L'influence du "gaming" à la littérature

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09/07/2024

Sapir A. Englard, L'Alpha du Millénaire, T.1, éditions Hugo New Romance

Sapir A. Englard, L'Alpha du Millénaire, t.1, éditions Hugo New Romance 

Après le succès de sa saga des Loups du Millénaire, Sapir A. Englard signe une série préquelle intitulée L'Alpha du Millénaire qui prend cadre dans le même univers.

Reçu en service de presse, je remercie les éditions Hugo pour cet envoi. 

Résumé ;

Eve Knox débarque au sein de la meute de la côte Ouest pour y protéger la seule famille humaine au milieu des loups-garous. Alors que ses services sont d'abord rejetés, une série d'incidents mettant en danger les deux sœurs Morgan ramènent la famille à de meilleurs sentiments. Sur place, Eve recroise la route de Raphaël Fernandez, l'Alpha des Loups du Millénaire. Elle le déteste autant qu'il l'attire. Ils ont un passif ensemble même si lui semble l'avoir oublié. Pourra-t-elle mener à bien sa mission alors que la saison frénétique commence, rien n'est moins sûr ?

Mon avis :

Dans L'Alpha du Millénaire, Sapir A. Englard a basculé le lieu de l'action d'Est en Ouest. On retrouve des éléments communs tels la Maison de la Meute, le bal de Yule, la Frénésie ainsi que le retour de certains personnages. 

Mais, en changeant de points de vue, l'autrice se laisse l'opportunité d'approfondir son univers. En effet, dans cette nouvelle saga, elle porte son attention sur deux protagonistes rencontrés auparavant. Il s'agit de Raphaël, l'alpha des loups du Millénaire et d'une certaine Eve Knox qui entretiennent un relationnel ancien et conflictuel. 

En choisissant de mettre en scène des protagonistes comptant déjà plusieurs siècles à leur compteur, cela a le double intérêt de donner une certaine maturité au texte tout en étoffant l'univers par l'introduction de nombreuses créatures fantasmagoriques. 

Entre ces lignes, on retrouve aussi bien des loups-garous que des vampires en passant par les divinités. Neutres ou maléfiques, ces dernières sont dotées d'un si grand pouvoir qu'elles dessinent ce monde surnaturel et pèse sur les destins de tout à chacun y vivant. 

Dans ce premier volet, Sapir A. Englard table sur deux temps de narration correspondant au présent et au passé du personnage principal féminin. Cela permet de goûter à la magie qui s'égaille au sein des pages de ce roman, en remontant à sa source et en observant ses multiples manifestations. 

A l'image de sa première saga, l'autrice s'appuie sur un duo de protagonistes pour porter son histoire et donner corps à sa romance très "enemies to lovers". Elle a donc misé sur un couple très explosif pour pimenter son récit et répondre aux attentes d'une telle intrigue. On a une héroïne très badass, tueuse de vampires dont le surnom n'est autre que le Diable. Cela fait ses siècles qu'Eve s'est attelée à une tâche qui lui tient à cœur et rien ne peut la détourner de sa mission. A travers les fragments de son passé, on découvre sa fragilité ainsi que le drame qui a forgé la femme forte qu'elle est devenue. Elle ne cesse de croiser le chemin d'un personnage fort charismatique. Son statut d'Alpha des loups du Millénaire fait de Raphaël un homme très séduisant et irrésistible. Et pourtant dans ce présent, Eve lui résiste, le repousse et le combat. Il est sa faille et elle refuse de lui céder de peur d'échouer dans sa tâche. Plein de secrets et troublé par cette femme qui l'obsède, Raphaël saura-t-il baisser sa garde et ouvrir son cœur. C'est le plus puissant des loups-garous, pour autant peu de choses nous est dévoilé sur lui. Il faudra sans doute attendre les tomes suivants pour en apprendre davantage. 

L'Alpha du Millénaire met en exergue une quête de vengeance et de rédemption. Celle d'une femme dont on a volé la vie et qui souhaite retrouver son bien le plus précieux pour vivre enfin libre. 

C'est une romance pleine d'action et de rebondissements pour mieux surprendre les lecteurs.

Pour conclure :

Que vous ayez lu ou non Les Loups du Millénaire, vous pouvez débuter ou continuer avec L'Alpha du Millénaire surtout si vous aimez les romances surnaturelles. Clairement, Sapir A. Englard maîtrise les codes du genre pour envoûter les amateurs. C'est à vous de voir !

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mes avis sur les tome 1, 2 et 3 des Loups du Millénaire.

Informations

Sapir A. Englard
L'Alpha du Millénaire
Tome 1
9782755670424
286 pages
Editions Hugo New Romance

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05/07/2024

Raphaël Bardas, Les Fourneaux de Crachemort, éditions Mnémos

Raphaël Bardas, Les Fourneaux de Crachemort, éditions Mnémos 

Après Les Chevaliers du Tintamarre et Le Voyage des Âmes Cabossées, Raphaël Bardas revient en librairie avec une aventure culinaire haute en couleurs. 

Ayant pas mal ri à ses deux premiers romans, je ne pouvais clairement pas faire l'impasse sur ce troisième. 

Résumé :

Suite à un cambriolage qui a mal tourné, Catane, Fauve, Marcello et Mwandishé n'ont pas d'autre choix que d'aller se mettre au vert pour se faire oublier. C'est ainsi que les quatre amis prennent la route et survivre en amusant le tout venant par des spectacles théâtrales et en les régalant de petits plats mijotés. Mais pourront-ils échapper longtemps aux puissances qu'ils ont dérangées ?

Mon avis :

Avec Les Fourneaux de Crachemort, Raphaël Bardas continue l'exploration de l'univers de fantasy dont il avait initié les bases dans ses deux romans précédents. Autres lieux et personnages différents entre ces lignes car on quitte Morguepierre pour Brillanza. 

En outre, l'auteur y introduit des artefacts composés d'un masque de scène, d'une plume, d'une épée et d'un manteau d'hiver qu'il met entre les mains de ses protagonistes. Ces objets à caractère magique donne à ce texte toute sa saveur onirique d'autant qu'ils suscitent l'intérêt de la sorcière de Crachemort dont l'ombre menaçante plane tout du long sur le destin des héros de cette histoire. En effet, alors qu'ils pensaient échapper à leur sentence pour avoir commis ce méfait, les quatre amis se retrouvent persécutés par cette âme maléfique dont on ne sait pas grand chose si ce n'est qu'elle a lancé ses hordes à leurs trousses. 

Qu'elles sortent du bestiaire merveilleux sous une forme retravaillée ou directement de l'imaginaire débridée de l'auteur, bien des créatures s'égaillent entre ces pages pour enchanter notre lecture car il faut bien dire que l'on rencontre de drôles de zouaves par ici. C'est tout le charme de la plume de Raphaël Bardas qui nous entraîne toujours dans des péripéties impossibles à la rencontre d'êtres surprenants. 

Ce livre est une ode à la bonne chère et au théâtre. De représentation en représentation, les personnages nous embarquent dans une folle sarabande pour tenter d'échapper à leur passé et se réaliser par eux-mêmes. 

Les Fourneaux de Crachemort s'avère donc être un récit d'apprentissage pour chacun d'entre eux car ils s'y cherchent et souhaitent se tracer leur propre chemin et non celui décidé par leurs parents comme c'est le cas pour Catane qui refuse de se soumettre au mariage choisi par son père.

