18/08/2026

M. L. Wang, Blood Over Bright Haven, label Calix, éditions Pygmalion

M. L. Wang, Blood Over Bright Haven
label Calix, 
éditions Pygmalion

M. L. Wang est une jeune romancière spécialisée dans les littératures de l'imaginaire. 

Elle se fait d'ailleurs l'autrice d'histoires toujours très poignantes à l'image de The Sword of Kaigen paru chez Calix en 2025 ou encore de Blood Over Bright Haven sorti chez le même éditeur au mois de février. 

Ayant beaucoup tourné sur les réseaux et après avoir entendu Emmanuel Chastellière, son traducteur, en parler en termes forts élogieux, j'avoue avoir ma curiosité de lectrice être piquée. 

En outre, pour être tout à fait transparente avec vous, le livre a rejoint ma PAL depuis un moment, il me fallait juste trouver le temps de le sortir. 

Résumé :

A Tiran, Sciona a travaillé dur pour devenir la première mage femme de l'Histoire. Or, maintenant qu'elle a réussi l'examen, le plus difficile reste pourtant à faire car elle était loin d'imaginer combien travailler en compagnie d'hommes arrogants va s'avérer compliqué sans parler des terribles découvertes que ses recherches vont dévoiler. Alors sera-t-elle quoi faire de ce lourd héritage pour tenter de changer le monde ? N'est-ce pas d'ailleurs à croire à l'impossible ? 

Mon avis :

Blood Over Bright Haven prend cadre dans la cité de Tiran. C'est d'ailleurs le berceau de la magie voulue par le dieu éponyme lui-même, d'après les textes sacrés. Elle est administrée par un haut magistère où siègent des hauts mages, nantis pour la plupart, qui sont en charge de maintenir les protections magiques autour de la ville afin de la prémunir des effets de la Souillure. Derrière Tiran se dessine une société de castes où l'injustice prédomine. En effet, la ville accueille en son sein des Kwens qui, pour échapper à la Souillure, ont réussi à trouver refuge à Tiran. En échange de cette protection, ils subissent une vie misérable servant les Tiranais et vivant dans la pauvreté et le dénuement le plus total en périphérie de la  cité. 

L'univers qui prend forme sous la plume de M. L. Wang s'inspire de l'industrialisation du XIXe siècle où toutefois le progrès ne résulte pas ici des avancées de la machinerie mais est plutôt due à la magie qui va puiser dans des sources d'énergie pour faire avancer les trains ou les automobiles, pour alimenter l'éclairage de la ville ou encore pour faire fonctionner les armes des gardes ou des mages.

La magie imaginée par M. L. Wang se révèle très ingénieuse. Les sorts sont réalisés par l'entremise d'un appareil appelé icantographe permettant de cartographier un espace pour procéder au siphonnage et ainsi aspirer tout ce qui se trouve dans cet espace et le transformer en énergie. L'expression du pouvoir se pare de notes steampunk alliant ici ingénierie et surnaturel. 

Ainsi, la fantasy de M. L. Wang est particulièrement crédible et demeure un point fort au roman. Mais ce n'est pas le seul car outre l'originalité de l'univers, l'autrice met en exergue de nombreuses thématiques toutes plus intéressantes les unes que les autres. 

Déjà, elle nous parle de misogynie de la société qui, à l'image de notre XIXe siècle ne laissait que peu de place  aux femmes, si ce n'est qu'en tant que pourvoyeuses d'enfants. En mettant en valeur la trajectoire d'une femme cherchant à réussir par elle-même tout en refusant la condition d'épouse que l'on veut lui imposer, M. L. Wang inscrit son récit dans un propos féministe fort. Elle a fait de son héroïne, une femme libre et indépendante, qui cherche à s'imposer à ce patriarcat toxique. 

En outre, le récit est également très social à travers la lutte des classes opposant le peuple des Kwens aux Tiranais. Le texte va donc parler d'esclavage, d'intolérance, de maltraitance et d'injustice. Il est particulièrement poignant et réussit sans mal à faire vibrer la corde sensible car finalement la cité imaginaire de Tiran n'est que le miroir de notre propre société toujours aussi dysfonctionnelle construite sur le sang et les larmes de bien des âmes. 

Bien des messages se dissimulent entre ces lignes car l'autrice ne mâche pas ses mots pour porter un texte puissant et engagé. 

Elle y évoque même la question environnementale mentionnant la destruction des ressources naturelles pour le profit d'une caste et au détriment des autres. 

Blood Over Bright Haven est un roman d'une grande richesse portée par une plume d'une grande finesse. 

On y suit les destinées de la jeune mage tiranaise Sciona s'échinant à dessiner un autre possible aux femmes et du kwen, Thomil qui espère secrètement faire évoluer les mentalités. Rien ne les prédestinait à se rencontrer et pourtant leur rencontre pourrait être ce rouage nécessaire pour impulser une nouvelle direction au monde.

M. L. Wang se fait l'autrice d'un récit étonnant qui change de ce que l'on peut lire en fantasy. C'est à la fois intense et déchirant. Les mots me manquent pour décrire ce roman, je vous dirais simplement que le voyage promet de vous sortir de votre zone de confort car piqué de bien des turbulences. Mais n'est-ce pas le rôle d'un écrivain que de déstabiliser pour nourrir la réflexion de chacun ? 

Pour conclure :

Entre un solide univers et des thèmes politiques très à-propos, Blood Over Bright Haven est le genre de récit qui nous hante longtemps autant pour la justesse des mots que pour la qualité de la plume. Lisez-le!

Fantasy à la Carte

Informations

M. L. Wang
Blood Over Bright Haven
Label Calix
9782080472458
640 pages
Editions Pygmalion

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