L'influence du "gaming" à la littérature

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29/04/2018

Marie-Catherine Daniel, Entre troll et ogre

Bad Wolf, le label fantasy des éditions ActuSf a frappé à nouveau. Bien qu'encore jeune dans le milieu éditorial, il publie des récits ambitieux et originaux qui savent faire parler d'eux. Le fort de cet éditeur est de nous dénicher des textes incroyables écrits par des auteurs français qui pour certains y font leurs premières armes. 

Un label qui fait une belle part à une fantasy française novatrice qui s'est totalement libérée de l'emprise anglo-saxonne. 

En éditant Entre troll et ogre de Marie-Catherine Daniel, on se doute que cette sortie ne va pas passer inaperçue. Comme la belle couverture de Ronan Toulhoat le suggère, ce roman est une grenade à dégoupiller délicatement sous peine de tout faire sauter. Après tout ne dit-on pas que les ogres sont chatouilleux et les trolls, bagarreurs. Bien entendu, c'est surtout valable quand ils sont jeunes et fringants et pas quand ils ont plus de 70 ans et sont perclus d'arthrite comme le troll Arsouille. Improbable ou pas, c'est à ses basques que nous attache Marie-Catherine Daniel.  

En recevant une lettre de son jumeau Arpète, perdu de vue depuis plus de cinquante ans, Arsouille n'en croit pas ses yeux et doute même qu'elle soit vraiment de lui. Mais tout vieux croulant qu'il est, ça le titille quand même d'aller vérifier par lui-même. Le seul bémol, il ne sait pas vraiment lire. L'érudition n'est pas le fort des trolls, c'est bien connu. Il est donc obligé de reprendre le chemin des bancs de l'école pour réussir à déchiffrer la carte qui l'amènera à son frère. Le plus drôle est que c'est en tant que professeur qu'il s'y enrôle. Voilà qui donne le coup d'envoi d'une aventure burlesque et hilarante. Bon an mal an, Arsouille ne va pas hésiter à traverser tout le pays dans des conditions parfois extrêmes afin de retrouver Arpète. Bien que déterminé, cela ne va pas l'empêcher de se demander tout le long si les révélations au bout du chemin valent vraiment le déplacement. Le fin mot de cette histoire promet d'être explosif et Arsouille sera-t-il vraiment en mesure d'en accepter toutes les conséquences? 

A mi-chemin entre fantasy et post-apocalyptique, Marie-Catherine Daniel nous délivre un texte remarquablement intelligent et profondément humaniste. 

Sur fond d'humour et de situations comiques, elle s'interroge sur la vraie définition de l'humanité. En effet, son roman est une satire de la vie qui met en exergue la bestialité dont font preuve les humains au point d'en oublier leur propre humanité. Pire encore, ils en perdent leur identité en se laissant dominer par leurs plus bas instincts. C'est un roman soigné aux mots choisis dans lequel on sent le plaisir qu'elle a pris à l'écrire. Elle n'a pas lésiné sur les scènes tordantes comme par exemple cette grand-mère troll qui n'a pas d'autre choix que de dealer pour arrondir ses fins de mois.   

Récit caustique qui au-delà de nous faire rire n'en oublie pas de nous faire réfléchir sur les fondements de notre société décadente. Elle nous rappelle l'importance des valeurs qui se meurent comme l'éducation, la famille et la solidarité. 

Entre troll et ogre est une perle qui va dynamiter le genre tellement ce récit est époustouflant. C'est un livre à mettre entre toutes les mains afin que tous, nous ayons une vraie prise de conscience de ce que nous sommes et de ce nous faisons. 

Voilà une pépite à se partager sans hésitation. 
Fantasy à la carte

26/04/2018

2018: Les Futuriales font leur Odyssée

Fort de son succès, le festival littéraire Les Futuriales revient pour sa neuvième édition à Aulnay-sous-Bois, le 5 mai prochain. Au fur et à mesure des années, il est devenu un rendez-vous incontournable pour tous les passionnés de l'Imaginaire. Ils y voient là une occasion de discuter autour de ces incroyables littératures, de rencontrer des auteurs de talent, et de passer une journée ludique. 