Raphaël Bardas y entremêle les histoires personnelles de ses protagonistes à une aventure épique dans laquelle il instille des clins d'œil à des grands noms du théâtre ou à des œuvres littéraires. Sa plume se fait ainsi la complice des lecteurs, tantôt drôle tantôt grave tout en les maintenant dans un suspense latent face à la finalité incertaine qu'il a réservée. 

Le texte nous promet un joyeux bordel où l'art occupe le premier rôle. Que ce soit d'ailleurs celui de bien vivre ou celui de se divertir. Il y met en exergue la magie des mots qui recèlent le pouvoir de se libérer des situations difficiles, voire périlleuses. 

Promesse tenue pour Les Fourneaux de Crachemort qui nous livre une fantasy toujours aussi divertissante, un brin poilante et nettement plus lumineuse qu'auparavant. Il faut reconnaître que les personnages y sont clairement plus solaires et ont plutôt l'esprit ingénieux. Voilà de quoi les avantager pour se sortir de difficultés avec panache. 

Personnellement, j'ai un faible pour les figures féminines de ce roman car Catane et Mwandishé sont dotées d'un caractère bien trempé leur permettant de s'affirmer pour prendre la tête de cette expédition et triompher avec brio des obstacles, faisant de cette mésaventure une force. 

Pour conclure :

Plongez avec délice dans cette nouvelle odyssée aux notes épicées et vous m'en dire des nouvelles !

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mes avis sur Les Chevaliers du Tintamarre et Le Voyage des Âmes Cabossées.

Informations

Raphaël Bardas
Les Fourneaux de Crachemort
9782382671320
356 pages
Editions Mnémos

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30/06/2024

Jean-Philippe Jaworski, Les Fauteurs d'ordre, collection Lunes d'encre, éditions Denoël

Jean-Philippe Jaworski, Les Fauteurs d'ordre, collection Lunes d'encre, éditions Denoël

Grande figure de l'Imaginaire, Jean-Philippe Jaworski ne cesse de nous éblouir avec sa plume toujours très travaillée. 

Après ses séries à succès Gagner la Guerre, Le Chevalier aux épines ou encore Rois du monde, il est de retour aujourd'hui avec un texte court et engagé.

En effet, à l'aune des évènements politiques qui traversent le pays, il ne pouvait garder le silence.

Ainsi, pour faire écho à la tribune en faveur du Front Populaire, signée par les acteurs des littératures de l'Imaginaire, il nous a concocté une petite histoire nous rappelant que les heures sombres ne sont jamais loin. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Denoël, je les remercie pour la proposition de ce service de presse. 

Résumé :

Suite à un renversement de pouvoir, Azurée Capitolina a pris les commandes. A son service, quelques éléments zélés dont le conseiller Praetor fait partie. Epuration et traque des opposants remplissent son quotidien. Il s'y attelle même avec une grande efficacité. Seulement la rivalité est de mise au milieu de ce panier de crabes et sa position si belle soit-elle, elle pourrait vite devenir inconfortable, qui sait !

Mon avis :

Les Fauteurs d'ordre est un conte sombre qui nous immerge dans une période trouble suite à un coup d'Etat. La lassitude populaire vis à vis des promesses politiques non tenues fait clairement le lit des extrêmes. En effet, il n'est pas possible de qualifier autrement toute action visant à faire taire l'opposition ou à user de purges pour effacer la diversité. 

Le récit est d'une grande violence pour secoueur les esprits et faciliter la prise de conscience. 

Jean-Philippe Jaworski aborde ces conséquences politiques avec beaucoup d'habileté car on découvre les évènements non pas du point de vue des victimes, comme on pourrait s'y attendre, mais plutôt de celui d'un bourreau. 

En effet, dans un modèle totalitaire, la trahison n'est jamais loin et le personnage principal de cette histoire va en faire les frais. Ainsi, il va goûter au traitement qu'il a d'ordinaire réservé à bon nombre de personnes ne partageant pas les mêmes idées ou ne correspondant au stéréotype défini. 

A travers le destin  de ce Praetor, l'auteur nous donne une bonne leçon de vie nous rappelant que rien de bon ne peut sortir d'une telle société, si ce n'est de la violence et de la destruction. 

Le récit est glaçant. Annonciateur d'un naufrage ou promesse de crépuscule, Les Fauteurs d'ordre ne vous laissera clairement pas indifférent.

Pour conclure :

Voici un texte à mettre entre toutes les mains pour une réflexion collective sur une autre voie à suivre. 

D'ores et déjà disponible en librairie, allez-y !

Fantasy à la Carte

Informations

Jean-Philippe Jaworski
Les Fauteurs d'ordre
9782207183502
32 pages
Collection Lunes d'encre
Editions Denoël

21/06/2024

Chris Vuklisevic, Du thé pour les fantômes, collection Lunes d'Encre, éditions Denoël

Chris Vuklisevic, Du thé pour les fantômes, collection Lunes d'encre, éditions Denoël

Sacré Grand Prix de l'Imaginaire et prix des Imaginales 2024, Du thé pour les fantômes a fait son chemin dans le cœur des lecteurs qu'ils fassent, d'ailleurs, partis d'un jury littéraire ou non.

Mais ce roman n'est pas le premier de Chris Vuklisevic puisqu'elle a auparavant signée un postapocalyptique, Derniers jours d'un monde oublié, publié chez Folio SF et elle a également écrit sous le pseudonyme d'Ada Vivalda, une romantasy intitulée Porcelaine sous les ruines et publiée par les éditions Olympe. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Denoël, je les remercie pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Après le décès de leur mère, Félicité n'a qu'une obsession, celle de retrouver son fantôme. Facile pour cette passeuse de fantômes - me direz-vous - puisqu'elle possède naturellement le don de les voir et de communiquer avec eux. Pourtant celui de sa mère demeure introuvable. Mais Félicité est une obstinée, elle a même prévenu sa sœur qu'elle n'a pas revu depuis trente ans. Néanmoins elle n'est pas sûre que leurs retrouvailles se passent bien. Le temps lui dira vite si elle a bien fait, en attendant elle se demande toujours si elle arrivera à mener sa quête au bout ?

Mon avis :

Du thé pour les fantômes est une fantasy urbaine qui emprunte au conte pour réenchanter notre monde par un merveilleux baroque. L'univers est particulièrement original car il confère au thé une magie permettant d'interagir avec les morts pour peu que l'on maîtrise l'art de sa préparation ainsi que de sa récolte. Sous la plume de Chris Vuklisevic, les théières s'animent, s'entêtent et prennent parfois la poudre d'escampette. Elles sont indispensables à la préparation de ces étranges-thés car c'est ainsi que s'appellent ces thés aux propriétés magiques. Ils ont la particularité d'ancrer les fantômes dans le réel et facilitent l'interaction avec eux si l'on a bien évidement le don de les voir. A ces breuvages chimériques s'ajoutent l'utilisation d'objets phantopréhensibles nécessaires pour capter l'attention des esprits et obtenir d'eux les réponses aux questions posées.

En outre, pour nourrir son univers, Chris Vuklisevic trouve aussi son inspiration dans les contes en réinjectant dans son récit quelques éléments notables comme, par exemple, cette malédiction de cracher des insectes dès que l'on ouvre la bouche.

L'autrice a pris le parti de s'appuyer sur deux sœurs pour porter son histoire. L'une est passeuse de fantômes et l'autre est considérée comme une sorcière. Leurs singularités, ils la doivent à leur mère qui elle-même disposait de certains pouvoirs la connectant aux éléments et présente également une longue longévité. 

