L'influence du "gaming" à la littérature

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29/08/2017

Chloé Chevalier, Les Terres de l'Est, Récits du Demi-Loup, tome 2

Les Terres de l'Est font suite aux aventures des héros de Chloé Chevalier.

Souvenez-vous, on les avait laissés en délicates positions. A force de dissensions et de désaccords, le noyau dure que formait la cour de Véridienne a fini par céder et les protagonistes, à se séparer.

Deux années se sont écoulées depuis les derniers événements survenus à Véridienne, et dans le royaume du Demi-Loup en général. Rien n'y est plus pareil comme on pouvait si attendre. Les héros se sont séparés dans des conditions, pour le moins, dramatiques. Calvina est retournée aux Eponas avec sa suivante Luftilde. Aldemor a été chassé par son père pour un désaccord et une mésentente latente. Humiliée, Cathelle s'est même enfuie avec ce dernier. Seule Malvane est restée à la cour avec Nerses qui demeure sa seule suivante. 

C'est donc à ce moment crucial de l'histoire que Chloé Chevalier a décidé de reprendre la plume pour nous partager les dernières informations. Comme à son habitude le récit se construit de la même manière sous la forme de correspondances épistolaires. Mais alors que le premier roman posait les décors et les bases de l'intrigue, le second tome, lui, entre plus profondément dans le vif du sujet. Il multiplie les révélations fracassantes. Et on comprend mieux d'où viennent les relations conflictuelles entre le Demi-Loup et l'Empire grâce aux révélations d'Aldemor.

Le royaume est menacé. La perfidie de l'Empire qui rend sournoisement la pareille au Demi-Loup n'arrange pas les luttes intestines. La Preste Mort touche de plus en plus de contrées. La peur se propage aussi vite que la maladie. Et avec elle, les problèmes s'accumulent. En temps de paix sur les terres du royaume, le gouvernement laxiste d'Aldemar pouvait fonctionner mais maintenant que la mort rôde, un chef à poigne est indispensable. Le retour d'Aldemor aurait pu être l'occasion au roi de passer la main et d'arranger la situation. Seulement de profonds désaccords entre père et fils vont enterrer le Demi-Loup. 

C'est dans cet état d'esprit de vengeance que l'on retrouve Aldemor. Il veut reprendre le royaume et le sauver. Il a cette folle idée avec Cathelle d'aller chercher le remède au cœur même de l'ennemi. C'est ainsi que tous deux échafaudent un plan aussi fou que machiavélique pour répondre à leur désir de revanche. D'ailleurs, ils n'auront pas besoin de pousser très loin face à l'incompétence ou à la crédulité des deux princesses qui, en très peu de temps, ont dû abandonner la futilité de leur vie à la gestion très sérieuse de deux royaumes. On imagine sans mal la catastrophe vers laquelle s'engagent le Demi-Loup et les Eponas. 

Entre manipulation et machination, ce volet de l'histoire promet de sacrés rebondissements. Chloé Chevalier essaime ici ou là quelques belles révélations aussi bien sur certains de ses personnages que sur l'histoire propre. Un roman qui nous fait entrevoir les pions qu'elle a placé depuis le tout début du récit et qui nous ouvre les yeux sur la finalité vers laquelle elle veut nous mener. 

Avec Les Terres de l'Est, on sort des frontières. On découvre les us et coutumes d'autres lieux. On se laisse charmer par l'exotisme de l'inconnu. C'est essentiellement à travers les souvenirs du prince héritier que cela est possible. Une manière pour l'auteure de donner de nouvelles perspectives à son univers. 

Un tome qui confirme la fantasy envoûtante dont nous enivre Chloé Chevalier depuis sa toute première ligne. 


Fantasy à la carte

Chloé Chevalier
Les Terres de l'Est
Tome 2
Récits du Demi-Loup
Les Moutons électriques

23/08/2017

Fabien Cerutti, Le Marteau des Sorcières, Le Bâtard de Kosigan, tome 3

Mnemos fait une rentrée littéraire retentissante avec le très attendu troisième volet du Bâtard de Kosigan de Fabien Cerutti. 

Ils m'ont fait l'honneur de découvrir ce nouveau roman en avant première et je les remercie de leur confiance.

Pour ce tome, c'est un changement de décor que nous offre Fabien Cerutti. Pierre Cordwain de Kosigan a plié momentanément bagage pour se rendre dans le Saint-Empire et offrir les services de sa compagnie à Dagmar von Hohenstauffen. Là-bas, il est chargé par ce dernier de débusquer le ou les espions dans l'entourage du duc de Cologne qui renseignent les sorcières du Mondkreises (littéralement Cénacle lunaire). 

