubliable. A ne pas manquer à la rentrée !

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mon avis sur Grain de Sable

Informations

Louise Roullier
Oceano Nox
9782375793633
456 pages
Editions Critic

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22/08/2026

Jean Krug, Nos Éclats de Souvenirs, éditions Critic

Jean Krug, Nos Éclats de Souvenirs
éditions Critic

Au fil des années, Jean Krug s'est imposé comme une voix incontournable de la science-fiction française. 

Nos Éclats de Souvenirs est son dernier roman. Il paraît chez Critic le 26 août prochain. 

Lu dans le cadre d'un partenariat, je remercie Éric Marcelin pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Kelgran semble être le dernier bastion de l'humanité. Les gens s'y sont réfugiés pour se protéger du froid se gavant des données émises par les millions de supports silicium abandonnés un peu partout et par le vaste datacenter qui domine le sommet de cette forteresse d'acier. Hanté par son passé, Ark tente de trouver de l'aide auprès des résistants. Sa rencontre avec Cosma va l'entraîner dans un road trip infernal à la recherche d'une vérité qu'il n'est pas très sûr d'accepter. 

Mon avis :

Avec Nos Éclats de Souvenirs, Jean Krug signe une nouvelle dystopie au rythme enlevé. 

Dans ce nouveau roman d'anticipation, l'auteur a imaginé une humanité retranchée dans une cité verticale emprisonnée dans la glace où les gens sont répartis en fonction de leur statut social. Sans surprise, les plus aisés se trouvent en haut de cette forteresse de béton et d'acier. Là où siège un immense data center. 

Dans ce récit, avoir le contrôle des données, c'est dominer le monde. Mais l'imaginaire de Jean Krug anticipe l'évolution technologique en nous décrivant une société où chaque humain possède une puce greffée dans leur cerveau. Ces puces permettent non seulement d'échanger les données mais donnent un accès direct aux souvenirs. Ainsi, les humains sont reprogrammables à l'infini jusqu'à finir par en perdre leur identité. 

En outre, entre ces lignes la donnée devient une source d'énergie que tous cherchent à s'approprier. En effet, l'abandon de millions de puces devenues obsolètes, voire corrompues se sont accumulées au fil des décennies au point de rendre ces données volatiles et capables d'émettre de la chaleur. Omniprésentes dans ce monde, elles s'immiscent partout et sont donc devenues un véritable enjeu. 

Dans ce présent devenu âpre, la survie tient finalement à peu de choses. D'ailleurs, faire pousser la moindre denrée alimentaire est difficile relevant presque du don réservé à certains élus. 

L'univers qui prend vie dans ce livre est marqué par les désastreuses conséquences de l'égoïsme des humains qui, au fil des siècles, n'a su que surexploiter une nature au point de la mettre à l'os. Les bouleversements climatiques se sont enchaînés au point d'enfermer le monde dans une gangue de glace. L'humanité y est déchue et doit vivre dans une obsolescence technologique rendue dangereuse. 

Pour autant, les mêmes erreurs semblent se reproduire à l'infini, à travers une éternelle lutte des classes que quelques âmes résistantes tentent d'abolir. 

Comme à son habitude la plume de Jean Krug est abrupte. Il aborde le futur sans ambages ni naïveté. Bien que l'espoir soit toujours porté par quelques résistants comme c'est le cas à chaque crise, il nous rappelle que le pire reste toujours à venir si cette même inertie ambiante perdure. 

Dans la lignée de ses précédents romans, la question environnementale demeure au cœur de son propos. Même si une poignée d'hommes et de femmes s'adaptent et sont capables de survivre à des conditions extrêmes, la majorité est tout de même sacrifiée et disparaît. 

Le modèle sociale est aussi questionné à travers une humanité qui reproduit les mêmes schémas et où le pouvoir de l'argent corrompt et détruit la vie. 

Mais, plus qu'un récit de science-fiction, Nos Éclats de Souvenirs est aussi un thriller bien rythmé qui nous emporte dans la course poursuite engagée par les deux personnages principaux de Jean Krug afin de retrouver leur identité volée. Le récit est très prenant et se lit très vite comme un page-turner au vu de la gravité des évènements relatés. 

Thriller et science-fiction matchent bien ensemble rendant la lecture purement additive. 

Même si une communauté de protagonistes évoluent autour d'eux, l'histoire repose surtout autour d'Ark et de Cosma. Si elle est une résistante plutôt badasse capable de se sortir des situations les plus critiques, ce n'est pas son cas à lui. Il est un simple jardinier semblant pris au piège d'une situation qu'il ne comprend pas. Pourtant l'un comme l'autre ne sont au final pas ce qu'ils paraissent. Entre non-dits et révélations, les deux héros de Jean Krug nous promettent une aventure surprenante, voir même dérangeante car on peut se demander jusqu'où ira le progrès pour tracer l'avenir de la planète. 

Pour conclure :

Avec Nos Éclats de Souvenirs, Jean Krug nous offre une aventure rugueuse où se glissent des notes cyberpunk pour nous faire goûter à un futur aussi amer que perturbant. A bon entendeur !

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog mes avis sur les autres romans de l'auteur : Le Chant de Glace, La Cité d'Ivoire et La Couloir du Froid.

Informations

Jean Krug
Nos Éclats de Souvenirs
                                                                                                           9782375793718
                                                                                                                    360 pages
Editions Critic

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22/05/2026

Clément Bouhélier, L'Épée et le Glaive, éditions Critic

Clément Bouhélier, L'Épée et le Glaive
éditions Critic 

Clément Bouhélier est un touche-à-tout. Après s'être essayé à de la fantasy sociale, à du thriller fantastique et à de l'horrifique, le voici qui remonte le temps pour nous entraîner en pleine guerre des Gaules dans une épopée de fantasy historique qui vous couper le souffle. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie Éric Marcelin pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

De retour à Bibracte, en Gaule, après avoir passé quatre années en terre romaine auprès de Quintus Cicéron, les jumeaux Beli et Adrettio doivent faire face à une terrible nouvelle qui va chambouler leur avenir. Des tensions éclatent en Celtique et des animosités s'installent, notamment vis-à-vis de Rome et d'un certain Jules César. Dans cette atmosphère de méfiance et de traîtrise, quel avenir le destin a réservé aux jumeaux ? 

Mon avis :

L'Épée et le Glaive prend cadre à deux moments-clés dans l'Histoire de la Gaule. En effet, le récit s'ouvre d'abord en 58 avant Jésus-Christ au début de la Guerre des Gaules marquée par la bataille de Bibracte où César a battu les Helvètes les renvoyant sur leur terre après leur tentative avortée de migration. Puis, Clément Bouhélier fait un bond dans le temps pour nous mener directement à l'année décisive de 52 avant Jésus-Christ au cours de laquelle le chef des Arvernes, Vercingétorix a mis en échec César à Gergovie mais s'est retrouvé ensuite par un concours de circonstances piégé et trahi lors du siège d'Alésia. 

