L'influence du "gaming" à la littérature

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25/06/2019

Sandrine Alexie, La Rose de Djam, L'Appel des Quarante, tome 1, éditions L'Atalante

Avec La Rose de Djam, Sandrine Alexie nous offre une grande fresque de fantasy orientale. J'avais déjà eu l'occasion de lire des récits de fantasy se déroulant en Orient, notamment au temps des Croisades. Je pense, par exemple, au très bon Djinn, La Maudite de Jean-Louis Fetjaine, lu dans le cadre du prix Imaginales des bibliothécaires, en 2018. On retrouve dans le présent roman le même contexte géopolitique.  

Dans ce premier volet de L'Appel des Quarante, Sandrine Alexie entremêle les fils du destin de son héroïne, Sybille, à de nombreux protagonistes qui viendront, au fil de l'histoire, la soutenir dans sa quête ou, au contraire, la contrer. Sybille de Terra Nuova est une jeune femme au caractère bien trempé qui ne se laisse dominer par personne. Aussi, lorsque son oncle disparaît et que son suzerain la somme de se remarier, au candidat proposé, elle préfère Peir Esmalit, le routier venu lui transmettre le message. Mais au fond d'elle, elle sait qu'elle ne restera pas à l'abri des murs de sa cité. Elle attend le retour de son mentor, Shudjâ. Il lui a promis de revenir la chercher. Mais il tarde et elle n'a d'autres choix que d'aller au devant de lui en prenant la direction d'Alep, puis d'Amid. Depuis sa plus tendre enfance, elle a été préparée par Shudjâ à l'avenir qui l'attend. Elle est une élue. Elle en a la marque. Elle porte une rose sur la main. Pour se conformer à sa destinée, elle devra répondre à l'appel des Quarante et retrouver la Rose de Djam, un talisman puissant, connu aussi en Occident sous le nom de Graal. 

Un premier volet composé de deux parties. Dans un premier temps l'action se concentre sur la recherche du maître spirituel de Sybille ; dans un second temps, Sandrine Alexie se consacre aux préparatifs de la quête que doit mener son héroïne. L'ensemble a été écrit de manière à ne laisser aucun temps mort ! Cette quête de la Rose de Djam est le fil conducteur du cycle. Trois tomes sont déjà prévus, à L'Atalante, mais dans l'interview que l'autrice a accordée à l'éditeur, elle précise qu'elle voit les choses en plus grand encore. On doit donc s'attendre à une saga d'envergure. Ce qui n'est pas pour me déplaire, au vu de la qualité de ce premier tome. 

Je dois dire que La Rose de Djam a tout pour plaire. Déjà, moi, ce que j'adore, ce sont les lieux remplis de mystères que ce livre nous permet d'explorer. L'héroïne de Sandrine Alexie se lance dans un long voyage au cœur d'une terre de miel très convoitée.  L'autrice a inséré son intrigue dans une période fortement troublée, avec notamment la reprise de Jérusalem par Saladin, ce qui débouchera plus tard sur la Troisième Croisade. En suivant Sybille, on va surtout multiplier les rencontres avec une population très cosmopolite qui nous offre, dès lors, une bonne dose de dépaysement, comme la fantasy sait le faire. Rencontre avec des peuples, des cultures et un imaginaire fabuleux. A l'image des conteurs des Mille et Une Nuits, Sandrine Alexie nous entraîne dans un maelstrom d'aventures qui invite au voyage et à l'évasion. Un parfum de danger plane sur son roman. 

Bien entendu, agiter la quête d'un objet magique détenteur des secrets de l'univers, cela ne peut que titiller tous les rêveurs et autres aventuriers du Graal.

Les héros de Sandrine Alexie sont nombreux, mais je dois dire que j'ai particulièrement apprécié la joute qui oppose Sybille à Peir Esmalit tout au long du livre. En jouant au chat et à la souris, leur relation conflictuelle vient pimenter à merveille ce récit. 

La Rose de Djam envoûte de bien des manières et suscite une belle émotion aux lecteurs. C'est un livre qui se lit, d'ores et déjà, comme un coup de cœur. 

Fantasy à la carte

Sandrine Alexie
La Rose de Djam
Tome 1
L'Appel ds Quarante
Editions L'Atalante

18/06/2019

J.R.R. Tolkien, La Chute de Gondolin, éditions Christian Bourgois

Après Beren et Lùthien (2017), c'est au tour de La Chute de Gondolin, tiré du Livre des Contes Perdus, d'être réédité séparément. Préfacé et mis en forme par Christopher Tolkien, La Chute de Gondolin rassemble les différentes versions écrites par J.R.R. Tolkien pour donner corps à ce conte qui vient nourrir la genèse de sa Terre du Milieu. 

Dans La Chute de Gondolin, on suit l'étrange destinée de Tuor, un homme qui, après s'être libéré du joug des Orques, erre solitairement jusqu'à ce que le dieu Ulmo lui apparaisse et le charge d'une mission. Il devra trouver la cité cachée de Gondolin afin de prévenir le roi Turgon du retour imminent de Morgoth, le dieu déchu. Instrumentalisé par Ulmo, il conseille au roi de préparer son armée et de se joindre à la bataille imminente. Seulement trop fier ou trop confiant, Turgon n'écoute pas la mise en garde. Néanmoins, fort bien accueilli, Tuor décide de rester dans la cité et épouse même la fille du roi, Idril. De cette union va naître un enfant semi-elfe, Eärendel dont le destin sera d'ailleurs exceptionnel. Les années passent, et les créatures de Morgoth se rassemblent, formant petit à petit une puissante armée. Il n'a pas oublié sa haine des Elfes et compte bien obtenir sa vengeance. Or, à force de distiller sa malveillance dans le cœur des hommes et des Elfes, il finit par atteindre les esprits les plus faibles comme celui du cousin d'Idril, Meglin, en proie à une terrible jalousie à l'encontre de Tuor, depuis le mariage de ce dernier avec la fille du roi. Lui qui comptait épouser sa cousine pour accéder au trône, il voit ses projets quelque peu mis à mal. Alors, lorsqu'il est fait prisonnier par Morgoth, il n'a aucun scrupule à lui délivrer tous les détails de l'emplacement de la cité, ainsi que la disposition des moyens de défense. Une trahison qui va coûter cher aux Elfes de Gondolin. En effet, après avoir livré une terrible et longue bataille, les survivants n'auront pas d'autres choix que de se sauver laissant la place à un Morgoth triomphant. 