Cette année c'est "le voyage spatial et les rencontres extra-terrestres" qui sont à l'honneur. Voici une thématique récurrente en science-fiction dont on ne se lasse pas de parler tant elle est inépuisable. Une programmation qui promet donc de nous mettre en orbite. 

D'ailleurs une première conférence viendra illustrer ce thème en portant sur "les projets de voyages habités vers Mars" animée par Jean-Marc Salotti (enseignant-chercheur, spécialiste de l'intelligence artificielle) à 14h30. Une autre sera destinée aux auteurs des littératures de l'Imaginaire qu'ils soient professionnels ou amateurs afin de donner des pistes sur "Comment écrire un premier roman? et quelle est la place dans l'édition pour les écrivains de l'Imaginaire?" à 16h. 

On y parlera aussi robotique à travers les différentes animations du Médi@bus qui proposera notamment des battles de robots Lego mindstorms, ainsi qu'une petite exposition sur les nouveautés des bibliothèques concernant ladite thématique. 

Mais que serait un salon littéraire sans l'inconditionnelle remise de prix. Les Futuriales n'échappent pas à la tradition et les récompenses décernées sont une valeur ajoutée pour les œuvres primées. Ici deux prix sont décernés. Il y a d'abord le prix Révélation du premier ou second roman francophone paru en 2017. Pas moins de dix romans sont en lice cette année. Ils ont été sélectionnés par Jean-Luc Riviera et la librairie folies d'encre. Il y a Les larmes de Yada de Lilie Bagage, Espérer le soleil de Nelly Chadour, Célestopol d'Emmanuel Chastellière, Senechal de Grégory Da Rosa, Sorcières associées d'Alex Evans, L'empire électrique de Victor Fleury, Les sœurs Carmines d'Ariel Holzi, Le Lys noir de François Larzem, Les papillons géomètres de Christine Luce et La mère des eaux de Rod Marty. Dix talents, dix univers qui offrent autant de perspectives de lectures différentes. Suspense jusqu'à samedi pour savoir lequel se verra gratifier de ce prestigieux prix. Il y a également un Prix des Lycéens qui est remis par les élèves d'Aulnay-sous-Bois. Quatre auteurs y sont en concurrence. Nadia Coste pour L'effet Ricochet, David Moitet pour New Earth Project, Pauline Pucciano pour Titania 3.0 et Olivier Gay pour Faux frère, vrai secret. Comme l'ensemble des littératures de l'Imaginaire, la young adult reçoit donc la même gratification. 
En plus de ces auteurs, d'autres seront également présents sur le salon comme Ruberto Sanquer, Estelle Faye ou Isabelle Bauthian pour ne citer qu'elles. Sans oublier les illustrateurs qui nous feront également l'honneur de faire l'étalage de leur art. Tous ont une belle actualité littéraire et artistique 2018 que vous pourrez découvrir si ce n'est pas déjà fait de 10h à 12h et de 14h à 18h sur leur stand de dédicaces.

Les Futuriales sonnent comme un avant-goût des Imaginales tant la qualité des auteurs invités et des activités proposées répondent bien à l'appel. Un salon qui a fait ses preuves depuis toutes ces années et qui mérite qu'on y fasse un crochet.


Fantasy à la carte

22/04/2018

David Bry, Que passe l'hiver

Avec Que passe l'hiver, David Bry signe une fantasy aussi sombre que poétique. 

Bien loin du fracas des armes et de la violence des grandes batailles, l'auteur suit la vie du jeune Stig Feyren qui s'apprête à fêter son premier solstice d'hiver. Toute à sa joie de venir vivre cet incroyable événement, d'assister enfin aux grands banquets, d'écouter les conteurs transmettre les plus fabuleuses légendes au coin du feu, de participer aux grandes chasses, d'échanger avec les autres clans, et surtout de rendre hommage au dieu Urian, il n'imagine pas un seul instant que cela puisse dérailler quelque-part. Mille fois rêvés grâce aux souvenirs de son frère Ewald, il attend d'y participer à son tour avec grande impatience. Seulement les festivités vont très vite s'entacher d'une touche mortelle lorsqu'un premier chef de clan meurt subitement. Un décès qui va jeter un froid et assombrir les réjouissances. D'autant que d'autres drames vont se succéder, et notre jeune Stig va même vite se retrouver en ligne de mire. Pour quelle raison, lui, le cadet d'un chef de clan dont tout le monde se moque, dérange-t-il autant? A lui de le découvrir ainsi que la ou les instigateurs qui se cachent derrière cette terrible menace? 