Ce contexte historique est tellement chargé en tensions qu'il se prête parfaitement à accueillir cette fiction baignée d'onirisme par la seule présence des dieux celtes qui accompagnent la destinée des personnages de Clément Bouhélier.  

On retrouve l'ombre de certains d'entre eux qui interagissent directement avec eux en leur soufflant, par exemple, les décisions qu'ils doivent prendre. Sans parler de la présence des druides et des oracles dont la seule existence instille une aura merveilleuse au texte. 

Bien que cette épisode majeur ne soit pas  en reste de figures historiques aux noms inoubliables, l'auteur a pourtant choisi de nous conter ces événements de manière plus intimiste à travers le regard d'un frère et de d'une sœur emportés bien malgré eux dans le tumulte de leur époque. 

Aussi entre ces lignes, le lecteur n'est pas un simple observateur mais bien un acteur des événements prenant part aux côtés des jumeaux à certaines décisions ou à d'illustres batailles qui furent décisives. Ce choix narratif est particulièrement immersif car finalement l'auteur instaure de suite une proximité entre ses protagonistes et les lecteurs sans parler de l'attachement que l'on peut éprouver pour chacun d'eux. 

En effet, derrière L'Épée et le Glaive se dessine une touchante histoire de famille et une puissante relation fusionnelle entre un frère et une sœur. L'histoire n'en est donc que plus prenante. En outre, au milieu de ces complots et autres renversements de pouvoir qui animaient les personnalités de l'époque, Clément Bouhélier aborde également quelques thématiques importantes tournant notamment autour du handicap et de la violence intra-familiale. Il est également bien entendu question de révolte et de résistance portées par ces Gaulois et Gauloises qui ont refusé le joug de César. 

26/04/2026

Victor Fleury, Tu ne sais rien de la guerre de Troie, éditions Critic

Victor Fleury, Tu ne sais rien de la guerre de Troie, éditions Critic 

Victor Fleury fait partie de cette nouvelle garde d'auteurs qui ont marqué les littératures de l'imaginaire ces dernières années. Il compte déjà plusieurs titres dans bibliographie dont deux séries notables. L'une est une uchronie steampunk qui s'intitule L'Empire électrique et l'autre, est de la fantasy nous propulsant autant de la Mésopotamie antique avec La Croisade éternelle

Le 6 mai prochain, il rejoint le catalogue des éditions Critic avec un nouveau roman de fantasy qui a pour décor La Grèce antique. Son titre s'avère des plus évocateurs puisqu'il s'agit de Tu ne sais rien de la guerre de Troie. Le programme promet donc d'être prometteur. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie Éric Marcelin pour l'envoi de ce service presse. 

Résumé :

Cassandre maudite par le dieu Apollon lui-même pour s'être refusée à lui tombe sous le charme d'un certain Achille qu'elle a vu en vision. N'écoutant que son cœur, elle décide de le ramener dans sa cité, à Troie, pour qu'il devienne son époux. Après bien des difficultés elle parvient à s'unir à lui. Malheureusement leur relation n'est pas au goût de tous surtout pas du père d'Achille, le roi Pélée qui compte remettre la main sur son fils, quitte à venir plaider sa cause auprès du roi Priam. Seulement ses manigances vont se solder par un échec dont va se servir le Roi des Rois, le fameux Agamemnon qui voit dans cette discorde l'occasion d'anéantir Troie. L'heure est à la guerre mais la fière cité ne compte pas sans laisser compter au point de laisser s'installer des années de siège. Alors que le conflit semble s'enliser, la moindre étincelle pourrait tout faire basculer. La question sera de savoir qui triomphera à la fin ? Mais, croyez moi ou non, la réponse n'est pas si simple. 

Mon avis :

Tu ne sais rien de la guerre de Troie est une réécriture d'un épisode légendaire de la mythologie grecque, à savoir la fameuse guerre de Troie qui opposa les Achéens, autrement dit les Grecs aux Troyens. 

Victor Fleury s'appuie bien entendu sur certains éléments notables tel le siège de la cité troyenne, les combats épiques où trouvent la mort certains grands guerriers, à l'image d'Hector ou encore l'ingénieuse invention d'Ulysse qui a, d'ailleurs, fait sa renommée de grand stratège, le célèbre cheval de Troie. 

Toutefois l'auteur nous en propose ici un tout autre déroulé. En effet, il n'est donc plus question entre ces lignes de l'enlèvement d'Hélène par Pâris alors que cette dernière est mariée au roi de Sparte, Ménélas obligeant celui-ci à déclarer la guerre à Troie grâce au soutien de son frère, Agamemnon. C'est Achille qui s'avère être le véritable déclencheur de ce conflit. En épousant Cassandre, la fille du roi Priam, le héros de la Grèce antique a également embrasser la cause troyenne et se fait un ardent défenseur de la cité aux côtés de son beau-frère Hector. Ensemble ils vont faire un malheur dans les rangs des Achéens. Mais sa présence n'est pas au goût de son père, le roi Pélée qui arrive à convaincre ses alliés de l'aider à récupérer son rejeton. Pour le Roi des Rois, il s'agira surtout de répondre à une question d'égo. Jalousant la prospérité de la cité troyenne, il y voit là l'occasion de la mettre à terre. Dans cette version alternative que nous propose Victor Fleury, Achille n'est donc pas dans le même camp. 

Mais le fait le plus notable est que l'auteur a surtout centré son récit autour du personnage de Cassandre. Pour rappel, c'est une figure plutôt mal-aimée de la mythologie grecque car porteuse de mauvaises nouvelles que personne ne croit suite à la malédiction qu'Apollon lui a lancée. Mais sous la plume de Victor Fleury, elle passe outre cet handicap pour devenir pleinement actrice de son destin. Elle incarne une femme forte qui non seulement va chercher elle-même l'homme qui lui est destiné mais joue également un rôle majeur dans cette mythique discorde. Elle décide d'y prendre part à sa façon pour tenter d'inverser le cours des événements car elle a bien compris qu'il ne sert à rien de partager ses visions que personne ne prend au sérieux. Bien que les héros se pressent entre les pages de ce roman, elle demeure la véritable grande héroïne de cette tragédie. Elle pourrait même se révéler être l'élément qui fera la différence face à l'inéluctable, qui sait ! 