L'affaire s'annonce épineuse car l'Inquisition est omniprésente dans l'empire germanique. Pire encore, Juan Ginès de Las Casas, qui n'est autre que le cardinal du Saint Office de l'Inquisition, œuvre dans les parages de l'Herzog (duc) et risque de mettre à mal sa mission. D'autant que notre bâtard, qui est déjà passé entre les mains de ces fanatiques religieux, n'a pas la moindre envie de retenter l'expérience. Alors avec Las Casas dans les parages qui semble flairer le sang noir qui coule dans ses veines, Pierre risque gros dans cette histoire. 

Mais comme à son habitude, si Pierre Cordwain est là, ce n'est pas le fruit du hasard, ni par générosité. Chacune de ses interventions est finement calculée: chez lui, l'intérêt personnel prime toujours sur le reste. Or, justement, s'il est parti en Westphalie, c'est surtout pour en apprendre plus sur ses origines et plus particulièrement sur sa mère dont lui revient des souvenirs par bribes et de manière encore trop confuse. Il est temps de comprendre d'où il vient et d'où il tire ses pouvoirs sur la Source. Le seul moyen pour lui est de rentrer en contact avec les fameuses sorcières du Cénacle lunaire. Ainsi, allier intérêt personnel et financier tombe à pic pour notre habile héros. Bien entendu, sur le papier l'idée est bonne, maintenant la question est de savoir si dans les faits, cela ne va pas lui revenir comme un boomerang. Encore une fois, Pierre Cordwain va jouer un jeu très dangereux. 

En pleine chasse aux sorcières, Fabien Cerutti nous plonge dans une période fortement troublée où les meurtres de masse étaient légions. Tortures, exactions, assassinats sont donc de mise dans ce nouveau récit. A travers les yeux de son héros, on revit un pan de l'Histoire effrayant. Il est vrai que l'Inquisition a été très présente en territoire germanique. Seulement, l'auteur s'amuse beaucoup avec les dates des événements. Puisque selon les sources officielles, c'est au XVe siècle que le pape Innocent VIII décide de donner les pleins pouvoirs à deux inquisiteurs de Cologne leur permettant, si les sorcières survivent à la torture, de les faire périr par noyade lors du "Jugement de Dieu" ou par immolation sur le bûcher. C'est d'ailleurs de la main de ces deux dominicains que le traité de démonologie Malleus maleficarum voit le jour, traduit par "le Marteau des sorcières", titre judicieusement choisi par notre auteur. Joli clin d’œil qui rend ses lecteurs complices en leur partageant le secret le mieux gardé de l'Histoire. Car derrière les faits historiques tels qu'on les connait se cache une autre histoire si l'on en croit le journal de Pierre Cordwain. Plus ésotérique, plus mystérieuse, plus spectaculaire, la version que nous livre ici Fabien Cerutti n'en est donc que plus électrisante. Agrégé d'histoire et au vu de la grande fluidité de ses récits, on n'a aucun mal à imaginer la passion que ce professeur doit mettre dans la transmission de ses cours. Avec sa plume de grande qualité, Fabien Cerutti est un auteur qui fait aimer l'Histoire. 

Parfois, lorsqu'un cycle perdure sur plusieurs romans, il a tendance à s'essouffler. Avec Le Bâtard de Kosigan, il n'en est rien. C'est même l'inverse puisqu'on est de plus en plus séduit par ce héros, de plus en plus accroché à ses mystères. Je reste fascinée par sa gouaille et ses machinations. Devant tant d'imprévisibilité, on ne peut être que captivé.

Les derniers chapitres font même monter crescendo la tension avec un suspense qui est de plus en plus intense.

Un final qui apparaît comme une promesse d'une suite encore plus explosive.

Fantasy à la carte

20/08/2017

Laetitia Reynders, Rouge Poison

Après sa trilogie de La Gardienne du Miroir, Laetitia Reynders reprend la plume avec un récit inédit. 