L'univers imaginé par David Bry se nomme La Clairière. Il est peuplé de quatre clans: Feyren, Oren, Lugen et Dewe qui vivent en bonne intelligence sous l’œil bienveillant d'Urian. Ils se confortent à la volonté de leur dieu qui leur a accordé à chacun un don. Ainsi, les Feyren ont la capacité de se transformer en animal, les Oren lisent les fils du destin, les Dewe se fondent dans l'obscurité et deviennent donc invisibles et les Lugen peuvent appeler à eux les esprits se trouvant de l'autre côté du voile. 

Cette apparente paix est bien évidemment trompeuse car Que passe l'hiver est avant tout une tragédie. L'auteur ne conçoit pas d'écrire une indulgente petite histoire. Le mal rôde, blesse et tue des êtres chers. Personne n'est épargné et surtout pas Stig qui voit ses illusions volées en éclats les unes derrière les autres.

Infirme, né avec un pied-bot, il est le paradoxe du guerrier. Détesté par son père, orphelin de sa mère, Stig n'a que son frère comme seul soutien. Alors comment cet être d'apparence si fragile peut venir à bout d'une menace quelle qu'elle soit? Lui qui n'a pour seule arme que sa bonté et son ouverture d'esprit. Mais saura-t-il démêler les augures avant qu'il ne soit trop tard? Avoir fait ce choix de héros est un défi réussi pour l'auteur car Stig nous émeut au plus profond de notre cœur et c'est avec un bel entrain qu'on plonge dans son aventure. 


Tragédien, poète, conteur, David Bry arbore bien des casquettes pour nous narrer son histoire. On est subjugué par la verve de ce talentueux auteur qui nous emporte bien loin dans sa chimère. 

On traverse ce roman comme dans un rêve, littéralement ensorcelé par la beauté des lieux que l'on découvre à travers le regard candide et émerveillé de Stig. C'est un voyage au pays des merveilles que nous offre David Bry où la magie côtoie tout de même la cruauté, la perfidie et la trahison car telles sont les conditions pour écrire une grande fresque romanesque. Alors attention à ne pas se laisser duper. 

Tantôt mélancolique, tantôt captivant, ce roman nous fait perdre très vite pied. Il devient une telle obsession qu'il est même douloureux de le lâcher. 


Fantasy à la carte

15/04/2018

Sigride Lucas, Daya ou la destinée, La tribu de Sailor, tome 1

Fantasy à la carte vous faisait découvrir, il y a peu, la plume d'une passionnée de bit-lit, Sigride Lucas à travers son roman Amalia. 

Pourtant avant de succomber au charme des vampires, elle a entamé un cycle d'une fantasy urbaine d'un autre genre: La tribu de Sailor. Bien loin de l'univers vampirique, cette première saga met à l'honneur une communauté de magiciens vivant dans des mondes parallèles. 

Comme le titre du premier roman l'indique, on va suivre ici le destin de Daya, une working girl des temps modernes qui ignore tout de son héritage familiale. En aucune façon, elle ne s'attendait à découvrir l'existence de ce monde incroyable et encore moins à en devenir actrice. 

Trompée par son mari, Daya décide de partir faire une croisière sur un paquebot de luxe pour noyer ses désillusions et oublier son chagrin. Sur place, elle fait la connaissance d'un homme mystérieux qui l'attire immédiatement et de manière presque incompréhensible. Plus étonnant encore est qu'il semble tout savoir d'elle. Alors qu'elle aurait dû mettre une distance avec cet effrayant inconnu, elle choisit d'écouter ses propos. Il est là pour lever le voile sur ses véritables origines. Elle est la descendante de la reine Mayga et son monde est en danger, menacé par la mégalomanie de l'un de ses frères. En fait, la reine a besoin d'elle pour sauver sa dimension. Seulement aura-t-elle l'audace de croire à sa destinée? 