En outre, l'autre a piqué cette épopée d'une pointe de magie. Celle-ci se manifeste autant à travers la présence de certains dieux de l'Olympe que par le don divinatoire et de métamorphose que possède Cassandre. Cela ancre davantage ce récit dans le merveilleux et classe donc ce livre au rayon fantasy

Tu ne sais rien de la guerre de Troie partage ce même ton épique que l'on retrouve dans les poèmes d'Homère : L'Iliade et L'Odyssée. Cela en fait, d'ailleurs, un récit très immersif et fort récréatif. 

07/04/2026

Richard Canal, Colla Scura, éditions Critic

Richard Canal, Colla Scura, éditions Critic 

Auteur de science-fiction, de roman noir et de littérature générale, Richard Canal compte une trentaine de romans et plus du double de nouvelles dans sa bibliographie. 

Son dernier livre vient d'ailleurs de paraître aux éditions Critic sous le titre de Colla Scura. C'est un récit à la croisée des genres mêlant fort habilement le thriller au fantastique en passant par la science-fiction. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie très chaleureusement Éric Marcelin pour l'envoi de ce service de presse.

Résumé :

Les membres de la famille Malaterre ont un pouvoir particulier, celui d'emmagasiner du temps, au point de les rendre quasi immortels. Seulement les sources auxquelles ces derniers s'approvisionnent pour se recharger sont en voie d'extinction. Il faut dire qu'ils ne sont pas les seuls à être ainsi dotés et vont même vite devenir les cibles d'ennemis invisibles cherchant à s'emparer des fameux sabliers que chacun d'eux possède. L'heure est donc à la survie. Pour y parvenir seront-ils en mesure de faire taire les vieilles rancœurs afin de mutualiser leurs efforts pour trouver de nouvelles sources ? 

Mon avis :

Dans Colla Scura, Richard Canal excelle à mélanger les genres pour proposer un texte original et - il faut bien le dire - qui en envoie. Ce récit contemporain nous entraîne donc à perdre haleine aux quatre coins du monde dans une folle course contre la montre pour dégoter ce que les protagonistes appellent ici des spots. En effet, dans l'univers imaginé par Richard Canal existent des endroits spéciaux que seuls quelques élus sont capables de détecter en ressentant la puissante chaleur qu'ils dégagent sans pour autant s'y brûler. Ces endroits mystérieux constituent des réserves de temps permettant aux time-hoppers puisque c'est ainsi que sont qualifiés ces hommes et ces femmes si particuliers, de pouvoir traverser les époques sans que l'âge n'est prise sur eux. Ils défient donc la mort en embrassant une immortalité fragile car elle dépend de l'existence de ces fameuses réserves. 

L'univers imaginé par Richard Canal repose donc sur les secrets de l'espace-temps nourris à la théorie quantique et à l'existence potentielle d'univers parallèles. Celui-ci s'enracine dans une science-fiction qui s'intéresse à l'écoulement du temps et aux folles hypothèses scientifiques qui en ont découlé. 

Mais Colla Scura est aussi un thriller fantastique car des morts violentes surviennent entre ces lignes poussant certains des personnages à mener l'enquête pour sauver leur peau. Un ennemi invisible agit dans l'ombre et frappe là où on ne l'attend pas. Richard Canal n'hésite pas à faire tomber quelques têtes dans son roman, histoire de faire monter la pression. Ce roman exhale d'ailleurs un petit quelque chose du célèbre Da Vinci Code de Dan Brown. La référence tient sans doute aux investigations menées par deux des personnages de ce roman, les mettant sur la trace d'inventeurs de génie de la Renaissance pour comprendre notamment le fonctionnement des mystérieux artefacts en leur possession. Découvertes archéologiques et exploration du passé s'invitent dans ce contre la montre sanglant. 

L'écriture de Richard Canal est nerveuse et s'accorde bien avec la tension propre au polar. Colla Scura est un livre plutôt immersif et très bien rythmé. Danger et mystère se côtoient pour nous maintenir dans un suspense exaltant. 

24/03/2026

Christian Léourier, Les Anges de Nyrheim, collection Déclic, éditions Critic

Christian Léourier, Les Anges de Nyrheim
collection Déclic, 
éditions Critic

Grand auteur de science-fiction, Christian Léourier est notamment connu pour son cycle de Lanmeur ou sa série jeunesse, Jarvis

En février dernier, sa bibliographie s'est enrichie d'un nouveau titre, paru dans la collection jeunesse, Déclic, des éditions Critic

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie Éric Marcelin pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Depuis bien des décennies, les humains ont réussi à coloniser d'autres planètes, à l'image de Nyrheim. Pourtant des espaces demeurent encore vierges et hostiles à l'homme. C'est pourquoi des expéditions scientifiques sont organisées pour partir à la découverte de ces lieux inhospitalers. Agdis, une jeune cultivatrice est la seule survivante de sa colonie. Retrouvée par hasard par l'une de ses expéditions, elle se retrouve bien malgré elle embarquée dans l'aventure. Seulement aucun membre de cet étrange équipage n'aura été préparé à ce qu'ils s'apprêtent à vivre. D'ailleurs, peuvent-ils seulement espérer en revenir vivants? 

Mon avis :

Les Anges de Nyrheim est un planet opera destiné à la jeunesse. En effet, depuis des décennies l'humanité a réussi à installer plusieurs colonies tout en poursuivant son exploration de cette terre parfois très hostile à l'homme. Aussi des expéditions scientifiques sont financées pour pousser toujours plus loin leur expansion. Sur Nyrheim, les colons ont reproduit une société de castes séparant les cultivateurs des têtes pensantes. A leur siège celui que l'on appelle le Commandeur incarne la figure d'autorité qui édicte la marche à suivre. Toute personne émettant des doutes ou critiquant les règles est d'ailleurs considéré comme un déviant. Bien entendu il n'est pas bon d'être traité comme tel sous peine d'être frappé d'ostracisme. 

Dans son roman, Christian Léourier nous dépeint un monde rude autant du point de vue de l'hostilité de la faune et de la flore locale qui réagit vivement à cette présence humaine trop intrusive que de cette gouvernance finalement très dictatoriale. 

En quelques pages, l'auteur a posé son décor. Il est nourri par un imaginaire foisonnant inventant des espèces animales et végétales, ainsi que des paysages inédits. 

Ici, l'ambiance est à la découverte et à la survie. En outre, on prend vite conscience des non-dits quant à cette vie possible sur Nyrheim. 

