L'influence du "gaming" à la littérature

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19/08/2018

Vincent Mondiot & Raphaël Lafarge, Les Mondes-Miroirs

Le mois d'août touche à sa fin et avec elle, c'est la rentrée qui se profile à l'horizon. La littérature va encore s’enorgueillir de nouveautés comme chez les Indés de l'Imaginaire qui préparent cette année une rentrée sous le signe d'une fantasy surprenante. Les éditions Mnemos donnent la parole à deux auteurs français qui ont complètement retravaillé un roman, édité auparavant chez Pygmalion afin d'en faire quelque-chose d'inédit et de plus mûr. 

Teliam Vore rebaptisé dans cette nouvelle version, Les Mondes-Miroirs, raconte les destins entremêlés de deux jeunes femmes, amies depuis l'enfance qui se sont perdues de vue pour suivre des chemins différents. Mais suite à des attaques perpétrées par de terribles créatures nommées Blasphèmes, Elsy la mercenaire et Elodianne la magicienne vont devoir s'allier pour comprendre les raisons de telles exactions et si possible y mettre un terme. Or, en acceptant de mener une telle enquête, les filles ont bien conscience qu'elles n'en reviendront sans doute pas vu la dangerosité de la mission. 

La qualité d'un récit de fantasy réside dans la richesse et l'originalité de l'univers imaginé. N'oublions pas que les plus grands auteurs du genre, ce sont ceux qui ont su développer un monde différent et autonome. Or, justement Vincent Mondiot et Raphaël Lafarge dessinent ici un univers incroyable qui nous fait totalement perdre pied. Ils nous embarquent en terre inconnue dans le territoire de Mirinar et plus précisément dans la cité démesurée de Mirinèce. On partage le quotidien de leurs héros qui évoluent dans la froideur et l'anonymat des grandes villes. A grands renforts de descriptions incisives, ils mettent en lumière la vie de la population locale en fonction de leur position dans l'échelle sociale. A l'image de notre société, on retrouve bien les mêmes clivages. Ils donnent même un côté très visuel qui vient animer cette cité imaginaire d'un soupçon de réalisme. Plongé dans un autre espace-temps, le dépaysement est garanti. 

Bien sûr comme tout bon récit du genre, cet univers transpire la magie. Ici, on en prend toute la mesure lorsque l'on passe d'un monde à l'autre. Crée par l'esprit d'un magicien, le monde-miroir est le monde parallèle dans lequel ce dernier vient trouver refuge lorsqu'il a trop usé de son pouvoir afin de se guérir car l'abus provoque de nombreuses maladies. Mais ici, il semblerait qu'un être inconnu et malfaisant se sert de cette capacité pour envahir la ville de créatures infamantes. Les auteurs jouent beaucoup avec ces deux espaces qui se reflètent tout en étant si différents. Ce qui donne une tonalité toute particulière à cette aventure. Dans ce roman, on constate donc très vite que tout y est inédit. Il n'y a par exemple aucune influence d'un quelconque bestiaire merveilleux. Les créatures imaginées y sont pour le moins grotesques et protéiformes. Elles s'adaptent à leur environnement pour agir et ne ressemblent donc à rien de connu.

Inventeurs de monde à la Mathieu Gaborit, Vincent Mondiot et Raphaël Lafarge constituent véritablement la nouvelle garde. 

Coup d'éclat pour ce roman hors norme qui illustre superbement notre triste actualité. En surfant sur une atmosphère post-apocalyptique, les auteurs réalisent avec brio une introspection des comportements déviants et notamment de ce que la souffrance humaine peut faire commettre de pire chez certains esprits faibles et isolés. 

Riche d'une intrigue ambitieuse, Les Mondes-Miroirs est un roman étonnant qui délivre ses secrets par petits morceaux. Porté par un groupe de héros très dissemblables, ils n'en sont pas moins les parfaits relais qui permettent à ce livre de tenir la distance. 

Fantasy à la carte

12/08/2018

Clément Bouhélier, Olangar, Bans et Barricades, première partie

Au programme de la rentrée littéraire des éditions Critic, le nouveau cycle fantasy de Clément Bouhélier: Olangar: Bans et Barricades. Fidèle plume de la maison d'édition, l'auteur revient ici avec un récit fort et engagé. 

Cet ancien journaliste, déjà auteur de plusieurs thrillers fantastiques, a cette fois-ci misé sur un contexte fantasy pour nous faire  voyager dans son imaginaire. 

N'ayant pas encore eu l'occasion de lire l'une de ses œuvres, les éditions Critic m'ont permis de découvrir l'étendu de ce talent. Olangar est un cycle ambitieux et parfaitement bien rythmé. 

Olangar, cité industrielle post-révolution brasse une population très cosmopolite où les hommes côtoient les nains et parfois les elfes. C'est là-bas que débarque la nobliaude Evyna d'Enguerrand. Fille d'un ancien seigneur de guerre, elle est à la recherche d'un elfe du nom de Torgend Aersellson afin que celui-ci lui vienne en aide. Elle cherche la vérité sur la mort de son frère, soldat engagé à la frontière ouest et disparu dans des circonstances troubles. Recommandé par son père, Torgend semble être l'elfe de la situation pour l'aider à éclaircir ce mystère. Quête très louable mais qui va les amener à mettre au jour des malversations de politiciens véreux en cheville avec la pègre. Aidés dans leur mission suicidaire par un nain syndicaliste, tous trois seront-ils vraiment prêts à tous les sacrifices pour faire éclater la vérité? 

La cité d'Olangar s'inscrit dans un royaume marqué par une guerre sanglante contre les orcs qui ont été repoussés à l'ouest grâce à l'union des peuples: hommes, nains et elfes. De plus, l'industrialisation a transformé durablement le paysage et donné naissance à des villes tentaculaires dévorant peu à peu les campagnes environnantes. Un tel choix permet à l'écrivain de donner une tonalité steampunk à ses romans avec une ambiance vapeur et cuivre très présente. 

Mais Clément Bouhélier forge surtout un univers, miroir de notre propre société. Il y dénonce l'enrichissement de certains hauts-placés sur le dos de la communauté ouvrière et autres modestes travailleurs. Il met en exergue les complicités qui se nouent entre les pires truands, maîtres de tous les trafics avec des hommes politiques peu scrupuleux qui siègent au gouvernement. Riche de ses propres expériences en tant que journaliste, puis rédacteur de discours politiques, il est l'observateur idéal pour nous dévoiler un envers du décor politique pas toujours reluisant. 
La première partie de Bans et Barricades est donc le point de départ d'une oeuvre haletante détentrice d'un message percutant. Avec un tel cycle, la fantasy française s'enrichie d'un nouveau nom qui promet d'assurer de beaux jours au genre. 

Fantasy à la carte

05/08/2018

Mathieu Gaborit, La Cité exsangue, Les Nouveaux Mystères d'Abyme, tome 1

Après de longues années d'absence, Mathieu Gaborit fait un retour en fanfare avec un nouveau cycle de fantasy

Reconnu comme étant l'auteur qui a permis à la fantasy française de prendre son envol, retrouver sa plume vivante et fantasque me procure un plaisir non feint.

C'est dans la cité d'Abyme que Mathieu Gaborit a décidé de poser ses valises. Un royaume cher à son cœur d'écrivain qui lui a semble-t-il fait retrouver l'inspiration. 

