L'influence du "gaming" à la littérature

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12/12/2025

Arula Ratnakar, Submergée, collection RéciFs, éditions Argyll

Arula Ratnakar, Submergée, collection RéciFs, éditions Argyll 

Arula Ratnakar est une scientifique qui s'intéresse actuellement au développement neurologique embryonnaire. 

Elle est également l'autrice de nouvelles de science-fiction dont le premier texte, Submergée, vient d'être publié en France par les éditions Argyll. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Argyll, je remercie Xavier et Simon pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Après la mort brutale de sa consœur, Nythia, une brillante chercheuse, a décidé d'investiguer pour comprendre ce qui lui est arrivé. A l'aide d'une technologie avancée lui permettant de plonger dans les souvenirs de la défunte, la jeune femme remonte le temps et découvre petit à petit les incroyables découvertes à propos d'un remède révolutionnaire capable de sauver l'humanité des épidémies qui la menacent. Pour autant cette avancée pourrait bien avoir ses limites et dissimuler de nouvelles préoccupations peut-être moins acceptables que prévues ? 

Mon avis :

Avec Submergée, Arula Ratnakar nous plonge dans un récit de science-fiction teintée de notes postapocalyptiques. En effet, dans ce récit, l'humanité est décimée par des épidémies de plus en plus mortelles. Or, pour y faire face, des groupes de chercheurs travaillent à la recherche de remèdes. C'est le cas de Noor qui a orienté ses travaux d'étude sur les fonds marins pensant y trouver la solution.

Sans surprise Submergée est un récit très scientifique. L'autrice puise dans son expertise du cerveau pour nourrir son texte de progrès, notamment dans la compréhension des fonctions neuronales. Ainsi, la technologie imaginée entre ces lignes permet de pénétrer dans le cerveau de l'autre pour revivre ses souvenirs. 

Du point de vue des sciences et de la fiction c'est intéressant. Mais ça sert également l'intrigue car Arula Ratnakar a introduit une mort suspecte nécessitant une investigation. Or, quoi de mieux pour résoudre un mystère impliquant peut-être un crime que de pouvoir s'immerger dans les souvenirs du défunt ? 

Ainsi, l'autrice associe des notions de biologie marine à de la technologie avancée mais Arula Ratnakar a également ajouté des éléments propres aux investigations policières. 

En effet, Submergée est également une enquête empreinte de mystères et de danger. 

Les enjeux sont énormes et la vie n'a que peu de prix face à l'économie, au monde de la finance et aux groupes pharmaceutiques. 

Bien que court, le récit d'Arula Ratnakar est d'une grande richesse. Il faut dire qu'elle soulève des problématiques intéressantes. Il y est déjà question d'enjeux climatiques car elle y met en exergue les conséquences désastreuses sur la santé. Et elle nous parle aussi d'économie et de modèles de société à travers l'emprise de puissantes sociétés sur la vie des humains notamment sur les soins auxquels ils peuvent prétendre.

Elle aborde la question éthique des actions acceptables ou inacceptables pour assurer la survie de l'espèce humaine. L'autrice met en balance des valeurs morales face à la survie de l'humain. 

Or, pour illustrer son propos, elle a choisi de placer ses protagonistes face à des choix difficiles, à appréhender des vérités intolérables et à lutter contre un système impitoyable. 

05/12/2025

Jérôme Leroy, Histoire de la fille qui ne voulait tuer personne, éditions Pocket Imaginaire

Jérôme Leroy, Histoire de la fille qui ne voulait tuer personne, éditions Pocket Imaginaire 

Auteur et poète français, Jérôme Leroy a pas mal écrit pour la jeunesse, en plus de ses romans noirs. 

Il a reçu de nombreux prix pour ses écrits comme le prix de l'Académie française en 2011 ou le prix des lecteurs Quais du polar en 2017. 