Sigride Lucas signe un premier roman à l'intrigue cohérente. Elle nous embarque sans mal dans son histoire. Cette guerre entre frère et sœur pour étendre son hégémonie est un élément récurrent en littérature fantasy.  

Elle dote ses personnages de grands pouvoirs magiques pour être raccord avec le genre et offrir ainsi quelques belles scènes de combats que les amateurs sauront apprécier. 

Pour les amatrices de romance, elle donne à son récit une belle dose de sentiments et de sensualité qui combleront sans mal certains appétits. 

Nourrie par ses lectures, cette autrice a su fusionner tous les éléments fondamentaux du genre pour donner naissance à un récit qui ne déparaîtra pas de ses homologues. Seulement elle utilise peut-être trop de raccourcis dans son roman avec un enchaînement d’événements qui est parfois très rapide. Prenons l'exemple de son héroïne Daya qui accepte sans doute bien trop rapidement sa destinée. Il en va de même avec l'affrontement final, la capitulation n'est-elle pas trop facile ici? Il est de notoriété que les livres de fantasy sont des pavés. Sans écrire une bible, il est bon de prendre son temps pour poser les décors, pour apporter par exemple une touche de contradiction à ses personnages. Je dirais que ce qu'on apprécie d'un récit de fantasy, c'est l'accent mis sur les difficultés que les héros rencontrent. Ceux de Sigride Lucas ont grandement besoin d'un peu plus de bâtons dans leurs roues pour donner davantage de suspense à l'intrigue.

Au final, c'est un récit qui se lit sans aucune difficultés mais qui mériterait une petite révision pour atteindre sa pleine puissance. 

Fantasy à la carte

13/04/2018

Venez vivre une aventure rétrofuturiste à Roubaix

Depuis quelques années, le Nord affiche sans honte son penchant pour les littératures de l’Imaginaire. En ce sens beaucoup d’animations sont organisées pour rendre hommage à ces merveilleux univers. 

Il y a bien entendu la ville d’Arras qui se distingue chaque année avec son très beau festival Atrebatia, mais d’autres villes cht’ies s’y mettent aussi, à l’image de Roubaix et de sa médiathèque qui bouillonnent d’idées pour les faire valoir.

Alors que l’année dernière, elle consacrait une journée à la fantasy, cette année, c’est une après-midi « steampunk » qui est proposée à la Grande-Plage. Pour les néophytes, c'est un courant qui renvoie à la révolution industrielle en jouant sur une vision fantasmée de la place de l'Homme au sein d'une société automatisée. 

Alors à vos agendas et réservez votre 21 avril pour tout connaître de cet incroyable genre littéraire grâce à l’intervention d’Arthur Morgan, le co-fondateur de la communauté French Steampunk qui mènera une conférence sur le sujet à partir de 15h. Les festivités se poursuivront par l’organisation de jeux autour de ce monde magique fait de cuivre et de vapeur en partenariat avec le très branché Dernier bar avant la fin du monde et la Fédération francophone de duels de thés. Pour conclure cette journée en beauté, la médiathèque et le Coffee Book convieront à un Aperiteam tous ceux qui souhaiteraient venir boire un dernier verre à la condition d’être costumé ou au moins porteur d’un accessoire steampunk car autant se mettre à l’aise.
Que l’on soit fan ou simplement curieux, il sera bon de traîner ses guêtres du côté de Roubaix pour ne rien manquer de cette journée festive.

Fantasy à la carte

08/04/2018

Tiffany Schneuwly, L'Archipel des Rêves, Dévore-moi!, tome 2

Alors que L'Imaginarium nous faisait côtoyer un monde moderne familier du nôtre, L'Archipel des Rêves, lui, nous propulse à pieds-joints dans l'univers imaginaire de l'autrice. 