Souvenez-vous de cette belle cité décadente, royaume de tous les excès sur laquelle régnait le farfadet Maspalio, prince-voleur et accessoirement héros de Mathieu Gaborit. 

Les Nouveaux Mystères d'Abyme nous font renouer avec un Maspalio vieillissant. Après dix ans de retraite au cœur des abysses, loin des turpitudes de la ville, notre facétieux farfadet a décidé de revenir à Abyme à la demande de son ancienne amante, Cyre. En effet, il semblerait que cette dernière ait besoin de lui. Seulement rentrer dans Abyme n'est pas aussi simple qu'avant. La cité n'est plus aussi joyeuse et débridée. Tombée aux mains de l'Acier, les gens n'y circulent plus aussi librement. L'ordre y règne maintenant et les trouble-fêtes sont sévèrement punis. Les démons n'y ont d'ailleurs plus leur place. Bravant tous les interdits jusqu'à risquer sa vie, Maspalio est prêt à toutes les folies pour rejoindre son ancien amour et lui venir en aide. Mais cette terre qu'il croyait si bien connaître lui est devenue hostile. Ainsi, arrivé en territoire ennemi, sera-t-il à la hauteur de sa réputation de fripon pour déjouer toutes les chausse-trappes? 

Avec un imaginaire toujours aussi épanoui, Mathieu Gaborit nous fait vibrer au même rythme que les battements de cœur de sa chère Abyme. Cité si vivante qu'elle en devient un personnage à part entière au même titre que Maspalio lui-même. La voilà tombée aux mains de fanatiques qui souhaitent y mettre bon ordre quel qu’en soit le prix. Ce roman est une fine analyse d'une micro-société aux mœurs légères dans laquelle les nouveaux puissants s'arrogent le droit de juger et de faire disparaître ce qui les gêne. Ainsi, aveuglés par leur propre soif de pouvoir et leur obscurantisme, ils commettent les pires exactions et perpétuent des injustices afin d'atteindre cet idéal qu'ils croient juste. 

La Cité exsangue est la première pierre qui vient solidement poser les bases de ses Nouveaux Mystères d'Abyme et permet à l'auteur de faire un retour remarqué dans l'actualité des littératures de l'Imaginaire. 
Le personnage de Maspalio est le petit grain de folie qui vient égayer l'écriture de Mathieu Gaborit. Aussi attachant qu'horripilant, son aplomb n'a pas fini de nous faire parler. Il est le guide qui nous conduit au cœur d'un univers incroyable, exubérant et fantastique.

Comme l'auteur le dit lui-même dans son interview accordée à ActuSf, il n'en a pas encore fini avec certains de ses autres personnages et nous réserve quelques petites surprises pour l'avenir. A nous de faire preuve de patience, mais croyez-moi quelques mois ne sont rien à côté de la réjouissance de parcourir à nouveau les rues d'Abyme. 

Fantasy à la carte

29/07/2018

Morgane Caussarieu, Rouge Toxic

En début d'année Morgane Caussarieu nous a régalé d'un nouveau titre, Rouge Toxic qui vient étoffer son riche univers de Dans les veines (Mnemos, 2012) et Je suis ton ombre (Mnemos, 2014). Moins sombre que ses romans précédents, cette amoureuse des vampires a volontairement souhaité s'adresser à un public plus large et plus jeune. Edité dans la collection jeunesse Naos des éditions Mnemos, ce nouveau livre plaira aux adolescents en mal de sensations fortes et d'hémoglobine qui prendront plaisir à s'attacher aux pas de la jeune héroïne de Morgane Caussarieu. 

Barbara, tout juste 16 ans a perdu sa mère puis son père dans de troublantes circonstances. Recueillie par son parrain Abe, elle n'a d'autres choix que de le suivre à San Francisco pour vivre une nouvelle vie loin de ses repères et de ses amis. Intégrer un nouveau lycée, c'est affronter les regards et les mesquineries des autres adolescents. Laissée-pour-compte dès le départ, sa vie connaît un étrange tournant lorsqu'un nouvel élève débarque. Faruk est aussi beau qu'étrange. Alors que les filles les plus populaires se collent à lui, il ne semble avoir d'yeux que pour elle. Surprenant? Pas tant que ça quand on sait que Faruk est un vampire qui a été engagé par son parrain pour jouer les gardes du corps pour elle sans qu'elle le sache. En effet, Barbara n'est pas une adolescente ordinaire, elle l'ignore encore mais elle est une arme qui pourrait bien changer la face du monde. Mais remettre sa vie entre les crocs d'un tel prédateur est-ce bien raisonnable?   

En choisissant le vampire comme sujet d'étude, Morgane Caussarieu cherche à redonner à celui-ci sa place de créature dangereuse et démoniaque. Agacée par cette image naïve du vampire dénaturé par la mièvrerie de quelques auteurs contemporains, elle nous dresse au fil de ses romans le portrait d'êtres primitifs, sauvages et bestiales. Uniquement annihilé par son irrépressible soif, le vampire est décrit ici comme une véritable machine à tuer. L'autrice se permet même d'ajouter un cran dans l'horreur en mettant en scène de nombreux enfants transformés en vampires. Arborant des faciès d'anges, ils sont en réalité les créatures les plus viles. Transformés à un âge d'insouciance, ils sont sans limite dans leur cruauté et commettent les mises à mort les plus horrifiantes. Elle promet ainsi à ses lecteurs une lecture au vitriole avec des scènes crues qu'on n'est pas prêt d'oublier. Surtout que la seconde partie du roman se déroule à la Nouvelle-Orléans impliquant le folklore local et c'est tout naturellement que les rites vaudous y sont à l'honneur. Le vampire surnommé "gédé" en cajun y prend sa place de fils du Baron Samedi.
Bien que Française, Morgane Caussarieu a pris un grand plaisir à dérouler son intrigue aux Etats-Unis. Bien imprégnée des lieux par ses séjours, elle restitue à merveille l'ambiance des quartiers décrits. Elle met par exemple parfaitement en exergue la fracture entre le ghetto du Tenderloin de San Francisco et l'environnement huppé d'un lycée pour jeunesse privilégiée. Tout comme le côté coloré et bien vivant de la Louisiane qu'elle fait également très bien ressortir. On ressentirait presque les effluves épicés et les sons qui s'en dégagent. 

Raconté à deux voix, ce récit dégage un vrai dynamisme qui nous pousse toujours plus loin dans l'exploration de l'univers sombre, punk et si anticonformiste de l'autrice. 

Rouge Toxic est un baptême du feu réussi pour moi qui m'a ouvert l'appétit de lire ses deux autres romans dont elle fait si souvent référence dans celui-ci. 

Fantasy à la carte 

22/07/2018

Frédérique de Lignières, L'Alliance

Devant l'obstination de ses filles à ne lire que des romans de littérature fantasy, Frédérique de Lignières a eu l'envie d'écrire à son tour son propre livre teinté de magie et de fantastique. L'Alliance est donc le fruit de ce travail.

Découvert grâce à l'autrice elle-même qui a sollicité Fantasy à la carte pour avoir mon avis sur son roman, j'en profite donc pour tout naturellement la remercier de sa confiance. 

Ce livre est avant tout un concentré d'aventures car Frédérique de Lignières ne ménage ni ses héros ni ses lecteurs. En effet, l'action démarre dès les premières lignes. L'autrice ne s’embarrasse pas de préambule inutile et fait monter son héroïne directement au front.

