31/01/2023

Raven Kennedy, Gild, tome 1, La Saga d'Auren, tome 1, éditions Hugo Roman

Raven Kennedy, Gild, tome 1, La Saga d'Auren, éditions Hugo Roman

Autrice américaine, Raven Kennedy compte déjà six sagas d'imaginaire à son palmarès. Son crédo, c'est la romance qu'elle mêle habilement à la fantasy et ainsi dessiner de fabuleux univers dans lesquels elle plonge ses lecteurs.

Avec 1 million d'exemplaires vendus, on peut considérer que La Saga d'Auren est un best-seller dont les droits ont déjà été achetés par douze pays. En France, ce sont les éditions Hugo qui se sont emparées du phénomène outre-Atlantique pour la première fois. Après avoir foulé les terres d'une réécriture du mythe d'Hadès et Perséphone de Scarlett St. Clair (A touch of darkness, A touch of ruin et A touch of malice), c'est maintenant autour de celui du roi Midas de se voir revisiter. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Hugo, je remercie Myriam pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

A Highbell, capitale du 6e royaume, Auren vit littéralement dans une cage dorée. Favorite du roi Midas, elle est gardée sous cloche ne pouvant même pas se déplacer librement dans le palais. Une position qui lui vaut autant l'animosité de l'épouse royale que des autres femmes du harem. Auren a la particularité d'être recouverte de la tête aux pieds par une couche d'or faisant d'elle une curiosité que certains admirent pendant que d'autres jalousent. Objet de nombreuses convoitises, Auren est-elle si en sécurité sous la coupe de Midas ? D'ailleurs, malgré la décennie écoulée, le connait-elle vraiment ? Et si tout n'était qu'un jeu de dupes ? 

Mon avis :

Dans Gild, Raven Kennedy nous ouvre les portes du monde chimérique d'Orea, constitué par sept royaumes rivaux où une paix relative est instaurée depuis quelques temps. Néanmoins, dans ce premier volet, on découvre surtout le 6e royaume gouverné par le roi Midas et particulièrement Highbell, son palais fait d'or. C'est donc l'occasion pour l'autrice de se réapproprier ici le mythe grec du roi Midas qui, pour avoir accueilli Silène, se voit accordé un vœu par Dionysos et choisit la faculté de transformer en or tout ce qu'il touche. Mais dans la légende, ce don va vite devenir un fardeau l'empêchant de manger et boire et le coupant même de ses proches car tous transformés en statues d'or au moindre de ses contacts. 

Or, Raven Kennedy joue beaucoup avec cette capacité dans sa série puisqu'elle lui inspire son personnage principal. En effet, Auren a été partiellement transformée en statue dans le sens où elle est recouverte d'or mais a conservé sa mobilité humaine, faisant d'elle un être unique. De même, elle semble disposer de certains des pouvoirs de Midas sans que l'on en prenne pleinement la mesure dans ce tome 1. Entre ces lignes, la magie du roi demeure entourée d'une aura de mystères que l'on aura le loisir d'explorer au fil des tomes. D'autant que l'univers imaginé par l'autrice semble assez grandiose car elle n'a pas hésité à introduire de nombreuses chimères de son crû, à l'image de ces Griffes de feu, autrement dit les effrayantes créatures servant de bêtes de somme pour tirer les fameux navires pirates. De même que les faes sont intimement liés à la genèse du monde doré d'Orea et mieux encore, ils en sont sa principale menace. Gild pose donc les bases d'un univers fantasmagorique fouillé. Mais derrière la merveille se cache un jeu politique serré car la cour du roi Midas demeure un nid de vipères qui cherche à piéger en permanence Auren et les relations diplomatiques liant les royaumes entre eux se construisent sur bien des trahisons. Ainsi, la vision enchanteresse du mythe est vite éclipsée par le machiavélisme des protagonistes et l'implacabilité de l'environnement. 