Le texte dégage un onirisme diffus qui s'accorde avec justesse à notre réalité. Le charme prend d'autant plus que la plume est bien travaillée tantôt poétique tantôt mélancolique, pour nous livrer un récit d'une grande profondeur. 

Dans son roman Du thé pour les fantômes, Chris Vuklisevic a choisit le deuil comme fil directeur à travers son protagoniste principal qui part en quête du fantôme de sa mère pour faire la lumière sur ce qu'elle lui a caché et être en paix avec elle. 

Derrière Du thé pour les fantômes, on a une histoire familiale lourde tissée de relations complexes. L'autrice y met en lumière une famille dysfonctionnelle avec une mère qui rejette l'une de ses jumelles au point de passer des colères foudroyantes sur elle et d'en arriver à l'ignorer purement et simplement. Le récit est dur émotionnellement nous faisant passer par toute une palette de sentiments car on est autant en but à la violence sociale que familiale. L'autrice insiste sur ces mensonges et ces non-dits qui empoisonnent les liens au point de les rompre. 

En outre, derrière les multiples identités endossées par la mère jusqu'à perdre pied avec la réalité et ne plus savoir qui elle est vraiment, cela renvoie immanquablement vers l'image des troubles cognitifs bien connus de notre société qui effacent les souvenirs et brouillent la mémoire. La mort, la vieillesse et la maladie sont autant de thèmes qui traversent ce roman pour mieux l'ancrer dans le réel car ce sont des questions fondamentales pour les vivants et qui interrogent aussi notre société dans sa manière de les gérer. 

Avec Du thé pour les fantômes, Chris Vuklisevic signe un texte bouleversant dans les sujets abordés et original dans l'univers créé.

Quant aux protagonistes qui virevoltent entre ces pages, le moins que l'on puisse dire  est qu'ils sont hauts en couleurs. Les jumelles ne manquent clairement pas de caractère. Si Félicité semble la mieux lotie des deux puisqu'elle a déjà la préférence de leur mère, elle n'en demeure pas moins étouffée par elle et éprouve très vite le besoin de s'en éloigner pour vivre sa vie. Néanmoins, les secrets lui pèsent au point de tout mettre en œuvre pour fouiller le passé et comprendre qui était réellement sa mère. Quant à Egonia, elle est juste le souffre-douleur maternel. et subit quotidiennement ses brimades, son indifférence et son exclusion avec résignation. Elle s'est enfermée dans une solitude pesante. Abandonnée de tous, y compris de sa jumelle, elle a dû apprendre à vivre autrement. Elle se cache sous un masque de laideur pour avoir la paix. Pour autant, quand sa sœur l'appelle, elle vient sans hésiter et va même l'épauler dans sa quête, gagnée peu à peu par le désir de comprendre le rejet qu'elle a subit dès sa naissance. Elle est un personnage très touchant de par son destin tourmenté. 

Pour conclure :

Du thé pour les fantômes est indéniablement un coup de cœur. J'ai découvert une nouvelle signature de l'Imaginaire d'une grande élégance que je ne manquerai pas de suivre. 

Pour les amateurs de beaux livres, patientez jusqu'en septembre une belle réédition est d'ores et déjà programmée pour la rentrée. 

Fantasy à la Carte

Informations

Chris Vuklisevic
Du thé pour les fantômes
9782207169933
446 pages
Collection Lunes d'Encre
Editions Denoël

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18/06/2024

Alex Nikolavitch, Trois coracles cinglaient vers le couchant, éditions Les Moutons électriques

Alex Nikolavitch, Trois coracles cinglaient vers le couchant
éditions Les Moutons électriques 

Alors qu'Alex Nikolavitch vient de mettre un point final à son cycle arthurien et après avoir lu et grandement apprécié L'ancelot avançait en armes puis Le garçon avait grandi en un gast pays, je me suis dit qu'il était plus que temps de sortir le premier volet de ma PAL pour enfin le lire avant de refermer à mon tour la porte sur cette belle réécriture. 

Me voici donc avec Trois coracles cinglaient vers le couchant entre les mains et sans surprise, c'est Uther qui y tient le premier rôle.

En effet, quoi de mieux que de remonter aux origines pour mieux comprendre et apprécier le mythe.

Résumé :

Sur la suggestion d'un étrange barde prénommé Cynddylan, Uther embarque avec lui quelques hommes sur trois coracles vers une destination inconnue. Cette expédition au fil de l'eau est l'occasion pour lui de se remémorer ses souvenirs et son passé guerrier marqué par des victoires et des défaites pour repousser l'envahisseur. Arrivé à un tournant de sa vie, trouvera-t-il un nouveau sens à lui donner ? 

Mon avis :

On ne peut pas parler du mythe arthurien sans revenir sur ses origines. C'est la raison pour laquelle Alex Nikolavitch ouvre le bal avec un portrait d'Uther Pendragon. Guerrier et meneur d'hommes, il prend la suite de son père pour bouter hors de la Bretagne les Saxons, les Jutes et les Angles qui n'ont de cesse d'envahir son île.  Ainsi, l'auteur a tissé son récit des Trois coracles cinglaient vers le couchant autour des luttes menées par ce chef de clan et égrenées par ses victoires et ses défaites. 

Dans son roman, Alex Nikolavitch s'est emparé de ses faits d'armes car ils ont façonné l'histoire de la Bretagne et apparaissent, de facto, comme le parfait écrin pour accueillir sa réécriture. Ainsi, il s'est réapproprié les éléments notables du mythe comme l'assistance d'un célèbre mage, l'usage d'un subterfuge pour pousser une femme à l'infidélité ou encore l'acquisition d'une épée prodigieuse. Ils sont les repères pour éclairer le chemin des lecteurs se plongeant dans cette histoire universelle. 

Au fil des pages, on va partager le quotidien et les souvenirs d'Uther. On goûte également à son introspection personnelle le menant sur une voie empreint de magie. 

En effet, il ne peut être question du mythe arthurien sans évoquer le merveilleux qui l'entoure. Déjà, il est fait mention du don de double vue qui permet à Uther de percevoir l'invisible. Ensuite, en s'embarquant sur les flots, il va non seulement donner une nouvelle impulsion à sa destinée mais aussi rencontrer ses dieux. C'est la porte d'entrée choisie par l'auteur pour introduire le peuple féérique qui accompagne les hommes dans le façonnage de leur légende. Pour Uther, le représentant le plus prégnant entre ces lignes est bien entendu Cynddylan qui n'est autre que Merlin. Dans ce premier volet, Alex Nikolavitch nous en livre une réinterprétation très sombre. Il est une créature surnaturelle insaisissable et mystérieuse dont il est difficile de connaître les pensées et de comprendre les actes. Sa présence instille au texte toute la dimension folklorique propre au mythe et lui donne même une aura envoûtante. Bien que la magie soit résiduelle, davantage suggérée qu'explosive, l'enchantement, lui, est total car la plume d'Alex Nikolavitch est habile pour redonner vie à certains épisodes des légendes arthuriennes et nous entraîner dans un voyage teinté de nostalgie. 

Dans ce tome 1, l'auteur ne nous attache donc pas aux pas d'un héros chevaleresque mais plutôt à ceux d'un guerrier barbare. Ainsi, on ne va pas retrouver le motif traditionnel de la quête menée par les chevaliers ni le code de la chevalerie dans les actes des protagonistes et encore moins, on ne va parler d'amour courtois. Néanmoins, Uther s'est tout de même adjoint la mission de sécuriser la Bretagne en luttant bec et ongles contre les envahisseurs. Il a, à cœur, de pacifier sa terre et c'est ce qu'Alex Nikolavitch cherche à exprimer à travers son récit. Pour cela, il propose deux temps de narration avec d'un côté le passé combatif d'Uther Pendragon et de l'autre côté, ce présent à la finalité floue. Deux époques qui se répondent pour à la fois éclairer le lecteur tout en dynamisant sa lecture. 

