L'influence du "gaming" à la littérature

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19/08/2018

Vincent Mondiot & Raphaël Lafarge, Les Mondes-Miroirs

Le mois d'août touche à sa fin et avec elle, c'est la rentrée qui se profile à l'horizon. La littérature va encore s’enorgueillir de nouveautés comme chez les Indés de l'Imaginaire qui préparent cette année une rentrée sous le signe d'une fantasy surprenante. Les éditions Mnemos donnent la parole à deux auteurs français qui ont complètement retravaillé un roman, édité auparavant chez Pygmalion afin d'en faire quelque-chose d'inédit et de plus mûr. 

Teliam Vore rebaptisé dans cette nouvelle version, Les Mondes-Miroirs, raconte les destins entremêlés de deux jeunes femmes, amies depuis l'enfance qui se sont perdues de vue pour suivre des chemins différents. Mais suite à des attaques perpétrées par de terribles créatures nommées Blasphèmes, Elsy la mercenaire et Elodianne la magicienne vont devoir s'allier pour comprendre les raisons de telles exactions et si possible y mettre un terme. Or, en acceptant de mener une telle enquête, les filles ont bien conscience qu'elles n'en reviendront sans doute pas vu la dangerosité de la mission. 

La qualité d'un récit de fantasy réside dans la richesse et l'originalité de l'univers imaginé. N'oublions pas que les plus grands auteurs du genre, ce sont ceux qui ont su développer un monde différent et autonome. Or, justement Vincent Mondiot et Raphaël Lafarge dessinent ici un univers incroyable qui nous fait totalement perdre pied. Ils nous embarquent en terre inconnue dans le territoire de Mirinar et plus précisément dans la cité démesurée de Mirinèce. On partage le quotidien de leurs héros qui évoluent dans la froideur et l'anonymat des grandes villes. A grands renforts de descriptions incisives, ils mettent en lumière la vie de la population locale en fonction de leur position dans l'échelle sociale. A l'image de notre société, on retrouve bien les mêmes clivages. Ils donnent même un côté très visuel qui vient animer cette cité imaginaire d'un soupçon de réalisme. Plongé dans un autre espace-temps, le dépaysement est garanti. 

Bien sûr comme tout bon récit du genre, cet univers transpire la magie. Ici, on en prend toute la mesure lorsque l'on passe d'un monde à l'autre. Crée par l'esprit d'un magicien, le monde-miroir est le monde parallèle dans lequel ce dernier vient trouver refuge lorsqu'il a trop usé de son pouvoir afin de se guérir car l'abus provoque de nombreuses maladies. Mais ici, il semblerait qu'un être inconnu et malfaisant se sert de cette capacité pour envahir la ville de créatures infamantes. Les auteurs jouent beaucoup avec ces deux espaces qui se reflètent tout en étant si différents. Ce qui donne une tonalité toute particulière à cette aventure. Dans ce roman, on constate donc très vite que tout y est inédit. Il n'y a par exemple aucune influence d'un quelconque bestiaire merveilleux. Les créatures imaginées y sont pour le moins grotesques et protéiformes. Elles s'adaptent à leur environnement pour agir et ne ressemblent donc à rien de connu.

Inventeurs de monde à la Mathieu Gaborit, Vincent Mondiot et Raphaël Lafarge constituent véritablement la nouvelle garde. 

Coup d'éclat pour ce roman hors norme qui illustre superbement notre triste actualité. En surfant sur une atmosphère post-apocalyptique, les auteurs réalisent avec brio une introspection des comportements déviants et notamment de ce que la souffrance humaine peut faire commettre de pire chez certains esprits faibles et isolés. 

Riche d'une intrigue ambitieuse, Les Mondes-Miroirs est un roman étonnant qui délivre ses secrets par petits morceaux. Porté par un groupe de héros très dissemblables, ils n'en sont pas moins les parfaits relais qui permettent à ce livre de tenir la distance. 

Fantasy à la carte

12/08/2018

Clément Bouhélier, Olangar, Bans et Barricades, première partie

Au programme de la rentrée littéraire des éditions Critic, le nouveau cycle fantasy de Clément Bouhélier: Olangar: Bans et Barricades. Fidèle plume de la maison d'édition, l'auteur revient ici avec un récit fort et engagé. 

Cet ancien journaliste, déjà auteur de plusieurs thrillers fantastiques, a cette fois-ci misé sur un contexte fantasy pour nous faire  voyager dans son imaginaire. 

N'ayant pas encore eu l'occasion de lire l'une de ses œuvres, les éditions Critic m'ont permis de découvrir l'étendu de ce talent. Olangar est un cycle ambitieux et parfaitement bien rythmé. 

Olangar, cité industrielle post-révolution brasse une population très cosmopolite où les hommes côtoient les nains et parfois les elfes. C'est là-bas que débarque la nobliaude Evyna d'Enguerrand. Fille d'un ancien seigneur de guerre, elle est à la recherche d'un elfe du nom de Torgend Aersellson afin que celui-ci lui vienne en aide. Elle cherche la vérité sur la mort de son frère, soldat engagé à la frontière ouest et disparu dans des circonstances troubles. Recommandé par son père, Torgend semble être l'elfe de la situation pour l'aider à éclaircir ce mystère. Quête très louable mais qui va les amener à mettre au jour des malversations de politiciens véreux en cheville avec la pègre. Aidés dans leur mission suicidaire par un nain syndicaliste, tous trois seront-ils vraiment prêts à tous les sacrifices pour faire éclater la vérité? 