Clairement, l'ambiance de cette saga est âpre et cruelle surtout envers la gente féminine qui y est traitée comme du bétail. Considérées comme des objets sexuels, les femmes mises en scène dans Gild sont maltraitées, déconsidérées et même violentées. Cela donne l'occasion à l'autrice d'orienter son propos autour de la toxicité d'une relation, notamment lorsqu'elle est sous emprise et du syndrome de Stockholm à travers Auren qui se sent redevable à son bourreau qui l'a sorti du ruisseau. Elle nous dépeint donc une société archaïque dominée par un patriarcat étouffant. 

27/01/2023

Aurélie Wellenstein, Le Désert des Couleurs, éditions Pocket Imaginaire

Aurélie Wellenstein, Le Désert des Couleurs, éditions Pocket Imaginaire

Autrice à l'imagination fertile et prolifique, Aurélie Wellenstein publie chaque année au moins un récit inédit et voit même l'un de ses romans être édité au format poche. 

2023 n'échappe pas au rituel avec la sortie du Désert des Couleurs chez Pocket Imaginaire. Après une année blanche en 2020, elle a pu se remettre le pied à l'étrier grâce à une résidence d'écriture et nous proposer ce texte prenant mais non dénué d'une certaine lumière. 

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Pocket Imaginaire, je remercie Emmanuelle Vonthron pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Eos, dernier îlot d'humanité au milieu d'étendues désertiques toujours plus invasives menaçant même la sécurité de ce refuge. Or, une légende raconte l'existence de la mythique cité d'Alnaïr, mirage ou réalité, nul ne le sait car aucun explorateur n'est revenu pour le confirmer. C'est au tour de Kabalraï, un fils du désert et de sa demi-sœur, Irae de prendre la route. Mais, attention le désert recèle bien des dangers, le pire de tous étant qu'il ravit la mémoire des imprudents qui le traversent. A Kabalraï, en tant que créature du désert, de restituer les souvenirs à Irae chaque soir sans quoi il la verra se dissoudre. Arriveront-ils à surmonter tous les obstacles et surtout trouveront-ils cette cité au bout du chemin ? 

Mon avis :

Dans le Désert des Couleurs, Aurélie Wellenstein nous immerge dans un univers postapocalyptique où l'humanité ne forme plus qu'une colonie réfugiée au cœur d'un volcan. Pour autant, elle a insufflé à son texte une ambiance des mille et une nuits où la vie de cette poignée d'humains est régit par les mythes et les légendes qui se transmettent de conteur en conteur. L'autrice emprunte au merveilleux oriental comme en témoigne, par exemple, l'évocation du marchand de sable faisant figure ici de djinn. Il est une créature insaisissable dont on ne sait que peu de choses si ce n'est que lorsque le moment est venu, il vient s'unir à l'élue du village afin de donner naissance à un mimorian. Or, celui-ci en grandissant aura pour mission d'accompagner l'un des villageois à travers le désert afin de trouver Alnaïr. Son existence même relève du prodige alors il est vénéré par presque tout le monde. En effet, pour tous, il incarne le salut. Sa nature est intimement liée au désert. Or, sous la plume d'Aurélie Wellenstein, celui-ci se pare d'atours très particuliers puisque chaque grain qui le constitue s'avère être en réalité le souvenir d'un disparu. Ainsi, ces étendues arides endossent un camaïeu de couleurs rendant les lieux enchanteurs et fascinants. Elles recèlent un secret qu'il nous tarde de découvrir au fil de notre lecture.

Aurélie Wellenstein a l'art et la manière d'introduire de la magie là où on ne l'attend, y compris dans ses mots qui dégagent une puissante poésie.

24/01/2023

Pierre Pevel & Etienne Willem, Les Enchantements d'Ambremer, partie 1, éditions Drakoo

Pierre Pevel & Étienne Willem, 
Les Enchantements d'Ambremer
partie 1, 
Le Paris des Merveilles, éditions Drakoo

Après le succès des Artilleuses, une série de trois albums dont les histoires inédites prennent cadre dans l'univers du Paris des Merveilles, Pierre Pevel et Étienne Willem viennent de se lancer dans une nouvelle aventure artistique. 

