L'influence du "gaming" à la littérature

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09/12/2018

Robin Hobb, Sur les Rives de l'Art, Le Fou et l'Assassin, tome 5

Sur les Rives de l'Art poursuit magistralement la quête de vengeance de Fitz et du Fou. Partis de Castelcerf grâce aux piliers d'Art, ils cherchent à atteindre Clerres le plus rapidement possible. Arrivés à Kelsingra, ils devront faire preuve d'une grande diplomatie pour convaincre les nouveaux Anciens et leurs dragons du bien fondé de leur mission afin que ceux-ci les aident à atteindre la Baie des Marchands. D'ailleurs, face à ce peuple de marchands aguerris, le Fou devra remarcher dans les pas de son personnage de dame Ambre afin de donner du poids à sa requête. D'étape en étape, les amis s'approchent chaotiquement de leur destination finale. Embarqué dans une aventure où il ne maîtrise rien, Fitz est obligé de faire confiance à son ami d'enfance même s'il a conscience qu'il lui cache de nombreuses choses. C'est un voyage qui promet bien des surprises et qui échappe peu à peu au contrôle de notre assassin pourtant formé par le meilleur des maîtres espions. 

Dans ce nouveau volet des pérégrinations de notre assassin royal, on retrouve le personnage très apprécié du Fou sous les traits de dame Ambre que le cycle des Aventuriers de la Mer nous avait fait découvrir. Voici sans doute le héros le plus ambivalent et le plus intéressant de l'univers de Robin Hobb. A travers ses différentes sagas, il endosse bien des rôles. Tantôt le Fou du roi Subtil, tantôt dame Ambre embarquée sur des Vivenefs, tantôt Bien-Aimé, le prophète blanc, il est la clé qui relie tous les univers crées par l'autrice. Détenteur de nombreux secrets, il incarne le personnage majeur qui vient lever le voile sur tous les mystères distillés par Robin Hobb. Or, justement ce roman est l'occasion d'en apprendre plus sur sa jeunesse, et notamment sur ses années passées à Clerres. Cette île est peuplée par les Serviteurs qui exploitent les Blancs afin d'utiliser leurs rêves pour en faire des prophéties qui les rendront plus puissants encore. Pour arriver à leurs fins, ils n'hésitent pas à user de la torture et à prodiguer nombreux sévices sur leurs victimes comme le Fou a pu en faire les frais autrefois. Un lieu d'horreur que ce dernier veut éradiquer avec l'aide de Fitz. 

Dans ce roman, Robin Hobb explore l'humanité dans ce qu'elle réalise de plus sombre. Elle analyse avec une fascination morbide la cruauté dont certains esprits malades peuvent faire preuve pour arriver à ce qu'ils souhaitent. Parfois insoutenable, ce récit est empreint d'un réalisme à vous faire froid dans le dos.

Ecrit dans la même veine que l'ensemble de son oeuvre, Robin Hobb nous ravit en remettant sur notre chemin des personnages que l'on a appréciés en d'autres lieux, d'autres temps. Elle mêle ses intrigues et ses univers avec une belle efficacité. 

A la fin de Sur les Rives de l'Art, la tension est à son comble, et pourtant on en viendrait presque à craindre d'arriver au terme de ce cycle tant la séparation avec ce grand héros de fantasy nous poignarde déjà le cœur. 

Fantasy à la carte

02/12/2018

Robin Hobb, Le Retour de l'Assassin, Le Fou et l'Assassin, tome 4

Avec Le Fou et l'Assassin, Robin Hobb revient à ses premiers succès littéraires. Fortement plébiscitée par ses lecteurs, elle nous fait à nouveau partager les aventures extraordinaires de FitzChevalerie et de son ami le Fou avec un plaisir indéniable. 

Avec des romans qui occupent toujours les têtes de gondoles des rayonnages SFFF des librairies, Robin Hobb se classe volontiers aujourd'hui parmi les plus grands maîtres du genre. 