La Chute de Gondolin nous relate avec une grande précision la ruine d'une cité puissante à cause d'une trahison par simple jalousie. J.R.R. Tolkien détaille minute par minute les temps forts d'une bataille marquante dans l'Histoire de la Terre du Milieu. Malgré leur courage et leur vaillance, les Elfes n'arrivent pas à vaincre la puissance de feu des balrogs. Morgoth a longuement préparé sa riposte et il s'est bien entouré. Il ne peut échouer, d'autant que les Elfes et les Valars l'ont sous-estimé sur ce coup. C'est une victoire du Mal sur le Bien qui devra servir de leçon aux descendants comme à Eärendel, puis à Elrond, le père d'Arwen que l'on retrouve longuement dans Le Seigneur des Anneaux. J.R.R. Tolkien a rédigé ce conte comme un rouage de son vaste ouvrage. L'univers construit par cet auteur est complexe. Il suit un dessein précis qui ne se révèle dans son intégralité que si on lit l'ensemble de ses écrits.  

En juxtaposant ici les différents textes rédigés par son père, Christopher Tolkien met en lumière une nouvelle fois le long travail préparatoire qu'a effectué J.R.R. Tolkien. Il conserve son idée de départ mais fait des modifications ou des enrichissements au fur et à mesure de ses jets. Ça éclaire notamment sur les changements de noms que l'on peut constater d'une version à l'autre et qui peuvent être perturbants. Alors qu'il écrivait Le Seigneur des Anneaux, il travaillait parallèlement à ces différents contes afin de mieux comprendre le contexte de ce livre. Il a mis un point d'honneur à construire une mythologie qui vient encadrer chacun de ses textes et va donner une cohérence à l'ensemble de son oeuvre. 

Ces rééditions de La Chute de Gondolin, de Beren et Lùthien ou encore des Enfants de Hurin, voulues par Christopher Tolkien, facilitent la compréhension générale du lecteur sur l'oeuvre de son père. On saisit mieux l'utilité de tel ou tel récit car on prend le temps de les lire ou les relire, et surtout de bien les assimiler. Cela permet une meilleure mise en perspective et offre une nouvelle exploration de La Terre du Milieu et de ses mythes. 

Magnifiquement illustré par Alan Lee, cet ouvrage est une nouvelle occasion de renouer avec l'écriture du père fondateur de la fantasy. Une nouvelle édition qui continue d'entretenir la nostalgie des admirateurs du genre. Classiques sur le fond et la forme, les récits de J.R.R. Tolkien laissent un héritage intemporel et inégalable. 

Fantasy à la carte

J.R.R. Tolkien
La Chute de Gondolin
Editions Christian Bourgois

14/06/2019

Ariel Holzl, Dolorine à l'école, Les Sœurs Carmines, tome 3, collection Naos, éditions Mnémos

Dolorine à l'école est le troisième roman qui vient clôturer la saga des Sœurs Carmines d'Ariel Holzl. Grâce à des extraits de son journal intime, glissés dans le premier tome, on avait déjà fait la connaissance de la benjamine des sœurs Carmines. 

Cet ultime tome va nous permettre de partager l'une de ses aventures très rocambolesque. Car ne croyez pas que son jeune âge la rende plus timorée. Elle mène une vie tout aussi turbulente que ses sœurs. D'autant que c'est un grand jour pour elle, pour la première fois, elle va rentrer à l'école. Enchantée par l'idée de se faire des amis et d'explorer de nouveaux lieux, elle en oublierait presque qu'elle va devoir vivre loin de sa mère, de ses sœurs et de son frère. Il faut dire que ce vieux pensionnat complètement décrépi a tout du super terrain de jeu pour elle avec les esprits qui doivent hanter les murs. Seulement voilà, de fantômes, elle n'en croise aucun. Ni dans le bâtiment, ni près du cimetière, d'ailleurs. Un mystère qui l'intrigue et dont elle va chercher à percer le secret. Quant à l'idée de faire de ses camarades de classe, ses amis, j'ai bien peur qu'elle soit déçue. Tristabelle l'avait pourtant prévenue qu'elle serait davantage trahie que soutenue. Et comme dit monsieur Nyx (sa peluche), il faut toujours se méfier des sourires qui dévoilent toutes les dents ! Qu'à cela ne tienne, devant l'adversité une Carmine ne se laisse pas démonter. Et ce n'est pas ses faux-jetons de camarades ou sa cinglée d'institutrice qui vont lui gâcher sa première année.

Un dernier roman qui promet d'être très rock 'n' roll !

Arien Holzl poursuit sur sa lancée et continue de nous séduire avec ses héroïnes invraisemblables. Si vous n'avez pas succombé au charme des aînées, je suis certaine que la petite dernière saura vous attendrir. Du haut de ses huit ans, elle ne s'en laisse pas compter. Cette angélique petite fille peut s'avérer être une redoutable adversaire. Elle affiche une telle innocence qu'il est difficile de lui résister. De chapitre en chapitre, la petite nous entraîne dans une succession de péripéties parfois très farfelues. Il faut dire que le quotidien de Dolorine n'a rien d'une scolarité habituelle. Même si le programme pédagogique est ennuyeux, elle a des préoccupations plus importantes. En bonne graine de détective, elle compte bien comprendre ce qui se passe entre les murs de ce drôle de pensionnat. 

Dans Dolorine à l'école, on retrouve un peu l'ambiance du roman de Ransom Riggs, Miss Pérégrine et les Enfants particuliers. En effet, les camarades de Dolorine présentent des dons qui font d'eux des êtres à part. Héritier de l'une des 8 Maisons de Grisaille, certains ont la capacité de déclencher des tempêtes, d'autres communiquent avec les morts ou sont télépathes. Dolorine, elle-même, est une enfant particulière même si elle n'est pas de sang aristocrate. Les origines des enfants Carmines sont opaques. Aucun n'a le même père et leur mère demeure assez évasive sur le sujet. Une chose est sûre, ils ont hérité de pouvoirs qui font d'eux des êtres différents. Cela rend l'aventure pour le moins piquante. 

Trois tomes, trois destins, une même saga palpitante !

Avec ce cycle, Ariel Holzl est l'auteur d'une YoungAdult savoureuse. Les Sœurs Carminesc'est un savant mélange entre un univers à mi-chemin entre littérature victorienne et steampunk et des intrigues prenantes. 

Fantasy à la carte


A lire aussi Le complot des corbeaux (tome 1) et Belle de gris (tome 2) d'Ariel Holzl.

Ariel Holzl
Dolorine à l'école
Tome 3
Les Sœurs Carmines
Collection Naos
Editions Mnémos



11/06/2019

Catherine Dufour, Danse avec les lutins, éditions L'Atalante

Catherine Dufour est une autrice de fantasy française. On lui doit Blanche-Neige et les lance-missiles, récompensé par le prix Merlin en 2002 et plus récemment Entends la nuit, classé meilleur livre fantastique au prix Masterton. Deux belles distinctions qui en disent long sur la qualité de sa plume. 

