L'influence du "gaming" à la littérature

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20/09/2019

Alex Evans, La Machine de Léandre, collection Bad Wolf, éditions ActuSF

C'est avec la plume d'Alex Evans que les éditions ActuSF font leur rentrée de la fantasy cette année. Sous le label Bad Wolf paraît un nouveau texte partageant le même univers que celui de Sorcières Associées et de L’Échiquier de Jade, je me réjouis donc de la retrouver à la une de cette rentrée. Et je remercie Jérôme Vincent, ainsi que les éditions ActuSF pour ce nouveau partenariat. 

Alex Evans est une autrice qui a su se distinguer en proposant un univers original et des intrigues portées par d'impétueuses héroïnes. Au gré de ses récits, elle nous entraîne dans des aventures improbables et tisse un monde utopique cohérent et fascinant. 

Dans La Machine de Léandre, elle reprend les mêmes motifs, et confie les rênes de son histoire à une femme, une scientifique, de surcroît, professeure agrégée de sciences magiques, pour être exact. Autant dire un cas rare pour cette société misogyne qui relègue la femme au statut d'épouse et/ou de mère. Une situation, comme on peut s'en douter, qui ne lui vaut pas que des amitiés. Mais Constance s'en moque car seule compte pour elle l'avancée de ses recherches. Or, la disparition de son collègue l'oblige à les laisser de côté pour venir le remplacer auprès d'un inventeur fou qui a l'ambition de fabriquer une machine légendaire. Séduite par cet homme charismatique, elle se laisse embarquer dans cette folle aventure sans mesurer les dangers auxquels elle s'expose. En effet, la concurrence peu scrupuleuse n'hésitera pas à user de violence pour mettre la main sur ces recherches avant sa présentation officielle. Saura-t-elle pour autant déjouer les pièges qui ne vont pas manquer de se trouver sur sa route ? 

Espionnage, meurtre, magie viennent nourrir cette nouvelle intrigue. L'héroïne se retrouve bien malgré elle confrontée à une société régie par l'argent. Alors qu'elle ne songe qu'aux bienfaits du progrès, d'autres y voient surtout un nouveau moyen de s'enrichir. Alex Evans met en lumière une nouvelle héroïne qui fait fi des convenances pour imposer sa voix. Constance, c'est un peu une main de fer dans un gant de velours. Elle nous entraîne à fond de train dans cette enquête sans nous laisser le loisir de reprendre notre souffle. Tout à notre intérêt pour sa personnalité atypique, on ne voit même pas venir les retournements de situation qu'Alex Evans nous réserve dans ce livre. 

Avec La Machine de Léandre, l'autrice réussit à nouveau à passionner ses lecteurs. Elle insuffle à la magie une toute autre tournure qui n'est pas pour me déplaire. 

Et pour prolonger le voyage dans cet univers steampunk, les éditions ActuSF ont joint au présent roman, la nouvelle "La Chasseuse de Livres", dans laquelle on retrouve une autre femme, qui est chargée de mettre la main sur un livre ancien, précieux artefact. Là aussi les dangers ne manqueront pas de mettre l'héroïne en fâcheuse posture. Un court texte qui explore une nouvelle facette du monde merveilleux et intriguant d'Alex Evans. 

Plus que son incroyable univers, c'est surtout le charisme de ses personnages féminins qui fait la force de ses récits. 

Fantasy à la carte

A lire aussi sur le blog Sorcières Associées et L’Échiquier de Jade.

Alex Evans
La Machine de Léandre
Collection Bad Wolf
Editions ActuSF


Retrouvez les avis d'Ombre Bones, de Satine's books et de La bibliothèque d'Aelinel

17/09/2019

Jérôme Nédélec, Les Frontières Liquides, tome 1, L'Armée des Veilleurs, Stéphane Batigne Éditeur

Il y a des lectures inattendues qui nous cueillent sans crier gare et nous tiennent en haleine jusqu'à la fin. Il y a des livres qui nous happent avec une telle force que l'on ne voit pas le temps passer en leur compagnie. Les Frontières Liquides appartient à cette catégorie de livres. 

Mais avant de vous parler de ce coup de cœur livresque, je tiens, d'abord, à remercier Jérôme Nédélec et son éditeur Stéphane Batigne qui m'ont permis de découvrir le premier volet de "L'Armée des Veilleurs". 

IXe siècle, de part et d'autre de La Vilaine, deux camps se font face. A l'Est, les Vikings qui s'apprêtent à déferler en Armorique après avoir renversé le dernier bastion stratégique qui leur résiste. A l'Ouest, un groupe de Bretons dépenaillés est chargé de tenir coûte que coûte le verrou du fleuve en attendant l'arrivée des troupes, menées par le comte Alain. C'est l'histoire de quelques jours, mais une éternité pour ces hommes, dont peu sont aguerris au combat. La tension monte au fil des chapitres, la peur noue les tripes, même des plus courageux, la mort rôde. Dans ce combat dont on sait pourtant l'issue historique, Jérôme Nédélec arrive à nous surprendre. 

Déjà, il a choisi de raconter cette bataille décisive de deux points de vue différents. Deux hommes, l'un Breton, l'autre Viking vont devenir nos yeux et nos oreilles de cet important moment de l'Histoire. A la lumière de ces deux regards portés sur un même événement, l'auteur montre combien ces hommes, malgré leur culture et religion si différentes, partagent pourtant les mêmes visées : survivre ou mourir avec honneur. Finalement tous souhaitent sortir vainqueurs de cette guerre, si possible, les poches pleines. En réalité, ils ne sont que les pions de puissants qui se servent d'eux pour asseoir leur pouvoir sur des territoires toujours plus grands. 

Ainsi, d'un chapitre à l'autre, l'auteur passe d'un camp à l'autre. C'est un procédé qui lui permet de rythmer son écriture tout en nous donnant une vision d'ensemble des temps forts de ce moment historique. Il nous offre l'opportunité de nous attacher autant aux Bretons qu'aux Vikings. Plus que des fanfarons graveleux, ces soldats se révèlent des hommes complexes, avec des failles, des espoirs et des rêves. Riche d'une histoire personnelle que Jérôme Nédélec nous révèle qu'au fur et à mesure des pages, ces deux héros donnent la valeur ajoutée à cette histoire. C'est le petit plus qui rend ce roman si passionnant. Car même si on connaît la fin, on ignore encore le sort réservé à ces hommes. 

Ici, Jérôme Nédélec se fait l'auteur d'une grande fresque historique mâtinée de fantastique avec l'introduction d'un personnage-clé, une petite fille dont l'âme semble avoir déjà vécu mille vies. Son savoir et ses pouvoirs semblent immenses, suffisamment en tout cas pour influer le destin de ces hommes de guerre. 

Les Frontières Liquides est un récit immersif très réussi qui redonne vie à une période trouble avec beaucoup de réalisme. 

On peut dire sans se tromper que Jérôme Nédélec a gagné son pari d'écrire un roman historique aussi crédible que palpitant. 