Dans Le Retour de l'Assassin, FitzChevalerie fourbit ses armes et ronge son frein dans les couloirs du château de Castelcerf en attendant d'avoir des nouvelles concernant la disparition de sa fille Abeille. Enlevée par une troupe de mercenaires Chalcédiens à Flétribois pendant son absence, Fitz se sent devenir fou de ne pas pouvoir partir à sa recherche. Mais devenu FitzChevalerie Loinvoyant, il ne peut plus agir dans l'ombre comme un assassin anonyme au service de la famille royale. Ainsi, lorsque l'on retrouve la trace de la petite, on lui ordonne de suivre le protocole et de laisser les troupes royales appréhender les Chalcédiens à sa place. Seulement rien ne peut contrôler  un père mort d'inquiétude, et il passe outre l'interdiction pour filer en douce récupérer sa fille lui-même. Une expédition qui réveillera les vieilles habitudes de l'assassin tapi au fond de lui. Violence, torture, dissimulation seront ses armes. Et lorsque la dernière flamme de l'espoir sera éteinte, il ne lui restera que la douceur amère de la vengeance pour donner un nouveau sens à sa vie de père aux abois. 

Ce roman nous permet de retrouver certaines figures importantes des Rivages Maudits. Robin Hobb prend plaisir à établir des connexions entre ses différents cycles qui forment un univers riche. Ainsi certains de ses personnages passent d'une saga à l'autre. Elle exprime cette volonté de créer un lien entre toutes afin que l'ensemble forme quelque-chose de grandiose et de cohérent. C'est le point fort de cette autrice. 

Sans trop en révéler, on peut dire que ce roman est un pivot qui vient nous éclairer sur comment ont évolué les événements et les gens dans un autre de ses célèbres cycles.

Pour en revenir au Fou et à l'Assassin, l'autrice y explore une nouvelle facette de Fitz. Après avoir été un impitoyable tueur, il endosse le rôle de père. Un statut qui nécessite finesse et délicatesse dont il ne sera pas toujours maître. Et c'est avec la disparition d'Abeille qu'il en prendra toute la mesure. C'est un roman qui va s'appesantir sur ses regrets, ses échecs et surtout sur la force de caractère dont il devra faire preuve pour les surmonter afin d'avancer.

Traditionnelle à chacun de ses livres, Robin Hobb y mène une vraie introspection de l'humain afin peut-être que l'on en ressorte meilleur.

Sa plume nous fait voyager sur les rives de l'Art où on se laisse peu à peu envoûter par le chant irrésistible des dragons.  

Fantasy à la carte

13/11/2018

Florence Cochet, Fascinantes Créatures

Autrice de romances fantastiques et de nouvelles, Florence Cochet marque cette fin d'année avec la sortie d'un nouveau recueil de nouvelles édité aux éditions Curiosity

Tel un nouvel album de musiques, elle nous régale de mélodies tantôt entraînantes, tantôt émouvantes. Elle y mêle des nouvelles déjà éditées à d'autres inédites. L'ensemble forme un recueil d'histoires variées dont le dénominateur commun est la femme. Tour à tour, elle y occupe une place de choix. Elle se révèle sous de nombreuses facettes. 

Décrite parfois comme une créature mythologique issue des profondeurs comme Dans les profondeurs, où elle est loin d'être toujours la proie de l'homme

Elle peut user de tous les subterfuges comme capturer un Leprechaun dans A l'ombre du chêne afin de devenir belle et riche même si on le comprendra très vite le bonheur ne dépend pas que de cela. 

Tantôt victime, tantôt séductrice, Florence Cochet la présente parfois comme une créature de la nuit dont il est impossible de résister comme c'est le cas avec Miriam qui pousse les gens à se laisser dépérir à petits feux. 

Maîtresse de son destin à ses heures, elle brave tous les dangers et bat l'homme sur son propre terrain comme l'univers vapeur et cuivre d'Oceanica nous le prouve. 