Il faut croire que ce Paris des Merveilles les inspire ou les obsède puisque c'est le premier volet de cette célèbre saga éponyme, Les Enchantements d'Ambremer, qui a l'honneur aujourd'hui de se voir adapter en bande dessinée. 

Résumé :

Les Enchantements d'Ambremer, ça raconte quoi ? Déjà on y retrouve le mage Louis Denizart Hippolyte Griffont, tout juste chargé d'enquêter sur une sombre histoire de triche dans un cercle de jeu impliquant le recours illégal à la magie. Sans parler de la baronne de Saint-Gil qui réapparaît dans sa vie, comme par hasard, au moment où ses investigations semblent le conduire tout droit vers l'Outre-Monde. Et si tout était lié et que le lièvre levé était un peu trop gros, même pour notre célèbre mage ? 

Mon avis :

Que dire de plus sur l'intrigue que je n'ai déjà dit dans ma précédente chronique du tome 1. Vous rappelez sans doute que le texte est captivant car il cumule moult qualités. On a clairement affaire à un récit d'espionnage mêlant secret d'Etat et magie. La féérie s'installe sous la plume de Pierre Pevel en s'emparant de la capitale, mieux encore ici, elle explose avec le talentueux crayon d'Etienne Willem qui donne aussi bien vie aux chats volants doués de paroles qu'aux terribles gargouilles servant de chiens de garde à une souveraine de l'Outre-Monde, sans oublier la majestueuse Tour Eiffel en bois blanc enchanté. 

Dans ce premier album, Pierre Pevel a su synthétiser les temps forts du début de son roman pour faire tenir dans l'espace imparti toute son essence. Ainsi, après un détour par l'Outre-Monde pour rendre service à son amie Cécile de Brescieux, on suit Griffont dans son enquête au cercle de jeu qui le met sur la piste d'objets magiques et le relie etonnemment aux affaires de la baronne qui vient de revenir dans sa vie tout en invitant le danger jusque dans son domicile. 

Les scènes d'action s'enchainent et sont admirablement bien dessinées jusque dans l'expression des émotions qui passent sur les visages des protagonistes en fonction des circonstances. En outre, l'esthétisme de la Belle Epoque se retrouve beaucoup dans les toilettes des dames, l'élégance des messieurs, ainsi que dans les intérieurs cosy et même le chic des beaux quartiers. Quant à l'Outre-Monde, c'est un savant mélange d'un décor médiéval fantasmé, digne d'un conte de fées où l'on peut admirer un magnifique château trônant au-dessus d'un bourg très propret. Voici une vision fort idyllique même si on se doute bien que ce n'est qu'un décorum qui dissimule son lot d'intrigues et de complots, à n'en pas douter ! 

21/01/2023

Victor Dixen, La Cour des Miracles, tome 2, Vampyria, collection R, éditions Robert Laffont

Victor Dixen, La Cour des Miracles,
 tome 2, Vampyria, collection R, 
éditions Robert Laffont 

Après une première incursion réussie dans l'univers ténébreux de Victor Dixen, me voici de retour à Vampyria pour y continuer mon exploration et tenter d'y percer tous les mystères. 

Résumé :

Depuis sa victoire à la compétition de la Gorgée du Roy, Jeanne Froidelac alias Diane de Gastefriche est devenue écuyère du Roy. La voici donc au plus près du pouvoir pour assurer son rôle d'agent de renseignement pour la fronde. Seulement, elle est envoyée à Paris avec deux de ses homologues pour débusquer celle qui se fait appeler la Dame des Miracles et menace le Roy de faire déferler ses goules sur le royaume s'il ne la fait pas Reyne de Paris. Pour ce monarque absolu, le chantage est inacceptable alors son ordre est simple, arrêter cette impostrice qui rêve d'éclipser le soleil pour qu'elle lui révèle tous ses secrets. Mais pour Jeanne, il est hors de question de permettre au Roy d'acquérir davantage de pouvoir, il lui faudra donc éliminer la menace. Mais toute rusée qu'elle est, pourra-t-elle réellement faire le poids face à toutes ces forces en présence ? 