Exalte est une jeune orpheline qui a grandit dans le monastère des Ouches. Sous la protection de son mentor Akkhlis, elle a appris le maniement des armes. Y menant une vie paisible, elle n'était pas préparée à sa disparition soudaine ni à ses incroyables révélations avant de mourir. C'est ainsi qu'elle se découvre être l'Envoyée, autrement dit la personne élue chargée de retrouver les sept mots de l'Alliance qui permettra de sauver le monde de la noirceur d'un sorcier maléfique. Elle n'a pas le temps de mettre en doute ce fait qu'elle est pressée de quitter les lieux pour sa propre sécurité par l'apothicaire Iris. Chemin faisant, d'autres compagnons la rejoindront dans sa quête afin que tous unissent leurs forces pour vaincre la malfaisance qui a envahit le monde. 

En mettant l'accent sur la communauté de personnages, Frédérique de Lignières démontre sa volonté de classer son roman en high fantasy. En effet, à l'image de la communauté de l'anneau, ses protagonistes décident de se joindre à la cause de l'Envoyée afin de mettre toutes les chances de leurs côtés pour triompher du mal. Bien qu'Exalte soit la clé comme le fut Frodon, elle ne peut réussir sans ses compagnons. Chacun aura donc son rôle à jouer en temps et en heure.  

L'imaginaire de l'autrice est peuplé d'elfes, de nains, de noir sorcier, de chien-dragon ou encore de cheval-fée. Elle use de créatures et d'êtres tirés du bestiaire merveilleux traditionnel qu'elle mélange à d'autres issus de son invention personnelle. L'ensemble forme un univers riche et parfois surprenant. 

Elle maîtrise ses classiques et a distillé dans son oeuvre tous les éléments attendus dans un roman de fantasy. Sans être originale, son intrigue est bien construite. L'Alliance est un récit dense qui accuse quelques longueurs parfois sans pour autant gêner la lecture. Pour un premier roman de fantasy, Frédérique de Lignières réussit à maintenir éveiller la curiosité de ses lecteurs et donne même envie de lire ses autres romans du genre à paraître prochainement. 

Fantasy à la carte

15/07/2018

Abel D'Halluin, Les portes de l'impossible, tome 2, Avalon, Deuxième Reliquaire

Ce deuxième reliquaire traite d'événements si riches qu'il est édité en deux parties. Alors que la première partie s'appesantit sur l'avènement du roi Arthur et sur la paix qu'il a instaurée, la seconde, elle, se concentre sur les nouvelles quêtes lancées de la Table Ronde et sur la fin d'une époque avec la disparition du roi. 

Abel D'Halluin signe ici un roman d'aventures et d'émotions. Il insuffle à son récit une profonde sensibilité qui nous met tantôt la chair de poule, tantôt les larmes aux yeux. Dès les premières lignes, on sent la puissance de ce nouveau récit et la nostalgie qui nous étreint le cœur car l'issue, on le sait, sera fatale. 

Dans ce texte, on retrouve Kendall, l'écuyer du roi, ancien apprenti de Merlin qui nous conte les hauts faits de Camelot. Mandaté par Arthur, il va suivre Perceval au château de Corbenic pour retrouver le Graal, le treizième trésor des fées. Sans pouvoir l'obtenir, des secrets leur seront révélés dont le sage Arthur fera bon usage par la suite. Sans pour autant être un chevalier, Kendall est de tous les conseils et participe ainsi aux hauts faits de la geste arthurienne. Plus qu'un simple témoin, Abel D'Halluin en fait un acteur qui tentera avec ses maigres moyens et son inébranlable conviction d'influencer les événements. C'est le cas avec son intervention auprès de Morgane, sa première maîtresse afin de la ramener à de meilleurs sentiments envers Arthur. Il y a aussi sa participation à la dernière mêlée contre Mordred et les Saxons. Bien que muet, il n'en demeure pas moins un guerrier de belle stature qui se battra aux côté de son roi avec l'espoir chevillé au cœur de le sauver. 

Ce roman est le parfait exemple d'une fantasy épique de haute volée. Chaque chapitre prépare le terrain pour l'ultime combat. Un affrontement qui est décrit comme le fût les plus grandes batailles du Seigneur des Anneaux. En effet, la guerre contre Morgane à la tour noire de Noviomagus apparaît, d'après moi, comme un clin d’œil au célèbre roman Les Deux Tours de J.R.R. Tolkien. Cette scène est un grand moment où l'on retient sa respiration devant le spectacle de Gwynhéfaris pulvérisant de son souffle de dragon les hordes de Gobelins se pressant contre les chevaliers et les soldats Bretons. D'ailleurs les références au maître de la fantasy ne manquent pas dans cette saga comme celle à l'anneau d'Eluned que la fée Viviane fait cadeau à Morgane afin qu'il lui donne ici l'aspect d'une irrésistible fée. Un anneau de grand pouvoir qui renvoie bien évidemment à celui de J.R.R. Tolkien. C'est une manière pour l'auteur de rendre hommage à un écrivain fascinant mais aussi de montrer les liens étroits qu'entretiennent la fantasy moderne avec les légendes arthuriennes.

Maître de son sujet, Abel D'Halluin confirme avec ce troisième volet l'étendu de son talent. En effet, même arrivé au moment fatidique de la chute d'Arthur, là où on s'attend à l'arrêt de l'histoire, il nous annonce que d'autres reliquaires sont à découvrir. Que cachent-ils? Que ne nous a-t-il pas encore révélé? Tout reste à découvrir, à la seule condition que ces autres reliquaires croisent notre route.

Fantasy à la carte

08/07/2018

Ruberto Sanquer, La Marque Rouge

Après le succès du premier tome, il me tardait de lire la suite des aventures de Louyse. Ayant reçu mon exemplaire chaleureusement dédicacée par Ruberto Sanquer, il était plus que temps pour moi de me glisser dans ce nouveau récit.

Ecrit avec la même fougue, La Marque Rouge maintient un rythme soutenu faisant graduellement monter la tension jusque dans les dernières lignes.  

Après avoir vaincu le démon à la fin du premier volet, la cité d'Isafjur est en partie détruite. Certains des piliers de lumière qui protègent la cité ont explosé sous l'impact de l'attaque. Elle est devenue vulnérable. L'urgence est à leur reconstruction afin de protéger le cœur du pouvoir. Brisé par dame Maurey, le démon a laissé dans son sillage une myriade de particules rouges que les habitants d'Isafjur inhalent sans le savoir. Seuls les enfants, les révérés et les sorcières porteurs de lumière semblent épargnés de leurs effets néfastes. Les autres succombent à leur colère intérieure et se laissent peu à peu submerger par leur bestialité au point de devenir des créatures cannibales désignées comme des Lucifuges. Quant à La Mort qui chevauchait l'Aura Noire de Louyse, elle a trouvé un autre corps comme hôte et voit dans les Lucifuges une opportunité de se venger de la jeune fille et d'Isafjur. Asservis à son pouvoir, Ils deviennent les bras armés de cette dernière et font le siège de la ville, acculant les survivants à l'intérieur pour leur faire vivre un été de siège sanglant. 