Son style rappelle celui de Terry Pratchett. En tout cas, elle partage avec lui le même humour grinçant. D'ailleurs, il ressort bien dans Danse avec les lutins qui vient de paraître aux éditions L'Atalante

Elle y juxtapose de nombreuses petites histoires qui s'assemblent pour donner corps à un univers tourmenté dans lequel les féeries sont menacées. 

Sous le regard de deux fées, on s'immisce dans le quotidien d'une communauté peuplée d'ograins (hybrides entre ogre et nain), de sylvains, de dryades, de lutins... Depuis des temps anciens, la population ograine n'a pas cessé de se multiplier au point d'éradiquer quasiment les autres espèces. En voie d'extinction, les lutins et autres féeries forment une société minoritaire qui subit le joug des ograins. Depuis trop longtemps, ils payent un lourd tribut qui est de plus en plus contesté par les esprits rebelles. Une situation tendue dont vont se servir certains édiles pour accroître leurs profits. Une secte voit le jour et enrôle la jeunesse féerique égarée. C'est ainsi que le jeune Figuin se retrouve, sous les yeux impuissants de ses parents, à commettre l’irréparable pour une cause qu'il croit juste. 

Dans son roman, Catherine Dufour nous raconte la décadence d'un monde face à l'avidité de certains au détriment du plus grand nombre. Par le prisme de la fantasy et de l'humour, elle met l'accent sur le mal qui ronge la planète : l'argent, le pouvoir, la cupidité. Sensible à l'avenir de la terre et des hommes, l'autrice se sert de sa fantasy comme d'un miroir déformant de notre réalité pour aborder des thématiques sociétales et environnementales préoccupantes. 

Sous le vernis d'un humour poilant se cache la volonté de brosser le portrait d'un univers qui fut verdoyant et enchanteur et qui, peu à peu, laisse la place au néant. La déforestation, la disparition des espèces végétales, c'est condamner ici les sylvains et les lutins qui se retrouvent sans abris et sans ressources. Or, s'il n'y a plus de diversités, même l'espèce invasive responsable de cette situation est vouée à disparaître à son tour. 

Catherine Dufour se sert de cette féerie, terreau de la fantasy, pour mieux interroger et dénoncer des réalités qui nous touchent. Il semblerait que la fantasy française soit un terrain privilégié pour réfléchir sur des sujets de société. D'ailleurs, pour faire écho à Danse avec les lutins, je vous invite à venir jeter un œil sur Entre Troll et Ogre de Marie-Catherine Daniel, éditions ActuSF, car vous y trouverez, là aussi, matière à réflexion. 

En tout cas, la lecture de ce roman m'a ouvert la porte sur l'imaginaire fertile et drôle d'une autrice à connaître. J'entends déjà l'appel de ses autres romans. Je remercie les éditions L'Atalante pour cette belle découverte.

Fantasy à la carte

Catherine Dufour
Danse avec les lutins
Editions L'Atalante

07/06/2019

H. Laymore, Les Chants de La Sombre, Lyon des cendres, tome 2, éditions L'Alchimiste

Avec Les Chants de La Sombre, on revisite l'univers mystique et inquiétant de Lyon des cendres. Ayant eu un vrai coup de cœur pour le premier volet, j'ai été heureuse que les éditions L'Alchimiste me proposent de lire et de chroniquer la suite. Il va sans dire que je ne me suis pas du tout fait prier pour accepter. H. Laymore a semé bien trop de mystères pour que le lecteur du premier tome puisse résister à l'envie de lever le voile sur eux. Je remercie la maison d'édition pour la réception de ce service de presse. 

Dans Les Chants de La Sombre, on retrouve Laurent d'Orléac, toujours accompagné de son Cauchemar, Caracalla qui poursuit son enquête sur la disparition de son ami Grignet tout en cherchant à en savoir plus sur la mort de son père. Seulement ses investigations piétinent. Sa seule certitude est que des forces occultes sont à l'oeuvre sans qu'il puisse réellement évaluer leur degré d'implication. Parallèlement à cela, il prépare un putsch avec le soutien des autres Hussards de la Mort contre Joseph Fouché, en représailles à l'arrestation arbitraire de l'un de leur général. Au vu des enjeux, il lui faudra se choisir de précieux alliés pour s'assurer une chance de réussite. Face à ces nombreuses menaces, sera-t-il pour autant à même de tirer le bon grain de l'ivraie afin de rester un soldat irréprochable, citoyen d'une République qu'il souhaite triomphante ? 

Dans ce second tome de Lyon des cendres, on s'enfonce toujours plus profondément dans les ombres d'une ville à l'agonie. Mis à sac, dépouillé de son humanité, Lyon est recouvert de cendres. Bien sûr, la capitale des Gaules est le théâtre d'une Histoire sanglante, les Royalistes et les Républicains s'y disputent le pouvoir. Mais pour les héros de H. Laymore, elle est un enjeu encore plus grand. Elle dissimule de sombres secrets qui enflamment autant les communautés religieuses et fanatiques que surnaturelles qui y sont présents. Toutes s'y intéressent de très près. Leur intérêt n'est pas des moindres. On parle ici de quête d'immortalité. Qu'ils en aient conscience ou non, la plupart des protagonistes de l'auteur se sont lancés dans une chasse à l’artefact magique. Voici les chimères après lesquelles courent les héros de l'auteur. 

Derrière son récit uchronique, on sent une profonde réflexion de la part de l'auteur sur ce qui agite l'humanité depuis la nuit des temps. Que l'on n'use de magie ou de science, serait-il bon pour l'Homme de vivre éternellement ? Et si les morts pouvaient se relever sèmeraient-ils le chaos ? ou le pouvoir de repousser les frontières entre la vie et la mort serait-il pas plutôt la promesse d'un avenir sans peine, un remède à la souffrance et à la maladie ? 

Avec la même écriture soignée, H. Laymore nous entraîne avec une certaine frénésie dans les dédales de l'Histoire pour vivre une aventure mêlant fantastique et réalité historique avec une belle virtuosité. 

Fantasy à la carte

A lire aussi Le Serment du Corbeau, Lyon des cendres, tome 1, éditions L'Alchimiste. 

H. Laymore
Les Chants de La Sombre
Lyon des cendres
Tome 2
Editions L'Alchimiste

04/06/2019

Ariel Holzl, Belle de gris, Les Sœurs Carmines, tome 2, collection Naos, éditions Mnemos

Lorsque l'on a goûté à la plume d'Ariel Holzl, on ne résiste pas longtemps à l'envie de la retrouver. Il faut dire qu'avec Les Sœurs Carmines, il a mis la barre haut. Difficile de ne pas se laisser envoûter par ce trio de sœurs très rafraîchissant !