Mon avis :

La Cour des Miracles s'ouvre sur ce même récit entraînant auquel Victor Dixen nous a habitué dans son premier volet. En effet, le rythme y est toujours aussi soutenu avec une succession de rebondissements auxquels on ne s'attend absolument pas. 

Dans ce tome 2, la plume de Victor Dixen nous entraîne à perdre haleine dans le dédale de ce Paris revisité aux quartiers renommés, à l'image de Saint-Michel, Saint-Supplice ou Saint-Lazare devenus respectivement Sang-Michel, Sang-Supplice et Sang-Lazare. Mais quoi d'étonnant quand le pouvoir est entre les canines des vampires que les lieux soient rebaptisés à leur image, n'est-ce pas ! Aussi, sous le regard attristé de Jeanne, on découvre une ville crasseuse peuplée d'âmes résignées. Comprimé entre l'autorité implacable de Louis XIV imposant des règles liberticides et mortifères et la folie impérialiste d'une femme se rêvant reine, le peuple de Paris est épuisé et désespéré de se voir sacrifier sur l'autel de l'ambition. 

C'est un décorum qui sert parfaitement les desseins de Victor Dixen car il y voit là l'occasion de mettre en lumière les excès poussant à la mégalomanie et au despotisme. En effet, il se plaît à explorer les méandres de la psychologie qui poussent une âme, même pourvue initialement des meilleures intentions, à dériver et se parjurer. 

16/01/2023

Judy I. Lin, Une magie teintée de poison, éditions Hugo Stardust

Judy I Lin, Une magie teintée de poison, éditions Hugo Stardust

Jeune autrice, Judy I. Lin a toujours mis un point d'honneur à s'évader dans les mondes imaginaires depuis sa plus tendre enfance. Alors rien d'étonnant de la retrouver aujourd'hui une plume à la main pour nous conter ses propres histoires extraordinaires. 

D'ailleurs, Une magie teintée de poison a l'honneur d'être classé dans la liste des Best-sellers Young Adult du New York Times, en plus de susciter l'engouement de la communauté virale des lecteurices. 

Lu dans le cadre d'un partenariat, je remercie les éditions Hugo pour l'envoi de ce service de presse. 

Résumé :

Ning a perdu sa mère, morte empoisonnée par le thé qu'elle lui a servi. Sa sœur, elle, est entre la vie et la mort car sa mère a réussi, avant de mourir, à lui confectionner un remède pour ralentir les effets du poison. Mais Ning sait que ce n'est qu'une question de temps alors lorsqu'elle apprend qu'une prestigieuse compétition a lieu à la cité impériale pour trouver le plus grand maître du shénnong-shï, Ning y voit là sa chance de sauver sa sœur car une faveur sera accordée au gagnant par le princesse en personne. Ni une ni deux, elle s'embarque dans cette aventure au péril de sa vie car qui peut savoir quel terrible poison s'est immiscé dans les murs de cette cité et dans le cœur de ses habitants. Mais un autre choix est-il seulement possible ? 

Mon avis :

Une magie teintée de poison nous immerge dans un univers qui met à l'honneur le merveilleux asiatique et ses rites ancestraux. En effet, Judy I. Lin a conféré à la cérémonie du thé une puissante magie. Pour mémoire, le thé est considéré comme un art en Chine et au Japon. Alors, à chaque pays ses traditions et sa philosophie. Or, l'autrice a décidé d'articuler son intrigue autour de cet élément culturel majeur. Ainsi, elle s'est inspirée de Shen Nong, un héros civilisateur de la mythologie chinoise à qui on attribue la découverte du thé et de ses vertus médicinales pour imaginer ici la prestigieuse fonction de Shénnong-shï, autrement dit un maître du thé disposant notamment de grands pouvoirs de guérison. 