Fantasy à la carte

Jérôme Nédélec
Les Frontières Liquides
Tome 1
L'Armée des Veilleurs
Stéphane Batigne Éditeur

10/09/2019

Charline Rose, L'Etoile des trois royaumes, Edwenn, tome 2, éditions Nouvelles Plumes

Récompensée en 2016 par le prix Imaginaire, Charline Rose a donné une suite à son premier volet, Le Monde des Faës

Ayant eu un gros coup de cœur pour son bel univers, j'ai plongé avec plaisir dans L'Etoile des trois royaumes

On renoue bien évidemment avec la belle Edwenn qui se retrouve dans une position délicate. Rejetée des hommes, qui voient en elle une créature maléfique, et des Faës qui se méfient de sa nature hybride, elle n'a nul endroit où se réfugier, où trouver sa place. Même son amour, le roi Jezekael l'a bannie de sa belle cité d'Alwenna. Submergée par la tristesse, dépassée par ses nouveaux pouvoirs, qu'elle ne maîtrise pas, elle devra se trouver de nouveaux alliés, même les plus inattendus, pour dominer sa nature féerique, et prendre part aux combats à venir. Car le roi des chimères rôde quelque part, il affûte sans doute ses armes pour prendre sa revanche sur les Faës. 

Charline Rose use des mêmes ingrédients qui ont fait le succès de son premier tome. Univers onirique, personnages attachants, suspense haletant se mêlent ici à une quête habilement construite. 

Grâce à la fraîcheur de son style, l'autrice ressuscite le plaisir de lire de la fantasy. Son cycle nous donne une vision féerique finalement très contemporaine. Elle y met en exergue le poids de l'intolérance ; cette peur de l'inconnu, de l'étranger qui pousse certains aux actes les plus vils. Il sera donc question ici de voir comment certains êtres maléfiques vont se servir de ses faiblesses pour en tirer profit. Ainsi, mensonges, manipulation et trahison seront les maîtres-mots de cette nouvelle intrigue. 

Edwenn est le cycle d'une fantasy crépusculaire où la féerie lutte contre la résurgence de l'obscurité qui gagne peu à peu du terrain. 

Le récit est construit sur un rythme nerveux, et l'on sent que le contrôle de la situation échappe petit à petit aux héros de Charline Rose. Ils voient leur destin être malmené, parfois même brisé sans pouvoir rien y changer. Aussi impuissant que ses personnages, on assiste au désastre, totalement captivé par cette lecture prenante. 

Avec ce cycle, cette nouvelle plume affirme son talent en nous offrant l'étincelle de magie que l'on recherche avidement en fantasy

Fantasy à la carte

A lire aussi Le Monde des Faës de Charline Rose, éditions Nouvelles Plumes.

L'étoile des trois royaumes
Edwenn
Tome 2

06/09/2019

Nalini Singh, Les Ombres de l'Archange, Chasseuse de Vampires, tome 7, éditions J'ai Lu

Les Ombres de l'Archange est le septième opus qui vient étoffer la très populaire saga de Nalini Singh, Chasseuse de Vampires. Celle-là même qui met en scène une société dominée par les archanges et les vampires.

New-York doit panser ses blessures après la terrible attaque de l'archange Lijuan que Raphaël a renvoyée dans les limbes. Les pertes sont immenses. Tous ont conscience que seul le temps permettra de faire le deuil des disparus et de se reconstruire. C'est dans cette ambiance lourde que la chasseuse Ashwini et le vampire Janvier sont dépêchés pour enquêter sur l'étrange mort d'un chien complètement vidé de sa substance, littéralement asséché comme si Lijuan avait encore frappé. La découverte du corps d'une femme jeté dans une poubelle dans le même état amène le duo d'experts à conclure que de nouveaux dangers menacent la ville. Une investigation qui va les amener à fréquenter les clubs de sang où des mortels en mal de sensations fortes font le don de leur sang aux vampires dans l'espoir que la morsure de ces derniers les fassent planer. Mais tout à leur mission, seront-ils enfin capables de mettre des mots sur l'étrange relation qui les lie ? 

Les Ombres de l'Archange explore la face cachée de la Grande Pomme. L'autrice s'éloigne des mondanités de la Tour pour nous immerger dans les bas fonds. Là où vivent les junkies et les paumés, les gens sans famille et sans attaches. Autant de cibles pour des créatures qui ont eu des siècles pour peaufiner leur cruauté. Cette nouvelle aventure se place de suite sous l'angle de la terreur. Il n'est plus question ici de vampires civilisés mais plutôt de sado-masochistes aux dents longues qui hypnotisent leurs victimes pour en faire des loques humaines, voire pire encore. 

Ce roman est très sombre. D'autant plus que l'héroïne elle-même est un être complexe qui cache de lourds secrets qui la rongent. Sa vie personnelle, qu'elle tait à tous, vient dans cette aventure se télescoper avec les drames ambiants. En effet, Ashwini trouve un douloureux écho à toutes ces cruautés. Finalement c'est peut-être dans l'évolution de sa relation avec Janvier qu'elle trouvera une issue ? La solitude transpire entre ces lignes et s'avère être la mère de tous les maux. Car elle seule peut conduire un être à accepter un tel avilissement. Nalini Singh signe donc ici un récit poignant.

Fidèle à sa réputation qui place bon nombre de ses romans sur la liste des best-sellers du New York Times, le talent de Nalini Singh a encore frappé. Maîtresse de son intrigue, elle nous scotche par sa plume fantastique et pourtant si empreinte de réalisme.

Fantasy à la carte

Nalini Singh
Les Ombres de l'Archange
Chasseuse de Vampires 
Tome 7
Editions J'ai Lu

02/09/2019

Le Royaume des Livres, un nouvel antre de l’Imaginaire à Pont-Audemer

Après La Dimension Fantastique et LeNuage Vert à Paris, et Légendarium à Arras, c’est au tour de la commune de Pont-Audemer d’accueillir une librairie exclusivement consacrée aux littératures de l’Imaginaire. Cette merveilleuse idée, on la doit à Albin Camus qui, fort de son expérience professionnelle dans le monde du livre, a décidé de se lancer, à son tour, dans l’aventure.

Depuis le 5 août, le salon de thé a laissé la place à des rayonnages de science-fiction, de fantasy, de fantastique, de bd et autres polars. Tout est fait pour que l’Imaginaire s’épanouisse généreusement et trouve de nouveaux lecteurs, tout en contentant les déjà mordus.

Ce passionné du genre fourmille d’idées pour mettre en valeur ces littératures si mal aimées. Il faudra donc s’attendre à voir fleurir de nombreuses animations, dont des dédicaces avec les auteurs. Les amateurs de jeux de rôles ne seront pas en reste, car le jeune libraire projette aussi d’ouvrir un rayon dédié, et d’organiser des soirées à thèmes. La jeune génération, notamment les lycéens, sera également conviée à fréquenter la librairie. Ainsi, des partenariats entre lycées et médiathèques seront  très vite possibles.