Avec Trois coracles cinglaient vers le couchant, on plonge dans le questionnement d'un homme sur ses actes, sur le futur vers lequel il veut aller et surtout l'héritage qu'il va laisser derrière lui.

Comme dans ses autres romans, Alex Nikolavitch s'est attelé à donner une vraie profondeur à ses personnages qu'il déshabille de leur statut légendaire pour les ramener au rang d'hommes et de femmes animés par des sentiments, des désirs et de l'espoir. Uther Pendragon est une figure grise du mythe qui peut, par exemple, s'affranchir de la morale pour répondre à une pulsion. Cependant, il incarne aussi cette force brute prompte au sacrifice pour assurer la sécurité de son pays et de son peuple.

Pour conclure :

Trois coracles cinglaient vers le couchant donne donc le coup d'envoi d'une réécriture élégante et confidentielle du mythe arthurien. Alex Nikolavitch a les mots justes pour remettre en lumière ce légendaire immortel. Alors, vous attendez quoi pour lire cette trilogie ? Elle est disponible dans toutes les bonnes librairies, foncez !

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mes avis sur L'ancelot avançait en armes et Le garçon avait grandi en un gast pays

Informations

Alex Nikolavitch
Trois coracles cinglaient vers le couchant
9782361835545
270 pages
Editions Les Moutons électriques

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14/06/2024

Alex Nikolavitch, Le garçon avait grandi en un gast pays, éditions Les Moutons électriques

Alex Nikolavitch, Le Garçon avait grandi en un gast pays
éditions Les Moutons électriques 

Après Trois coracles cinglaient vers le couchant et L'ancelot avançait en armes, Alex Nikolavitch est de retour avec Le garçon avait grandi en un gast pays pour conclure son triptyque arthurien.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec Les Moutons électriques, je remercie Maxime pour l'envoi de ce service de presse.

Résumé :

Elevé en plein cœur de la forêt et à l'écart des autres par sa mère, Perceval décide un jour de s'enfuir pour découvrir le monde. Chemin faisant, le jeune homme multiplie les rencontres, notamment de chevaliers sans connaître leur identité ni leur historique au sein de la cour qui vont le pousser dans des quêtes le rapprochant peu à peu du roi et de la bataille finale. Comment s'en sortira-t-il ?

Mon avis :

C'est donc toujours avec le même pas de côté qu'Alex Nikolavitch nous replonge dans les légendes arthuriennes en mettant en lumière un destin en particulier. Ici, il a porté son dévolu sur Perceval en débutant son récit au sein des bois où il grandit dans l'ignorance de ses origines et des événements décisifs de son époque. 

L'auteur est donc parti du même postulat de départ que le mythe à travers cette enfance esseulée et sa rencontre cruciale avec certains des chevaliers de la Table Ronde. Néanmoins, passés ces éléments, on rentre de plein pied dans la réécriture puisqu'Alex Nikolavitch n'envoie pas directement Perceval à la cour du roi Arthur s'illustrer dans des hauts faits, mais choisit plutôt de l'entraîner dans des pérégrinations qui vont l'aider à apprivoiser son environnement, à murir et à trouver sa place dans le monde. En cela, Le garçon avait grandi en un gast pays est une véritable ballade  dans laquelle on rencontre des figures légendaires, à l'image de Karadoc, un fidèle d'Uther qui finira par accepter la prise de pouvoir d'Arthur en devenant à son tour l'un de ses alliés. Ici, il prend les traits d'un mentor pour le jeune Perceval en l'aiguillonnant à emprunter un chemin héroïque. Mais les plus notables apparitions demeurent Gawain et L'ancelot qui l'accompagnent dans l'écriture de sa destinée car certaines de ses actions sont motivées sur la suggestion de l'un ou de l'autre. 

C'est également comme cela que les portes de la féérie lui sont ouvertes et qu'il va participer à des missions teintées d'onirisme. La magie imprègne pleinement les pages de ce roman et s'exprime au travers d'entrevues surnaturelles. Ainsi, la fée Morgane intervient tout naturellement à plusieurs reprises dans ce récit puisqu'elle est intimement liée au trépas du roi. Il est à noter, le choix orthographique privilégié par Alex Nikolavitch, "Morrigane" faisant directement référence à l'une des trois déesses guerrières des Tuatha Dé Danann puisque c'est exactement ce que la sœur d'Arthur incarne ici. 

Dans ce troisième volet, Alex Nikolavitch reprend tout le motif de la quête avec ce désir de Perceval de réparer le monde. Volonté vaine ou non, celle-ci peut s'interpréter comme la personnification du Saint Graal, non mentionné ici mais qui s'apparente bien à un baume réparateur pour les plaies de l'humanité. Le récit est très épique d'autant qu'il se conclut sur la bataille de Camlann où Medrawt et Arthur trouvent la mort. Les scènes se succèdent et sont spectaculaires. Ca ferraille à tout va pour livrer un combat sans merci. L'ambiance est lourde et sombre comme on peut s'y attendre puisqu'on en connait déjà l'issue. Néanmoins, même si l'on sait comment le triptyque va se terminer, ce roman n'est pas pour autant crépusculaire. C'est tout le parti de l'auteur de s'être réapproprier le mythe d'Arthur sans nous partager directement son point de vue puisque l'on suit les événements par d'autres biais. Perceval ne trouvant pas la mort à cette bataille, l'aventure continue donc après celle-ci. Cela attenue donc grandement la tristesse de voir ce monde s'éteindre. 

En nous dressant un portrait très intime de L'ancelot puis de Perceval, Alex Nikolavitch instaure une vraie proximité entre ses protagonistes et ses lecteurs. Sous sa plume, ces héros légendaires deviennent très humains arborant autant de forces que de failles. L'attachement nous semble plus aisé car on s'y identifie plus facilement. Dans ce roman, Perceval est un héros qui s'ignore. Il ne souhaite pas devenir chevalier mais seulement aller où le vent l'emporte afin de s'enrichir au contact des autres pour mieux se trouver. C'est vraiment un protagoniste important du mythe que l'on prend plaisir à voir s'épanouir. On le dit naïf, il est surtout très solaire et la plume d'Alex Nikolavitch lui rend bien.

Pour conclure :

C'est presque avec regret que je referme ce livre qui sonne la fin des aventures arthuriennes tant l'écriture d'Alex Nikolavitch y est tout bonnement enchanteresse. Je ne peux que vous recommander de goûter à cet imaginaire intemporel mais qui ne manquera pas de vous surprendre. 

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mon avis sur L'ancelot avançait en armes

Informations

Alex Nikolavitch
Le garçon avait grandi en un gast pays
9782361839017
248 pages
Editions Les Moutons électriques

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11/06/2024

Eva Martin, Miska, éditions Critic

Eva Martin, Miska, éditions Critic

En 2023, les éditions Critic ont accueilli en grandes pompes une nouvelle voix de l'Imaginaire, Eva Martin, pour ne pas la nommer, au sein de leur catalogue. 

Il est vrai que la sortie de son premier roman, Miska, n'était pas passée inaperçue, en suscitant moult réactions au sein de la communauté des amateurs du genre.