Florence Cochet aime explorer la figure de la femme vengeresse comme dans Révélation où une jeune recrue de la police qui enquête sur une série de crimes odieux n'hésite pas à renoncer à sa plaque pour venger son amie devenue l'une des victimes. Même combat dans Le troisième bal avec la jeune Tatiana qui n'hésite pas à se frotter au terrible comte afin d'obtenir vengeance pour toutes ces femmes qu'il a vendue en pâture à d'autres.

Avec un regard incisif, l'autrice revient sur l'évolution du statut de la femme à travers les époques. En faisant montre d'un humour mordant, elle va jusqu'à donner la parole à un vieux vampire fétichiste dans Le parfum du lotus, qui avec son regard acerbe et désabusé joue le parfait témoin d'époques révolues où la femme passe du statut de simple propriété de l'homme à celui d'un être indépendant et pensant. 

Fascinantes Créatures est un recueil hétéroclite d'histoires étonnantes. Exploratrice d'époques, de planètes et d'univers différents, Florence Cochet nous fait voyager avec bonheur dans son imaginaire. 


Fantasy à la carte

06/11/2018

Bérengère Rousseau, Le Pilleur, Souffleur de Rêves, tome 1

Le Pilleur est la première partie d'un diptyque d'une fantasy contemporaine qui ravira la jeune génération. Rencontrée aux Halliennales au début du mois d'octobre, j'ai eu la chance d'échanger avec Bérengère Rousseau sur le premier volet de Souffleur de Rêves que je vous fais découvrir aujourd'hui dans le cadre d'un partenariat avec Livr's Editions. Je commencerais donc cette chronique par les remercier de cette opportunité de lecture. 

Mathis et Sonia sont jumeaux. Ils partagent un quotidien d'adolescents lambda. Ils vont au lycée, sortent avec leurs amis... ect. Mais depuis quelques semaines, quelque-chose ne tourne plus rond dans leur vie, ils font des cauchemars de plus en plus violents. D'abord mis sur le compte du stress des examens, ils n'osent pas en parler à leurs parents de peur d'être pris pour des fous. Seulement quand lors de ces cauchemars ils se blessent et se réveillent avec ces mêmes blessures, ils commencent sérieusement à angoisser. Ils l'ignorent encore mais ils sont les victimes de l'attaque que subit le Souffleur de rêves par le Pilleur. Parallèle à notre monde existe le Royaume des Songes dans lequel un être que l'on nomme le Souffleur de rêves est chargé d'insuffler les rêves aux gens afin d'assurer l'équilibre entre les deux mondes. Mais un ancien Souffleur devenu renégat a décidé de détruire cet équilibre en suggérant à tous les adolescents des cauchemars si virulents qu'ils peuvent même en mourir. Victimes de ce Pilleur, Mathis et Sonia devront trouver le moyen de vaincre leurs peurs les plus profondes s'ils espèrent survivre. 

Après son premier roman Rédemption, Bérengère Rousseau retente l'aventure de l'écriture avec un nouveau cycle de Young Adult. Ecrit avec une belle fluidité, on apprécie de lire ce récit très aéré qui nous immerge d'emblée dans l'action. On pénètre donc immédiatement l'imaginaire de cette rêveuse des temps modernes. C'est d'ailleurs tout naturellement qu'elle s'est tournée vers notre subconscient alimenté par les rêves pour donner naissance à un royaume parallèle au nôtre. Une belle idée pour apporter une touche fantastique à un quotidien ordinaire. La fantasy de cette autrice se manifeste par l'existence de ce Royaume des Songes dans lequel une poignée d'élus vivent pour souffler les rêves aux humains et assurer ainsi la bonne marche du monde. Mais comme dans toute fantasy manichéenne une menace survient et c'est l'équilibre des forces qui est remis en question. Au milieu de cette lutte entre le Bien et le Mal, deux adolescents semblent être la clé pour débloquer la situation. Bérengère Rousseau a elle aussi choisi ici la figure de l'adolescent comme héros de son histoire. A mi-chemin entre l'enfance et l'âge adulte, l'adolescent est le personnage idéal pour accomplir une quête. En trouvant la force intérieure nécessaire pour se dépasser et vaincre l'ennemi, il affirme ainsi son identité et devient un adulte à part entière. Il est donc un héros de choix pour cette littérature. 

