Naomi Mitchison est une romancière et une poétesse écossaise du XXe siècle. Bien que sa bibliographie compte plus de 90 ouvrages et qu'elle a longtemps été considérée comme la doyenne de la littérature écossaise, elle demeure pour beaucoup d'entre nous une illustre inconnue.
En effet, Naomi Mitchison comme tant d'autres écrivaines avant et après elle, paye simplement le fait d'être une femme et d'écrire sans emprunter un nom de plume masculin.
On ne peut donc que se féliciter de voir l'un de ses textes sortir de l'ombre grâce aux éditions Callidor, qui, comme à leur accoutumé offre à ce récit un superbe écrin.
Lu dans le cadre d'une Masse Critique, je remercie toute l'équipe de Babelio, ainsi que les éditions Callidor pour m'avoir envoyé ce roman et permis de découvrir cette fabuleuse plume de l'Imaginaire.
Résumé :
Après la disparition de sa mère, le père d'Halla s'est remarié. Et son existence n'enchante guère la reine qui pousse son époux à abandonner sa fille. Mais voyant d'un mauvais œil cet odieux crime, la gouvernante de cette dernière a choisi de sauver la petite princesse en l'emportant avec elle après s'être elle-même transformée en ourse. D'abord élevée par les ours, puis par les dragons, c'est ainsi que la jeune enfant grandit paisiblement à l'abri du danger. Ce n'est que bien plus tard que sa vie va être à nouveau bouleversée la poussant à faire de nouveaux choix quant à l'avenir qu'elle souhaite. Partir ou rester, que choisira-t-elle?
Mon avis :
Voyage Léger est un récit à destination de la jeunesse. On y suit les pérégrinations d'une petite fille dans un monde tantôt hostile, tantôt bienveillant à son égard. L'autrice commence son histoire comme un conte en se réappropriant le schéma classique de la petite princesse écartée par la nouvelle épouse du roi qui cherche à s'en débarrasser en l'emprisonnant ou en la faisant assassiner. Comme d'autres célèbres princesses, à l'image de Blanche-Neige, elle trouve donc refuge dans la forêt parmi les animaux. Qu'ils soient apparentés aux créatures fantastiques ou le fruit de métamorphose, les animaux qui prennent vie dans ce roman apportent une touche de merveilleux à ce texte.
En outre, pour nourrir l'univers fantasy de son roman, Naomi Mitchison emprunte également certains éléments notables à la mythologie nordique. Ainsi, entre ces pages, on retrouve la figure d'Odin, dénommé ici comme le Père-de-Toute-Chose. Celui-ci accompagne d'ailleurs la quête d'Halla lorsqu'elle quitte le giron des dragons afin de trouver sa place dans ce monde. Elle multiplie également les rencontres avec une valkyrie, en particulier, qui l'incite à l'accompagner dans sa mission d'emporter les héros tombés au combat, afin de les conduire au Valhalla pour se préparer au Ragnarök. Mais il n'y a pas que l'héritage viking qui est mis en valeur ici puisque les pas d'Halla la conduisent jusqu'au Saint-Empire romain en pleine crise religieuse avec la percée d'un christianisme agressif au détriment des dieux anciens. Le monde qui naît sous la plume de Naomi Mitchison est donc foisonnant. Il joue habilement sur les mythologies tout en reposant sur un cadre historique riche tissé de défaites et de victoires, de conquêtes et de pertes.
Derrière ce roman se cache également une fable féministe qui s'exprime sous les traits d'une petite fille refusant les destins que chacun veut lui imposer. Aussi, elle ne voit nul héros sous les traits de ces hommes pourfendeurs de dragons tombés sur le champ de bataille. Pas plus qu'elle n'accepte d'endosser le rôle d'épouse que certains souhaitent lui voir occuper. Elle se veut libre de choisir son propre chemin, quitte à se tromper. La farouche indépendance dont fait preuve la jeune Halla est une manière de dénoncer la condition féminine. La femme étant simplement réduite au rôle d'enfantement.
Naomi Mitchison a aussi glissé dans son texte toute une réflexion autour de la cause animale à travers les attaques que subissent les dragons par les hommes pour s'emparer de leurs trésors. Elle met en lumière à la fois un discours protecteur vis à vis d'animaux en voie d'extinction et s'attaque également à la cupidité de l'humain.
Court mais d'une grande richesse, Voyage Léger peut se lire de bien des manières selon sa grille de lecture. C'est bien entendu un récit d'apprentissage dans lequel l'héroïne mène sa quête d'identité afin de se réaliser. L'autrice a cassé les codes en faisant du dragon, une espèce à protéger, menacée par l'homme, à l'image de la nature. Les hommes ne sont pas ici de preux chevaliers chargés de défendre les princesses en détresse mais sont plutôt dépeints comme des destructeurs et des assassins.
Ce conte repose sur la jeune Halla que l'on suit tout au long de son aventure. Son innocence et sa curiosité en font un personnage particulièrement attachant. L'histoire qu'elle porte est riche en émotions nous tirant aussi bien les larmes que le rire.
Avant de conclure cette chronique, je souhaite attirer votre attention sur la qualité de l'ouvrage. En effet, l'édition proposée par Callidor est de belle facture et luxueuse autant du point de vue de l'extérieur que de l'intérieur. La couverture arbore des dorures posées à chaud et une très jolie illustration signée par Caroline Leibel. D'ailleurs d'autres illustrations de cette même artiste égayent les pages de ce roman. C'est une véritable invitation au voyage. On ne sait où poser sans regard sans s'émerveiller sur le moindre détail. Un magnifique jaspage vient habiller la tranche du livre. Comme chaque ouvrage de cette collection des éditions Callidor dédiée à "l'âge d'or de la fantasy", ce livre est un véritable objet de collection qui viendra magnifier vos bibliothèques.
Pour conclure :
Voyage Léger dégage une telle poésie que la lecture de ce roman nous propulse dans un moment suspendu à la fois réconfortant et terriblement immersif.
Fantasy à la Carte
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