Repéré à l'époque mais point encore lu, je viens de rectifier le tir en rencontrant l'autrice aux Imaginales et en me procurant ledit ouvrage. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie Eric Marcelin pour sa confiance renouvelée et ce service de presse.

Résumé :

En Calcédie, la rumeur court autour de l'existence de voiles blanches qui auraient été aperçues ici ou là. Illusion d'optique ou réalité, c'est au capitaine Dacien qu'incombe la mission d'aller vérifier sur place ce qu'il en est. Peu emballé, il s'y soumet de mauvaise grâce sans savoir que ce n'est que le début des ennuis...

Mon avis :

Miska est un roman de fantasy dans lequel deux civilisations vont s'opposer. Si l'une stagne à une ère moyenâgeuse, l'autre, au contraire, affiche un progrès insolent marqué par la technologie. Celle-ci s'exprime, par exemple, par la possession d'armes à poudre, pendant que les autres se battent encore à l'épée et à l'arc. Mais le plus notable demeure cette flotte de bateaux volants appelés "mostarkis" qui leur permet de parcourir le monde et accessoirement de le coloniser. Leur présence ajoute clairement une touche steampunk à l'univers. Ce modernisme, ils le doivent à leur maîtrise de l'épure car si les Kinoshs et les Calcédiens disposent bien de cette magie, ils ne la contrôlent pas pour autant de la même manière. On a donc une magie qui sert la technique et est également une arme létale de grande envergure capable de souffler toute vie sur son passage. Sa mise en œuvre colore ce texte d'un ésotérisme aussi visuel que spectaculaire. 

Miska, ça parle de quoi ? Avant tout, c'est une histoire de colonisation que l'on découvre aussi bien du point de vue du colonisé que de celui du colonisateur. Eva Martin y met en lumière d'un côté, les mensonges et la manipulation politique pour justifier cet acte expansionniste et de l'autre côté, la résilience des peuples ou au contraire, son esprit de revanche face à l'oppresseur. 

Miska est un roman psychologique dans lequel l'autrice nous propose une analyse très pertinente des comportements humains lorsqu'ils sont en but à des situations inextricables. Ainsi, si certains versent dans la violence et le calcul, d'autres demeurent plus pragmatiques et pondérés.

Miska, c'est d'abord un symbole de liberté qui se retrouve petit à petit dévoyé pour sombrer dans les ténèbres. Avec ce roman, on est sur des thématiques très ancrées dans notre réalité car le colonialisme demeure, à bien des égards, très actuel surtout lorsqu'il se mêle à des notions de modèles économiques, environnementales et sociétales. C'est vraiment le tour de force de cette plume qui sous couvert d'aventure en territoire fantasy nous parle surtout d'épuisement des ressources naturelles, de survie et de sacrifice ainsi que des choix à faire et du prix à payer. En outre, Il est également beaucoup question de liberté qui sous la plume d'Eva Martin, prend bien des significations. Ainsi, dans ce livre, on parle aussi bien de se libérer du joug de l'oppresseur que de se défaire du carcan imposé par la société, particulièrement pour les femmes qui, en rencontrant un autre peuple, vont découvrir une autre manière de vivre, notamment en occupant une place différente dans la société. Ainsi, au fil des pages on va avoir le plaisir de voir des femmes ou des jeunes filles prendre le pouvoir, non pas pour dominer l'autre mais simplement pour rétablir l'équilibre au sein de cette structure sociale défaillante. Ce livre ne manque donc pas de protagonistes badass aussi bien masculins que féminins. 

Miska est un récit d'action au ton mordant. Eva Martin a structuré son récit autour de deux points de vue masculins diamétralement opposés qui nous donnent la vision des deux camps en présence. Or, il n'y a pas plus différent que ces deux personnages principaux. Si Dacien est haut en couleurs de par sa verve et sa nature quelque peu bagarreuse, Azalon, lui, est plus mesuré, voir même flegmatique. Leur point commun est de devoir endosser un costume trop grand pour eux, celui de sauveur de la situation. Ainsi, Dacien en compagnie de sa poignée d'hommes va tout faire pour renverser les évènements et préserver les siens tandis qu'Azalon, lui, va être pris en tenaille entre sa conscience et ses obligations vis à vis de son peuple. Dans leurs diversités et leurs convergences, ils sont tous les deux très attachants. Finalement, en dépit de la gravité des évènements, on n'arrive pas à décider de quel côté notre cœur va pencher.  Leurs destins s'écrivent à l'encre de sang pour nous émouvoir autant que nous subjuguer.

Pour conclure :

Avec Miska, Eva Martin signe un premier roman engagé aussi divertissant qu'intelligent. A ne surtout pas rater !

Fantasy à la Carte

Sur la blogosphère, retrouvez les avis de : Just a Word et Le Bibliocosme.

Informations

Eva Martin
Miska
9782375792834
494 pages
Editions Critic

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04/06/2024

Fabien Clavel, Abyss : Le Trône vide, éditions Mnémos

Fabien Clavel, Abyss : Le Trône vide, éditions Mnémos 

Après une réécriture mythologique avec La Niréide en 2022 et un essai avec Buffy, Baroque Epopée en 2023, Fabien Clavel signe un nouveau titre au catalogue des éditions Mnémos.

Il s'agit d'Abyss : Le Trône vide, un récit complètement inspiré du jeu de plateau Abyss.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Mnémos, je remercie Estelle Hamelin pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Abyss est en ébullition. La rumeur court que le roi est mort, une autre affirme qu'il se remet doucement d'une grave blessure. Certains voient dans cette défection du trône, l'occasion de prendre le pouvoir et multiplient les déstabilisations pour y arriver, notamment en agitant le spectre de la famine. Dans ce contexte tendu débarquent bien malgré eux Zée, Moire, Nourrain, Salyne et Ström qui n'auront pas d'autre choix que d'agir avec finesse pour espérer se sortir de ce marasme. Mais vont-ils y arriver au final ? 

Mon avis :

Abyss : Le Trône vide nous immerge dans l'univers aquatique du jeu de société éponyme où l'on part aussi à la rencontre des fameux peuples marins composés par les Cultivateurs, les Militaires, les Marchands, les Mages et les Politiciens. Ainsi, le royaume d'Abyss s'organise ici selon des castes qui gravitent autour du roi. Certains sont préposés à la défense pendant que d'autres fournissent les denrées alimentaires. Bien qu'Abyss soit un royaume gouverné par un roi, ce n'est pas pour autant une monarchie absolue puisque les lois sont votées par l'Assemblée Océanique du Sénat constituée du Parlement et de la Chambre des Alliés. Le pouvoir n'est donc pas unilatéral et une représentation populaire existe au sein de cette société même si celle-ci, comme partout ailleurs, est parfois tronquée. 

Dans son roman, Fabien Clavel propose une représentation anthropomorphique de ces créatures marines qui évoluent dans une société miroir de la nôtre par son mode de fonctionnement. 

A cela s'ajoute une dimension ésotérique puisqu'une magie existe entre ces lignes. Elle est l'apanage de quelques élus qui disposent du delwi, autrement dit un potentiel magique prenant la forme d'une lumière brillante. Ils sont un atout indéniable d'autant que certains forment des troupes de combat appelés Filaments et peuvent vite devenir redoutables en plongeant notamment leurs adversaires dans des illusions d'horreur. 