Rouge Poison, c'est une histoire contemporaine qui nous fait partager le quotidien de Leana Salvo. Elle est une jeune femme ordinaire qui partage sa vie entre son emploi dans une agence immobilière de Vannes et ses amis. Rien d’exceptionnel jusqu'à cette fin de journée où, tandis qu'elle se trouve dans sa librairie de quartier, elle assiste au meurtre de la libraire. Survivante à cet odieux meurtre, elle semble comme anesthésiée par la situation comme si elle ne réalisait pas la gravité des choses. Pire encore le meurtrier lui a promis de la retrouver en la nommant Sober comme s'il la confondait avec une autre. Est-ce pour cette raison qu'il l'a laissé en vie? Par erreur? Davantage chamboulée par cet inconnu aux yeux bleus si pénétrants, la jeune femme tente de reprendre le cours normal de sa vie. Or, il semblerait que l'assassin ne le souhaite pas. Chaque jour il lui rend visite dans son appartement. Il entre et sort dans sa vie comme un fantôme. Très vite va se nouer une relation forte entre les deux êtres. Engluée dans cette liaison aussi malsaine qu'addictive, Leana ne sait plus quoi faire ni quoi penser. Elle ignore rien de la vraie nature de son nouvel amant car Cohen ne lui a rien caché de ce côté-là. Seulement plus elle se dit devrait s'en éloigner, moins elle s'en sent capable. Et tolérer les desseins meurtriers de Cohen fait d'elle sa complice. Mais peut-elle vraiment s'arrêter? 

Aussi passionné que sanguinaire ce nouveau roman interpelle le lecteur. Les assassins y occupent la place de héros. La lutte du Bien et du Mal y apparaît comme inversée. 

Pour son histoire, l'auteure a choisit de mettre la Bretagne à l'honneur et particulièrement son folklore autour des sorciers et sorcières, de la célébration des sabbats et de l'existence de certaines créatures de la nuit. On peut le dire, la lecture de Rouge Poison est une véritable promenade ésotérique qui perturbe nos croyances les plus profondes. Je dirais même qu'en refermant le livre, on voit la Bretagne d'un autre œil. 

Avec sa fluidité habituelle, Laetitia Reynders ponctue son écrit de quelques clins d’œil ici ou là faisant référence à certaines séries TV ou certains films. D'ailleurs, le début de ce livre n'est pas sans rappeler la célèbre saga de Stephenie Meyer car il semblerait que Leana Salvo partage la même fascination que Bella Swan. 

Fait de passion et de violence, ce roman résolument moderne est troublant. Quoiqu'il en soit, c'est une histoire qui se lit d'une traite tant on y est bien accroché dès les premières lignes. 

Fantasy à la carte

16/08/2017

Entrez en féerie à Contes et Légendes

Depuis quelques années Provins devient, le temps d'un weekend, le cadre idéal pour accueillir Orcs, Chevaliers, Trolls et autres Bardes venus flâner auprès d'artisans, d'artistes et d'écrivains réunis pour l'occasion. 

Cette petite cité médiévale est propice à ce genre d'événements et permet aux visiteurs d'oublier le temps présent pour se plonger dans les arts de rue, de retrouver l'ambiance des grands tournois ou de se laisser hypnotiser par le balai des oiseaux sauvages.

Contes et Légendes est un festival fantastique où les artistes de l'Imaginaire viennent discuter avec le chaland de leur univers.

Festival insolite de par le lieu où les artisans, les écrivains et les illustrateurs sont disséminés ici ou là. C'est donc dans un véritable jeu de piste dans lequel on s'engage pour partir en quête de tel ou tel stand. Que ce soit sous des barnums ou des tentes isolées, il faut garder les yeux bien ouverts pour ne louper aucune des merveilles proposées. 

Véritable caverne d’Ali Baba, j'ai eu l'immense plaisir de retrouver Laetitia Reynders et d'échanger avec elle sur sa belle trilogie La Gardienne du Miroir dont je lirais la suite avec gourmandise. Quoi de plus agréable que d'être accueilli avec sourire et bonne humeur, je remercie donc encore chaleureusement cette auteure et son mari que je rencontrerai à nouveau avec plaisir afin de discuter de ses bons romans.  

Autre belle rencontre de ce dimanche est bien évidemment d'avoir fait un tour sur le stand d'Atelier Terra Nostra. Que de merveilles, on en a plein les yeux. Je salue la créativité et la disponibilité de la créatrice qui est aussi sympathique que talentueuse. Comment résister à toutes ces pierres si bien mises en valeur?

Contes et Légendes fait partie de ces festivals où l'on prend plaisir à déambuler. Un salon où l'on n'est pas pressé, où on a de l'espace pour virevolter, s'arrêter et admirer. 

En plus du salon du livre et du marché médiéval, les organisateurs proposent de nombreuses activités. Ainsi, en journée on pouvait participer à des ateliers de techniques d'enluminure ou de maquillage; assister à des spectacles de rue comme des danses, des micro-concerts, des petites scénettes jouées par des passionnés ou des grandes épopées racontées par des conteurs à la verve haute. En soirée, l'animation était assurée par un concert de La Horde et un stupéfiant spectacle de feu réalisé par la troupe d'Alchymea.

Contes et Légendes, c'est un festival familial organisé par des passionnés qui proposent une belle incursion en territoires merveilleux. 

Fantasy à la carte