Que les jeunes plumes et les petites maisons d’édition se réjouissent car ils seront bien mis en avant dans cette librairie. Telle est l’ambition d’Albin Camus, que tous trouvent sa place dans son Royaume des Livres. Etant lui-même écrivain, il sait combien il est difficile lorsque l'on est un jeune auteur d'avoir une bonne visibilité.
A la manière de Gibert Joseph, Albin Camus a le projet de vendre aussi bien des livres neufs que d’occasion afin de contenter tous les budgets, tout en donnant une seconde vie aux livres. 

On ne peut que se réjouir de cette initiative et on lui souhaite une pleine réussite.

Fantasy à la carte

Librairie Le Royaume des Livres
6, rue des Carmes
27500 Pont-Audemer

02-32-42-92-71
leroyaumedeslivreslibrairie@orange.fr

Horaires d'ouverture : Du lundi au samedi de 9h30 à 19h

30/08/2019

H. Roy, Rien qui puisse t'exposer, Les Els, tome 2, éditions France Loisirs

Dans Rien qu'on puisse regretter, H. Roy a semé suffisamment de petits cailloux pour rendre la lecture du second volet digne d'intérêt. Assez intriguée de découvrir la suite de son histoire  et de connaître l'évolution de ses personnages, je n'ai pas retardé plus longtemps la lecture dudit roman. 

Changement de décor et d'ambiance pour ce nouveau volet.

Échappant in extremis à une attaque de la Horde qui a découvert son refuge, Connor n'a pas d'autres choix que de se sauver sous la protection de son gardien, Evann. Laissant à contre-cœur, derrière elle, son père et son oncle, ainsi que ses amis et ses repères, elle débarque en France et rejoint le centre de formation des Els, dirigé par sa grand-mère. Une nouvelle vie s'ouvre à elle dans laquelle, elle va en apprendre plus sur la communauté des Els : leur origine et leurs étonnants pouvoirs, ainsi que sur elle-même. En intégrant le programme de formation pour devenir Volontaire, elle s'expose à vivre des mois difficiles. Elle sera confrontée à une compétition féroce, avec des adversaires qui useront de tous les moyens pour la mettre au tapis. Mais ce sera aussi l'occasion d'éprouver la solidarité de ses équipiers, avec lesquels, elle devra travailler pour remporter les duels contre les autres équipes. En effet, ils sont répartis en quatre groupes, en fonction de leurs capacités : Air, Terre, Eau et Feu. L'expérience s'annonce musclée pour Connor lui laissant que peu de temps libre, si ce n'est quelques merveilleux moments en compagnie de l’énigmatique et très attachant Evann. 

Si son premier roman a attiré mon attention, le second, lui, m'a tenu en haleine d'un bout à l'autre. L'autrice nous plonge à pieds joints dans le quotidien de ses créatures fantastiques. Elle répond à notre curiosité d'en savoir plus sur leur existence. L'intrigue est bien ficelée. On sent percer le danger dès les premiers chapitres, qui nous plongent de suite dans le feu de l'action. En effet, l'héroïne est cernée même dans cette forteresse sous haute protection. Les ennemis semblent affluer de toutes parts. La tension grimpe graduellement jusqu'à l'inévitable confrontation avec ses cruels adversaires. J'avoue m'être demandée jusque dans les derniers instants comment l'autrice allait faire basculer la situation. Pour tout vous dire, il y a même  eu des moments quasi insoutenables, tant la tension était à son comble. 

Il faut dire qu'au fil des pages, je me suis bien attachée à son duo de héros, et je n'ai pas envie de le voir voler en éclats. Il faut croire que l'autrice a su faire palpiter mon cœur de midinette. Ce petit couple qu'elle met en scène est tout simplement charmant. Il n'empêche qu'elle nous occasionne bien des battements de cœur, parfois avec quelques ratés. On l'aura compris, cette autrice sait jouer avec nos émotions. 

Dans Rien qui puisse t'exposer, on éprouve toute la symbolique du serment qui lie le Gardien à son protégé.

"Par cet anneau, Gardien, j'unis mon âme à la tienne. Je te confie ma chair et mon sang. Je laisse ma vie entre tes mains."

C'est aussi sur ça que repose la force de ce livre. Connor et Evann vont tester la solidité de leur relation tout au long de ce récit. Plus fort que les liens du mariage, ce serment demande une abnégation totale de soi, un amour inconditionnel et un sens du sacrifice inégalable. 

Je trouve que toute la puissance du roman réside dans ces quelques mots. C'est peut-être grâce à cela que la magie opère finalement et que cette saga des Els nous ensorcelle autant.

Fantasy à la carte

A lire aussi, Rien qu'on puisse regretter, Les Els, tome 1 du même auteur. 

H. Roy
Rien qui puisse t'exposer
Les Els
Tome 2
Editions France Loisirs

23/08/2019

Sabrina Calvo, Délius, une chanson d'été, éditions Mnémos

Mnémos fait sa rentrée avec la fantasy extravagante et loufoque de Sabrina Calvo. Je les remercie pour ce service de presse qui m'a ouvert la porte sur un merveilleux insoupçonné. 

Délius, une chanson d'été, c'est avant tout une enquête menée par un duo irrésistible, composé du célèbre botaniste et chasseur de monstres français Bertrand Lacejambe et de son acolyte, l'elficologue britannique B. Fenby. Clin d’œil à Sherlock Holmes et à son bon docteur Watson, à n'en pas douter. 

Londres est secoué par une série de meurtres odieux. Pire, l'assassin semble avoir même sévi outre-Manche. Il essaime des cadavres aux visages heureux et aux corps remplis de fleurs. Quel est donc encore ce fou qui semble tuer au hasard, ne distinguant ni âge ni sexe dans le choix de ses victimes. Pourvu que Jack l’Éventreur ne soit pas de retour. La police est sur les dents et ne sait plus à quel saint se vouer pour retrouver le coupable. L'inspecteur chargé de l'investigation a l'idée avec d'autres de faire appel au plus fin limier d'Angleterre, j'ai nommé Sherlock Holmes ! Vous trouvez ça drôle ? Eux sont pourtant très sérieux. Ni une ni deux, les voilà qui vont taper à la porte d'Arthur Conan Doyle. Une démarche qui a, d'ailleurs, fort amusé le célèbre écrivain. Mais malheureusement n'a point aidé notre communauté d’hurluberlus. Heureusement pour eux, il existe Bertrand Lacejambe, qui en plus d'en connaître un rayon sur les fleurs, ça tombe bien, est aussi, à ses heures, un excellent enquêteur. C'est ainsi que le botaniste et son compère se sont mis sur la piste de ce poète-tueur. 

Cette année, les éditions Mnémos ont choisi de dépoussiérer un vieux texte de fantasy victorienne pour mettre en valeur le genre. Belle idée que de mettre à l'honneur une plume qui redonne tout son éclat à la féerie. Ce roman est une véritable expérience poétique qui nous fait pénétrer dans un univers bourdonnant de couleurs, de sons, et de sensations. 