Abyss : Le Trône vide est un récit tissé par de nombreuses intrigues politiques motivées par la vacance du trône. En cela, on retrouve bien le motif initial du jeu centré sur un qui ceindra la couronne. Une soif de pouvoir qui génère sans surprise de la convoitise et met en place des stratégies basées sur le mensonge et la manipulation. Voilà qui donne au récit toute sa saveur sans compter que l'auteur y évoque également l'enjeu de la souveraineté alimentaire et questionne aussi des modèles de société, notamment dans leurs failles de la représentation politique chargée de porter la voix populaire. 

Le texte demeure riche et fort intéressant. Il est porté par de nombreux protagonistes qui nous apparaissent comme autant de pions servant un dessein dont ils ne sont clairement pas les instigateurs. En effet, chacun d'entre eux débarque inopinément au milieu de ce sac de nœuds sans savoir qu'ils vont y jouer un rôle crucial. Si Nourrain espère juste échapper à la prison et Ström souhaite devenir un grand Mage, Salyne, elle, s'est engagée sur la voie très honorable de chercher par tous les moyens à alerter le roi du danger qui touche leur principal source alimentaire. Ainsi, certains brillent par leur altruisme pendant que d'autres servent surtout leurs intérêts personnels. Pour autant, échapperont-ils à leurs destins ? Rien n'est moins sûre surtout quand celui-ci est manipulé par une grande puissance.

Pour conclure :

Que l'on soit un habitué d'Abyss ou non, on a aucun mal à se laisser charmer par cet univers marin peu habituel en littérature fantasy. L'intrigue est redoutablement efficace et tient parfaitement le lecteur captif de sa lecture. Côté personnages, j'avoue ne pas m'y être attaché plus que cela, l'alchimie n'a donc pas pris. Néanmoins, cela n'enlève en rien à la qualité du livre qui demeure très bon sans être un coup de cœur pour moi. En écrivant ce récit, Fabien Clavel nous rappelle combien l'Imaginaire est transmédia. Alors, répondrez-vous à l'appel des abysses ? Si oui, rendez-vous en librairie le 5 juin.

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mes avis sur : La Niréide, Buffy, Baroque Epopée et Feuillets de Cuivre

Informations

Fabien Clavel
Abyss : Le Trône vide
9782382671436
336 pages
Editions Mnémos

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31/05/2024

Rakel Haslund, Après nous les oiseaux, éditions Pocket Imaginaire

Rakel Haslund, Après nous les oiseaux, éditions Pocket Imaginaire 

Mai a été l'occasion pour les éditions Pocket Imaginaire de rééditer le premier roman d'une autrice danoise qui a immédiatement su envoûter son public. Il s'agit d'Après nous les oiseaux de Rakel Haslund. 

Fortement plébiscité et même salué par la critique, le roman reçoit le prix Michael Stunge en 2020. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Pocket Imaginaire, je remercie Emmanuelle Vonthron pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Le monde est tombé en ruines, presque vidé de toute humanité, à l'exception de deux femmes. L'une est sans nom tandis que l'autre se prénomme Am. Toutes deux sont réfugiées sur une île, elles y survivent cahin-caha, jusqu'à la mort de cette dernière. Dès lors, pour la plus jeune, il s'agira de se tracer son propre chemin au milieu des décombres d'un monde abandonné. Mais que trouvera-t-elle au bout de la route ? 

Mon avis :

Après nous les oiseaux est un postapocalyptique singulier et tout en délicatesse. Bien loin de l'ambiance rugueuse propre au genre, Rakel Haslund nous plonge ici plutôt dans une balade. Le ton est contemplatif et observationnel d'un monde en ruines. On marche dans les pas de la narratrice qui découvre les lieux sans savoir ce qu'elle va trouver. La nature a repris ses droits sur cette terre qui a été fortement urbanisée par le passé. Aussi, le goudron est par endroit enseveli sous les eaux et les bâtiments sont colonisés par les végétaux. En somme, la planète a souffert des incendies géants et des inondations sans fin. Il en ressort une terre meurtrie et même exsangue de vies humaines. Seuls les oiseaux ont survécu au cataclysme. Ils semblent même être devenus les seuls maîtres de la Terre, la survolant tels des gardiens attentifs. 

Point d'action excessive entre ces lignes car l'autrice a volontairement adopté un rythme lent pour nous laisser le temps d'apprécier cette finitude. 

Ce postapocalypse prend ainsi une saveur toute particulière, davantage tourné sur le ressenti. Le temps est comme suspendu dans ce roman où l'on est simplement bercé par la poésie des mots de Rakel Haslund. 

Derrière Après nous les oiseaux, il y a, d'abord, un propos écologique et environnemental quant au danger qu'encourt la planète si les incendies et les inondations continuent de s'y succeder. De là découle toute une réflexion sur les manières de survivre, à travers son personnage principal qui se retrouve complètement seule dans cette immensité. Une solitude qui finit par être pesante car l'homme demeure un "animal social", d'où cette quête de l'autre pour la narratrice la conduisant sur le chemin inattendu de la liberté. 

Bien que court, le texte n'en est pas moins très riche et s'avère finalement fort prenant car on se laisse complètement happé par son ambiance.

La plume de Rakel Haslund est élégante, sensible et ciselée pour mettre en lumière l'apprêté d'un futur qu'elle espère sans doute, à travers son récit, conjurer en alertant à sa manière. 

C'est un huis clos qui se focalise sur un seul protagoniste. Depuis la mort de Am qui l'a élevée, celle qui ne porte pas de nom a fait le choix de l'exploration plutôt que de rester terrée dans son refuge. La voici donc engagée sur les routes incertaines de ce monde déchu, soumise aux menaces extérieures et à l'égarement intérieur incluant la perte de langage par manque de pratique. Elle est une âme qui cherche la communion avec autrui, quitte à se lier avec n'importe quel être vivant. C'est un personnage atypique pour une histoire insolite qui ne manquera pas de faire réagir. 

Pour conclure :

Avec Après nous les oiseaux, Rakel Haslund signe une dystopie saisissante qui palpite d'intensité en dépit du fait que tout s'écoule lentement. Le tour de force est donc là pour nous proposer un post-apo bien différent des canons habituels.

Fantasy à la Carte

Informations

Rakel Haslund
Après nous les oiseaux
9782266324182
160 pages
Editions Pocket Imaginaire

28/05/2024

Emma Törzs, Magie D'Encre, collection Lunes d'Encre, éditions Denoël

Emma Törzs, Magie d'Encre, collection Lunes d'Encre, éditions Denoël 

Emma Törzs est une autrice américaine qui s'est d'abord essayée au format court avec succès au regard des récompenses déjà reçues comme le prestigieux World Fantasy Award en 2019.

Magie d'Encre est son premier roman et il vient tout juste d'être traduit en français.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Denoël, je les remercie pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

La famille Kalotay est la propriétaire d'une collection de livres aussi étranges que dangereux. Chacun d'eux renferme un puissant sort qu'il est nécessaire de garder sous clé et surtout de ne pas divulguer leur existence. Leur vie bascule le jour où le père, Abe, meurt un livre à la main, littéralement vidé de son sang. Pour la cadette prénommée Joanna qui est restée à la maison vivre avec son père après l'explosion de leur famille, c'est le choc. Elle est complètement esseulée, supportant seule la responsabilité de garder ce trésor inestimable à l'abri depuis bien trop longtemps jusqu'au retour inopiné de sa demi-sœur disparue il y a maintenant dix ans. Or, ces retrouvailles risquent bien de faire ressurgir tous les secrets et les non-dits familiaux. Mais sera-t-elle prête à les entendre et surtout à accepter de prendre un autre chemin? 