Dans Belle de gris, on retrouve l'aînée des Carmines, la narcissique Tristabelle. On m'avait loués la qualité de ce tome, et c'est en effet, un vrai plaisir que de suivre les tribulations de cette héroïne à l’ego surdimensionné. Elle prend une telle place dans le récit qu'on reste sans voix devant son assurance et son effronterie. Ah ça, la Tristabelle, ce n'est pas la modestie qui l'étouffe ! La voici qui s'est mise en tête de participer au bal de la Reine, quitte à voler une invitation. Enfin, quand je dis "voler", je devrais plutôt dire "la faire voler". Tristabelle n'est pas de celle qui se salit les mains. D'autant que pour l'occasion, il va lui falloir tout son temps pour se trouver une robe et des chaussures assorties. Et, croyez-moi, cela demande de l'expérience, du bon goût et de l'argent. Ce n'est pas à la portée de tout le monde. Mais, Tristabelle a plus d'un tour dans son sac et, surtout, elle est prête à tout pour arriver à ses fins. Après tout, n'est-elle pas la plus éblouissante et la plus rusée des sœurs Carmines ? En tout cas, elle, elle y croit. 

Dans une ambiance très "Arsenic et Vieilles Dentelles"on retrouve le charme froufroutant et désuet propre à l'effervescence des grands bals. L'excitation des jeunes filles est à son comble, car elles s'apprêtent à faire leurs premiers pas dans le monde et à être présentées aux plus beaux partis. L'occasion unique de s'assurer une place dans la bonne société. Mais l'héroïne d'Ariel Holzl voit plus grand et intrigue pour se placer auprès de la Reine en devenant sa nouvelle dame de compagnie. Après tout, l'ancienne n'est plus et ce n'est pas parce qu'elle n'est pas une descendante des plus puissantes familles de Grisaille, qu'elle ne peut pas prétendre au poste. Ne vous inquiétez pas, elle a de la suite dans les idées, notre Tristabelle, et elle a un plan. 

Elle porte l'aventure à elle seule. Machiavélique et irrésistible, Tristabelle n'est pas une simple fille futile. C'est une intrigante hors-pair au flegme inébranlable. On pourrait croire que l'auteur a seulement forcé le trait de la caricature de la femme superficielle avec ce personnage. Mais au fur et à mesure de la lecture, vous allez vite vous rendre compte de la complexité de sa personnalité, et vous ne pourrez pas vous empêcher de la trouver attachante.  

Le succès de Belle de gris repose sur une intrigue bien huilée qui nous captive autant qu'elle nous fait rire. 

On apprécie Les Sœurs Carmines aussi bien pour ses héroïnes si différentes les unes des autres que pour cet univers au premier abord lugubre, avec tous ces cimentières et ces morts-vivants, mais qui s'avère en fait truculent. 


Les Sœurs Carmines ne va pas seulement plaire aux jeunes lecteursCroyez-moi, vous en serez tous accro. 

Fantasy à la carte


A lire aussi Le Complot des Corbeaux, Les Soeurs Carmines, tome 2, collection Naos, éditions Mnémos. 

Ariel Holzl
Belle de gris
Tome 2
Les Sœurs Carmines
Collection Naos

31/05/2019

Charles Chehirlian, Kyan, Rogh, L’Artefact Insoupçonné, tome 1, Les Chroniques de L'Anahsmut

Les littératures de l'Imaginaire plaisent aussi bien aux lecteurs qu'aux jeunes écrivains. Que ce soit en salons ou de manière plus générale sur les réseaux sociaux, on constate un nombre accru de nouvelles plumes françaises de fantasy. C'est un genre qui séduit autant qu'il inspire. Charles Chehirlian ne cache pas son envie d'écrire un récit offrant évasion et merveilles. Dès le début, il a l'idée d'une oeuvre ambitieuse. Il veut faire de Kyan Rogh, une tétralogie. Je le remercie d'ores et déjà de l'intérêt qu'il a porté à Fantasy à la carte afin que le blog publie un avis sur son premier roman. 

Kyan Rogh est un cycle qui se conte à plusieurs voix. Les personnages de Charles Chehirlian sont légions. Leurs histoires viennent à tour de rôle nourrir un récit riche d'intrigues complexes et entremêlées. 

Dans le monde d'Hashkaria, les royaumes se font la guerre depuis des temps immémoriaux. Des conflits qui profitent à certains et nuisent à d'autres. Des animosités qui vont servir les desseins machiavéliques d'une sombre puissance qui tire les ficelles en secret et se sert des gens, tels de vulgaires pions afin d'arriver à ses fins. Dans cet univers empoisonné par la haine et l'ignorance, des hommes et des femmes refusent de se laisser manipuler impunément et cherchent à démasquer les instigateurs de ce complot dont ils sont les victimes.

A la manière de G.R.R. Martin, Charles Chehirlian brasse de nombreuses destinées dans son roman. En effet, il met en scène plusieurs royaumes gouvernés par de fortes personnalités qui sont hostiles les uns envers les autres. Manipulés par quelques intrigants, certains sont même au bord de se faire la guerre. Le but étant ici de créer le chaos qui servirait de diversion pour cacher leur véritable objectif. L'auteur a introduit beaucoup de protagonistes dans son histoire, sans doute dans le but de donner de la consistance à son intrigue. Ce premier roman se veut le plus détaillé possible afin de donner corps à un univers précis riche d'un point de vue géographique, religieux et historique. Il a un vrai souci de crédibilité et de cohérence quant à l'environnement dans lequel il insère son texte. On sent les nombreuses lectures qui ont nourri son récit. Derrière ses lignes, il y a un gros travail propre à l'écriture des grandes sagas

Personnellement, j'ai toujours un peu de mal quand il y a trop de personnages. Il est difficile de capter l'attention des lecteurs lorsque de nombreuses histoires sont menées de front. Cela a été le cas avec ce roman car il m'a fallu atteindre la moitié du livre pour m'y retrouver et comprendre enfin où l'auteur voulait en venir. A ce moment, la lecture est devenue plus intéressante. 

Kyan Rogh repose sur une intrigue qui fonctionne bien malgré tout. Elle ne manque pas de rebondissements. Je dirais qu'il faut se laisser le temps de s'immerger dans ce monde nouveau pour vraiment l'apprécier. 