Plus qu'un récit d'aventure, l'auteur a également tissé une trame politique à travers des mensonges d'État, dissimulant bien des vérités. Aussi, pour l'héroïne, il s'agira pour elle de mener à la fois une quête de survie et d'identité. Le passé la rattrape bien malgré elle l'obligeant à faire face à une réalité qu'elle n'était pas prête à comprendre ni à accepter. Ce monde est étouffé par des secrets tuant bien des protagonistes et transformant cette expédition en véritable cauchemar. 

On est vite happé par l'intrigue qui se veut plutôt immersive. 

Christian Léourier a piqué son texte de thèmes intéressants questionnant la société dans ses choix politiques et environnementaux. 

31/08/2025

Eva Martin, De l'or dans les mains, éditions Critic

Eva Martin, De l'or dans les mains, éditions Critic

Après Miska, un premier roman de fantasy qui a su envoûter son lectorat, Eva Martin récidive. En effet, le 24 septembre prochain paraît De l'or dans les mains, son deuxième roman, toujours chez Critic

Ayant reçu ce service de presse en épreuves non corrigées, j'ai donc eu la chance de pouvoir le lire en avant première et je remercie très chaleureusement Eric Marcelin pour cet envoi. 

Résumé :

A Blanchevue, Artane est une monte-en-l'air bien connue de la pègre locale. Son charme lui a donné certaines capacités bien utiles pour mener à bien ses petites combines. Seulement elle ne dupe personne et va vite l'apprendre à ses dépens puisqu'on la charge d'une mission suicidaire en échange de sa liberté. Un marché tentant mais finalement difficile à tenir car comment peut-elle, ne serait-ce qu'imaginer de pouvoir s'emparer d'une pierre d'épure alors que celle-ci est l'objet le plus convoité et à ce titre, est tenu sous bonne garde. Infaisable, dites-vous, mais en êtes-vous si sûre ?

Mon avis :

De l'or dans les mains s'inscrit dans le même univers que Miska. Ainsi, dans ce roman on retourne en Calcédie où l'on continue à être baigné par les légendes Kinoshs.  

Ici, les relations diplomatiques sont menacées par des complots qui cherchent à déstabiliser la paix. 

La magie y est d'ailleurs très présente. Elle s'exprime à travers les charmes que possèdent certaines personnes. Qualifiés de charmines, ces élus sont mal perçus et pas intégrés à la société. D'ailleurs, beaucoup dissimulent leurs dons pour éviter d'être mis au ban. Pour autant la magie demeure un gros enjeu de pouvoir comme en témoigne l'agitation que suscite l'existence de pierres aux propriétés ésotériques puissantes car beaucoup cherchent à s'en emparer. C'est en tout cas ce que génère la pierre d'épure entre ces lignes. Elle est au cœur de toutes les quêtes dont celle menée par le personnage principal de cette histoire. Pas toujours très maîtrisées, les manifestations surnaturelles sont parfois aussi spectaculaires que dévastatrices. 

L'univers construit par Eva Martin est à nouveau très immersif et s'associe habilement à une intrigue nourrie de secrets et de trahisons. 

En outre, elle a piqué son texte de thématiques familières propres notamment au roman d'apprentissage, à travers la quête de soi bien souvent inhérente à la mise en scène de jeunes héros. Ainsi Naël cherche à trouver sa place et à se dessiner un destin. En outre, en mettant l'accent sur une communauté de personnages proscrits, Eva Martin aborde la question de l'intolérance et de l'ostracisme. Pour autant ce texte est également porteur d'espoir à travers cette utopie d'un monde meilleur toujours possible pour qui en a le pouvoir. 

De l'or dans les mains est autant un récit politique qu'un roman d'aventure. L'autrice y réunit tous les ingrédients qui font la force de cette littérature : action, machination et danger. 

Eva Martin s'appuie essentiellement sur un duo de personnages pour porter son histoire. On retrouve la voleuse Artane qui n'a pas une vie facile, bien qu'elle soit née charmine lui donnant une avantage certain pour commettre ses larcins. C'est une jeune femme forte et indépendante qui rêve d'évasion et d'une vie meilleure. Elle cherche à s'affranchir de ses chaînes pour être enfin libre. Aussi sa froideur apparente cache en réalité un cœur qui ne demande juste qu'à s'épanouir. Bien malgré elle, elle s'attache à cet adolescent qui lui colle aux basques sans qu'elle sache bien comment faire pour s'en débarrasser. 

Naël est un être cabossé qui dissimule un grand pouvoir dont il ne sait que faire. Il s'accroche désespérément à Artane cherchant sa protection et son partage d'expérience. Fort malmené mais possédant une générosité et une empathie telles qu'on ne peut que s'attacher à lui. 

Voilà un couple de personnages des plus improbables mais qui donne à ce livre un vrai goût d'humanité. 

Pour conclure :

Avec De l'or dans les mains, Eva Martin continue de tracer sa route au cœur d'univers de fantasy toujours plus foisonnant. C'est définitivement un nom à retenir !

Fantasy à la Carte

A lire aussi sur le blog, mon avis sur Miska

Informations

Eva Martin
De l'or dans les mains
9782375793404
322 pages
éditions Critic

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17/05/2025

Lou Jan, Un corps d'avance, éditions Critic

Lou Jan, Un corps d'avance, éditions Critic

Après un premier roman intitulé La Machine à Aimer qui lui vaut une entrée remarquée au sein des littératures de l'imaginaire et particulièrement la science-fiction, Lou Jan récidive avec un second récit. 

Toujours dans ses thématiques de prédilection, elle nous brosse avec Un corps d'avance un futur technologique intéressant mais dépouillé de l'essentiel. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic je remercie Eric Marcellin pour l'envoi de ce SP. 

Résumé :

Jinseï s'apprête à vivre son premier reset. Il appréhende un peu, non pas de pouvoir garder son apparente jeunesse jusqu'à 10 fois 75 ans mais de couper tout le lien avec chacune de ses vies. Et si l'immortalité n'était pas si enviable ? 

Mon avis :

Un corps d'avance s'inscrit dans un cadre futuriste dans lequel Lou Jan continue de questionner les avenirs possibles à travers les progrès scientifiques et technologiques. 

Elle a d'ailleurs choisi comme point de départ de sa réflexion, la question de l'immortalité. Obsession de notre époque, c'est donc tout naturellement que les avancées tournent ici autour d'elle. Ainsi, l'autrice a imaginé la possibilité aux humains de pouvoir vivre jusqu'à dix reset d'une durée de 75 ans. Grâce à cette prouesse, la mort n'existe quasiment plus. 

Seulement pour être éligible à ce procédé, des conditions sont à respecter. Et celles-ci ne sont pas des moindres puisqu'il faut accepter de renoncer à chacune de ses vies, incluant de ne plus vivre dans son pays initial de résidence et surtout de rompre tous ses liens familiaux. En outre, il est possible d'opter pour l'oubli effaçant, de facto, les souvenirs à chaque remise à zéro. 