"Ecoutez le doux chant des fleurs..."

L'autrice articule son intrigue autour de la poésie, particulièrement de deux magnifiques poèmes de P.D. Finn qui nous accompagnent tout au long du livre. Elle fait preuve d'une grande sensibilité artistique et donne à son texte un réel esthétisme. Elle s'est réapproprié le merveilleux pour nous entraîner dans un voyage surprenant où la magie est là où on ne l'attend pas. Elle prend, par exemple, forme dans des vers déclamés, dans des notes fredonnées, dans la nature elle-même, les fleurs deviennent ainsi des vecteurs de prodiges. 

Sabrina Calvo nous offre dans ce roman un maelstrom de petites histoires qui s'entremêlent dans un joyeux bazar. On butine d'une intrigue à l'autre comme une abeille le ferait dans un champs de fleurs. Malgré la gravité des faits relatés, ces horribles meurtres, on ne peut s'empêcher d'être enchanté par l'intrigue étourdissante, les héros étonnants, l'univers chamarré. Elle fait vibrer quelque chose de nostalgique au fond de nous. On retrouve un peu l'ambiance des romans policiers d'Arthur Conan Doyle mais avec de l'absurde en plus. Les situations cocasses dans lesquelles se retrouvent bien souvent ses deux héros atypiques, sans parler de certaines de leurs répliques qui sont parfois aberrantes, font tout le charme de ce récit.

Mélomane des mots, Sabrina Calvo laisse sa verve s'exprimer ici avec fougue pour nous léguer un texte assurément incontournable de la fantasy française.     


Fantasy à la carte

Sabrina Calvo
Délius, une chanson d'été
Editions Mnémos

20/08/2019

Sandrine Alexie, La Grotte au Dragon, La Rose de Djam, tome 2, éditions L'Atalante

Envoûtée par L'Appel des Quarante, c'est avec une certaine fébrilité et une vive émotion que je me suis plongée dans le deuxième volet de La Rose de Djam. J'avoue, je ne boude pas mon plaisir de retrouver l'écriture endiablée de Sandrine Alexie. 

Nul besoin d'avoir la mémoire rafraîchie car la lecture du premier tome est récente. Remercions donc les éditions L'Atalante pour leur promptitude à éditer la suite et aussi m’offrir l'opportunité de la lire en avant-première. 

Alors que Sibylle de Terra Nuova est chargée par les Quarante de retrouver la Rose de Djam, celui qui est devenu son époux, Peir Esmalit, ce Gascon irascible, lui, s'est lancé sur les traces de cet entêté de Shudjâ, enlevé par les Noirs. 

Les trois quart de ce roman vont donc être consacrés à la quête de Peir. Accompagnés du jeune Süleyman et rejoint plus tard par le sheikh Yahya, ils vont remonter la piste qui va les emmener en territoire kurde. Là-bas, ils n'auront pas d'autres choix que de se jeter dans la gueule du loup s'ils espèrent avoir la moindre chance de sauver le faqîr des griffes ennemies. Séquestré au fin fond d'une grotte, Shudjâ espère détourner suffisamment longtemps l'attention afin que Sibylle atteigne son but sans trop d'encombres. Mais c'est sans compter sur l'ennemi qui semble avoir plus d'une tête et des yeux partout. 
Abandonnée par ses compagnons, la jeune Sibylle s'engage, quant à elle, avec son guide de Lâlish dans son dernier voyage. Plus que de trouver un objet précieux, la jeune femme débute surtout une quête spirituelle qui nécessite une introspection personnelle. C'est en analysant le passé qu'elle trouvera la force intérieure de découvrir ce qu'elle cherche. 

Avec La Grotte au Dragon, Sandrine Alexie maintient le même rythme dans l'action. On est toujours autant captivé par ces destins hors du commun qui s'entremêlent et émerveillé par ce pays aux relations très instables. L'autrice a su transmettre à son récit sa riche expérience de voyageuse. En effet, elle a, elle-même, exploré ces lieux, parcouru de long en large cette terre, et elle nous retranscrit l'ambiance, les relations entre les peuples, les cultures qui se côtoient avec un grand souci de réalisme. Il y a de l'authenticité dans les lieux décrits. 

Cette saga transpire la magie, elle nous envoûte, nous fait perdre pied. Curieux de découvrir ce Graal et ses mystérieux pouvoirs, on replonge sans se faire prier dans la suite. Les héros de Sandrine Alexie n'y sont sans doute pas pour rien non plus. Entre la fière Sibylle qui ne s'effraie de rien, l'ombrageux Peir qui, derrière son mauvais caractère, cache une âme de chevalier-servant, l'ingénu Süleyman, ami fidèle et attachant, ou encore l'horripilant Loup de Daylâm, si énigmatique et retors, tous nous donne envie de poursuivre l'aventure. On les aime autant qu'on les déteste parfois. Ils nous enchantent et nous énervent tout à la fois. Ne nous leurrons pas, c'est le signe qu'on y est fortement attaché.

La Rose de Djam, c'est le gage d'une lecture intense qui nous poursuit même après avoir refermé le livre. 

Fantasy à la carte
A lire aussi, L'Appel des Quarante, tome 1 de Sandrine Alexie. 

Sandrine Alexie
La Grotte au Dragon
Tome 2
La Rose de Djam
Editions L'Atalante

16/08/2019

Benjamin Lupu, Les Mystères de Kioshe, épisodes 1 à 5, intégrale 1

J'ai pu m’immerger dans Les Mystères de Kioshe grâce à Benjamin Lupu qui m'a proposé de lire son recueil. Je commencerais donc cette chronique par le remercier de sa confiance et de l'intérêt qu'il a porté à Fantasy à la carte

Composé de cinq épisodes, ce premier intégrale qui se présente comme une série nous ouvre les portes de la cité de Kioshe. C'est là où vit Tirséa Mortevue, une magicienne aveugle qui, bien que désavouée par la société des magiciens, n'en reste pas moins très puissante. Pour preuve, elle sera à plusieurs reprises engagée pour résoudre quelques sombres affaires qui secouent la ville. Ainsi, celle qui était promis à un bel et prestigieux avenir comme rectrice de la puissante Maison des curiosités, se retrouve exilée dans les bas quartiers pour une raison qu'elle ignore. En effet, en plus de souffrir de cécité soudaine, elle a également perdu la mémoire. Dès lors, elle compte sur ses investigations pour redorer son blason et enfin comprendre ce qui lui est arrivé. 

A la manière d'un Sherlock Holmes en jupon, Tirséa, devra entre autres, comprendre comment un puissant marchand a pu mourir empoisonné dans son bain alors qu'il était bien gardé, ce qu'est devenue une petite fille, 70 ans après avoir été emprisonnée dans un palais mystérieux, ou encore élucider la série de meurtres sanglants qui terrifie les bas-fonds de Kioshe. Autant d'énigmes ardues qui vont permettre à notre magicienne de démontrer l'étendue de ses compétences. 