C'est une grande fresque épique qui nous propulse à la conquête de belles contrées comme c'est la coutume en high fantasy. Même s'il est question aussi de grandes batailles, l'auteur insiste plus volontiers sur les complots et les trahisons qui se trament dans le dos de ses héros plutôt que de décrire des scènes de combats à n'en plus finir. Un parti pris qui fonctionne bien.  

Ce premier roman est une introduction à un cycle qui se veut audacieux et donne le ton à une quête qui sera de toute évidence au long court. Attendons donc de lire la suite pour voir si l'auteur répond à toutes ses promesses.

Fantasy à la carte
Charles Chehirlian
Kyan Rogh
L'Artefact Insoupçonné
Tome 1
Les Chroniques de L'Anahsmut 

28/05/2019

Nalini Singh, La Légion de l'Archange, Chasseuse de vampires, tome 6, J'ai Lu Imaginaire

Lorsque le fleuve Hudson prend la teinte du sang, lorsque les oiseaux et les anges commencent à tomber du ciel, Raphaël et son affiliée prennent conscience que le danger est encore plus près qu'ils ne le pensaient. 


"La fin du monde est proche"

New York est à deux doigts de succomber à la panique. Quelque chose de malsain approche. Et toutes ces horreurs apparaissent comme autant de signes de fin du monde que l'archange va devoir gérer afin que sa ville ne sombre pas. Et comme si la situation n'était pas suffisamment dramatique, une terrifiante épidémie touche et décime les vampires. Elena mandatée par la Guilde des chasseurs va mener l'enquête pour tenter de comprendre les causes de cette maladie et de mettre un terme à sa propagation. Pas facile de garder la tête froide en de telles circonstances mais la jeune femme sait qu'elle peut compter sur la force inébranlable de son affilié. 

Avec ce sixième roman, Nalini Singh signe un tome majeur de son cycle. Elle recentre le récit sur ses héros principaux puisque chaque pièce que forme le puzzle complet de ce cycle tourne autour d'Elena et de Raphaël. 

L'autrice y avance ses pions en dévoilant les plans machiavéliques de certains archanges devenus incontrôlables. Il semblerait que la seule arme suffisamment puissante pour contrer ce mal soit Raphaël lui-même. Seulement sera-t-il assez puissant au moment de l'impact final ? Mais n'est-ce pas le propre du héros que de se relever toujours plus fort de ses faiblesses ? 

C'est un roman qui laisse la pression monter crescendo jusqu'à atteindre son paroxysme dans les derniers chapitres. 

Même si l'action est riche, Nalini Singh fait toujours une grande place à la psychologie de ses personnages. Elle réussit même à faire grandir la relation qui unit Raphaël et Elena. En fait, elle évolue à l'unisson des événements.
D'autre part, Nalini Singh n'oublie pas de placer ici ou là quelques détails sur la vie de tel ou tel personnage pour lever le voile sur certains mystères soulevés lors des tomes précédents. 

Là où l'on pourrait s'attendre à une intrigue qui s’essouffle, au contraire, notre soif de lecture en est toujours plus vive.  

Fantasy à la carte

Nalini Singh
La Légion de l'Archange
Tome 6
Chasseuse de vampires
J'ai Lu Imaginaire

24/05/2019

Manon Kolanek, La Résurrection d'Azrael, Les Gardiens des Mondes, tome 2, Booksfactory

Il y a peu, Le Livre d'Orgond de Manon Kolanek était à la Une sur Fantasy à la carte. L'occasion pour le blog de mettre en valeur la jeune génération d'auteurs de fantasy

Elle revient aujourd'hui avec le deuxième tome de sa trilogie Les Gardiens des Mondes car souvenez-vous, je vous avais dit que son premier tome n'était qu'un avant-goût de l'aventure qu'elle nous réserve dans l'ensemble de son cycle. 

Or justement dans La Résurrection d'Azrael, Manon Kolanek reprend les choses exactement où elle les avait laissées. Sa communauté de héros qui avait rétabli la paix et était rentrée dans ses foyers va vite reprendre du service. En effet, bien que séparés, les héros d'hier vont devoir repartir en campagne pour sauver leurs royaumes de nouvelles menaces. Dans ce tome, l'autrice sépare l'action entre trois groupes de personnages. Ainsi, on suit tantôt Théobald, bientôt rejoint par Gabrielle et Vadko dans la lutte contre les géants, tantôt on se retrouve aux côtés d'Assar qui s'est arrogé la dangereuse mission de traquer et d'éliminer les Bangishes et tantôt, c'est Tibert et Moïra qui nous entraînent au cœur du pays des fées pour répondre à une dernière mission, confiée par les seigneurs d'En Bas, en échange de l'âme de leur fils sacrifié. Trois aventures en un seul roman qui promet aux lecteurs aucun temps mort dans leur lecture. 

Manon Kolanek met un point d'honneur à développer un univers multiple. Ici, on va notamment passer pas mal de temps au sein du royaume des fées. Celui-ci s'inscrit dans une nature très verdoyante, peuplée par une faune et une flore très riches. Effectivement, mêlés aux êtres féeriques, les personnages de Manon Kolanek vont devoir côtoyer toute une foule d'insectes, pas toujours bien disposés à leur égard, d'ailleurs. Elle brosse ici un univers à la 1001 pattes qui me rappelle celui de Jivana de Nadia Coste, découvert il y a quelques semaines. Comme quoi cette faune et cette flore qui nous entourent inspirent plus d'une plume de fantasy, particulièrement le monde miniature des insectes. Il devient un parfait terrain de jeu pour ces auteurs en quête de nouveaux territoires à explorer. 

Plus assurée dans son écriture, Manon Kolanek maîtrise parfaitement les tenants et aboutissants des histoires qu'elle conte simultanément dans sa trilogie. Devenue familière de ses héros, j'avoue avoir pris un certain plaisir à les retrouver. J'étais par ailleurs curieuse de découvrir comment certains honoreraient leurs paroles données aux seigneurs d'En Bas à la fin du premier tome. Et tout aussi intriguée quant à la direction qu'elle allait donner en général à son aventure. Car qui dit trilogie, dit fil directeur solide, accompagné d'une imagination suffisamment fertile pour alimenter un long récit riche en complots, trahisons et autres menaces. Finalement, c'est un pari plutôt bien réussi pour cette nouvelle venue en fantasy. En plus, jetez un œil à la couverture du livre signé par le très talentueux Lou Ardan. Avouez qu'elle donne envie de se jeter sur l'ouvrage quand même ! 