En octobre dernier, les éditions Pocket Imaginaire ont décidé d'intégrer sa plume à leur collection "Les étoiles montantes de l'imaginaire". C'est ainsi que son roman, Histoire de la fille qui ne voulait tuer personne s'est vu être réédité en octobre dernier. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Pocket Imaginaire, je remercie Emmanuelle Vonthron pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Après la décennie terrible des années 2033 à 2043, le monde s'est replié sur lui-même. L'Europe forme la nouvelle Fédération européenne et a opté pour une gouvernance autour de la sobriété écologique et la non-violence. Pourtant lorsque le moment est venu pour la population de voter par référendum le rétablissement de la peine de mort, et que celui-ci est adopté, la surprise est totale. A Rouen, Adam Veen âgé de 17 ans est une Pionnière. Élevée dans les préceptes de ce système, elle n'y voit aucun mal jusqu'à ce qu'elle soit à son tour choisie pour donner la mort à un condamné et qu'elle s'y refuse. Choisira-t-elle la rupture ou au contraire suivra-t-elle les préceptes de cette société qu'elle vénère depuis sa naissance ? 

Mon avis :

Histoire de la fille qui ne voulait tuer personne est un récit postapocalyptique qui nous plonge dans un futur proche marqué par une forte dépopulation et une réorganisation mondiale radicale. 

Les bouleversements climatiques et les virus incontrôlables ont contraint les sociétés à s'adapter et à se réinventer. C'est le cas de la France qui, entre ses lignes, voit sa capitale se retrouver à Rouen après la disparition de Paris. Aussi, dans ce livre, la nature a bien souvent repris ses droits. Tempêtes, inondations, incendies n'ont pas complètement éradiqué les lieux, même si les paysages ont bien changé. 

De catastrophes en catastrophes, des politiques se sont mises en place, à l'image du mendozisme prônant la sobriété énergétique et alimentaire interdisant ainsi la consommation de viande et une égalité entre tous grâce à l'instauration du revenu unique. Pourtant ce modèle a vite présenté ses limites. Déjà parce que la population française a voté le rétablissement de la peine de mort, contredisant ainsi ses valeurs de non-violence. Ensuite, l'égalité pour tous semble plutôt utopique au regard de la différenciation faite entre la population du dedans et du dehors. En effet, beaucoup vivent en dehors des espaces délimités par les pouvoirs publics car il semblerait qu'il n'y ait pas de la place pour tout le monde. Contrairement à la propagande ambiante, l'égalité demeure donc un leurre et l'exclusion persiste. 

Dans son roman, Jérôme Leroy a confronté toutes les idées actuelles qui nourrissent le discours politique autour de l'instauration d'un autre modèle de société en les poussant à l'extrême et démontrer ainsi l'impossibilité de certains désirs. 

L'auteur a fait des choix intéressants qui mettent en exergue les contradictions d'un système qui se veut plus respectueux de la vie mais qui, pourtant, par crainte de certains comportements fait marche arrière et rétablit le droit d'ôter la vie. 

28/11/2025

Mu Ming, Colorer le monde suivi de Qui possède la lune, collection RéciFs, éditions Argyll

Mu Ming, Colorer le monde suivi de 
Qui possède la lune
collection RéciFs, éditions Argyll 

Mu Ming est une autrice de science-fiction et une programmeuse spécialisée en intelligence artificielle. Sa plume est célébrée par les distinctions littéraires les plus prestigieuses de la science-fiction chinoise, à l'image du prix Xingyun de la meilleures nouvelle autrice ou Galaxie de la meilleure nouvelle. 

Après avoir inauguré la collection RéciFs avec sa novella, "Le Bracelet de Jade", elle est de retour au catalogue des éditions Argyll en ce mois de novembre. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Argyll, je remercie Xavier et Simon pour l'envoi de ce service de presse. 

Un recueil, deux histoires fortes. 

Résumé :

La première nous conte le destin de la jeune Amy qui voit sa vie changée le jour où elle reçoit des implants rétiniens. Dans un monde où la vue corrigée est devenue la norme, elle compte sur cette intervention pour se défaire de son sentiment d'exclusion. Mais trouvera-t-elle ce qu'elle cherche au final?

Dans la deuxième histoire, on suit Xiaolin dans son parcours de vie au cœur d'une société en pleine mutation grâce à une technologie pas toujours bien acceptée. 

Mon avis :

Que ce soit pour "Colorer le monde" ou "Qui possède la lune", nous plongeons au cœur de deux récits de science-fiction teintés d'anticipation où la technologie a dessiné un nouveau modèle de société. 