La cité d'Olangar s'inscrit dans un royaume marqué par une guerre sanglante contre les orcs qui ont été repoussés à l'ouest grâce à l'union des peuples: hommes, nains et elfes. De plus, l'industrialisation a transformé durablement le paysage et donné naissance à des villes tentaculaires dévorant peu à peu les campagnes environnantes. Un tel choix permet à l'écrivain de donner une tonalité steampunk à ses romans avec une ambiance vapeur et cuivre très présente. 

Mais Clément Bouhélier forge surtout un univers, miroir de notre propre société. Il y dénonce l'enrichissement de certains hauts-placés sur le dos de la communauté ouvrière et autres modestes travailleurs. Il met en exergue les complicités qui se nouent entre les pires truands, maîtres de tous les trafics avec des hommes politiques peu scrupuleux qui siègent au gouvernement. Riche de ses propres expériences en tant que journaliste, puis rédacteur de discours politiques, il est l'observateur idéal pour nous dévoiler un envers du décor politique pas toujours reluisant. 
La première partie de Bans et Barricades est donc le point de départ d'une oeuvre haletante détentrice d'un message percutant. Avec un tel cycle, la fantasy française s'enrichie d'un nouveau nom qui promet d'assurer de beaux jours au genre. 

Fantasy à la carte

05/08/2018

Mathieu Gaborit, La Cité exsangue, Les Nouveaux Mystères d'Abyme, tome 1

Après de longues années d'absence, Mathieu Gaborit fait un retour en fanfare avec un nouveau cycle de fantasy

Reconnu comme étant l'auteur qui a permis à la fantasy française de prendre son envol, retrouver sa plume vivante et fantasque me procure un plaisir non feint.

C'est dans la cité d'Abyme que Mathieu Gaborit a décidé de poser ses valises. Un royaume cher à son cœur d'écrivain qui lui a semble-t-il fait retrouver l'inspiration. 

Souvenez-vous de cette belle cité décadente, royaume de tous les excès sur laquelle régnait le farfadet Maspalio, prince-voleur et accessoirement héros de Mathieu Gaborit. 

Les Nouveaux Mystères d'Abyme nous font renouer avec un Maspalio vieillissant. Après dix ans de retraite au cœur des abysses, loin des turpitudes de la ville, notre facétieux farfadet a décidé de revenir à Abyme à la demande de son ancienne amante, Cyre. En effet, il semblerait que cette dernière ait besoin de lui. Seulement rentrer dans Abyme n'est pas aussi simple qu'avant. La cité n'est plus aussi joyeuse et débridée. Tombée aux mains de l'Acier, les gens n'y circulent plus aussi librement. L'ordre y règne maintenant et les trouble-fêtes sont sévèrement punis. Les démons n'y ont d'ailleurs plus leur place. Bravant tous les interdits jusqu'à risquer sa vie, Maspalio est prêt à toutes les folies pour rejoindre son ancien amour et lui venir en aide. Mais cette terre qu'il croyait si bien connaître lui est devenue hostile. Ainsi, arrivé en territoire ennemi, sera-t-il à la hauteur de sa réputation de fripon pour déjouer toutes les chausse-trappes? 

Avec un imaginaire toujours aussi épanoui, Mathieu Gaborit nous fait vibrer au même rythme que les battements de cœur de sa chère Abyme. Cité si vivante qu'elle en devient un personnage à part entière au même titre que Maspalio lui-même. La voilà tombée aux mains de fanatiques qui souhaitent y mettre bon ordre quel qu’en soit le prix. Ce roman est une fine analyse d'une micro-société aux mœurs légères dans laquelle les nouveaux puissants s'arrogent le droit de juger et de faire disparaître ce qui les gêne. Ainsi, aveuglés par leur propre soif de pouvoir et leur obscurantisme, ils commettent les pires exactions et perpétuent des injustices afin d'atteindre cet idéal qu'ils croient juste. 

La Cité exsangue est la première pierre qui vient solidement poser les bases de ses Nouveaux Mystères d'Abyme et permet à l'auteur de faire un retour remarqué dans l'actualité des littératures de l'Imaginaire. 
Le personnage de Maspalio est le petit grain de folie qui vient égayer l'écriture de Mathieu Gaborit. Aussi attachant qu'horripilant, son aplomb n'a pas fini de nous faire parler. Il est le guide qui nous conduit au cœur d'un univers incroyable, exubérant et fantastique.

Comme l'auteur le dit lui-même dans son interview accordée à ActuSf, il n'en a pas encore fini avec certains de ses autres personnages et nous réserve quelques petites surprises pour l'avenir. A nous de faire preuve de patience, mais croyez-moi quelques mois ne sont rien à côté de la réjouissance de parcourir à nouveau les rues d'Abyme. 

Fantasy à la carte