Ruberto Sanquer use du même procédé narratif que pour le tome précédent. En effet, La Marque Rouge s'ouvre sur une nouvelle année scolaire avec à la clé l'épreuve du galon du Deuxième Échelon à passer pour Louyse et ses camarades de promotion. Une année charnière dont les conditions sont bouleversées avec les nouvelles menaces auxquelles doit faire face Isafjur. Malgré les drames, malgré les atrocités inhérents aux combats inhumains et sanglants, l'autrice maintient une certaine frivolité grâce à l'ambiance établie par Louyse et ses amies. Davantage préoccupées par leurs problèmes d'adolescentes, elles en feraient presque oublier la gravité de la situation et les dangers encourus. On conserve ici une belle atmosphère de cours de récréation avec les amourettes et les crêpages de chignon propres à leur âge. 

L'autrice pose ses intrigues dans un univers chatoyant. Sur la Terre arcane vivent cinq races: les Sylves, les loups krills, les guerriers rorquals du Grand Nord, les dragons du royaume de Suddès et les humains des Brumes perdues de Kalsang. Chaque roman nous en dévoile un peu plus sur ce monde extraordinaire. On le découvre avec une belle délectation. Il s'en dégage une vraie sérénité grâce à l'accent mis sur la nature verdoyante chère au cœur de Ruberto Sanquer. 

Ce roman est une belle fusion entre féerie et aventure. La plume de cette autrice cumule tous les éléments qui plaisent aux amateurs de fantasy. Aucune fausse note n'est à déplorer dans ce livre, tout y est pour ravir les lecteurs. 

Au final, La Marque Rouge est un roman fabuleux que toutes les bibliothèques devraient posséder. 

Fantasy à la carte

01/07/2018

Charlotte Bousquet, Les Masques d'Azr'Khila, Shâhra, tome 1

Shâhra est un projet d'écriture qui mûrissait depuis 2012 dans la tête de Charlotte Bousquet. Désireuse de développer un univers inspiré des légendaires contes des Mille et une nuits, elle a commencé par écrire de courtes nouvelles éditées dans différentes anthologies afin de semer sans le savoir les premières graines de sa nouvelle oeuvre de fantasy.  

En effet, même si l'idée germait doucement dans son esprit, c'est grâce au dispositif "Auteurs associés" de l'Accord-cadre Etat-Drac Grand Est et aux Imaginales qui ont proposé sa candidature pour cette résidence "auteur associé" de 2016, que ce premier volet a pu voir le jour. Sans oublier l'implication de la maison d'édition Mnemos qui n'a pas hésité à suivre l'autrice dans sa nouvelle aventure.

Après lecture du roman, je vous confirme qu'il est aussi beau à l'extérieur que bon à l'intérieur. Sublimé par la somptueuse couverture de Mélanie Delon, le récit de Charlotte Bousquet repose véritablement ici dans un écrin chatoyant de couleurs et de pierreries. 

Au cœur de paysages rongés par le désert brûlant se joue l'avenir de trois femmes et d'une augure. 
Djiane: princesse à l'esprit rebelle qui n'aura de cesse que d'agir pour échapper à son union forcée avec un seigneur violent et cruel. 
Arkhane: androgyne chamane qui devra retrouver son chemin après avoir été privée de sa double nature et abandonnée dans un reg aride par jalousie féminine. 
Tiyyi: jeune esclave, seule survivante de l'attaque mortelle d'une créature du désert qui en rejoignant les nomades d'un caravansérail, va se découvrir détentrice de pouvoirs à apprivoiser. 
Dans l'ombre de ces trois femmes se trouve l'augure Aya Sin qui a prédit que leurs destins seraient intimement liés à celui de Malik, un immortel emprisonné dans un corps humain qui cherche à tous prix à devenir une divinité. Prise entre ses filets, Aya Sin tire les ficelles à l'insu de tous en arrangeant ses prédictions afin de réussir, elle l'espère, avec l'aide de ces femmes à se libérer du joug de cet être dangereux.  

Les Masques d'Azr'Khila est la première partie d'un diptyque enivrant. Charlotte Bousquet nous fait virevolter d'une vie à l'autre. Tour à tour, on accompagne l'une ou l'autre de ses héroïnes aux personnalités si différentes dans leurs aventures. On se laisse subjuguer par leur courage, leur force de caractère qui leur permet de s'imposer dans un monde d'hommes.

Nous sommes immergés dans un univers imprégné d'un côté par un Moyen-Âge arabo-mauresque pour les paysages arides, le nomadisme, le commerce des caravansérails et de l'autre, par la culture amérindienne à travers les rites chamaniques qui nourrissent la magie de ce livre. 

L'imaginaire de Charlotte Bousquet est encore une fois fabuleux. Dans ce livre elle tente d'émanciper la femme de cette société machiste si marquée. Elle y parle également beaucoup de métamorphoses. Un terme ici qui peut prendre bien des sens. Se métamorphoser en quelque-chose ou en quelqu'un d'autre, se métamorphoser pour devenir adulte ou pour récupérer son indépendance. Derrière cette notion se cache un autre thème apprécié en fantasy, la quête initiatique. Ainsi, comme beaucoup de romans et particulièrement en littérature fantasy, il y a une double lecture intéressante à effectuer pour ne pas passer à côté de tous les messages délivrés par l'auteur. 

Grâce à ce partenariat avec les éditions Mnemos, Fantasy à la carte s'est émerveillé en avant première par le feu d'artifice d'émotions et de sensations qu'offre Shâhra. A vous maintenant de jouir du même spectacle. 

Fantasy à la carte

23/06/2018

Camille Leboulanger, Bertram le baladin

Bien loin d'un marketing agressif, les éditions Critic ont la réputation d'éditer des romans de qualité au style unique et à l'intrigue originale. 

Sans prétention, Bertram le baladin est un roman à côté duquel on pourrait passer. Ce qui serait un beau gâchis au vu du récit parfaitement bien exécuté et à l'intrigue efficace que nous livre sur un plateau Camille Leboulanger. 

Dans les Terres Hautes s'est perdu le savoir de la fabrication du papier et avec lui, la maîtrise de l'écriture. C'est donc à la Guilde des Musiciens à qui revient la tâche de récolter toutes les histoires afin de les retransmettre partout où ses représentants passent. Seuls gardiens du savoir, leur notoriété est légendaire et fait d'eux des hôtes de marque dans chaque cité traversée. 
C'est sur ces terres qu'évolue le célèbre baladin Bertram dont la réputation des chansons n'a d'égale que sa forte personnalité. Connu de tous, sa popularité le précède partout où il séjourne. Mais le voici tombé en fâcheuse posture, son précieux luth lui a été dérobé. Et avec ce vol, c'est sa qualité de musicien de la Guilde qui est remise en question. Car qu'est-ce qu'un barde sans instrument de musique pour accompagner son art? Amputé d'une partie de lui-même, Bertram est bien désemparé jusqu'à ce qu'il croise une esclave détenue par deux Aigles Rouges (une compagnie de mercenaires sévissant dans la région) qui affirme connaître l'identité des voleurs. En échange de sa liberté, elle lui promet de tout lui révéler. N'ayant pas vraiment d'autres choix, Bertram va tout tenter pour libérer cette mystérieuse Sans-Nom et partir sur les routes avec elle en quête de son luth disparu. 

Voici un roman qui chante à nos oreilles une douce mélodie au parfum d'aventure, de danger et d’héroïsme. 

Avec Bertram le baladin, Camille Leboulanger est l'auteur d'un récit insolite qui pique la curiosité de ses lecteurs. Et ce, dès le premier chapitre qui s'avère très accrocheur en mettant en exergue les ingrédients qu'il faut pour attiser l'intérêt.  