Ainsi dans "Colorer le monde", Mu Ming parle d'humanité augmentée par le truchement d'implants rétiniens donnant aux détenteurs une nouvelle perception du monde. Devenu monnaie courante dans le monde imaginé par Mu Ming, choisir de ne pas en porter est synonyme d'exclusion car la différence est mal vue. C'est la raison pour laquelle Amy, bien que très jeune, souhaite de tout cœur que sa vue soit corrigée, même au déplaisir de sa mère qui préfère continuer à voir le monde à travers sa vieille monture ainsi que sa sensibilité d'artiste. C'est en tout cas la leçon qu'elle transmet à sa fille par l'intermédiaire de son journal intime lui faisant porter un regard neuf sur le monde qui l'entoure. 

"Colorer le monde" est un récit très poétique piqué de nombreuses références et artistiques. Mu Ming nous offre une véritable balade faisant le lien entre le présent et le passé par l'intermédiaire des trésors littéraires du passé à l'image de L'Odyssée d'Homère ou des œuvres artistiques telles celles de William Turner. 

"Colorer le monde" critique le conformisme de la masse pour répondre à une forme de normalité. Ici, Mu Ming s'attache à prôner la culture de la différence pour un meilleur épanouissement personnel. Les questionnements portés par cette autrice sont intéressants et variés. 

22/11/2025

Pascale Quiviger, H, Mort ou Vif, éditions du Rouergue

Pascale Quiviger, H, Mort ou Vif, éditions du Rouergue 

Pascale Quiviger est une autrice de grand talent, à qui l'on doit la saga du Royaume de Pierre d'Angle. C'est un univers de grande qualité qu'elle a continué à développer à travers d'autres romans indépendants. 

Aussi, après La dernière saison de Selim, elle poursuit l'aventure menée par les héros d'hier et d'aujourd'hui. 

Lu dans le cadre de la dernière Masse critique mauvais genres, je remercie l'équipe de Babelio et les éditions du Rouergue pour l'envoi de ce roman. 

Résumé :

Le Roi Fénélon vient de mourir. Il laisse derrière lui une fille malade, un gendre avide, un royaume exsangue et un étrange testament. Ce dernier soulève d'ailleurs beaucoup d'interrogations car il est question d'un héritier inattendu que tous pensaient décédé depuis fort longtemps. Désigné comme exécuteur testamentaire, Mercenaire accompagné de sa fidèle Esmée s'embarquent sur la piste de ce "H" même si les indices sont maigres et les concurrents nombreux. Alors arriveront-t-ils à résoudre cette nouvelle énigme à temps? 

Mon avis :

Avec H, Mort ou Vif, nous voici dans un nouveau royaume et une nouvelle histoire mais néanmoins avec également quelques têtes connues. 

En effet, Pascale Quiviger a choisi de faire un pont entre ses différents récits de fantasy avec des intrigues qui s'entremêlent par l'intermédiaire de personnages inoubliables. 

Son nouveau roman nous plonge dans les investigations d'Esmée et de Mercennaire pour retrouver un héritier que tout le monde croyait mort à la naissance. L'ambiance se teinte donc de mystère et de danger. Il faut dire que la nouvelle agite les grands de ce monde qui voit là l'occasion de renverser le pouvoir et de rebattre les cartes à leur avantage. 

Complots et manipulations s'invitent donc dans cette partie pour mettre notre couple d'enquêteurs sur des fausses pistes et des impasses. 

Le danger rôde partout surtout que l'on parle d'intrigues de cour et de secrets de famille. La soif de pouvoir se montre une nouvelle fois sans limite. 

Le récit s'annonce dès le début fort prometteur et il faut bien reconnaître que Pascale Quiviger répond bien aux attentes de ses lecteurs. Elle a, d'ailleurs, repris la même formule utilisée dans son précédent roman, La dernière saison de Selim, à savoir une investigation menée par un duo irrésistible. En effet, on retrouve l'intrépide Esmée, un personnage phare du Royaume de Pierre d'Angle et le flegmatique Mercennaire, rencontré récemment. Elle les réunit une nouvelle fois et sans surprise, ils font des étincelles. Bien que de caractère opposé, ils se complètent parfaitement pour résoudre les énigmes les plus corsées. Leur histoire est attachante et s'écrit en filigranes des intrigues en cours. 