Dans ce monde imaginé par Lou Jan, les humains vivent aux côtés des androïdes mais point sur un pied d'égalité car ces derniers sont considérés comme des esclaves, utilisés pour travailler à la place des humains. Pire encore ils ont été créés, à dessein, avec une obsolescence programmée par pure crainte qu'ils détrônent l'humanité et finissent par la dominer. 

Cette mise en valeur à pour but, de ramener l'intelligence artificielle au cœur du débat en insistant sur toute la problématique qu'elle soulève, notamment à travers la méfiance suscitée a son égard. Aujourd'hui, l'IA est surtout présentée comme un danger de remplacement de l'humanité. Or, Lou Jan souhaite ici renverser cette apriori en les intégrant à sa société. Pour cela, elle met en avant leur désir de vivre libre, à l'image de l'un de ses personnages qui vit dans la clandestinité pour tenter de survivre et d'imprimer sa marque dans ce monde en le changeant. 

Avec Un corps d'avance, on est sur un roman collégiale divertissant où chacun des protagonistes de Lou Jan vient nous faire découvrir une facette de ce futur qu'elle nous brosse. Que l'on s'attache ou non à Jinsei, Namaya ou Léan, on est vite captivés par leur destinée atypique où leurs âmes se télescopent à d'autres, et où il est possible de reprogrammer la vie à l'infini. 

Fasciné ou inquiet par ce progrès qui a repoussé les limites du corps humain, il permet surtout à l'autrice de ramener la vie à l'essentiel, à ce qui fait son sel. C'est d'ailleurs le fond de ce récit, l'importance des liens, des attaches et des sentiments, car à quoi bon vivre éternellement si c'est pour perdre à tout bout de champ ceux qui nous sont proches. 

Derrière cette nouvelle aventure très punchy, l'autrice y insère une réflexion philosophique autour du sens de la vie, en soulignant l'amour comme un moteur pour avancer. Soit, c'est un sentiment puissant qui en génère d'autres, à l'image de la jalousie dont certains protagonistes du récit vont d'ailleurs en faire les frais mais c'est un mal nécessaire pour donner du relief au destin. 

Lou Jan louvoie entre présent, passé et futur pour nous entraîner à perdre haleine dans un espace-temps inattendu, source de dangers, mais aussi de belles rencontres. On goûte à un imaginaire fouillé car passionnée par tout ce qui a attrait à ce qui fera demain à travers les innovations, elle se plaît donc à le construire dans ses récits en y mettant en exergue ses forces et ses failles. 

Un corps d'avance est un roman court et percutant qui explore la force des sentiments ainsi que les notions de manque et de vide lorsqu'ils brillent par leur absence. Divertissant !

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mon avis sur La Machine à Aimer.

Informations

Lou Jan
Un corps d'avance
9782375793220
224 pages
Editions Critic

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12/04/2025

Emmanuel Quentin, Vent Rouge, éditions Critic

Emmanuel Quentin, Vent Rouge, éditions Critic 

Grand amateur de littératures de l'Imaginaire, Emmanuel Quentin a fini par céder aux sirènes de l'écriture. Sa bibliographie compte déjà quelques titres comme Dormeurs, Où s'imposent les silences ou La faculté des idées noirs.

Son nouveau roman est sorti depuis peu aux éditions Critic et s'intitule Vent Rouge.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie Eric Marcelin pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Sophis est soumise au vent rouge, un phénomène météorologique inexplicable qui emporte, disperse et mélange les souvenirs des personnes se retrouvant sur son passage. Ce n'est d'ailleurs pas la seule menace qui sévit sur cette planète. En effet, alors qu'Anat  pensait faire ses adieux aux 3 corps plongés dans des cuves depuis fort longtemps, l'un d'eux est revenu à la vie. Il s'agit d'une dénommée Satia Layre missionnée il y a plus de 400 ans par les siens pour mener à bien un objectif contraire aux intérêts de Sophis et même plus menaçant que l'oubli lui-même.

Mon avis :

Vent Rouge est un planet opera dans lequel Emmanuel Quentin confronte deux sociétés antagonistes dans leur état d'avancement. Ainsi, on a d'un côté, l'Ordocratie qui bénéficie d'un progrès technologique sans commune mesure lui permettant d'asseoir sa domination sur la galaxie et de l'autre côté, Sophis qui demeure encore sous l'emprise d'un certain archaïsme dû à des bouleversements écologiques et sociaux. 

Emmanuel Quentin donne vie à un univers complexe nourri à la nanotechnologie et piloté par une intelligence artificielle déclinante. 

Nous sommes face à d'un côté, une civilisation avancée qui maîtrise l'usage de corps d'emprunt assurant une longévité remarquable même si elle a ses limites comme l'illustre les difficultés de l'un des protagonistes de cette histoire et de l'autre côté, un peuple traumatisé par une oppression forte et menacé par un dérèglement inarrêtable. 

C'est donc dans ce décor futuriste que l'auteur a décidé de bâtir son intrigue où il est beaucoup question de colonialisme et de rapt des ressources locales. Vent Rouge critique cette politique expansionniste qui se fait toujours au nom du bien collectif mais se révèle surtout très destructrice pour les locaux. 

En outre, à travers cette manifestation climatique qu'est le vent rouge, Emmanuel Quentin aborde de manière très original la thématique de la mémoire à travers ces souvenirs qui se mélangent et disparaissent. Ainsi, le vent rouge est craint car son passage est synonyme d'oubli. En faisant des souvenirs un enjeu narratif de son livre, l'auteur met en lumière le poids du passé et l'importance de ne pas l'oublier pour aller de l'avant car c'est en regardant en arrière que l'on sait où l'on va. En perdant leurs souvenirs, les protagonistes d'Emmanuel Quentin perdent une part d'eux-mêmes.

Vent Rouge n'est pas un roman si facile d'accès car l'univers est dense et l'intrigue est tortueuse. 

En outre, c'est un roman choral qui donne la parole à pléthores de personnages remplis de secrets et de zones d'ombre. Personnellement, je n'ai pas vraiment réussi à m'attacher à eux. En revanche, leurs destins croisés contribuent grandement à donner du suspense à ce texte puisque chacun à sa quête, ils nous entraînent à perdre haleine dans ce monde déclinant où subsistent les ruines d'une technologie avancée. 

Pour conclure :

La plume d'Emmanuel Quentin est fluide et nous emporte sans mal dans son histoire. Ce texte ne manque ni de rythme ni d'action. Il fallait bien ça pour nous dévoiler ce monde âpre et inquiétant qui sert d'écrin à l'auteur pour questionner la société dans ses failles.