Pour ce livre Camille Leboulanger fait preuve d'une grande simplicité. Il n'y conte pas l'épopée de grandes batailles propice au genre, mais plutôt le destin singulier d'un ménestrel qui nous réserve bien des surprises. Finalement le point fort de ce roman réside dans son héros. Bertram est un personnage à la verve riche et au caractère fort. Par sa gouaille il en impose autant à son public qu'aux lecteurs de cette histoire. 

Dire que la fantasy de Camille Leboulanger est singulière est un euphémisme. La magie s'exerce à travers la musique qui renferme un pouvoir pour réaliser des prodiges. Vecteur de communication, vecteur de savoir, la musique est un art qui nous émerveille ici. Musicien lui-même, l'auteur a su nous enchanter au grès de la virtuosité de ses mots qu'il maîtrise autant que la musicalité des chansons écrites et chantonnées par Bertram. 

En éditant ce livre, les éditions Critic assure à ses lecteurs une agréable pause-lecture

Fantasy à la carte

17/06/2018

Alex Evans, Sorcières associées, Sorcières associées, tome 1

Fantasy à la carte ne pouvait pas se contenter de lire le tome 2 sans explorer le premier volet des aventures de nos associées sorcières. 

La force du récit d'Alex Evans repose sur son duo d'héroïnes. En suivant tantôt l'une tantôt l'autre, l'autrice fait de ces femmes les fils d'Ariane de ses intrigues. Chacune y mène ici sa propre enquête afin de satisfaire les demandes de leurs clients. Ce procédé assure une bonne dynamique du roman tout en encadrant le lecteur tout au long de son exploration. Ce sont deux personnages forts que leurs origines et leur caractère opposent tout en leur conférant une certaine complémentarité au sein de leur petite société de services. Alors que Padmé est issue d'une riche famille Parassis, Tanit, elle, a grandit dans les bas-fonds du Nadinh, avant de devenir l'une de leurs espionnes. Il en résulte des personnalités très différentes rendant la lecture de leurs aventures passionnante. La noble Padmé est plutôt du genre collé-monté et stricte tandis que Tanit est une frondeuse et une aventurière de premier ordre. Son franc parlé vient heurter le langage policé de Padmé promettant aux lecteurs des échanges savoureux. 

Sorcières associées démarre sur les chapeaux de roue avec un vampire qui vient solliciter l'aide de nos deux sorcières. Envoûté par un charme, ce dernier est coincé dans cette dimension et est contraint à tuer, il lui faut donc par l'intermédiaire des filles trouver qui est à l'origine de ce méfait pour s'en libérer et retourner chez lui. En outre, une série d'incidents survenus dans une usine d'automobiles employant des zombies empêche la chaîne de production de fonctionner correctement. Il semblerait que la magie soit à l'oeuvre. En tout cas, le directeur le croit bien volontiers. A Tanit et Padmé de démêler tout ça et de découvrir quel esprit malveillant se cache derrière ces mystères. 

Alex Evans signe ici un roman très réussi tant par la richesse de son univers que par ses intrigues fouillées qu'elle conduit d'ailleurs habilement de front. Non seulement elle redonne au genre steampunk un certain éclat mais en plus, elle apporte à la fantasy un renouveau bienvenu. En faisant fi des convenances littéraires habituelles qui classe volontiers la fantasy dans un merveilleux médiéval, Alex Evans, elle, a choisi de la mettre dans un monde moderne, contemporain à la Révolution industrielle et saupoudrée de touches steampunk. Son univers y en ressort donc encore plus riche et surprenant. 

Au final Sorcières associées mêle subtilement l'ambiance vapeur et cuivre à la magie faisant de ce cycle, une saga de fantasy incontournable à lire. 

Fantasy à la carte

10/06/2018

Alex Evans, L'échiquier de Jade, Sorcières associées, tome 2

Emballées par l'imaginaire steampunk et foisonnant d'Alex Evans, les éditions ActuSF lui ont réitéré leur confiance en éditant le second volet de Sorcières associées

Bien que partageant un univers et des héros communs avec le premier tome, L'échiquier de jade peut se lire de manière indépendante sans pour autant en affecter la compréhension. Chaque roman possède sa propre intrigue qui prend la forme d'une nouvelle enquête menée par nos deux héroïnes. 

L'action de L'échiquier de Jade se déroule toujours dans la cité de Jarta, véritable plaque tournante, propice à tous les types d'échanges. Inspiré des villes d'Asie du XIXe siècle, à l'image de Singapour, Jarta nous propulse dans l'effervescence d'une ville modernisée par les nouvelles technologies favorisant un brassage d'une population très cosmopolite. En posant un tel décor, Alex Evans donne ainsi une pointe d'exotisme à son récit. 

En pleine campagne électorale, la cité de Jarta est en ébullition avec la venue d'une ambassadrice de Yartège (empire autocratique voisin). Comme si cela n'était déjà pas assez suffisant pour mettre le consulat à cran, il faut qu'un démon vienne semer la zizanie dans le quartier des Sept Cadrans, qu'un échiquier en jade destiné en cadeau diplomatique à l'ambassadrice soit volé, sans parler des actions violentes menées par la ligue antimagie. C'en est trop pour le Consul qui fait appel au binôme de Sorcières associées pour régler tous ces incidents magiques. Cette multitude d'investigations, en apparence sans rapport, va mener Tanit et Padmé à enquêter dans les coulisses du gouvernement, nécessitant doigté et diplomatie. Or, au vu du caractère bien trempé de Tanit, il est difficile de promettre que cela se passera sans bavures. 

L'échiquier de jade signe une enquête musclée menée par un duo de charme et de choc. 

Sous leur faux-air de Sherlock Holmes et du docteur Watson au féminin, Tanit et Padmé s'apparentent à deux détectives résolvant des énigmes impliquant la magie. Détentrices de pouvoir, elles réhabilitent par leurs actions la magie aux yeux du monde. Disparue il y a plus de 400 ans, sa soudaine réapparition en effraie plus d'un. Elles démontrent ainsi que celle-ci peut être utilisée à des fins bénéfiques et devient nécessaire à la bonne marche du monde.

En se nourrissant du genre steampunk, la fantasy d'Alex Evans donne naissance à un univers dans lequel la magie côtoie la technologie. Fortement influencée par la Révolution industrielle, l'autrice glisse dans son récit les inventions qui ont marqué cette époque. Pour preuve, l'aéronef tel le dirigeable y est utilisé comme moyen de déplacement. En outre, un accent tout particulier est mis sur le progrès avec l'usage d'automates qui deviennent de parfaits assistants pour effectuer tous types de tâches. Un tel choix donne une ambiance toute particulière à ce roman et s'attire ainsi un public élargi. 

Alex Evans réussit le tour de force de faire revivre le passé tout en dotant son récit de notes avant-gardistes. Le tout formant un univers cohérent et dépaysant. N'étant pas moi-même spécialement fascinée par le courant steampunk, je reste bluffée devant la facilité avec laquelle cette autrice me fait adhérer à son histoire. 

Avec ce second tome, les éditions ActuSF ne font que nous confirmer qu'il serait dommage de passer à côté de ce talent. 

Fantasy à la carte

03/06/2018

Fabien Cerutti, Le Testament d'involution, Le Bâtard de Kosigan, tome 4

Le Testament d'involution est le quatrième tome qui vient magistralement clôturer l'incroyable saga de fantasy historique signée par Fabien Cerutti. Un dernier volet qui était très attendu par ses lecteurs. Tous trépignaient d'impatience de découvrir tous les secrets du Bâtard et de voir enfin s'éclaircir les mystères autour de ces sociétés secrètes qui menacent la vie de Kergaël, l'héritier de Kosigan. 