Mon avis :

Magie d'Encre est une fantasy urbaine qui repose sur une magie particulièrement originale. Elle s'exprime à travers des livres qui renferment des sorts. Ceux-ci sont faits de la chair, des os et du sang des Scribes, seuls détenteurs du pouvoir. Ces derniers sont rares, on les reconnait à leur insensibilité à la magie, au contraire des autres qui, eux, se laissent facilement assujettir par tous types de charmes. 

Evidemment l'existence d'une telle concentration de pouvoirs ne peut que générer la convoitise et l'envie. Ces ouvrages à caractère magique sont donc tout l'enjeu de ce récit. D'autant qu'une société secrète a été fondée pour les rassembler. Il s'agit de la Bibliothèque qui se présente comme une institution respectable mais cache en réalité de lourds secrets et n'hésite pas employer les grands moyens pour arriver à ses fins, y compris le meurtre et la manipulation. Sa présence instille toute la tension au texte car son ombre plane telle une menace permanente sur les protagonistes de cette histoire qui mettent tout en œuvre pour éviter de tomber entre ses griffes.

Jeux d'influence et secrets familiaux s'entremêlent donc au fil des pages pour nous tenir en haleine jusqu'au bout. 

L'univers est bien travaillé et est fonctionnel. La magie s'intègre discrètement à notre monde, et n'est perceptible qu'aux yeux des initiés.

L'intrigue est bien ficelée. Elle tourne autour des motivations de cette institution dont on ne perçoit le but réel qu'à la fin du roman. Emma Törzs mène bien son jeu pour nous livrer un texte aussi prenant qu'efficace. 

Par l'entremise de ses personnages, elle analyse les relations humaines et particulièrement la complexité des liens familiaux quand ils sont soumis aux mensonges, aux non-dits et aux secrets. Le relationnel est bien développé et facilite grandement l'attachement aux personnages. 

Magie d'Encre est aussi un roman d'apprentissage à travers des protagonistes qui sont pour certains en quête de leur identité pendant que d'autres empruntent le chemin de l'engagement en goûtant à tout ce que cela implique. 

En outre, en filigrane du roman, des relations amoureuses naissent ou se consolident. Celles-ci déposent une note de douceur sur ce récit tel un baume réconfortant. Néanmoins, la romance demeure furtive ne prenant que peu de place entre ces lignes et n'incommodera donc en rien les lecteurs réfractaires à la littérature sentimentale car celle-ci n'est finalement qu'un plus au récit. 

Magie d'Encre est un roman choral dans lequel on suit de nombreux personnages. Il y a déjà les deux sœurs qui ont emprunté des chemins de vie totalement différents. Mais loin d'être un choix, leur parcours personnel est surtout le fruit des décisions parentales. Or, cela leur a forgé des caractères aux antipodes. Ainsi, Esther qui a dû quitter le nid familial très tôt, est une jeune femme indépendante et révèle une nature plutôt frondeuse. Elle a dû grandir plus vite du fait de son émancipation forcée. Contrainte de se déplacer chaque année à une date précise pour ne pas se mettre en danger, ainsi que sa famille, elle est longtemps demeurée un électron libre ne s'attachant à personne. Seulement plusieurs rencontres vont changer la donne pour elle, lui ouvrir les yeux sur elle-même et même l'obliger à embrasser un héritage inattendu. A contrario, sa sœur Joanna est une femme timorée qui n'a d'interaction sociale qu'avec sa mère. Son père étant mort brutalement, elle se retrouve donc seule pour assumer la mission de conservation des livres magiques. Une responsabilité qui pèse lourdement sur ses épaules. Or, le retour de sa sœur va la bousculer dans ses habitudes et la contraindre à changer de direction. Voilà qui promet d'être cataclysmique pour elle. Enfin Nicholas est un orphelin. Il a perdu ses parents très jeune et a été élevé par son oncle, le très charismatique mais non moins énigmatique Richard. Âme solitaire, il a grandi seul simplement focalisé sur sa mission de Scribe qui l'éteint peu à peu en le vidant littéralement de sa force vitale. Or, il va découvrir qu'on lui a caché beaucoup de choses, y compris la vérité sur sa famille et sur son pouvoir. Ces révélations, bien que difficiles à digérer, vont complètement le métamorphoser et même l'obliger à faire des choix douloureux. 

Pour conclure :

Magie d'Encre est un roman captivant, lourd de secrets qui tient parfaitement ses promesses d'une lecture addictive. Voici une nouvelle voix de fantasy qui promet déjà de faire sensation parmi les férus du genre.

Fantasy à la Carte

Informations

Emma Törzs
Magie d'Encre
9782207166529
592 pages
Collection Lunes d'Encre
Editions Denoël

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17/05/2024

Jean Krug, La Couleur du Froid, éditions Critic

Jean Krug, La Couleur du Froid, éditions Critic

Découvert par les éditions Critic et étoile montante de l'Imaginaire chez Pocket, Jean Krug est un jeune auteur qui a, à cœur, de nous proposer des récits écologiques et sociétaux fort percutants.

A l'image de ses précédents romans, il signe, en ce mois de mai, un nouveau texte toujours publié par les éditions Critic.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Critic, je remercie Eric Marcelin pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Héritière d'un empire économique, Mila Stenson gère ses affaires d'une main de fer. Alors que son projet d'aller coloniser Mars est au point mort, elle reçoit un étrange message de l'Antarctique la sommant de s'y rendre. En dépit de son aversion pour le froid, elle décide d'y aller en espérant, en même temps, trouver une réponse à ses inquiétants rêves qui hantent chacune de ses nuits ainsi qu'une solution pour son problème de santé puisque là-bas est implanté l'un de ses complexes médicaux ultra performants. Bien entendu, elle est loin de s'imaginer ce qui l'attend au cœur des glaces. 

La Couleur du Froid est un roman d'anticipation qui nous propulse dans un futur proche, en 2070. Sans surprise la Terre est en souffrance. Le projet de coloniser Mars, porté par certaines multinationales, piétine réduisant ainsi comme une peau de chagrin les chances de survie de l'humanité. L'Antarctique est devenue le théâtre des rivalités d'entreprises privées qui cherchent à y développer leur business ou un site privilégié pour l'armée qui y conduit ses essais. Le traité sur l'Antarctique signé en 1959 garantissant la protection des lieux seulement dédiés à l'étude scientifique a donc été rompu. 

Ainsi, Jean Krug a fait de l'Antarctique le cœur de son roman. Les descriptions sont vertigineux et les sensations sont intenses. Bien que l'endroit soit un objet d'étude depuis de nombreuses années, il est loin d'avoir révélé tous ses secrets. Or, l'auteur se sert de ses mystères que la rationalité scientifique n'explique pas pour y introduire un soupçon de surnaturel qui donne vie au froid. L'univers n'en est que plus immersif et intriguant puisque Jean Krug y mélange bien volontiers les genres. En effet, au-delà d'un récit prospectif reposant sur des principes scientifiques fort pédagogiquement expliqués, La Couleur du Froid est aussi un thriller qui essaime son lot de meurtres et de disparitions. Sans trop vous en dévoiler sur l'intrigue, Jean Krug parle de société secrète et manipule allègrement ses personnages et accessoirement ses lecteurs pour nous emmener sur un terrain très surprenant. 

Cette science-fiction mêlant uchronie et horrifique nous entraîne au cœur d'une expédition glaçante. La Couleur du Froid est un texte riche de thématiques variées. En faisant de l'Antarctique presque son protagoniste principal, Jean Krug remet ce continent austral au cœur des préoccupations nous rappelant la nécessité de le protéger car il est la clé de la survie humaine. 

