Les Rhéteurs est une série de littérature fantasy qu'Isabelle Bauthian a inaugurée en 2016 avec la sortie d'Anasterry. Il est suivi par Grish-Mère publié en 2017 et par Montès en 2021.
La parution de Landor en avril dernier vient donc compléter cette riche saga prévue initialement en 5 tomes.
Lu dans le cadre d'un partenariat avec Les Nouvelles éditions ActuSF, je remercie Jérôme Vincent pour l'envoi de ce service de presse.
Résumé :
Musicienne de profession, Céleste Armanville est également un membre d'une puissante société secrète. Son but étant de venir en aide aux apatrides. Alors qu'elle se retrouve coincée dans un château situé dans la campagne de Landor en plein hiver partageant la compagnie de ses nobles hôtes, un horrible meurtre est commis. Avec sa consœur et amie Lanny, également présente au château, elles vont mener l'enquête. Entre membres de la famille et personnalités de marque, leurs investigations promettent déjà d'être épineuses. Alors arriveront-elles à résoudre cette énigme sans y perdre des plumes au passage ?
Mon avis :
Landor prend la suite de cet univers des Rhéteurs qu'Isabelle Bauthian se plaît à enrichir à chaque volume. Point de grande fresque épique entre ces lignes mais un cadre solide qui nous entraîne d'une cité à l'autre, toujours attachés aux pas de personnages mystérieux et bien souvent hauts en couleurs.
Comme dans ses précédents romans, Isabelle Bauthian fait place à l'art et à l'éloquence.
Il n'est donc point question de magie explosive ici mais d'un beau verbiage.
Isabelle Bauthian privilégie ici une fantasy des mœurs à la grande épopée. Le récit n'en est d'ailleurs que plus intimiste.
Il faut dire que dans Landor, l'ambiance feutrée est accentuée par ce choix de proposer une enquête à huis clos. L'isolement de la demeure combinée à la saison hivernale très enneigée sous cette latitude s'y prête parfaitement. Les résidents de cette noble demeure sont peu nombreux et confinés. Dans ces conditions, les esprits s'échauffent vite et la situation peut rapidement déraper, comme c'est le cas ici avec la survenue d'un premier assassinat.
Voilà que ce roman prend les atours du cosy mystery à travers ce meurtre à résoudre. Poison ou arme blanche ? Nos deux enquêtrices se posent la question de la cause de la mort car le meurtrier a clairement cherché à brouiller les pistes. Isabelle Bauthian s'est donc inspirée des règles du Cluedo pour construire son intrigue, tout du moins pour les parties concernant le meurtre. En outre, elle ne lésine pas sur les fausses pistes pour corser la résolution de l'enquête.
Le récit est plutôt captivant d'autant qu'il y mêle également des histoires de famille complexes.
Fort de tous ces éléments notables, Landor relance bien l'intérêt du lecteur pour cette série qui s'écrit sur la longue durée.
L'alchimie prend et la fantasy s'exprime surtout ici à travers l'existence de ce peuple de mi-hommes contraints de fuir leur terre pour tenter de trouver la sécurité ailleurs.
Comme les tomes précédents, Isabelle Bauthian nous propose un texte politique et social qui aborde la question des flux migratoires et de ses terribles conséquences, notamment sur les peuples déracinés.
L'autrice y met en exergue les violences faites sur ces minorités. En effet, elles sont chassées, exploitées, abusées et assassinées. En réaction à ces actes innommables, un réseau clandestin s'est mis en place pour exfiltrer et tenter de sauver des griffes de leurs bourreaux le plus d'apatrides possibles. Les membres de cette organisation anonyme se font appeler les Savants. Ils œuvrent dans l'ombre avec le plus grand secret et sont issus de toutes les origines. Ils sont d'ailleurs recrutés sur leur conviction et leurs compétences. Chacun d'eux agit selon le code d'honneur qui lui est propre usant de tous les moyens possibles pour faire avancer la cause. Un postulat qui promet des retournements de situation plutôt inattendus et un final qui se révèle extrêmement surprenant. Les notions d'intolérance, et d'utopie sont donc des thématiques majeures à ce récit.
En outre, Landor s'appuie sur une communauté de personnages dont Céleste Armanville prend la tête puisque c'est notamment elle qui mène les investigations. C'est une artiste de talent doublée d'un esprit rusé. Personnalité entière qui voue un amour sans limite à son frère jumeau. Or, dans cette histoire, elle va vite se retrouver écartelée entre sa dévotion pour son frère, et son devoir pour la cause pour laquelle elle s'est engagée. Elle est dotée d'un fort caractère toujours animée par de nobles sentiments. Elle incarne le petit plus qui donne de la force à ce texte le rendant encore plus immersif. Céleste Armanville se révèle très attachante. Elle s'écrit d'ailleurs un destin des plus étonnants. C'est clairement le plus noble des protagonistes de cette histoire.
Pour conclure :
Avec Landor, Isabelle Bauthian signe un nouveau récit toujours aussi engagé mêlant gravité et noblesse.
Fantasy à la Carte
A lire sur le blog, mes avis sur Anasterry, Grish-Mère et Montès.
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