Fantasy à la Carte

Informations

Emmanuel Quentin
Vent Rouge
9782375793138
429 pages
Editions Critic

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27/10/2024

Emmanuel Chastellière, Souveraine du Coronado, éditions Critic

Emmanuel Chastellière, Souveraine du Coronado, éditions Critic

Au fil de ses publications, Emmanuel Chastellière s'est imposé comme un nom incontournable des littératures de l'imaginaire francophone. 

Après avoir eu un coup de cœur pour L'Empire du Léopard et particulièrement, La Piste des Cendres, le voir signer un nouvel opus prenant cadre dans cet univers m'enchante énormément. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie Éric Marcelin pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Alors que le Nouveau-Coronado  s'apprête à être vendu aux enchères, une série de meurtres sanglants visant les plus nantis secoue la colonie. C'est à Ferran et à son équipier de mener cette délicate enquête d'autant que les esprits s'échauffent vite. Pendant ce temps, le juge-mage Ochozias emprunte des chemins de traverse pour mener sa propre quête. Séduit par les propos d'un prisonnier promettant l'accès à la vie éternelle, le voici embarqué dans une expédition sur la trace des anciens dieux et à l'issue incertaine. Dans un monde au bord du chaos, nul ne peut donc présager de l'avenir. 

Mon avis :

Avec Souveraine du Coronado, Emmanuel Chastellière nous propose une dernière incursion au cœur de son univers de la Lune d'Or. Il a choisi pour cadre la colonie du Nouveau-Coronado au moment où celle-ci est mise aux enchères. Le climat avec les locaux est donc tendu et la moindre étincelle risque de mettre le feu aux poudres. Or, une série d'assassinats rituels est perpétrée menaçant de faire voler en éclats la paix apparente des lieux en suscitant la peur et la colère. Emmanuel Chastellière a donc introduit des meurtres sacrificiels à caractère ésotérique afin de renouer avec les créatures féériques rencontrées dans les livres précédents. Le temps a passé depuis la première aventure puisque nous sommes au XXe siècle. En dépit d'une évangélisation forcée visant à étouffer les anciennes croyances, celles-ci reviennent en force et sont même le moteur de la rébellion contre le colon qui non content d'avoir investi la terre des autres, se permet d'en disposer à sa guise et de souhaiter la vendre. 

Ainsi, Souveraine du Coronado se pare des couleurs de la fantasy auquel l'auteur a ajouté une pointe de thriller à travers cette vague de crimes à élucider.

En outre, vu le caractère innommable des meurtres, on peut également parler d'ambiance horrifique d'autant que la terreur règne en ces lieux. Emmanuel Chastellière poursuit l'exploration de son riche univers en jouant sur les émotions de ses lecteurs. L'intrigue est une nouvelle fois très riche. Il est notamment question de révolte populaire en réponse à la spoliation de leur terre et à l'intolérance religieuse subie. L'auteur introduit dans son texte des thématiques tournant autour de l'amitié, de la force des liens familiaux mais aussi du deuil, notamment celui de la perte d'un enfant. 

Comme pour chaque roman d'Emmanuel Chastellière, le récit est très soigné. Il faut dire qu'il a toujours à cœur de porter des univers fouillés et des histoires prenantes. 

L'autre atout de cette plume est de créer des personnages féminins de grande qualité. Souveraine du Coronado ne fait d'ailleurs pas exception car pour ma part, ce n'est ni Ferran ni Ochozias qui emportent ma préférence mais plutôt Coré, Denna et Aitana. En effet, on est à nouveau face à trois portraits de femmes fortes qui se révèlent être les vraies héroïnes de cet opus. Badasses, courageuses et frondeuses, elles rendent l'histoire plus intense.

Pour conclure :

Emmanuel Chastellière sait y faire pour nous livrer un texte très qualitatif autant du point de vue de l'action que de la complexité de ses protagonistes. Toutefois Souveraine du Coronado ne détrône pas La Piste des Cendres, un roman qui demeure cher à mon cœur. Pour autant, c'est un très bon livre qui vous emmène dans l'exploration d'un autre rivage et j'en suis sûre, il saura vous captiver.

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog mes avis sur L'Empire du Léopard, La Piste des Cendres, Céléstopol, Céléstopol 1922

Informations

Emmanuel Chastellière
Souveraine du Coronado
9782375793107
560 pages
Editions Critic

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11/06/2024

Eva Martin, Miska, éditions Critic

Eva Martin, Miska, éditions Critic

En 2023, les éditions Critic ont accueilli en grandes pompes une nouvelle voix de l'Imaginaire, Eva Martin, pour ne pas la nommer, au sein de leur catalogue. 

Il est vrai que la sortie de son premier roman, Miska, n'était pas passée inaperçue, en suscitant moult réactions au sein de la communauté des amateurs du genre.

Repéré à l'époque mais point encore lu, je viens de rectifier le tir en rencontrant l'autrice aux Imaginales et en me procurant ledit ouvrage. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie Eric Marcelin pour sa confiance renouvelée et ce service de presse.

Résumé :

En Calcédie, la rumeur court autour de l'existence de voiles blanches qui auraient été aperçues ici ou là. Illusion d'optique ou réalité, c'est au capitaine Dacien qu'incombe la mission d'aller vérifier sur place ce qu'il en est. Peu emballé, il s'y soumet de mauvaise grâce sans savoir que ce n'est que le début des ennuis...

Mon avis :

Miska est un roman de fantasy dans lequel deux civilisations vont s'opposer. Si l'une stagne à une ère moyenâgeuse, l'autre, au contraire, affiche un progrès insolent marqué par la technologie. Celle-ci s'exprime, par exemple, par la possession d'armes à poudre, pendant que les autres se battent encore à l'épée et à l'arc. Mais le plus notable demeure cette flotte de bateaux volants appelés "mostarkis" qui leur permet de parcourir le monde et accessoirement de le coloniser. Leur présence ajoute clairement une touche steampunk à l'univers. Ce modernisme, ils le doivent à leur maîtrise de l'épure car si les Kinoshs et les Calcédiens disposent bien de cette magie, ils ne la contrôlent pas pour autant de la même manière. On a donc une magie qui sert la technique et est également une arme létale de grande envergure capable de souffler toute vie sur son passage. Sa mise en œuvre colore ce texte d'un ésotérisme aussi visuel que spectaculaire. 

Miska, ça parle de quoi ? Avant tout, c'est une histoire de colonisation que l'on découvre aussi bien du point de vue du colonisé que de celui du colonisateur. Eva Martin y met en lumière d'un côté, les mensonges et la manipulation politique pour justifier cet acte expansionniste et de l'autre côté, la résilience des peuples ou au contraire, son esprit de revanche face à l'oppresseur. 