Fantasy à la carte

Manon Kolanek
La résurrection d'Azrael
Tome 2
Les Gardiens des Mondes

21/05/2019

Ariel Holzl, Le Complot des Corbeaux, Les Sœurs Carmines, tome 1, collection Naos, éditions Mnemos

Bien vendu sur les réseaux sociaux, pas mal chroniqué par les blogueurs, le cycle des Sœurs Carmines est vite devenu un phénomène très apprécié des amateurs du genre. Le Complot des Corbeaux, lauréat du prix Imaginales Jeunesse 2018, a sans doute fini par convaincre les plus réticents. En tout cas, moi, j'avais très envie de plonger dans cet univers proche de celui de Tim Burton comme Mnémos l'annonce sur la quatrième de couverture. 

Alors lorsque j'ai eu la chance d'être la gagnante de leur concours des 6000 abonnés sur la page facebook, je n'ai pas hésité longtemps sur mon choix. 

Les Sœurs Carmines plonge dans le quotidien de trois sœurs à la vie mouvementée. A chaque tome, une sœur y est mise plus particulièrement à l'honneur. Ainsi, Le Complot des Corbeaux nous attache surtout aux pas de Merryvère Carmine, la cadette de cette fratrie féminine, qui a pour fâcheuse manie d'avoir les mains baladeuses pour escamoter ici ou là ce qu'elle juge monnayable. Quand on est orpheline sans le sous, la fin justifie souvent les moyens. Cambrioler les plus aisés, c'est un peu rétablir une équité sociale perdue, non ? En tout cas, elle n'avait pas imaginé qu'en volant une insignifiante boîte au patriarche Oswald Sépulcre, elle se retrouverait mêlée aux comploteurs aristocrates qui convoitent le trône. 

Ariel Holzl signe un premier roman passionnant dont vous ne pourrez lever les yeux avant de l'avoir terminé, même si vous n'êtes plus un adolescent. Si, je vous l'assure ! Pas de temps mort pour le lecteur qui est emporté au cœur d'une aventure baroque pleine d'escarmouches, de rebondissements et de traits d'humour noir.

Plongez-vous dans cet univers mêlant les genres avec brio : fantastique, épouvante, humour. Ariel Holzl se plaît à jouer avec les mots autant qu'avec ses lecteurs. Il s'amuse beaucoup avec les contrastes aussi bien dans son écriture que dans la description de ses personnages. Ainsi, il alterne ici des extraits du journal intime de la benjamine des Carmines avec les événements que vit directement Merryvère. L'auteur oppose l'urgence de ce que vit la monte-en-l'air à l'innocence de Dolorine qui, du haut de ses huit ans, n'en est pas moins une nécromancienne que tout le monde ignore. Il y a un pragmatisme chez les héroïnes d'Ariel Holzl auquel on ne résiste pas. 

Les premières pages du Complot des Corbeaux dégagent immédiatement un rythme de lecture fluide et contemporain très appréciable.

Personnellement, j'ai dévoré chaque page, tremblé à chaque chapitre pour ces héroïnes d'une autre trempe et même oublié de respirer à plusieurs reprises. Finalement, mon seul conseil est de vous ruer, si vous ne l'avez pas déjà fait, sur cette délicieuse saga de fantasy décalée qui décoiffe le genre. A découvrir absolument ! 

Fantasy à la carte
Ariel Holzl
Le Complot des Corbeaux
Les Sœurs Carmines
tome 1
Collection Naos
Editions Mnemos

17/05/2019

Manon Kolanek, Le livre d'Orgond, Les Gardiens des Mondes, tome 1, Mon Petit Editeur

Manon Kolanek est une plume de fantasy française qui écrit depuis l'enfance. Après avoir noirci des pages de poésies et de nouvelles, la voici qui se tourne vers le roman et signe un premier livre avec Le livre d'Orgond. Sollicitée par elle, il y a quelques semaines, pour lire et chroniquer ledit roman, il est grand temps que je vous en parle.

Dans Le livre d'Orgond, Manon Kolanek reprend les motifs habituels propres à la fantasy. Ainsi, elle axe son récit autour d'une quête à mener, déclenchée par une prophétie. Elle fait un usage conventionnel d'un procédé qui a fait ses preuves dans cette littérature. 

Dans le royaume D'Emrias, le jeune Théobald assiste, impuissant, à la mort de sa mère, brûlée vive sur le bûcher pour sorcellerie. Sorcière, elle ne l'était point. Mais elle était devenue un obstacle à la mégalomanie de son époux qui ne souhaite qu'une chose : étendre son royaume en nouant une nouvelle alliance. Au risque de se voir condamner à son tour, Théobald n'a pas d'autre choix que d'accepter la mission dangereuse d'aller conquérir le mystérieux royaume orgondique pour le compte de son père. Épaulé par son ami Tibert du royaume voisin de Trideus, ils seront rejoints dans leur périlleuse quête par d'autres compagnons d'infortune. Ensemble, ils devront affronter mille dangers, traverser de nombreux territoires hostiles et rencontrer des peuples pas toujours amicaux pour arriver à leurs fins. Courageux, ils le sont tous, mais survivront-ils pour autant à l'adversité ? 

Fort d'une écriture soignée, ce roman emmène avec une certaine fluidité, ses lecteurs au cœur d'une épopée de fantasy qui ravira autant un public jeune qu'adulte. 

L'autrice met la lumière sur une communauté de héros aux caractères bien trempés qui promet d'ajouter de nombreuses turbulences à une mission déjà très complexe. Manon Kolanek a pris le temps de travailler ses personnages en insistant sur leur part d'ombre afin de pimenter le récit. Ainsi, on prendra plaisir à détester certains héros au premier abord pour mieux les apprécier par la suite, ou pas. 

Pour Le livre d'Orgond, elle manifeste une belle imagination donnant corps à un univers riche, agrémenté d'une cartographie précise, comme on sait l'apprécier en fantasy

Ecrit avec l'idée en tête d'une oeuvre finale plus ambitieuse, on sent dès les premiers chapitres que ce roman ne dévoilera pas toutes les clés de ce monde onirique. L'idée étant ici de ménager le suspense d'une suite à venir. Sur le modèle d'une fantasy traditionnelle, Manon Kolanek table sur le format d'une trilogie dans laquelle elle compte bien dévoiler parcimonieusement toutes ses cartouches. 

Amateur des classiques du genre, ce récit saura sans doute vous séduire. 

Fantasy à la carte

Manon Kolanek
Le livre d'Orgond
Tome 1
Les Gardiens des Mondes
Mon Petit Éditeur

10/05/2019

Elisabeth Ebory, La Fée, la pie et le printemps, collection Hélios, éditions ActuSF

La Fée, la pie et le printemps fait son grand retour en ce mois de mai, chez Hélios, au format poche. Ça tombe bien, j'avais très envie de le lire. Je remercie donc les éditions ActuSF pour l'envoi de ce service de presse. 

Autrice de nouvelles et de novella, Elisabeth Ebory signe là son premier roman.