Avec cette première salve d'histoires, Benjamin Lupu affiche sa qualité de conteur. Ses récits sont bien écrits et s'enchaînent avec une certaine fluidité. Le point fort de cet auteur est d'avoir construit un univers onirique cohérent et mystérieux. Ainsi, au fil de ses textes, on sent l'influence des plus grands noms de la fantasy. Pour preuve avec sa cité de Kioshe qui occupe un peu la même place que ses personnages. Cela me rappelle Abyme de Mathieu Gaborit. Secrète, fascinante, dangereuse, Kioshe nous révèle ses mystères avec parcimonie. Elle partage des ressemblances avec certaines villes méditerranéennes. On y retrouve par exemple la même ambiance et la même magie. Il y a un peu de l'Egypte antique là-dedans. Peuplés de magiciens, de gobelins et de bien d'autres créatures fantastiques, ce livre ne manque pas de magie. Pour peu qu'on apprécie la fantasy dans sa tendance classique, on trouvera sans doute cet intégrale à son goût.  

En enchaînant les formats courts, Benjamin Lupu a pu ainsi exercer sa plume. De plus, les réunir en un premier volume va grandement faciliter la rencontre avec les lecteurs. 

Fantasy à la carte

Benjamin Lupu
Les Mystères de Kioshe
Intégrale 1
Épisodes 1 à 5

09/08/2019

Rozenn Illiano, Le Phare au Corbeau, éditions Critic

Le Phare au Corbeau n'est pas le premier roman de Rozenn Illiano, mais c'est le premier que je lis d'elle. Autrice, créatrice, artiste, elle se sert de nombreux supports pour exprimer sa fascination envers les univers imaginaires. 

Comme tous les romans publiés par les éditions Critic, celui-là n'échappe pas à la règle et offre un univers aussi grandiose que fascinant. 

Tout dans ce roman est attirant. A commencer par la couverture, signée Xavier Collette, qui exerce sur nous une véritable attraction. Il s'en dégage une telle aura de mystère qu'on n'y résiste pas. C'est une fenêtre sur une Bretagne fière, secrète et sauvage. 

Le Phare au Corbeau nous propose une intrigue peuplée de fantômes et de secrets. Porté par un duo de héros, amis d'enfance et chasseurs de fantômes de profession, il met en scène Isaïah et Agathe, qui nous entraînent dans leur quotidien peu conventionnel. Ils ont monté un business d'exorcisme et vendent leurs services aux personnes confrontées à un esprit en colère qui hante leurs maisons afin de les en débarrasser. Né dans une famille de sorciers, Isaïah ne possède pas de dons mais pratique le Hoodoo. Ce qui lui permet de rentrer en contact avec les morts par le biais de textes bibliques et l'utilisation d'herbes, d'huiles et de cristaux.  A contrario, Agathe possède un don de double-vue incomplet qui lui permet juste de voir les défunts afin de les renvoyer loin des vivants (sans pour autant réussir à rentrer en contact avec eux pour connaître les raisons de leur présence persistante). Voici les deux héros de Rozenn Illiano qui nous emmènent en terre bretonne pour tenter de nettoyer une vieille demeure hantée. Perchée sur une falaise, Ker ar Bran, avec son phare, tient en respect le visiteur. On la déclare hantée. Les habitants du petit village de Landrez y croient. Certains auraient été témoins de phénomènes paranormaux. Tous se tiennent à l'écart des lieux, surtout du phare que l'on dit maudit. Tous, sauf Léna et Thomas qui ont décidé de rénover la propriété pour en faire des chambres d'hôtes. Seulement, lorsque leur petite fille, Ambre manque de tomber de la falaise, après avoir suivi un fantôme, ils sont bien obligés de faire appel à des professionnels pour exorciser les lieux. A peine arrivée, Agathe ressent un lien particulier avec le domaine comme si elle était déjà venue. Elle sent également la présence des ténèbres. Une noirceur ancienne s'est abattue ici. Et il n'est pas dit qu'elle réussisse, même avec l'aide d'Isaïah, à faire face aux forces du Mal qui sont à l'oeuvre ? 

Le Phare au Corbeau est le genre de roman qui nous fait retenir notre souffle. Captivée par les premières lignes, je n'ai, pour ainsi dire, presque pas pu m'en détacher jusqu'à la fin. L'intrigue nous met la chair de poule. En bonne bretonne, Rozenn Illiano fait honneur à ses racines. Légendes et superstitions hantent son récit. Des éléments qui contribuent à donner une ambiance ésotérique et ténébreuse au roman. On est à la fois effrayé et intrigué. L'autrice joue sur nos émotions, et particulièrement sur la peur. Elle fait monter la tension crescendo au point de nous faire sursauter au moindre claquement de porte. 

J'ai tout aimé dans ce livre, autant bien les personnages hauts en couleurs, que l'histoire prenante, ou les lieux, chargés d'ombre et de lumière. L'autrice y retranscrit bien la vie dans les petites communautés avec son lot de médisance et d'ignorance. Je remercie la maison d'édition pour cette lecture en avant première. C'est véritablement un coup de cœur, et j'espère qu'il en sera de même pour vous, chers lecteurs ! 

Avec Le Phare au Corbeau, Rozenn Illiano signe un roman puissant qui pourrait bien réveiller nos angoisses nocturnes et nos peurs d'enfant. 

Ce roman va indéniablement secouer la rentrée fantasy des éditions Critic. Il vous promet une lecture qui ébranlera toutes vos certitudes de cartésien, croyez-moi !

Fantasy à la carte

Rozenn Illiano
Le Phare au Corbeau
Editions Critic

Découvrez l'univers de Rozenn Illiano : https://www.onirography.com/

06/08/2019

H. Roy, Rien qu'on puisse regretter, Les Els, tome 1, éditions France Loisirs

Très active sur la toile, H. Roy a su faire la promotion de son premier roman. En tant que blogueuse, j'avais été d'emblée attirée par sa parution. 

Mais, ayant régulièrement une PAL très fournie, je n'avais pas eu l'occasion de lire Les Els lors de sa parution aux éditions J'ai Lu. Etant membre du club France Loisirs, j'ai pu me le procurer dès qu'il a figuré à leur catalogue. Autant vous dire que je n'ai pas hésité à l'acheter. 

Me voilà donc aujourd'hui, le livre entre les mains, à venir vous en parler. 

La première chose à dire sur ce roman est que c'est du Young Adult. Il nous plonge dans la vie d'une lycéenne américaine. On peut dire que Connor mène une vie ordinaire. Elle va au lycée, passe du temps avec ses copines et sait s'amuser quand il le faut. Tout serait parfait si son meilleur ami n'avait pas subitement coupé les ponts avec elle et si elle n'était pas assaillie chaque nuit par de suffocants cauchemars. Lorsque sa tante débarque, suivie de sa grand-mère qu'elle connait très peu, elle se doute que quelque chose se trame. Surtout quand "M", son fameux ex-meilleur ami, devenu accessoirement un mec super canon, fait son grand retour lui aussi. Là, elle sent que de terribles choses lui ont été cachées. Et les nouvelles dont ils sont porteurs risquent bien de chambouler sa vie de manière irrémédiable. Changement et transformation sont à prévoir pour cette jeune fille finalement pas si ordinaire.