Avec une intrigue étroitement liée à celle du Marteau des sorcières, cela n'a rien d'étonnant. Souvenez-vous que le troisième opus avait laissé Pierre Cordwain de Kosigan aux prises entre les sorcières du Cénacle lunaire d'un côté et le cardinal du Saint Office de l'Inquisition de l'autre. Entre la peste et le choléra, difficile de déterminer quel est le pire des maux. Pris entre ces deux feux, le voilà bien obligé de jongler et de mener deux stratégies de front en espérant ne pas y laisser trop de plumes, si ce n'est la vie. 

Tombé dans les filets des sorcières du Mondkreises, il compte tirer parti de ce mauvais pas en leur proposant une juteuse association. En échange d'une rondelette contribution, il leur offre son aide et celle de ses hommes pour évincer Las Casas. Pari audacieux quand on sait qu'il a promis à peu près la même chose au maître de l'Inquisition. L'étau se resserre autour de notre mercenaire avec une prophétie aux finalités floues qui est sur le point de s'accomplir. En effet, le testament d'involution cache en vérité le texte d'une prédiction promettant à celui qui la réalisera la toute puissance. C'est pourquoi les sœurs Stein mettent tout en oeuvre pour l'accomplir afin d'obtenir le pouvoir nécessaire pour vaincre l'Inquisition, tandis que Las Casas, sous le prétexte d'empêcher ses dernières d'agir, cache en réalité le désir de s'approprier ces puissants pouvoirs pour lui-même. 

Tantôt menant le jeu, tantôt se laissant porter par les événements, Pierre Cordwain réussira-t-il au final de tout ça à vraiment tirer son épingle du jeu?

Clairement ce roman est une belle réussite avec un auteur qui parvient à mener le suspense jusqu'au bout. En répondant à toutes ses promesses, ce final se conclut même dans une apothéose de surprises. 

Pierre Cordwain de Kosigan est de ces héros que l'on n'oublie pas. Condensé de cynisme, d'humour et de manipulation, ce charismatique personnage tient la dragée haute autant à ses ennemis qu'aux lecteurs des Chroniques de Kosigan. Avec un tel profil, on comprend sans mal le plaisir pris en suivant ses tribulations. 

Protéiforme ce cycle est une véritable explosion des genres (fantasy, espionnage, historique). Fabien Cerutti a employé les grands moyens pour nous en mettre plein la vue. Derrière ses deux époques de narration se cache une intrigue commune. C'est l'éternelle lutte entre les détenteurs de pouvoir, ceux dont le sang noir coule dans leurs veines et les membres de la Croix d'Adombrement (une secte religieuse qui trouve ses origines à l'époque médiévale). Un combat perpétuel qui aboutit toujours dans un bain de sang. Derrière les actions de ces groupuscules, c'est l'humanisme face à l'obscurantisme qui est en action. 

Fabien Cerutti est l'auteur d'un cycle qui exhibe fièrement une esthétique et un style exclusif et stupéfiant. Il porte ses lecteurs au bout de sa plume pour leur faire vivre des aventures extraordinaires. De livre en livre, on est subjugué par les étonnantes révélations que son héros nous fait. Entre Moyen-Age et fin XIXe siècle, cet écrivain nous fait voyager dans un cours d'Histoire en dévoilant des secrets inimaginables du passé. Mais qui pourrait croire que l'Histoire a été à ce point mystifiée? Des initiés à l'imagination fertile peut-être? Des élus comme Phooka et Dup de Book en Stock assurément. Je ne peux que les remercier d'avoir mis Fantasy à la carte dans la confidence et vous incite, vous, les lecteurs de fantasy d'aller à la rencontre de cet auteur qui sera à l'honneur sur Book en Stock en ce mois de juin. 

Fantasy à la carte

27/05/2018

Abel D'Halluin, Les portes de l'impossible, tome 1, Avalon, Reliquaire deuxième

Uther Pendragon est mort, Taliesin n'est plus, vingt-huit ans ont passé depuis la fin du premier reliquaire qui nous contait la vie extraordinaire d'Ygerne, la duchesse de Cornouailles et du roi Uther Pendragon. 

C'est au jeune muet Kendall, confident de Taliesin à qui revient la délicate mission de coucher sur papier la suite des événements. Cette tâche lui a été dévolue par Taliesin lui-même, le jour où ce dernier ne pouvait plus écrire. Devenu l'apprenti de Merlin, il est le parfait observateur pour nous faire part de ce qui a suivi. 

Refusant l'amour d'Uther après le soudain décès du duc de Cornouailles, Ygerne décide de rentrer au couvent d'Ynys Wydryyn et confie son enfant Arthur aux bons soins de Taliesin. Ne pouvant l’élever seul, ce dernier fait appel à une nourrisse qui s'occupait déjà du fils de Ban de Benoïc et de Morgause. Mais la disparition du ménestrel et une nouvelle invasion saxonne contraint la nourrice à fuir avec les deux bébés. Retrouvés quelques années plus tard par Merlin et Kendall, les deux compères arrivèrent trop tard pour Riwalenn mais purent tout de même sauver les garçons des griffes d'un Saxon. D'un commun accord avec Viviane, il fut décidé qu'Arthur irait vivre avec Merlin et Kendall tandis que Lancelot resterait avec la fée du lac. C'est ainsi qu'Arthur grandit dans la forêt de Brocéliande en ignorant ses véritables origines jusqu'à ce que le chevalier Gauvain ramène deux des trésors des fées, le rocher de vérité des nains transpercé par Excalibur. Avec cette redécouverte, c'est la prophétie de l'accession d'un roi au cœur pur qui revient sur toutes les langues. Tous s'imaginent en être dignes et tous se précipitent en vain pour détacher l'épée du rocher. Peine perdue jusqu'au moment où Arthur s'y essaye et triomphe en brandissant la magique épée. Ainsi, la prophétie s'est accomplie annonçant avec elle une nouvelle ère de paix et de prospérité.

Ce second reliquaire est un tournant dans l'histoire de la Matière de Bretagne. Abel D'Halluin met en exergue les événements les plus mémorables des légendes arthuriennes: le couronnement d'Arthur Pendragon, la constitution de la Table ronde, le mariage d'Arthur et de Guenièvre... Mais l'auteur fait aussi une grande place aux personnalités qui ont illustré cette période. Il insiste notamment sur les liens qui unissent Arthur à Lancelot et les conséquences funestes et inévitables qui en découleront. A travers le regard lucide et perçant de Kendall, on entrevoit la visée de quelques-uns des chevaliers de la Table ronde, à l'image de Méléagant ou de Perceval par exemple. 

Ce roman prépare également le terrain à l'avènement de Morgane, personnage aussi emblématique que controversé. Tantôt perçue comme une fée, tantôt comme une démone, on n'a pas fini d'entendre parler de cette magicienne au sombre caractère. Dès ce présent récit, on discerne les premiers signes de la puissance et de la place qu'elle va sans doute prendre dans la seconde partie de ce deuxième reliquaire. Un prochain livre qui s'annonce déjà aussi puissant qu'explosif. 

Le deuxième tome d'Avalon est écrit avec la même fluidité que le premier opus. Abel D'Halluin s'est réapproprié le mythe en l'habitant d'un nouvel élan. Il instaure une vraie proximité avec ces héros mythiques et nous fait complices de leurs vies. 