Dans La Fée, la pie et le printemps, on retrouve l'esthétisme du merveilleux propre aux vieilles légendes et aux contes d'antan. 

Sa plume nous entraîne à la suite d'une collection de personnages hauts en couleurs. 

Nous voici, tantôt attachés aux pas de Philomène, une fée qui ne peut s'empêcher de dérober tout ce qui brille, telle une pie. Âme solitaire, la voilà qui croise la route d'un drôle d'équipage, composé d'un bellâtre à qui elle ne résiste pas, d'une jeune fille sans doute trop gâtée, d'un garçon fantasque et d'un vieux ronchon. Ceux-là sont assurément des voleurs, mais cela ne dissuade pas Philomène de les accompagner sur un bout de chemin puisqu'ils vont dans la même direction. Facétieuse, Elisabeth Ebory nous met également sur les traces d'une autre fée qui a un bien vilain projet, qu'elle a élaboré presque dix-huit ans plus tôt lorsqu'elle a placé un bébé-fée, tel un coucou, dans le berceau royal. En infiltrant le pouvoir, elle espère réinstaurer les lois des fées lorsqu'elle les aura libérées de leur prison afin qu'elles règnent à nouveau sur le monde. Mission diabolique qui va vite se corser quand elle devra remettre la main sur son coucou envolé car démasqué par la Régente. Chemin faisant, ce petit monde a de grandes chances de se retrouver à la croisée des chemins, en provoquant un certain grabuge dans Londres et même Kensington. 

Pour La Fée, la pie et le printemps, Elisabeth Ebory fait entendre l'originalité d'un texte ambitieux tout en s'inscrivant dans une filiation de réécriture du conte. Ici, elle joue avec les motifs traditionnels du genre qu'elle a insérés avec talent dans son récit. Elle reprend, par exemple, la figure du chasseur et de Blanche-Neige qui s'incarnent à travers les personnages de Vik et Clem. Belle réappropriation d'un imaginaire collectif mis en valeur par une écriture rayonnante.

La Fée, la pie et le printemps est un récit plein de fougue et de magie. Avec sa plume solaire, elle nous émerveille avec son "bazar féerique" comme elle le désigne. 

Avec des personnages aussi tonitruants, cette fantasy à l'accent uchronique nous garantit une aventure épique. 

Ce roman nous offre une lecture enivrante au parfum d'enfance et de nostalgie.  C'est un vrai coup de cœur que je me dois de vous recommander. 

Fantasy à la carte

Elisabeth Ebory
La Fée, la pie et le printemps
Collection Hélios
Editions ActuSF

07/05/2019

Catherine Michoux, Le Sculpteur des Âmes, Victor le Brun éditions

Paru à l'occasion du salon du livre de Paris, Le Sculpteur des Âmes est une nouvelle preuve de la fertilité de la fantasy en France. 

Fascinée par les mondes imaginaires, Catherine Michoux a laissé libre cours à son inspiration pour écrire un roman jeunesse ambitieux. 

Lorsque l'on se promène dans son univers, on ne peut s'empêcher de penser à J.R.R. Tolkien, tant on sent son influence sur Le Sculpteur des Âmes. Elle y met en scène une communauté de héros à l'image de celle du Seigneur des Anneaux. Ainsi, on y retrouve des représentants des différentes races qui s'engagent dans une quête d'un artefact pour sauver le monde. 

Tous l'ignorent encore mais une guerre est sur le point d'éclater entre les sorciers de l'Andamie et les autres peuples. Le dernier espoir de l'empêcher réside dans la réussite d'un petit groupe aussi hétéroclite que disparate. Seront-ils pour autant capables de mettre leurs différends de côté pour mener à bien leur mission ? Cela est moins sûr surtout quand dès le départ, on sait qu'un ou plusieurs traîtres se cachent dans leur rang. Cela promet de générer une certaine confusion tout en menaçant la pérennité de leurs actions.  

Catherine Michoux a émaillé son récit de secrets qu'elle dévoile au fur et à mesure de l'histoire afin de tenir en haleine son lecteur d'un bout à l'autre de son livre. En fait, chacun de ses personnages est auréolé d'une aura de mystères. Ils ont finalement tous quelque chose à cacher. Certains le font volontairement tandis que d'autres n'en ont pas conscience. Dès lors, ce roman apparaît comme un véritable jeu de pistes dans lequel on cherche aussi bien à découvrir ce qu'est le dernier vestige du peuple des Derkômasiens que de démasquer le ou les coupables intriguant contre le groupe. Ainsi, la lecture en est que plus passionnante avec cette interrogation perpétuelle sur ces personnages auxquels on s'attache à tort ou à raison. 

La force de ce texte repose également sur le fait d'avoir brossé le portrait de héros aux personnalités complexes et très différentes. Que ce soient le haut-elfe narcissique et égocentrique, le géant guerrier et désopilant, la Khâlynn énigmatique et sagace ou encore le demi-elfe chevaleresque et amoureux, ils forment une assemblée d'aventuriers surprenante à laquelle il est difficile de résister, surtout face à certains échanges qui sont pour le moins savoureux. Catherine Michoux joue beaucoup sur les contrastes afin de nourrir le conflit entre eux, rendant ainsi la quête périlleuse. La nécessité d'être cinq va très vite poser problème car le temps passant, les animosités vont se multiplier. Cela promet de rendre l'aventure fort intéressante.  

Le Sculpteur des Âmes nous immerge dans un univers onirique assez féerique. On retrouve par exemple le côté sacré du royaume des elfes où la nature y est chatoyante. Ce dernier entretient une vraie osmose avec elle. Ils vivent dans un grand respect de l'environnement qui lui rend bien. Ode à la nature et à la vie, ce roman procure un certain ravissement de renouer avec la magie d'un imaginaire familier. 

Parsemé de belles illustrations, ce livre jeunesse est une invitation à la rêverie et à l'évasion. Bien écrit, ce récit ne manquera pas de vous emporter dans un tourbillon de rebondissements sans vous laisser le temps de reprendre votre souffle. 

Fantasy à la carte

Catherine Michoux
Le Sculpteur des Âmes
Victor le Brun éditions

03/05/2019

Morgane Caussarieu, Rouge Venom, collection Naos, éditions ActuSF

Morgane Caussarieu nous avait promis une suite à Rouge Toxic. Cette dernière n'a pas tardé à venir avec la sortie prochaine de Rouge Venom (Naos) qui n'aura rien à envier au premier volet des aventures de Barbara, dite "Barbie", et de Faruk.

L'autrice reprend les mêmes ingrédients et nous livre un récit tout aussi survolté et décapant. 