C'est avec une certaine excitation que l'on explore enfin l'Imaginarium. Pour mémoire, le premier tome ne nous l'avait fait qu'effleurer, nous mettant au supplice en attendant d'en savoir plus. Il était temps que le second tome arrive pour étancher partiellement notre soif de curiosité. 

C'est en partant à la recherche de l'âme de sa petite sœur que Maddy se retrouve au cœur de l'Imaginarium. Elle croit à peine à son intrépidité, elle, la jeune fille si timide, a bravé ses peurs pour accompagner Caleb et son oncle Landry dans leur monde inconnu. Seulement à peine y ont-ils posé un pied que le grabuge a rappliqué. Pour dissimuler leur présence l'oncle Landry s'est fait prisonnier. Seuls et désœuvrés, c'est à La Ruche qu'ils vont trouver refuge. Là-bas, Maddy découvre le plus incroyable des cabarets tenu par les fées. Bien que réticente Zénirée la reine des fées accepte de les aider et fait jouer ses connaissances au palais pour les mettre en contact avec une personne susceptible de pouvoir libérer Landry. Seulement comme c'est la coutume dans un récit fantasy, les choses ne se passeront pas comme une lettre à la poste. La preuve avec Caleb qui contracte un virus suite à un mauvais sort que les mages du général Côme lui ont lancé. Bien qu'ignorante des lieux, Maddy se voit dans l'obligation de partir en quête du remède. Enchaînées par un sortilège, les fées ne peuvent l'accompagner. C'est donc seule avec une carte du pays en mains que la jeune fille part explorer l'Imaginarium. En chemin, elle se fera des compagnons de voyage qui lui seront nécessaires pour accomplir sa quête car elle ne peut réussir seule avec Caleb au vu des dangers encourus. 

L'Archipel des Rêves est un merveilleux voyage onirique dans lequel on explore, goûte et apprécie cet Imaginarium que le premier volet nous a tant parlé. Ça y est, l'intrigue est posée et Tiffany Schneuwly laisse son imagination se lâcher tous azimuts. Quel plaisir de parcourir avec Maddy ces lieux fantastiques, de rencontrer des créatures dont on ne faisait que fantasmer l'existence. C'est dans ce second tome que l'autrice répond enfin à toutes nos attentes en laissant la fantasy s'épanouir comme une fleur au soleil.

Pourtant bien que notre curiosité sur la réalité de cet univers soit satisfaite, de nouvelles zones d'ombre apparaissent. En effet, Tiffany Schneuwly ne se prive pas d'ajouter ici ou là quelques mystères afin de relancer notre attention et multiplier nos questionnements. 

Finalement même arrivé au terme de notre lecture, on n'en demeure pas moins toujours sur notre faim. 

Avec L'Archipel des Rêves, Tiffany Schneuwly permet à son cycle d'être à la hauteur d'une young adult de qualité. 

Fantasy à la carte

05/04/2018

Isabelle Bauthian, Anasterry, Les Rhéteurs, tome 1

Après une première édition en grand format qui a rencontré un franc succès, Anasterry est ressorti en version poche chez Hélios en février dernier. L'occasion pour les amateurs de fantasy qui ne l'auraient pas encore fait de découvrir la stupéfiante plume de cette autrice. 

Anasterry est le premier volet de sa saga des Rhéteurs. Chaque roman explore la monarchie fédérale Civilisation qui se compose de quatre baronnies indépendantes et d'une capitale. 

Isabelle Bauthian commence donc avec Anasterry, une baronnie où la science et les arts se sont taillés une grande place depuis la fin de la guerre contre les mi-hommes venant d'Outre-Civilisation. 

Dans ce premier tome, on suit les tribulations de Renaldo, le cadet du baron de Montès et de son ami Thélban Acremont, l'héritier de la puissante guilde des épiciers. Ils se rendent à Anasterry sous le prétexte officiel de renégocier un contrat d'échanges auprès de Cal d'Anasterry, mais dont le but réel est d'enquêter sur la magie régnant là-bas. Arrivés sur place, ils sont emportés par les événements et tout particulièrement par leur rivalité amicale pour séduire une femme en s'affrontant à travers le pari de découvrir la faille de cette baronnie. De ce défi idiot, des révélations vont découler mettant à mal les relations diplomatiques entre Anasterry et Montès. Pire encore, c'est même la vie des deux amis qui risque d'être mise en danger. Au milieu de ce panier de crabes, ils devront donc la jouer finement pour survivre. 