Cependant ce cadre ésotérique dissimule un monde impitoyable où règnent la compétition et la traîtrise. L'héroïne est parachutée à la cour impériale où elle est écartelée entre l'ambiance suspicieuse émanant du pouvoir en place et la tension avec ses rivaux. Dàxï est un royaume fragilisé, aux prises avec des luttes intestines qui orchestrent du désordre sur le territoire pour déstabiliser le pouvoir en place. Des empoisonnements ont été perpétrés, la mère et la sœur de Ning en ont fait les frais. Il se murmure même que l'empereur serait l'une des victimes. Sa fille, la princesse Ying-Zhen n'a rien confirmé à ce sujet mais a initié ce concours dans le but de trouver le meilleur maître du thé, alors toutes les hypothèses sont envisageables. Un contexte conspirateur qui donne à ce texte toute sa dimension intrigante maintenant ainsi une tension latente tout au long du roman. 

Une plume fluide, un rythme entraînant, des secrets à élucider, autrement dit d'indéniables qualités pour le premier volet de cette duologie. 

10/01/2023

Victor Dixen, La Cour des Ténèbres, tome 1, Vampyria, collection R, éditions Robert Laffont

Victor Dixen, La Cour des Ténèbres,
tome 1, Vampyria
collection R, éditions Robert Laffont 

Auteur à succès qui compte déjà à son actif de nombreuses distinctions, Victor Dixen est l'écrivain qu'il faut avoir lu quand on apprécie les littératures de l'Imaginaire. 

D'ailleurs, au regard de ses cinq séries littéraires et de ses six romans indépendants, il est clairement un auteur prolifique.

Du Grand Prix de l'Imaginaire Jeunesse Francophone en 2010 pour Été mutant et en 2014 pour La Malédiction de Boucle d'or au prix Imaginales des lycéens en 2020 pour Cogito, en passant par les prix Chimères et Imaginales des collégiens en 2016 pour Phobos, rien ne semble lui résister. 

Pour ma part, mon intérêt s'est porté sur sa série Vampyria. En effet, en tant que passionnée d'Histoire, je ne pouvais pas faire l'impasse sur cette uchronie fantastique et horrifique mettant en scène Louis XIV. 

Résumé:

Il y a trois siècles, Louis XIV n'est pas mort mais a transmuté pour devenir un vampyre. Depuis lors, il règne en despote sur la France et ses royaumes vassaux, rebaptisé pour l'occasion par le qualificatif de Vampyria. Son peuple soumis au couvre-feu et à la dîme de sang vit littéralement dans la terreur. Jeune roturière, Jeanne Froidelac perd brutalement sa famille, assassinée sur l'ordre du roi des Ténèbres. Elle se jure de les venger et décide d'infiltrer, grâce à un concours de circonstances, l'école formant les jeunes nobles avant leur entrée à la Cour. Entre mensonges, manipulations et trahisons, pourra-t-elle réellement arriver à ses fins ? Et à quel prix ? 

Mon avis :

Dans La Cour des Ténèbres, on pénètre dans l'univers feutré, vénéneux et féroce de Vampyria. Inspiré par l'ambiance malaisante de la Cour du Roi-Soleil s'exprimant autant par les rivalités sanglantes opposant les courtisans que par l'esprit frondeur de la noblesse, Victor Dixen s'appuie sur ces éléments notables du règne de Louis le quatorzième pour nourrir sa version uchronique.

Entre ces lignes, on est propulsé à la Cour de ce roi de la nuit où se croisent vampyres , nobles en attente de transmutation et roturiers serviles. Pour autant, ce n'est pas le cadre d'action principal puisque l'auteur a imaginé une école attenante au château de Versailles où les jeunes nobles sont instruits et formés afin de les préparer à la vie de courtisans ou à intégrer les membres de la garde personnelle du monarque. Ils sont notamment initiés à l'art de la conversation et aux techniques équestres. Derrière cet enseignement rigoureux règnent la trahison, les mensonges et la manipulation. Cette institution est le miroir de la Cour royal où les étudiants sont à l'image des courtisans, c'est à dire, des rivaux lancés dans la course au pouvoir pour se faire une place près du roi et asseoir ainsi son avenir. Aussi, entre ces murs, tous les coups sont permis et la mort est un mal nécessaire pour triompher des autres.