Miska est un roman psychologique dans lequel l'autrice nous propose une analyse très pertinente des comportements humains lorsqu'ils sont en but à des situations inextricables. Ainsi, si certains versent dans la violence et le calcul, d'autres demeurent plus pragmatiques et pondérés.

Miska, c'est d'abord un symbole de liberté qui se retrouve petit à petit dévoyé pour sombrer dans les ténèbres. Avec ce roman, on est sur des thématiques très ancrées dans notre réalité car le colonialisme demeure, à bien des égards, très actuel surtout lorsqu'il se mêle à des notions de modèles économiques, environnementales et sociétales. C'est vraiment le tour de force de cette plume qui sous couvert d'aventure en territoire fantasy nous parle surtout d'épuisement des ressources naturelles, de survie et de sacrifice ainsi que des choix à faire et du prix à payer. En outre, Il est également beaucoup question de liberté qui sous la plume d'Eva Martin, prend bien des significations. Ainsi, dans ce livre, on parle aussi bien de se libérer du joug de l'oppresseur que de se défaire du carcan imposé par la société, particulièrement pour les femmes qui, en rencontrant un autre peuple, vont découvrir une autre manière de vivre, notamment en occupant une place différente dans la société. Ainsi, au fil des pages on va avoir le plaisir de voir des femmes ou des jeunes filles prendre le pouvoir, non pas pour dominer l'autre mais simplement pour rétablir l'équilibre au sein de cette structure sociale défaillante. Ce livre ne manque donc pas de protagonistes badass aussi bien masculins que féminins. 

Miska est un récit d'action au ton mordant. Eva Martin a structuré son récit autour de deux points de vue masculins diamétralement opposés qui nous donnent la vision des deux camps en présence. Or, il n'y a pas plus différent que ces deux personnages principaux. Si Dacien est haut en couleurs de par sa verve et sa nature quelque peu bagarreuse, Azalon, lui, est plus mesuré, voir même flegmatique. Leur point commun est de devoir endosser un costume trop grand pour eux, celui de sauveur de la situation. Ainsi, Dacien en compagnie de sa poignée d'hommes va tout faire pour renverser les évènements et préserver les siens tandis qu'Azalon, lui, va être pris en tenaille entre sa conscience et ses obligations vis à vis de son peuple. Dans leurs diversités et leurs convergences, ils sont tous les deux très attachants. Finalement, en dépit de la gravité des évènements, on n'arrive pas à décider de quel côté notre cœur va pencher.  Leurs destins s'écrivent à l'encre de sang pour nous émouvoir autant que nous subjuguer.

Pour conclure :

Avec Miska, Eva Martin signe un premier roman engagé aussi divertissant qu'intelligent. A ne surtout pas rater !

Fantasy à la Carte

Sur la blogosphère, retrouvez les avis de : Just a Word et Le Bibliocosme.

Informations

Eva Martin
Miska
9782375792834
494 pages
Editions Critic

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04/06/2024

Fabien Clavel, Abyss : Le Trône vide, éditions Mnémos

Fabien Clavel, Abyss : Le Trône vide, éditions Mnémos 

Après une réécriture mythologique avec La Niréide en 2022 et un essai avec Buffy, Baroque Epopée en 2023, Fabien Clavel signe un nouveau titre au catalogue des éditions Mnémos.

Il s'agit d'Abyss : Le Trône vide, un récit complètement inspiré du jeu de plateau Abyss.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Mnémos, je remercie Estelle Hamelin pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Abyss est en ébullition. La rumeur court que le roi est mort, une autre affirme qu'il se remet doucement d'une grave blessure. Certains voient dans cette défection du trône, l'occasion de prendre le pouvoir et multiplient les déstabilisations pour y arriver, notamment en agitant le spectre de la famine. Dans ce contexte tendu débarquent bien malgré eux Zée, Moire, Nourrain, Salyne et Ström qui n'auront pas d'autre choix que d'agir avec finesse pour espérer se sortir de ce marasme. Mais vont-ils y arriver au final ? 

Mon avis :

Abyss : Le Trône vide nous immerge dans l'univers aquatique du jeu de société éponyme où l'on part aussi à la rencontre des fameux peuples marins composés par les Cultivateurs, les Militaires, les Marchands, les Mages et les Politiciens. Ainsi, le royaume d'Abyss s'organise ici selon des castes qui gravitent autour du roi. Certains sont préposés à la défense pendant que d'autres fournissent les denrées alimentaires. Bien qu'Abyss soit un royaume gouverné par un roi, ce n'est pas pour autant une monarchie absolue puisque les lois sont votées par l'Assemblée Océanique du Sénat constituée du Parlement et de la Chambre des Alliés. Le pouvoir n'est donc pas unilatéral et une représentation populaire existe au sein de cette société même si celle-ci, comme partout ailleurs, est parfois tronquée. 

Dans son roman, Fabien Clavel propose une représentation anthropomorphique de ces créatures marines qui évoluent dans une société miroir de la nôtre par son mode de fonctionnement. 

A cela s'ajoute une dimension ésotérique puisqu'une magie existe entre ces lignes. Elle est l'apanage de quelques élus qui disposent du delwi, autrement dit un potentiel magique prenant la forme d'une lumière brillante. Ils sont un atout indéniable d'autant que certains forment des troupes de combat appelés Filaments et peuvent vite devenir redoutables en plongeant notamment leurs adversaires dans des illusions d'horreur. 

Abyss : Le Trône vide est un récit tissé par de nombreuses intrigues politiques motivées par la vacance du trône. En cela, on retrouve bien le motif initial du jeu centré sur un qui ceindra la couronne. Une soif de pouvoir qui génère sans surprise de la convoitise et met en place des stratégies basées sur le mensonge et la manipulation. Voilà qui donne au récit toute sa saveur sans compter que l'auteur y évoque également l'enjeu de la souveraineté alimentaire et questionne aussi des modèles de société, notamment dans leurs failles de la représentation politique chargée de porter la voix populaire. 

Le texte demeure riche et fort intéressant. Il est porté par de nombreux protagonistes qui nous apparaissent comme autant de pions servant un dessein dont ils ne sont clairement pas les instigateurs. En effet, chacun d'entre eux débarque inopinément au milieu de ce sac de nœuds sans savoir qu'ils vont y jouer un rôle crucial. Si Nourrain espère juste échapper à la prison et Ström souhaite devenir un grand Mage, Salyne, elle, s'est engagée sur la voie très honorable de chercher par tous les moyens à alerter le roi du danger qui touche leur principal source alimentaire. Ainsi, certains brillent par leur altruisme pendant que d'autres servent surtout leurs intérêts personnels. Pour autant, échapperont-ils à leurs destins ? Rien n'est moins sûre surtout quand celui-ci est manipulé par une grande puissance.