Pascale Quiviger nous fait la joie de renouer avec des figures de la première heure, à l'image du jeune Lysandre qui a bien grandi et endosse maintenant le rôle éminent d'ambassadeur.

H, mort ou vif dégage à la fois un sentiment de nostalgie et une soif de nouvelles aventures. 

12/11/2025

Mina Fears, The Scorpion Queen, collection Stardust, éditions Hugo

Mina Fears, The Scorpion Queen, collection Stardust, 
éditions Hugo

Mina Fears est une jeune autrice américaine qui a publié son tout premier roman en 2024. Il s'agit d'un récit de fantasy à destination d'un public plutôt Young-Adult qui s'intitule The Scorpion Queen

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Hugo, je les remercie pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Aminata voit sa vie et son futur basculer, le jour où sa sœur l'a fait accuser d'infidélité alors qu'elle était promise au beau et doux Kader. Bien qu'elle ait essayé de se disculper, nul ne la croit, même pas ses propres parents qui la rejettent et la déshéritent sur le champs. C'est ainsi qu'elle devint la servante de la fille de l'empereur qui, contre toute attente, se montre aimable et généreuse à son égard. Chacune étant confrontée à sa propre détresse, une solidarité s'installe naturellement entre les deux. Mais en voulant libérer la jeune princesse de sa propre malédiction, Aminata va devoir faire des choix difficiles. Alors quel chemin suivra-t-elle? 

Mon avis :

The Scorpion Queen est un roman de fantasy historique puisant dans la mythologie africaine et empruntant particulièrement au conte malinké en mettant en scène la quête de liberté d'une jeune fille. 

Dans ce roman, on évolue aux côtés d'Aminata au cœur du palais impérial. Le décorum fait très Mille et Une Nuits dans le sens que les prétendants de la princesse sont soumis à des épreuves qui les condamnent tous à une horrible mort. Or, pour contrer ce mauvais sort, la jeune fille compte sur ses trois domestiques dont Aminata pour l'aider à trouver l'artefact qui sauvera la vie de son futur époux. Bien qu'il ne s'agisse pas ici de l'histoire d'une femme cherchant à échapper à la mort en contant des histoires à son sanguinaire bourreau, on retrouve tout de même des éléments similaires qui sont d'ailleurs propres au conte. En effet, ici, la princesse est sous l'emprise de son père, l'empereur, qui prend les traits du tortionnaire suppliciant tous les hommes souhaitant l'épouser. Elle nous apparaît donc telle une victime à sauver mais qui comme dans Les Mille et Une Nuits, cherche des stratagèmes pour se sortir par elle-même de cette terrible situation. 

Entre les intrigues de cour et l'aventure au cœur du désert, ce roman se teinte des notes suaves et sucrées des littératures orientales. 

L'ombre des dieux planent au-dessus des protagonistes rappelant ainsi les mythes locaux et notamment le culte dans les sept dieux du panthéon. 

La magie est également de la partie et s'exprime de bien des manières. Il y a bien entendu le pouvoir détenu par certains personnages divins ou humains mais aussi la présence d'objets ensorcelés, à l'image du marteau d'Hausakoy ou de la carte magique montrant le chemin vers l'antre de ce dieu. Derrière l'introduction de ces deux éléments, on peut, d'ailleurs, y voir la référence au marteau de Thor d'un côté, et à la carte du Maraudeur de l'autre côté. Les références de l'autrice sont donc multiples et viennent nourrir un univers intéressant et plutôt bien réussi pour un livre de Young-Adult. 

L'intrigue elle-même présente d'indéniable qualité car Mina Fears table sur des destins de femmes étonnants. Les rebondissements sont là et surprennent bien souvent car l'autrice fait évoluer ses protagonistes de manière fort inattendue. 

The Scorpion Queen n'est clairement pas un simple récit de romantasy comme on pourrait s'y attendre vu l'engouement pour ce sous-genre de la fantasy

La romance est bien là mais demeure en périphérie de l'intrigue pour laisser toute la place au récit d'aventure tissé de trahisons, de mensonges et de manipulations

Mina Fears a introduit des éléments comme un ordre secret constitué de rebelles cherchant à renverser le pouvoir pour libérer le peuple du joug d'un tyran. Toutefois, on peut regretter qu'elle n'est pas plus développé cette partie de l'intrigue qui donne à son roman une dimension politique fort intéressante.