Un premier roman aguicheur qui séduit le lecteur de bien des façons.

L'intrigue est portée par l'amitié de deux hommes au caractère et à la position sociale diamétralement opposés. Bien que l'un soit de noble naissance et l'autre, un roturier, ils ont su faire de leurs différences une force qui les lie par une solide relation. Au-delà de la mise à jour de complots et de secrets politiques, ce sont les liens que ces deux protagonistes entretiennent qui constituent le fil conducteur de ce récit. L'exploration de cette amitié naissante au fur et à mesure des chapitres favorisent l'attachement du lecteur envers ces deux héros. L'intrigue prend ainsi de suite une dimension passionnante. 

La magie des lieux, cette baronnie d'Anasterry située en plein cœur des marais exerce également une irrésistible attraction sur nous. C'est un endroit propice au mystère où finalement le nœud de l'action va se jouer. 

La diplomatie est un thème qui tient à cœur l'autrice qui en a fait son cheval de bataille dans ce roman. Ici les héros marchent perpétuellement sur des œufs. Plus ils iront loin dans la mise à jour des secrets, plus des décisions devront être prises quant à ce qu'ils feront de ces révélations. Une aventure qui est là pour permettre à ces deux jeunes gens, en passe de devenir des hommes d'influence, d'aiguiser leurs qualités de bons orateurs et de fins stratèges. 

Un livre qui donne le ton à l'ensemble de cette saga mettant à l'honneur un univers qui se veut progressiste et avantgardiste. Bien que la réflexion et la pondération soient ici de mises, des faiblesses et des archaïsmes demeurent encore. 

Isabelle Bauthian fait partie de ces nouveaux auteurs de fantasy qui vont marquer profondément le genre. Son point fort est indéniablement sa capacité de renouveler son style à chaque roman et ainsi de surprendre ses lecteurs. Pour preuve de la qualité de cette nouvelle plume est que ce roman a même été nominé pour le prestigieux prix Imaginales des lycéens. Alors à quand la récompense? 

Fantasy à la carte

01/04/2018

Paul Beorn, Calame, Les Deux Visages, tome 1

Après avoir triomphé avec Le septième Guerrier-Mage, récompensé par le prix Imaginales des lycéens en 2016, Paul Beorn revient avec un nouveau roman, Calame qui fera partie d'un cycle (Les Deux Visages) de deux tomes. 

Pour rappel, Paul Beorn est un jeune auteur français qui fait les honneurs des éditions Bragelonne. Pour un éditeur qui affiche à son catalogue davantage de traductions que la publication de jeunes plumes françaises, c'est dire le sensationnel de ces parutions. Confirmé par le grand stratéguerre lui-même, Stéphane Marsan, Calame est un excellent récit de fantasy. Auteur incontournable de fantasy française, Paul Beorn est à l'honneur en ce mois d'avril sur Book en Stock. En partenariat avec eux, Fantasy à la carte va donc vous donner son avis sur ce dernier. 

Calame nous relate la naissance de la légende d'un héros. Celle de Darran Dahl, l'homme qui a mené pendant une année la rébellion contre le "Roi Lumière" pour libérer les femmes du joug de ce despote misogyne. 
Paul Beorn nous emmène ici en Westalie où le pouvoir est détenu d'un côté par le roi qui est Gottaran, c'est-à-dire touché par Dieu lui conférant une puissante magie et d'un autre côté, l'Eglise qui, elle, met tout en oeuvre pour limiter celui du roi. Missionné par le roi lui-même, le légendier Jean de D'Arterac doit écrire l'histoire de Darran Dalh en mettant en exergue les failles de cet homme afin que tous cessent de le voir comme un héros. En effet, même si le roi a écrasé la rébellion dans le sang et tué Darran, même si beaucoup de ses alliés sont emprisonnés ou morts, les partisans de ce révolté sont encore trop nombreux dans le royaume. C'est pourquoi, il a grandement besoin de redorer son blason en ternissant celui de son ennemi. Et quoi de plus efficace que de faire passer le message par le plus grand ménestrel du royaume reconnu pour son impartialité sans faille. 
C'est ainsi que commence cette extraordinaire épopée que D'Arterac va reconstituer petit à petit en interrogeant différents témoins parmi les survivants de cette révolte. Le plus important d'entre eux est celui de la jeune Maura qui fut la lieutenante de l'insoumis Darran Dahl. Elle y voit là, l'occasion de gagner du temps pour orchestrer son évasion et ainsi poursuivre la lutte. 