Pour son premier roman, H. Roy a choisi la littérature initiatique avec une héroïne qui arrive à la croisée des chemins. C'est le moment où elle doit tourner le dos à son enfance pour devenir adulte. C'est un passage important où la quête d'identité prend toute sa place. C'est la fin de l'insouciance qui laisse place à une prise de conscience totale de la réalité. Période de transition et d'évolution pour ces adultes en devenir. Le moment est arrivé pour Connor de prendre la mesure de son héritage. 

Dans son récit, H. Roy nous tiraille entre la gravité des événements, les dangers qu'encourt Connor depuis qu'elle est devenue une cible, et la légèreté d'une vie d'adolescente qui semble davantage préoccupée par ses premiers émois amoureux. L'autrice a délibérément choisi ici de faire se télescoper un monde ordinaire à un autre plus fantastique. A l'image de son héroïne, on appréhende l'univers de H. Roy. Il y est question de créatures fantastiques qui partagent une certaine similitude avec les vampires sans pour autant en être. Les Els se présentent un peu comme des humains augmentés que l'on pourrait qualifier de super-héros puisqu'ils ont l'apparence des hommes mais détiennent des pouvoirs. Quant aux prédateurs qui les traquent, ce sont des Els déchus qui ont goûté au sang et sont devenus des assassins. Ils sont un danger pour l'espèce des Els et nécessitent le sacrifice de certains pour servir et protéger le plus grand nombre. H. Roy en fera d'ailleurs le cœur de son intrigue à travers Connor qui, en tant que jeune Els, devra leur échapper, tout en apprivoisant ses nouveaux dons. 

H. Roy met en scène une communauté de personnages relativement importante. Mais, je dois dire que j'ai un petit faible pour le trio que forment Connor, "M" et son gardien. Ils ouvrent des perspectives intéressantes quant à l'évolution de l'intrigue. Je ne demande qu'à voir la suite qu'elle va donner aux événements. 

Comme beaucoup de livres du genre, celui de H. Roy présente un caractère addictif indéniable. On apprécie autant l'univers proposé que les personnages qui l'animent. En somme, c'est une lecture qui vide bien la tête.

Fantasy à la carte

H. Roy
Les Els
Tome 1
Editions France Loisirs

30/07/2019

Claire Krust, Les Secrets d'Eole, collection Bad Wolf, éditions ActuSF

Les Secrets d'Eole achève le diptyque de Claire Krust, dont la première partie est sortie, en 2018, à l'occasion de la rentrée des Indés de l'Imaginaire

C'est avec grand intérêt que Fantasy à la carte ré-embarque dans le sublime univers de cette autrice. On y retrouve Céléno qui a accompli sa vengeance. Le Raniarque, responsable du génocide de son peuple, est mort. C'est à son petit-fils qu'incombe maintenant sa charge. Or, de par sa nature métisse, les enfants d'Hélias survivants espèrent qu'il sera un meilleur souverain, plus tolérant. En tout cas, l'Etre de l'eau Sujin y croit. Il s'est attaché à cet enfant. Par amitié pour son père, il a souhaité devenir son précepteur afin de lui inculquer d'autres valeurs. Il y voit aussi l'occasion de permettre aux Enges de reconquérir leurs droits et de vivre, enfin, libres. Mais est-ce qu'un adolescent sera capable de faire le poids face à la pression de son entourage ? Les nobles risquent de s'agiter en coulisse et de s'opposer ouvertement à ses décisions. Après tout, remettre à plat un système n'est pas tâche facile et promet quelques belles turbulences dans la péninsule de Rania. 

Un second volet qui, comme on s'y attendait, est riche en révélations. Des secrets sont mis au jour, notamment concernant l'origine du cataclysme. En prendre connaissance, aujourd'hui, pourrait changer bien des choses ou au contraire les répéter. Une chose est certaine, à la lecture du roman, on sent que le danger que courent les enfants d'Hélias, atteint son paroxysme. Menacés d'extinction définitive, sauront-ils enfin trouver les voies de la communication et de l'union pour survivre et renaître ? 

La plume de Claire Krust est très fluide. Son récit est intimiste, davantage centré sur ses personnages et leurs histoires personnelles. Elle n'est pas l'autrice d'une fantasy héroïque dans laquelle les protagonistes mènent des chevauchées épiques. Bien loin de là, l'autrice a choisi d'entremêler ses intrigues autour de créatures fantastiques qui s'ébattent dans un monde humain où la magie est rejetée. Elle met en lumière ce qui déchire le monde depuis des temps immémoriaux : la xénophobie, l'intolérance et l'esprit de conquête. 

Avec ce diptyque, elle signe un roman profondément humaniste tout en jouant avec toutes les tonalités que la fantasy peut offrir. 

Fantasy à la carte

Claire Krust
Les Secrets d'Eole
Collection Bad Wolf
Editions ActuSF

A lire aussi, L'envolée des Enges de Claire Krust, collection Bad Wolf, éditions ActuSF. 

23/07/2019

Lionel Davoust, La Messagère du Ciel, Les Dieux Sauvages, tome 1, éditions Critic

La Messagère du Ciel entame l'ambitieux cycle des Dieux Sauvages de Lionel Davoust. Cinq tomes sont prévus, aux éditions Critic, et trois sont déjà parus.

Récompensé par le prix Elbakin.net 2017, ce premier volet ne pourra que susciter l'intérêt des amateurs du genre. On y suit les aventures périlleuses qui s'abattent sur les différents protagonistes de l'auteur, chacun  d'eux poursuivant sa propre quête. La Rhovelle est sur le point de connaître une guerre sans précédent, de sombrer dans la folie. Depuis la chute de l'Empire d'Asrethia, le monde est distordu, parcouru d'anomalies qui ont donné naissance à des zones instables, dangereuses et inhabitables. C'est dans cet univers que la jeune trappeuse Mériane est choisie par le dieu Wer pour devenir son Héraut, sa voix, son bras armé : elle aura pour mission de fédérer les peuples et d'organiser la défense du royaume face aux forces du Mal qui ne vont pas tarder à déferler. Choix étonnant, quand on pense à la société féodale - archaïque et misogyne - qui régente ce monde ! Mais ne dit-on pas que les voies du Seigneur sont impénétrables ? 

Un monde déchiré, deux Dieux frères ennemis, une poignée de héros qui nous paraissent bien démunis pour affronter les dangers à venir, telles sont donc les prémices des Dieux Sauvages de Lionel Davoust.