Pour conclure :

Que l'on soit un habitué d'Abyss ou non, on a aucun mal à se laisser charmer par cet univers marin peu habituel en littérature fantasy. L'intrigue est redoutablement efficace et tient parfaitement le lecteur captif de sa lecture. Côté personnages, j'avoue ne pas m'y être attaché plus que cela, l'alchimie n'a donc pas pris. Néanmoins, cela n'enlève en rien à la qualité du livre qui demeure très bon sans être un coup de cœur pour moi. En écrivant ce récit, Fabien Clavel nous rappelle combien l'Imaginaire est transmédia. Alors, répondrez-vous à l'appel des abysses ? Si oui, rendez-vous en librairie le 5 juin.

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mes avis sur : La Niréide, Buffy, Baroque Epopée et Feuillets de Cuivre

Informations

Fabien Clavel
Abyss : Le Trône vide
9782382671436
336 pages
Editions Mnémos

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17/05/2024

Jean Krug, La Couleur du Froid, éditions Critic

Jean Krug, La Couleur du Froid, éditions Critic

Découvert par les éditions Critic et étoile montante de l'Imaginaire chez Pocket, Jean Krug est un jeune auteur qui a, à cœur, de nous proposer des récits écologiques et sociétaux fort percutants.

A l'image de ses précédents romans, il signe, en ce mois de mai, un nouveau texte toujours publié par les éditions Critic.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie Eric Marcelin pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Héritière d'un empire économique, Mila Stenson gère ses affaires d'une main de fer. Alors que son projet d'aller coloniser Mars est au point mort, elle reçoit un étrange message de l'Antarctique la sommant de s'y rendre. En dépit de son aversion pour le froid, elle décide d'y aller en espérant, en même temps, trouver une réponse à ses inquiétants rêves qui hantent chacune de ses nuits ainsi qu'une solution pour son problème de santé puisque là-bas est implanté l'un de ses complexes médicaux ultra performants. Bien entendu, elle est loin de s'imaginer ce qui l'attend au cœur des glaces. 

La Couleur du Froid est un roman d'anticipation qui nous propulse dans un futur proche, en 2070. Sans surprise la Terre est en souffrance. Le projet de coloniser Mars, porté par certaines multinationales, piétine réduisant ainsi comme une peau de chagrin les chances de survie de l'humanité. L'Antarctique est devenue le théâtre des rivalités d'entreprises privées qui cherchent à y développer leur business ou un site privilégié pour l'armée qui y conduit ses essais. Le traité sur l'Antarctique signé en 1959 garantissant la protection des lieux seulement dédiés à l'étude scientifique a donc été rompu. 

Ainsi, Jean Krug a fait de l'Antarctique le cœur de son roman. Les descriptions sont vertigineuses et les sensations sont intenses. Bien que l'endroit soit un objet d'étude depuis de nombreuses années, il est loin d'avoir révélé tous ses secrets. Or, l'auteur se sert de ses mystères que la rationalité scientifique n'explique pas pour y introduire un soupçon de surnaturel qui donne vie au froid. L'univers n'en est que plus immersif et intriguant puisque Jean Krug y mélange bien volontiers les genres. En effet, au-delà d'un récit prospectif reposant sur des principes scientifiques fort pédagogiquement expliqués, La Couleur du Froid est aussi un thriller qui essaime son lot de meurtres et de disparitions. Sans trop vous en dévoiler sur l'intrigue, Jean Krug parle de société secrète et manipule allègrement ses personnages et accessoirement ses lecteurs pour nous emmener sur un terrain très surprenant. 

Cette science-fiction mêlant uchronie et horrifique nous entraîne au cœur d'une expédition glaçante. La Couleur du Froid est un texte riche de thématiques variées. En faisant de l'Antarctique presque son protagoniste principal, Jean Krug remet ce continent austral au cœur des préoccupations nous rappelant la nécessité de le protéger car il est la clé de la survie humaine. 

Dans son livre, il change de paradigme. En effet, alors que l'humanité est obnubilée par le réchauffement, lui imagine plutôt une issue inverse davantage tournée vers un refroidissement climatique. Cela a le double intérêt de rappeler la nécessité du froid pour la régularisation des températures mais aussi et surtout que la vie dépend juste d'une question d'équilibre. Trop chaud ou trop froid aboutit au même résultat, à savoir la disparition de tout être vivant. 

Au-delà de son propos écologique et climatique, il émet également une critique économique et sociétale en épinglant notamment cette aberration visant à détourner les améliorations que les nouvelles technologies permettent d'apporter au corps pour des fins futiles comme le prolongement de personnes âgées aisées. Il met donc en exergue le détournement des richesses pour servir exclusivement les intérêts privés plutôt que ceux de la communauté.

Le texte est puissant et la plume, engagée. 

Jean Krug nous promet même une déferlante émotionnelle à travers sa communauté de personnages ballotés par le destin. 

La Couleur du Froid est un roman choral qui porte cette histoire à travers plusieurs voix. Celle de Mila Stenson, qualifiée de femme froide par beaucoup. Elle dissimule, en réalité, sous sa carapace un tempérament de feu. C'est clairement une femme forte. Orpheline, elle a donc grandi sans repères parentales et a dû se construire seule. Or, ce voyage en Antarctique va surtout lui donner l'occasion d'embrasser son héritage et ainsi de comprendre qui elle est vraiment. Il s'agit donc pour elle de mener une quête d'identité. Celle de Paul Damann qui lui aussi n'a pas été épargné par la vie puisqu'il est veuf. Sa femme est décédée lors d'un accident de voiture et où lui-même a perdu la perception des couleurs. Or, son choix de partir vivre en Antarctique n'est pas anodin puisqu'il ne sera pas tant question ici d'oublier son passé que de se pardonner à lui-même. Quant à Cryo, c'est une jeune femme entière et à vif dont les décisions bien que discutables en font un personnage finalement très surprenant.

De livre en livre, sa plume s'affine pour nous livrer des textes de plus en plus incisifs. Entre décor grandiose et réflexions politiques et environnementales, Jean Krug se fait l'auteur d'un récit sans concession dont vous ne sortirez sans doute pas indemnes. En librairie depuis aujourd'hui, le 17 mai, allez-vous craquer?

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mes avis sur Le Chant des Glaces et La Cité d'Ivoire.

Informations

Jean Krug
La Couleur du Froid
9782375793046
544 pages
Editions Critic

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