Barbie et Faruk repartent à la chasse pour trouver un remède contre les cellules cannibales qui coulent dans les veines de la jeune fille. L'héritage que lui a laissé son père, en voulant faire d'elle une sorte de médicament pour sauver l'humanité contre la menace vampirique, est trop lourd à porter. A 16 ans, elle est bien trop jeune pour l'accepter et souhaite plus que tout retrouver une vie normale. Embarqués dans un road-trip en compagnie de la généticienne Emma et du terrible JF, Faruk et Barbie seront-ils en mesure de résister à tous leurs démons ? 

Familier de la littérature vampirique, ce cycle de Young Adult risque d'ébranler vos certitudes et votre culture sur le sujet. Il faut dire que Morgane Caussarieu n'y va pas de main morte dans sa réappropriation du mythe. Il y est question de manipulations génétiques et d'argent. Des enjeux qui vont dépasser les héros. Après tout, rappelons que Barbie n'est qu'une adolescente qui se découvre le cobaye d'une expérience qu'elle ne veut pas. Dans ce cycle, Morgane Caussarieu explore différentes facettes. Elle oppose, au premier abord, l'innocence de la jeunesse à la beauté venimeuse de tueur aux dents longues. Mais au fil de la lecture, on se rendra compte que les choses ne sont pas si simples. Dans Rouge Venom, Morgane Caussarieu nous met, d'un côté, dans la tête d'une adolescente mal dans sa peau, qui a perdu ses repères et qui choisit la fuite dans l'alcool, la drogue et le sexe. Puis de l'autre côté, nous voici au contact de l'esprit froid, vicieux, affamé de tueurs sauvages qui ne sont régis que par la soif et la chasse. En télescopant tous ces points de vue, elle insuffle tout simplement à son récit une dynamique qui nous tient éveillé et rend la lecture très addictive. 

Or, justement parlons d'addiction puisqu'il est question de cela dans ce roman. Voici un sujet qui touche souvent de très près les adolescents. En mal de sensation fortes, en quête d'identité, ils sont les premiers à se mettre en danger pour exister. L'addiction dans ce livre prend bien des formes : au sang, à l'alcool, à la drogue, à l'amour ou au sexe. Elle est d'ailleurs aussi dangereuse pour la victime que pour le bourreau. Car au bout du compte les vampires en font souvent les frais. A vouloir trop de sang, ils trouvent parfois la mort de manière définitive. En tout cas, c'est là-dessus qu'a tablé le savant fou de père de Barbie pour mettre un terme à ce fléau. 

Morgane Caussarieu signe un nouveau roman qui parlera autant aux adolescents qu'aux adultes. Rouge Venom est une nouvelle claque littéraire qui nous entraîne dans un bad trip assaisonné à l'hémoglobine et à l'humour noir. Un conseil, ayez le cœur bien accroché ! 

Fantasy à la carte

Morgane Caussarieu
Rouge Venom
Collection Naos
Editions ActuSF


A lire aussi Rouge Toxic de Morgane Caussarieu, collection Naos, éditions ActuSF

30/04/2019

Chantal Robillard, Fugue de la fontaine aux fées, Le Verger Éditeur

Sous la plume de Chantal Robillard, les fées reprennent du service. On les avait laissées dans Dimension Fées pour mieux les retrouver aujourd'hui avec Fugue de la fontaine aux fées. Sujet de prédilection pour cette autrice-conférencière qui se plaît à jouer avec ces dames ensorceleuses de contes. Vous voulez que je vous dise, je la crois fée, elle-même, cette Chantal Robillard car c'est une enchanteresse des mots. 

Elle nous entraîne avec moult excitation au bord d'une certaine fontaine enchantée. Surnommée "Jean le Bleu", en hommage à l'écrivain Jean Giono, cette petite fontaine de l'hôtel Maynier d'Oppède semble lui avoir inspiré plus d'une histoire. Voyez plutôt ce que peut donner "Les Fées" de Charles Perrault lorsqu'une autre plume s'empare de ce conte pour le transformer, le mélanger, le transposer.

Fugue de la fontaine aux fées suit un fil conducteur mené dès le début du recueil par Mary Poppins, Carabosse, Clochette ou encore Mélusine qui tiennent un conseil de guerre autour d'un thé pour faire face à la disparition de l'une des leurs. Préférant se la jouer sirène plutôt que fée, la drôlesse a, comme qui dirait, fugué. Enfin si l'on en croit le célèbre détective mulhousien Pac de Cro, dépêché sur les lieux pour la retrouver. Personnage qu'elle emprunte à son homologue Paul Fournel car elle est comme ça, Chantal Robillard, elle fait quelques emprunts ici ou là pour réinventer des histoires. Ça la divertit. D'ailleurs, elle va même consacrer quelques interludes à cette fameuse disparition. Un procédé qui permet à la fois de faire des pauses entre deux nouvelles mais aussi de faire un point sur les recherche. Une manière pour l'autrice de montrer à ses lecteurs qu'elle manie aussi bien la prose que la rime. 

Sa réappropriation des contes de fées se nourrit de merveilleux avec la présence récurrente d'un motif largement usité par ce genre, celui de la bonne jeune fille, cracheuse de pierres et de roses, tandis que la mauvaise aurait plutôt tendance à vomir vipères et serpents. Mais facétieuse, Chantal Robillard fait prendre une autre tournure à la vie de la détestable Fanchon qui se voit accorder une "seconde chance" par une fée. En effet, contre plus d'amabilité, elle lui offre l'amour et la possibilité de voir transformer sa malédiction en don. A contrario cracher des pierreries n'est pas forcément gage de bonheur. Pour preuve, l'histoire de "La belle est au jardin d'amour", car même si son don a enrichi son mari, le roi, cela ne l'a pas empêché de la répudier pour son incapacité à enfanter un héritier. 

Écrites comme des nouvelles indépendantes, certaines entretiennent pourtant des liens étroits comme par exemple "Les fées en fête" qui nous invite au mariage de Pac de Cro au grand désespoir de Mélusine qui en pince toujours pour lui. Une union qui promet de faire du remue-ménage surtout avec la présence d'autant d'invités prestigieux. 

Rafraîchissant, tel est le qualificatif que l'on pourrait employer pour parler de la plume de Chantal Robillard. Passionnée par les contes, elle nous entraîne dans de folles aventures toujours inédites malgré un cadre culturel populaire. 

Fugue de la fontaine aux fées est une porte ouverte sur un imaginaire de tous les possibles. Mille mercis à Chantal Robillard pour m'avoir offert ce voyage au pays des songes.

Fantasy à la carte

Chantal Robillard
Fugue de la fontaine aux fées
Le Verger Éditeur