L'auteur nous plonge dans une fantasy mâtinée de post-apo. Les Dieux y sont omniscients. Ils confèrent de grands pouvoirs à ceux qu'ils jugent dignes de pareille élection. Le monde de Lionel Davoust est corrompu. Tout ce que touche cette souillure est profondément modifié. Ainsi, des humains sont changés : augmentés pour certains, dénaturés pour d'autres. Tandis que les premiers fusionnent avec la matière et deviennent des êtres mi-hommes, mi-machines, les seconds, eux, sont transformés en morts-vivants. Les Mortes-Couronnes abandonnées par Wer ont permis à Aska d'étendre sa sombre influence, et, de ce peuple, Aska fera son armée, qu'il lancera, tels des chiens de l'Enfer, sur La Rhovelle afin de prendre sa revanche sur Wer. 

Combat des Dieux, combat des peuples : la lutte entre le Bien et le Mal est bien mise en exergue dans cette saga.

Amorcé dans des textes antérieurs, le projet fou de Lionel Davoust continue donc d'évoluer avec Les Dieux Sauvages. Nourri de nombreuses influences, l'incroyable univers d'Evanégyre se dévoile à travers différents récits (romans et nouvelle) dans lesquels l'auteur fait vivre pléthore de héros, dont certains se révèlent archétypaux. Ainsi dans La Messagère du Ciel, on va retrouver la figure de la pucelle Jeanne d'Arc, incarnée par Mériane. Une femme solitaire qui se retrouve, bien malgré elle, obligée d'haranguer les foules. Traquée par des fanatiques religieux, hués par des hommes misogynes, la jeune Mériane devra lutter autant contre cette population rétrograde que contre les ennemis de Wer. Sa mission sera non seulement de sauver La Rhovelle, mais aussi et surtout de faire évoluer les mentalités. A la lecture d'un tel portrait, on sent notre âme d'insurgé se réveiller. D'autres, tout aussi complexes, voire mystérieux, viendront lui prêter main forte. Je pense notamment à ce moine weriste qui deviendra son compagnon d'armes. 

Ni blanc, ni noir, les héros de Lionel Davoust dissimulent des secrets, des rêves, des ambitions qui leur donnent de la profondeur et de l'intérêt. Hormis Jeanne D'Arc, d'autres grandes figures de l'Histoire ont dû inspirer l'auteur, comme Jules César, que l'on retrouve un peu dans le Duc de Magnécie, par exemple... Mais je ne vais pas vous brosser le portrait de chacun d'eux, je préfère vous laisser le plaisir de vous faire votre propre opinion. Sachez seulement qu'ils forment une surprenante compagnie de héros qui s'apprêtent à écrire une page marquante de leur histoire. 

Ce premier roman s'apprécie dans la durée. On feuillette lentement cette histoire racontée à plusieurs voix. Lionel Davoust prend son temps dans l'exposition de son intrigue  afin de nous laisser tout le loisir de nous l'approprier. 

Aux dernières lignes du roman, la frustration est là. On est déjà dans les starting-blocks pour lire la suite ! 

Les héros, la magie, les secrets se croisent entre ces lignes et nous font déjà aimer cette épopée de fantasy.


Fantasy à la carte

A lire aussi Port d'Âmes et Les Questions Dangereuses du même auteur.

Lionel Davoust
La Messagère du Ciel
Tome 1
Les Dieux Sauvages

09/07/2019

Jean-Laurent Del Socorro, Royaume de Vent et de Colères, éditions ActuSF

En 2015, Jean-Laurent Del Socorro faisait une entrée remarquée en littérature fantasy avec la publication de son premier roman Royaume de Vent et de Colères. Ce roman percutant connaît un succès immédiat en librairie. Pour preuve, il reçoit le prix Elbakin du meilleur roman francophone. 

Pour un auteur qui se plaît davantage à écrire des nouvelles de science-fiction, s'atteler à un plus grand format, qui plus est, dans un autre genre, lui réussit tout aussi bien. Lecteur avant d'être auteur, Jean-Laurent Del Socorro n'est pas un créateur d'univers comme peuvent l'être certains de ses confrères, à l'image du chef de file Mathieu Gaborit, dont il apprécie, d'ailleurs, la bibliographie. Il n'aborde pas la fantasy par ce biais, et préfère l'insérer dans un contexte historique fort en jouant sur l'évolution d'un groupe de personnages aux caractères contrastés et aux destins entremêlés. 

1596, Marseille est gouvernée par le consul Charles de Casaulx. Cette indépendance autoproclamée nargue depuis trop longtemps le roi Henri IV. Ce dernier estime que le temps est venu de se lancer, avec ses troupes dans la reconquête de l'intégralité de son royaume, afin de devenir pleinement le roi de France. Les agissements des ligueurs catholiques de Provence n'ont que trop duré. Alors que dans les coulisses de l'Histoire, un siège se prépare, l'auberge de La Roue de la Fortune est le théâtre d'événements importants qui vont influencer le destin du royaume de France. Des personnages vont s'y croiser et chacun aura un rôle à jouer même s'ils n'en ont pas tous consciences. Que ce soit cette ancienne capitaine mercenaire, ce chevalier retraité, cette vieille intrigante à l'allure inoffensif ou encore ces deux jeunes hommes qui semblent vivre un sevrage difficile, tous sont des pièces maîtresses de l'auteur pour nous dévoiler l'envers du décor d'un moment fort de l'Histoire. 

Royaume de Vent et de Colères enchaîne des chapitres courts qui donnent à tour de rôle le point de vue de l'un des personnages sur l'histoire. Dès le départ, cela donne un bon rythme à l'action. Jean-Laurent Del Socorro a pris le parti de partager son livre en trois parties. Une première qui permet de faire connaissance avec chacun de ses héros qui arrivent à tour de rôle à l'auberge, une seconde qui met en lumière des moments-clés de leur passé et éclaire sur les raisons de leur présence à ce moment critique de l'action et une troisième qui révèle le dénouement. 

La magie de ce roman s'exprime par l'intermédiaire de l'Artbon. C'est une sorcellerie dangereuse. Elle consume celui qui la pratique. Elle est comme une drogue qui finit par avoir raison du magicien. Alors qu'elle pourrait servir à soigner, elle est uniquement utiliser comme une arme de destruction massive bien utile pour un roi en reconquête. 

Royaume de Vent et de Colères est une histoire prenante portée par une communauté de héros très attachants. Ce ne sont que des gueules cassées que Jean-Laurent Del Socorro a choisi de mettre en scène ici. C'est cette petite touche qui rend son roman si passionnant. Il est l'auteur d'une fantasy historique digne des plus grandes plumes du genre. Il donne ainsi une nouvelle réalité à une période troublée et méconnue de l'Histoire de la cité phocéenne.  

Fantasy à la carte

Jean-Laurent Del Socorro
Royaume de Vent et de Colères
Editions ActuSF

A lire aussi Boudicca de Jean-Laurent Del Socorro. 