En abordant son récit en pointillé, en ne délivrant que des fragments de cette histoire, Paul Beorn a trouvé là, un moyen efficace de ménager le suspense. 

A la lecture de ce nouveau livre, on peut clairement dire que cet auteur excelle dans le genre. Bien que son histoire relève d'une fantasy traditionnelle, mettant en jeu l'indétrônable quête de liberté menée par un groupe de héros, sa manière d'amener l'intrigue est tout simplement bluffante. En focalisant notre attention autour d'un personnage que l'on ne rencontre pas réellement mais qui prend une si grande place, Paul Beorn acquiert tout notre intérêt. On prend quand même connaissance des détails de sa vie par les quelques personnes qui ont partagé son quotidien. Voilà qui ne manque pas d'originalité. Ainsi, chacun y va de ses petites anecdotes et de ses opinions que D'Arterac, et à travers lui, nous lecteurs, allons devoir décortiquer et analyser afin de se faire sa propre idée sur l'homme qu'il était. C'est un biais pour le moins singulier pour relater le destin d'un héros considéré comme indestructible, mais aussi un héros taciturne et secret que même la lecture de ces témoignages ne va pas lever complètement le voile sur les nombreuses zones d'ombre qui entourent sa légende. Même si notre attention est braquée sur ce fameux surhomme que fut Darran Dalh, au fur et à mesure des témoignages entendus, des personnalités sortent du lot et on voit se profiler d'autres héros à l'horizon. Il n'est donc pas le seul personnage intéressant à suivre, c'est la vie de tout un groupe que l'on apprend à connaitre et à apprécier ou au contraire à détester ici. Des micro-histoires se mêlent à la quête donnant l'occasion à l'auteur d'explorer la psychologie humaine. 

D'ailleurs, le fait de transmettre ces éléments essentiellement par la jeune Maura, cela donne une dimension émouvante au roman. Elle y est tellement attachante que cela renforce notre intérêt pour Darran et son incroyable destin. 

Pour ancrer son histoire dans un contexte de fantasy, l'auteur permet à la magie de se manifester à travers certains personnages qui la maîtrisent. C'est le cas de Darran Dahl et de Maura par exemple. Ils sont Mindaran et à ce titre, ils peuvent agir sur certains éléments, à l'image de la jeune fille qui est capable de se connecter à l'esprit des animaux pour leur faire faire ce qu'elle souhaite. Face à ce pouvoir s'oppose celui que les rois se transmettent. On les appelle les Gottarans et ils sont bien plus puissants, plus imprévisibles et plus dangereux que les autres. Deux magies qui se mêlent et s'opposent tout en promettant un fabuleux spectacle. 

On est transcendé par la fantasy de cet écrivain. Le récit est si puissant, les personnages sont si déroutants qu'il nous est difficile de nous détacher de cette intrigue implacable. C'est un roman qui va jusqu'à perturber notre sommeil tant on se refuse de le lâcher même lorsque l'heure du coucher a sonné. Plus qu'une simple lutte entre le Bien et le Mal symbolisé respectivement par le peuple et le roi, Paul Beorn donne une complexité à son intrigue dans laquelle tous les enjeux ne sont pas toujours visibles. Bien des ennemis sont tapis dans l'ombre et ce sera aux vrais héros de déterminer le chemin à suivre. En fin stratège, il nous réserve quelques beaux retournements qui nous promettent déjà de prochaines nuits blanches.

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