Finalement, le point fort de cet écrivain est de nous passionner pour un récit dont on connaît déjà toutes les finalités.

En refermant Les portes de l'impossible, notre seul souhait est donc de mettre rapidement la main sur la suite de ce reliquaire.

Fantasy à la carte  

20/05/2018

Thomas Geha, Des sorciers et des hommes

Auteur à multi-casquettes, Thomas Geha est un explorateur des littératures de l'Imaginaire. Tantôt écrivain de science-fiction teintée de post-apo avec son cycle Alone, tantôt auteur de fantasy avec son diptyque Sabre de Sang, il maîtrise à la perfection les codes des genres pour nous emmener au cœur de son imagination. 

Avec Des sorciers et des hommes, il signe un nouveau roman d'une fantasy aussi noire qu'acerbe. Vous me direz quoi de plus normal en choisissant pour héros, un duo de mercenaires sans scrupules prêt à tout pour gagner de l'argent. Mais à force de privilégier leurs intérêts personnels sans penser aux conséquences, ils pourraient bien le regretter amèrement. 

Le sorcier Pic Caram et son garde du corps Hent Guer ont monté un petit business qui, jusque-là, leur a toujours réussi. Ils vendent leurs services à qui est en mesure de les payer pour effectuer toute tâche délicate, y compris le meurtre. Par épisodes, Thomas Geha nous plonge dans l'étrange quotidien de ses anti-héros. Chaque souvenir rapporté nous permet de comprendre qui ils sont et ce qu'ils cherchent mais aussi ce qu'ils risquent. En effet, à force de jouer des tours pendables aux autres, l'addition pourrait être salée surtout si leurs victimes se retrouvaient malencontreusement à nouveau sur leur chemin.  

En écrivant une fantasy à contre pied, Thomas Geha ravit un public en recherche de nouvelles sensations. Ici les personnages mènent une vie de truands. Ils sont plus volontiers voleurs et menteurs que bienveillants et bons samaritains. En optant pour un tel credo, l'auteur pimente son récit juste ce qu'il faut pour lui donner du punch et apporter ce petit quelque-chose qui fait la différence. Cette fantasy "mercenaire" qui prend aujourd'hui de plus en plus de place sur les étals des libraires attire un public non négligeable. Les protagonistes y sont désabusés et se servent de leur noir humour comme d'une arme. C'est un plaisir renouvelé que de retrouver cette ambiance atypique qui nous fait sourire même aux plus sombres moments de l'action. 

Des sorciers et des hommes est le fruit d'une plume exaltée qui manie l'ironie avec une belle dextérité. En misant sur une intrigue aux enjeux complexes, Thomas Geha a réussi son pari d'obtenir toute l'attention de ses lecteurs. Son univers soigné, paré de notes exotiques d'Orient, nous fait traverser à dos de qerins (sortes de dromadaires à l'allure de dragons) des royaumes extraordinaires où l'opulence côtoie la pauvreté. Un tel décor permet à ce roman d'aventure d'être la hauteur de ses promesses tout en ménageant un final surprenant.  

Plus que de lire un bon roman, les éditions Critic m'ont permis par l'intermédiaire de ce partenariat, de découvrir un auteur insolite à la bibliographie attractive. 

Fantasy à la carte

13/05/2018

Abel D'Halluin, Les reines de Brocéliande, Avalon, reliquaire premier

Abel D'Halluin, professeur et passionné de légendes celtiques fait revivre sous sa plume la mythique Avalon. 

Avec l'idée en tête d'en faire une préquelle à une comédie musicale, Avalon a en réalité donné naissance à un premier roman réussi. 

Nourri par sa culture et ses recherches, l'auteur démarre son cycle de quatre tomes en s'attachant aux pas d'un célèbre barde des légendes arthuriennes, Taliésin. Bien que le choix de ce héros fasse clairement référence au mythique personnage, Abel D'Halluin a pris la liberté d'en faire finalement un ménestrel du roi Uther côtoyant certaines des personnalités les plus marquantes du mythe arthurien. 

Au cœur de la forêt de Brocéliande, le jeune Taliésin assiste à sa première fête de Beltane où sa mère Keridwenn l'a traîné de force dans l'espoir de le remettre à Morgause. Seulement les fées Viviane et Morgause sont préoccupées par un événement bien plus grave. En effet, au vu de la poussée du christianisme, l'île d'Avalon a refermé ses portes menaçant d'éteindre définitivement la magie des êtres issus des anciens rites. Pour inverser la tendance chacun des peuples doit remettre son trésor aux fées. Mais la dernière représentante des magiciens, Kéridwenn a troqué le sien auprès de l'empereur Constant en échange de la vie sauve. Elle est donc chargée par les fées de le retrouver pour que la magie soit préservée. Mais échouant lourdement, elle disparaît en ayant failli à sa mission. Ainsi, Taliésin demeure l'ultime héritier de cet ordre ancestral. Bien loin de ces considérations, il grandit à l'abris, protégé par son ami, le nain Gwyon jusqu'à ce qu'il rencontre Ygerne, la duchesse de Cornouailles. En la suivant à Tintagel, il n'imaginait pas vivre une vie d'aventures et rencontrer les grandes figures de la Matière de Bretagne. 

A travers ses mémoires, Taliésin est le témoin idéal de l'émergence de la Bretagne. Initié par Uther Pendragon, les territoires finiront par être unifiés par son héritier Arthur. 

En s'inspirant des anciens textes, Abel D'Halluin retrace les destins entrecroisés de Taliesin, d'Ygerne, de Gorlois, d'Uther et de Merlin dans un style très romanesque. Il a pris le parti d'insister sur la magie dont usent allègrement Merlin et Taliésin. Par ce choix, il revendique l'héritage fantasy de son récit. Les combats sont ainsi magnifiés et prennent une autre dimension. A travers le regard de son héros, l'auteur met l'accent sur les relations qu'entretiennent les personnes entre elles afin de mieux comprendre comment on en est arrivé là. Il 'appesantit beaucoup sur la psychologie de chacun d'entre eux en mettant en exergue leurs forces et leurs faiblesses. Abel D'Halluin ne s'est donc pas contenté de survoler ce mythe, il y mène une vraie réflexion. 

Soucieux des détails, l'auteur a pris le temps de décrire chaque créature et chaque lieu pour donner corps à son univers et assurer une pleine immersion à ses lecteurs. L'enchantement est total
Conteur exceptionnel, on en viendrait presque à le confondre avec ce célèbre barde qui lui a, pour l'occasion, prêté sa voix pour nous raconter ce folklore qui nous est si familier. 

On ne se lasse pas du mythe d'Avalon surtout quand il est si merveilleusement bien conté par la plume inspirée d'un passionné qui fait ses premières armes avec une belle virtuosité.

Fantasy à la carte

06/05/2018

Ruberto Sanquer, L'Aura Noire, Terre Arcane, tome 1

Ruberto Sanquer est une nouvelle autrice qui s'est illustrée dès son premier roman, L'Aura Noire avec une nomination pour le prestigieux prix Elbakin.net en 2017 dans la catégorie meilleur roman de fantasy jeunesse. Une récompense qui n'aurait pas été volée tant la qualité de ce premier récit est grande. Les éditions Scrineo ont eu donc du flair en éditant ce présent récit. 