05/07/2019

G.R.R. Martin, Dragon de Glace, collection Hélios, éditions ActuSF

Pour l'été, Hélios a décidé de gâter ses lecteurs en éditant un recueil de nouvelles d'un auteur qui a forgé sa légende avec son cycle du Trône de Fer

Ce livre réunit quatre nouvelles tirées de sources différentes. C'est un mélange d'ambiances et d'univers qui forme un ensemble très hétéroclite. Chacune donne un aperçu des styles que G.R.R. Martin a explorés au cours de sa carrière d'écrivain. Quatre nouvelles qui apparaissent finalement comme des instantanés de la vie de certains de ses personnages. Arrêts sur images sur des moments cruciaux, dramatiques ou décisifs. 

C'est en chevauchant un dragon que l'on démarre cet ouvrage avec la nouvelle "Dragon de Glace" qui lui a d'ailleurs donné son titre. On y retrouve la figure du dragon, chère à l'auteur. Ici, il prend la forme d'un dragon de feu ou d'un dragon de glace. L'auteur revisite également une thématique qui lui tient à cœur, celle de l'hiver qui s'éternise et des bouleversements climatiques. C'est ce long hiver qui permet à l'héroïne, la très jeune Adara, d'apprivoiser et de chevaucher le dragon de glace qui ne réapparaît qu'en hiver. Alors que tous craignent son arrivée, cette enfant de l'hiver, elle, l'espère. L'ironie de ce récit est que la plus grande menace viendra des hommes, des envahisseurs chevauchant des dragons de feu et que seul le dragon de glace sera à même de les combattre. Le salut viendra donc où on ne l'attend pas. 

Autre décor avec "Les contrées perdues" qui nous entraîne à la suite de la sorcière Alys la Grise, qui est chargée, moyennant une compensation financière confortable, de trouver un loup-garou, car sa dernière cliente souhaite avoir le pouvoir de se métamorphoser en loup. Alys la Grise mène toujours ses missions à bien. Pourtant, les clients ne sont jamais satisfaits. Peut-être que cette sorcière va au-delà de leurs espérances, qui sait ?  

Voilà deux nouvelles de fantasy qui laissent la place à un récit plus contemporain avec "L'homme en forme de poire". Une histoire étonnante qui joue beaucoup avec les nerfs de son héroïne. Ici, G.R.R. Martin fait monter crescendo l'obsession de Jessie pour son étrange voisin du dessous, un homme en forme de poire. Il faut dire que c'est un personnage inquiétant qui la suit, l'observe, la harcèle même depuis qu'elle a emménagé dans ce nouvel appartement avec sa colocataire. Que cache cet homme aux traits et au corps si disgracieux ? 

Le recueil se conclut avec "Portrait de famille" qui nous emmène à la rencontre d'un auteur désabusé et égocentrique en mal d'inspiration qui reçoit la visite de certains de ses personnages, ses enfants comme il les appelle. Un texte qui interroge sur le degré de folie qu'un vieux loup solitaire peut atteindre.

Hélios a délibérément choisi de rassembler des récits aux antipodes les uns des autres. Une manière de faire découvrir au lecteur toutes la palette d'émotions sur laquelle sait jouer G.R.R. Martin. On connaissait à ce dernier un goût prononcé pour les intrigants et les manipulateurs, dans Le Trône de Fer ; on le découvre, ici, en explorateur des psychoses humaines ou aventurier de contrées lointaines et inconnues. 


Fantasy à la carte

G.R.R. Martin
Dragon de Glace
Collection Hélios
Editions ActuSF

02/07/2019

Megan Lindholm, Le Dieu dans L'Ombre, collection Perles d'épices, éditions ActuSF

Le Dieu dans L'Ombre de Megan Lindholm vient d'être réédité aux éditions ActuSF, dans la collection Perles d'épices. Ce n'est pas la première fois que cette collection met la plume de Robin Hobb à l'honneur, je pense notamment l'édition de luxe de Liavek, parue l'année dernière. 

Avec Le Dieu dans L'Ombre, les amateurs de cette autrice risque d'être surpris. Voici un roman qui ne ressemble en rien au style auquel on était habitué. Moi-même, je dois dire que j'ai été déroutée par cette lecture. Une aura de mystère accompagne ce livre nous obligeant sans cesse à nous demander où se situe la frontière entre rêve et réalité. 

Dans Le Dieu dans L'Ombre, on accompagne Evelyn Sylvia qui quitte sa terre natale d'Alaska pour suivre son mari avec son jeune fils Teddy afin de vivre quelques temps chez sa belle-famille. Une situation soit-disant temporaire selon son époux, afin de filer un coup de main à la ferme, le temps que son beau-frère se remette d'une grave blessure à l'épaule. Evelyn accepte malgré quelques angoisses. Sur place, elle se sent très vite seule. Sa belle-famille ne l'apprécie guère. Son mari la délaisse chaque jour un peu plus. Son fils lui préfère la compagnie des animaux et de sa tante. Alors livrée à elle-même, elle se laisse peu à peu envahir par la mélancolie et se replonge dans ses souvenirs d'enfance, lorsqu'elle parcourait la forêt en compagnie de son chien. Elle se rappelle son ami Pan, un faune qui hantait les lieux. Or, justement au moment où elle se sent le plus isolée, où elle perd pied, le voilà qui réapparaît dans sa vie. Mais existe-il vraiment ? ou est-ce le fruit de son imagination qui a toujours été esseulée ? Rattraper par la tragédie, elle devra faire des choix. Saura-t-elle seulement s'en relever ? 

Bien loin du récit de fantasy épique, Megan Lindholm nous plonge dans un huis-clos à l'atmosphère lourde. Elle dresse le portrait d'une héroïne torturée. Evelyn est une âme solitaire, incomprise. C'est une rebelle de la société conventionnelle. Éprise de grands espaces, c'est un esprit libre qui s'épanouit plus volontiers dans la nature à l'état sauvage qu'en simple épouse attelée à ses fourneaux. 

Megan Lindholm a écrit son roman en deux temps. Une première partie dans laquelle Evelyn tente de se conformer aux règles et essaye d'être une bonne épouse et une mère aimante, tout en se questionnant sur sa vie et en se remémorant son passé. La deuxième partie, quant à elle, laisse libre cours à sa soif de liberté et à son envie de vivre. Bien que craintive, elle ne refuse pas le caractère sauvage qu'impliquent ses choix. 

L'autrice signe un roman introspectif, chargé d'émotions et de sentiments contradictoires. Les drames jalonnent ces lignes car la vie est ainsi faite. Le Dieu dans L'Ombre est une histoire prenante, une fenêtre sur la vie sauvage et animale. Le faune est là pour donner au texte son caractère fantasy. Le côtoyer a quelque chose d'étonnant. Ce roi de la forêt exerce une fascination étrange autant sur Evelyn que sur nous. On est bien obligé de le suivre pour connaître les secrets qui entourent l'existence de sa race et du royaume qu'il habite. 

Avec cette chaleur estivale, il est de bon ton de se rafraîchir à l'ombre de ce dieu de la forêt. 

Fantasy à la carte

Megan Lindholm
Le Dieu dans L'Ombre
Collection Perles d'épices
Editions ActuSF