La Cour des Ténèbres met de suite le lectorat au pas en le plongeant dans un récit sombre et cruel. Le danger et les ennemis affluent de toutes parts et pas uniquement du côté vampirique comme on pourrait le penser de prime abord. Le récit est âpre et prenant car Victor Dixen y enchaîne les péripéties sans temps mort. On est de suite happé par cette plume qui entre dès les premières lignes dans le vif du sujet. L'auteur ne s'embarrasse donc d'aucun préambule pour accrocher immédiatement l'intérêt de ses lecteurs. C'est indéniablement un point fort de ce cycle.

06/01/2023

Anouck Faure, La Cité Diaphane, éditions Argyll

Anouck Faure, La Cité Diaphane, éditions Argyll

Reconnue dans le milieu de l'Imaginaire pour son merveilleux travail d'illustratrice, Anouck Faure est aussi une autrice. Aussi, elle délaisse parfois encres et pinceaux pour leur préférer la plume et nous conter ainsi de puissantes histoires. 

Or, en février, on la retrouve chez Argyll car elle y signe son premier roman, intitulé La Cité Diaphane.

Lu dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Argyll, je remercie Xavier Dollo et Simon Pinel pour l'envoi surprise de ce service de presse dédicacé. Un bien beau cadeau venu garnir mes souliers en ce Noël 2022. 

Résumé :

Entre démesure et décadence, Roche-Etoile n'est plus qu'une cité déchue. Depuis l'empoisonnement de ses eaux, il y a sept ans, elle est désertée et exsangue. Or, pour prendre connaissance de ses derniers moments et comprendre ainsi ce qui lui est arrivé, un archiviste est dépêché sur les lieux, envoyé par le seigneur des Marches. Mais à sa grande surprise, ce dernier découvre encore quelques âmes errant entre ces étranges murs. Et si la vérité n'était pas si bonne à entendre surtout quand elle touche de si près...

Mon avis :

La Cité Diaphane, c'est d'abord un univers ténébreux et gothique incarné par la cité de Roche-Etoile. Des rues tortueuses aux espaces vertigineux en passant par d'opaques secrets, voici autant d'éléments qui auréolent de mystères cette cité décidément bien étrange. C'est bien dans ce dédale labyrinthique qu'Anouck Faure nous entraîne à la suite de son archiviste, chargé d'en percer tous les secrets et par la même occasion, éclairer notre lanterne. Tantôt effrayante, tantôt fascinante, Roche-Etoile n'a pas fini de nous intriguer d'autant qu'en remontant ses origines, on ne va pas être à court de surprises. Plus qu'un cadre d'action, Roche-Etoile prend même les traits d'un personnage à part entière sous la plume d'Anouck Faure qui en fait une sorte de compagne d'aventure pour ses autres protagonistes en veillant notamment sur eux. 

Quant à la magie qui imprègne ces pages, elle est directement influencée par le culte de la déesse sans visage car des émanations de son pouvoir se manifestent autant dans la puissance détenue par certains êtres, notamment dans leur rapport aux mots et aux noms propres qui leur donnent une véritable ascendance sur les autres, que dans l'existence de créatures oniriques. Néanmoins, ici le merveilleux est perverti par les sentiments et les émotions négatifs qui viennent déposer une ombre mortifère sur les âmes qui hantent encore les lieux. 

La Cité Diaphane est un huis clos dont la construction narrative surprend autant qu'elle suscite l'intérêt du lecteur. L'autrice a tissé une intrigue complexe et questionnante qui tourne autour de cette cité et du destin de ses habitants. En compagnie de sa poignée de protagonistes, on va d'abord remonter le temps pour comprendre ce qui s'est passé, puis reprendre le fil de la narration pour découvrir où l'on va. 

La plume d'Anouck Faure dégage une telle poésie et sensibilité qu'elle nous happe dès les premiers chapitres. Ses mots sont comme un irrésistible poison infusé dans nos veines qui nous oblige à poursuivre toujours plus loin l'exploration de cette histoire singulière et captivante.