Bien que ses romans m'avaient tapé dans l’œil depuis un certain temps, Ruberto Sanquer m'a donné l'occasion de plonger dans son univers en m'offrant son second tome. Pour cela, je la remercie car le voyage n'est pas décevant. 

Il y avait longtemps que je n'avais pas ressenti autant de papillons d'excitation en lisant un roman jeunesse. Pas depuis la saga Harry Potter de Joanne K. Rowling en tout cas. Il faut dire que je suis sensible à cette thématique d'apprenti-sorcier ou sorcière formés dans une école de magie. C'est un thème qui fonctionne bien. 

Dans L'Aura Noire, Ruberto Sanquer démontre une imagination fourmillante. Elle y a construit un univers merveilleux et assez enchanteur. 

Elle nous y raconte le destin d'une jeune orpheline prénommée Louyse qui s'apprête à passer son épreuve d'aspirante lors du solstice d'été. Louyse comme toutes ses camarades n'a qu'un seul but, qu'un seul rêve, celui de devenir une sorcière-guérisseuse. 
Pour obtenir ce statut, elles doivent suivre des cours dans différentes matières et passer plusieurs Sabbats afin de gravir les échelons et devenir ainsi des sorcières à part entière. Leur but ultime est d'obtenir des Ringtree, des anneaux de pouvoir qui viennent auréoler leurs poignets et symboliser leur magie. 
Louyse est une jeune fille têtue et acharnée qui devrait réussir ses épreuves haut la main. Sauf que les choses tournent mal dans la forêt interdite et elle échoue à son épreuve en faisant recaler ses douze camarades de promotion par la même occasion. Soulevant la colère de ses amies, elle se retrouve mise au ban, dénigrée par toutes, qui la tiennent pour seule responsable de devoir repasser l'épreuve au prochain solstice et gâcher ainsi leurs grandes vacances dans de nouvelles révisions. 
Seulement ce que notre novice ignore encore est qu'elle est victime d'un maléfice la condamnant à voir mourir toutes les personnes autour d'elle. En effet, une aura noire lui colle aux basques qu'elle va devoir éliminer coûte que coûte si elle veut accomplir son incroyable destin. Car l'ombre menace d'éteindre la lumière d'Isafjur, le dernier bastion magique du royaume Sylve. En fait, ces sorcières représentent l'ultime rempart pour préserver la nature et la vie contre une nouvelle apocalypse, créée par un démon majeur, qui viendra anéantir à nouveau la terre Arcane. 
Les enjeux sont grands. Peut-être trop pour les frêles épaules d'une héroïne d'apparence si fragile? 

Ruberto Sanquer fait un retour aux sources pour nourrir sa fantasy. Elle met essentiellement en scène une communauté de sorcières pratiquant une magie en connexion avec la terre. Elles célèbrent les saisons par l'intermédiaire de Sabbats. En faisant de tels choix, l'autrice affirme ainsi ses inspirations celtiques et arthuriennes. Elle redonne à la femme sa supériorité. Ici, elle y est vecteur de connaissances et prodigue les soins nécessaires pour préserver la vie. Derrière cette histoire destinée au premier abord à un jeune public, se cache la plume acérée d'une écrivaine féministe qui redore le blason de sorcières qui furent trop longtemps persécutées dans le passé. Clairement, Ruberto Sanquer fait partie de la nouvelle garde d'autrices, dignes héritières de Marion Zimmer-Bradley. Ecrire ce roman est également l'occasion pour elle d'aborder des thèmes forts et très actuels comme la sauvegarde de la planète qui est de plus en plus malmenée. C'est sa manière de tirer le signal d'alarme. On ne peut vivre bien qu'en bonne intelligence avec son environnement. A bon entendeur...

C'est un premier roman qui envoie du lourd et s'assure ainsi de suite toute l'attention de ses lecteurs. Bien que classée en littérature jeunesse, ce récit est intergénérationnel, et trouvera sans mal une belle place dans le cœur de tous les amateurs du genre.   


Fantasy à la carte

29/04/2018

Marie-Catherine Daniel, Entre troll et ogre

Bad Wolf, le label fantasy des éditions ActuSf a frappé à nouveau. Bien qu'encore jeune dans le milieu éditorial, il publie des récits ambitieux et originaux qui savent faire parler d'eux. Le fort de cet éditeur est de nous dénicher des textes incroyables écrits par des auteurs français qui pour certains y font leurs premières armes. 

Un label qui fait une belle part à une fantasy française novatrice qui s'est totalement libérée de l'emprise anglo-saxonne. 

En éditant Entre troll et ogre de Marie-Catherine Daniel, on se doute que cette sortie ne va pas passer inaperçue. Comme la belle couverture de Ronan Toulhoat le suggère, ce roman est une grenade à dégoupiller délicatement sous peine de tout faire sauter. Après tout ne dit-on pas que les ogres sont chatouilleux et les trolls, bagarreurs. Bien entendu, c'est surtout valable quand ils sont jeunes et fringants et pas quand ils ont plus de 70 ans et sont perclus d'arthrite comme le troll Arsouille. Improbable ou pas, c'est à ses basques que nous attache Marie-Catherine Daniel.  

En recevant une lettre de son jumeau Arpète, perdu de vue depuis plus de cinquante ans, Arsouille n'en croit pas ses yeux et doute même qu'elle soit vraiment de lui. Mais tout vieux croulant qu'il est, ça le titille quand même d'aller vérifier par lui-même. Le seul bémol, il ne sait pas vraiment lire. L'érudition n'est pas le fort des trolls, c'est bien connu. Il est donc obligé de reprendre le chemin des bancs de l'école pour réussir à déchiffrer la carte qui l'amènera à son frère. Le plus drôle est que c'est en tant que professeur qu'il s'y enrôle. Voilà qui donne le coup d'envoi d'une aventure burlesque et hilarante. Bon an mal an, Arsouille ne va pas hésiter à traverser tout le pays dans des conditions parfois extrêmes afin de retrouver Arpète. Bien que déterminé, cela ne va pas l'empêcher de se demander tout le long si les révélations au bout du chemin valent vraiment le déplacement. Le fin mot de cette histoire promet d'être explosif et Arsouille sera-t-il vraiment en mesure d'en accepter toutes les conséquences? 

A mi-chemin entre fantasy et post-apocalyptique, Marie-Catherine Daniel nous délivre un texte remarquablement intelligent et profondément humaniste. 

Sur fond d'humour et de situations comiques, elle s'interroge sur la vraie définition de l'humanité. En effet, son roman est une satire de la vie qui met en exergue la bestialité dont font preuve les humains au point d'en oublier leur propre humanité. Pire encore, ils en perdent leur identité en se laissant dominer par leurs plus bas instincts. C'est un roman soigné aux mots choisis dans lequel on sent le plaisir qu'elle a pris à l'écrire. Elle n'a pas lésiné sur les scènes tordantes comme par exemple cette grand-mère troll qui n'a pas d'autre choix que de dealer pour arrondir ses fins de mois.   

Récit caustique qui au-delà de nous faire rire n'en oublie pas de nous faire réfléchir sur les fondements de notre société décadente. Elle nous rappelle l'importance des valeurs qui se meurent comme l'éducation, la famille et la solidarité. 

Entre troll et ogre est une perle qui va dynamiter le genre tellement ce récit est époustouflant. C'est un livre à mettre entre toutes les mains afin que tous, nous ayons une vraie prise de conscience de ce que nous sommes et de ce nous faisons. 

Voilà une pépite à se partager sans hésitation. 
Fantasy à la carte