Dans son livre, il change de paradigme. En effet, alors que l'humanité est obnubilée par le réchauffement, lui imagine plutôt une issue inverse davantage tournée vers un refroidissement climatique. Cela a le double intérêt de rappeler la nécessité du froid pour la régularisation des températures mais aussi et surtout que la vie dépend juste d'une question d'équilibre. Trop chaud ou trop froid aboutit au même résultat, à savoir la disparition de tout être vivant. 

Au-delà de son propos écologique et climatique, il émet également une critique économique et sociétale en épinglant notamment cette aberration visant à détourner les améliorations que les nouvelles technologies permettent d'apporter au corps pour des fins futiles comme le prolongement de personnes âgées aisées. Il met donc en exergue le détournement des richesses pour servir exclusivement les intérêts privés plutôt que ceux de la communauté.

Le texte est puissant et la plume, engagée. 

Jean Krug nous promet même une déferlante émotionnelle à travers sa communauté de personnages ballotés par le destin. 

La Couleur du Froid est un roman choral qui porte cette histoire à travers plusieurs voix. Celle de Mila Stenson, qualifiée de femme froide par beaucoup. Elle dissimule, en réalité, sous sa carapace un tempérament de feu. C'est clairement une femme forte. Orpheline, elle a donc grandi sans repères parentales et a dû se construire seule. Or, ce voyage en Antarctique va surtout lui donner l'occasion d'embrasser son héritage et ainsi de comprendre qui elle est vraiment. Il s'agit donc pour elle de mener une quête d'identité. Celle de Paul Damann qui lui aussi n'a pas été épargné par la vie puisqu'il est veuf. Sa femme est décédée lors d'un accident de voiture et où lui-même a perdu la perception des couleurs. Or, son choix de partir vivre en Antarctique n'est pas anodin puisqu'il ne sera pas tant question ici d'oublier son passé que de se pardonner à lui-même. Quant à Cryo, c'est une jeune femme entière et à vif dont les décisions bien que discutables en font un personnage finalement très surprenant.

De livre en livre, sa plume s'affine pour nous livrer des textes de plus en plus incisifs. Entre décor grandiose et réflexions politiques et environnementales, Jean Krug se fait l'auteur d'un récit sans concession dont vous ne sortirez sans doute pas indemnes. En librairie depuis aujourd'hui, le 17 mai, allez-vous craquer?

Fantasy à la Carte

A lire sur le blog, mes avis sur Le Chant des Glaces et La Cité d'Ivoire.

Informations

Jean Krug
La Couleur du Froid
9782375793046
544 pages
Editions Critic

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14/05/2024

Denis Colombi, Au cœur des Méchas, éditions 1115

Denis Colombi, Au cœur des Méchas
éditions 1115

La dernière sortie des éditions 1115 est une novella de science-fiction. Elle est signée par Denis Colombi, un enseignant agrégé en sciences économiques et sociales qui avec, Au cœur des Méchas, s'essaye pour la première fois à l'écriture d'un récit d'imaginaire.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions 1115, je remercie Frédéric pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Alors que le monde est régulièrement attaqué par des créatures extraterrestres appelées Titanides, l'armée a mis au point un programme de robots géants répondant au nom de Méchas afin de les combattre. Pour les faire fonctionner, il faut des techniciens, dissimulés à l'intérieur, prêts à réparer la moindre avarie ou à colmater les brèches. Or, l'une d'elle a quelque chose à dire à propos de son expérience passée au sein de ce monticule d'acier. Mais êtes-vous réellement prêts à l'écouter ? 

Mon avis :

Au cœur des Méchas nous propulse au sein d'un monde apocalyptique tombé sous le joug de menaces extraterrestres qui prend la forme de monstres titanesques. Pour y faire face, l'humanité n'a pas d'autre choix que de construire des machines géantes et ainsi pouvoir jouer sur le même terrain qu'elles. Celles-ci fonctionnent à coup d'intelligence artificielle et d'implants neuronales, mais aussi d'un savoir-faire très humain car finalement les petites mains s'avèrent très utiles pour assurer les réparations d'urgence et ainsi permettre la victoire.

Dans ce futur à la technologie avancée financée par des investisseurs privés, la main d'œuvre humaine demeure privilégiée car à moindre coût. Le progrès est très onéreux et l'armée ne dispose pas des fonds nécessaires pour se passer d'humains. Ils sont donc intégrés à leur programme mais comme quantités négligeables car facilement remplaçables. 

Au-delà du côté spectaculaire rappelant des combats de Transformers, Denis Colombi critique surtout un modèle social fonctionnant sur un esclavagisme moderne et cautionné par l'indifférence du plus grand nombre. 

Le monde dépeint est d'une grande froideur sans grand respect pour la vie et la sécurité de quelques-uns. L'auteur démontre que cette violence passe par l'invisibilisation de certaines catégories socio-professionnelles. A chaque époque, il y a des sacrifices de personnes dont l'existence ne compte pas pour peu que l'on sauve un maximum. En tout cas, c'est toujours ainsi que cela est présenté comme si cela pouvait tout justifier. Il met en exergue la manipulation facile des masses pour convaincre du bien fondé de tel ou tel agissement, même si celui-ci est innommable comme à travers le remplacement des pilotes de Méchas adultes par des enfants augmentés. Ainsi, en focalisant l'attention sur le divertissement et en changeant la sémantique, l'inacceptable passe et n'est plus contesté. 

En outre, Denis Colombi fait du Mécha une condition désirable au point que l'humain souhaite lui ressembler par de petites améliorations. Derrière ce marketing se cache la volonté d'intérêts privés qui cherchent à augmenter leurs profits. Ainsi, l'auteur épingle ce système pernicieux poussant à la consommation pour une standardisation de masse qui n'enrichit finalement qu'une élite. 

En quelques pages, il balaie des idées fortes qui viennent habilement questionner la société dans ce qu'elle crée de plus injuste et immorale. 

C'est court, incisif et percutant !

Au cœur des Méchas nous conte l'histoire d'une technicienne dont le nom n'est pas partagé pour la laisser volontairement dans l'anonymat propre aux gens qui ne comptent pas car en bas de l'échelle. Par ce biais, l'auteur met ses lecteurs au parfum d'un récit qui s'annonce de suite brutal. On fait donc la connaissance d'une femme qui s'est engagée dans l'armée pour travailler sur un programme militaire qu'elle pensait juste puisqu'il s'agissait ni plus ni moins que de sauver l'humanité. Pourtant un terrible évènement va changer la donne et lui dessiller les yeux. Si au début, elle se laisse aveugler par sa haine et sa colère, elle choisit de l'orienter d'une autre manière afin de détruire le système de l'intérieur en informant ceux qui ne savent car le changement ne peut se faire que collectivement. Y arrivera-t-elle ? A travers elle, l'auteur rappelle le pouvoir des mots, l'importance du partage d'expérience et la transmission de l'information. 

Pour conclure :

Au cœur des Méchas est une novella fort surprenante et très engagée qui questionne, d'ailleurs, fort intelligemment notre humanité. En librairie depuis le 10 mai, alors êtes-vous prêts à écouter cette vérité sur les combats de Méchas ? 

Fantasy à la Carte

A lire sur la blogosphère, l'avis de : Le Chien critique.

Informations

Denis Colombi
Au cœur des Méchas
9782385630171
96 pages
Editions 1115

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