Souffleur de Rêves nous ouvre la porte sur un monde familier et inconnu, un monde effrayant sur lequel nous n'avons aucune prise. Et si au final nos rêves nous étaient suggérés ? et si nos pire cauchemars devenaient réalité?

Fantasy à la carte 

01/11/2018

Stefan Platteau, Manesh, Les Sentiers des Astres, tome 1

Comme chaque mois, Book en Stock donne la parole à un auteur fantasy. C'est un rendez-vous littéraire incontournable pour découvrir leurs œuvres, évoquer leurs univers et parler de leur long travail d'écriture.

Novembre sera donc consacré à Stefan Platteau et à Manesh, premier volet de son cycle Les Sentiers des Astres, qui s'est illustré dès 2015 en recevant le prix Imaginales. L'occasion était trop belle pour Fantasy à la Carte de ne pas tenter sa chance afin de découvrir enfin l'univers de cet auteur qui a déjà fait beaucoup parler de lui. Merci à Book en Stock et à J'ai Lu Imaginaire d'avoir initier ce partenariat. 

Dans Les Sentiers des Astres, Stefan Platteau a choisi de tirer plusieurs ficelles afin de nous conter plus d'un destin. D'un chapitre à l'autre, on suit le quotidien d'un groupe de personnages embarqués sur deux gabares qui remontent le fleuve Framar traversant une nature parfois hostile, parfois mystérieuse. Dans un pays en pleine guerre civile, cette étrange compagnie semble être le dernier espoir pouvant mettre un terme à ce sanglant conflit. En retrouvant la piste du Roi-Diseur, ils espèrent que cet oracle légendaire leur délivrera les secrets de la victoire. En chemin, ils font l'étonnante rencontre d'un naufragé dérivant sur un îlot de branches. Le pensant perdu, ils décident tout de même de lui porter secours. Et contre toute attente, cet homme mystérieux qui se fait appeler "Le Bâtard" survit assez à ses terribles blessures pour leur conter sa propre histoire. Voilà comment Stefan Platteau nous fait pénétrer dans son incroyable univers du Vyanthryr. 

Avec Manesh, Stefan Platteau démontre d'emblée sa volonté d'être l'auteur d'une fantasy singulière et insolite. L'essentiel de l'action se déroule sur une gabare, lieu pour le moins inattendu pour un genre qui nous a davantage habitué aux chevauchées dans les grands espaces. Et pourtant ces gabares vont nous faire voyager à plus d'un titre. Déjà, elles remontent un fleuve qui borde des espaces inconnus des passagers. Un voyage qui promet son lot de surprises et de découvertes. C'est clairement une promesse d'exploration d'un monde fascinant et effrayant. Ensuite, on voyage à travers les souvenirs d'un inconnu qui se déclare de suite comme fils de fée. Une première révélation qui en dit long sur un récit annonciateur de merveilles. 

Cette manière étonnante d'attaquer son récit lui assure l'attention immédiate de ses lecteurs.  Les habitués de cette littérature ne manqueront pas de louer l'ingéniosité de cet auteur qui aborde la fantasy d'un point de vue original. 

Stefan Platteau a un vrai soucis du détail. Pour nourrir son cycle des Sentiers des Astres, il n'a pas hésité à inventer toute une mythologie dans laquelle son récit va prendre corps. Inspirée par les mythes celtiques, scandinaves ou encore finnois, sa mythologie va donner naissance à des Antiques, des créatures solaires ou lunaires après lesquels ses personnages n'auront de cesse de courir. Détenteurs de grands savoirs, ces dieux semblent pour les héros de Stefan Platteau, la réponse à leurs problèmes ou à leurs interrogations. Course après des chimères ou vraies solutions, ils sont la quête que ces héros hauts-en-couleurs ont décidé de mener. 

Seulement Manesh ne fait qu'ébaucher la merveille que renferme cette mythologie inventée par l'auteur. On prend à peine conscience de l'étendue des pouvoirs détenus par ces géants érigés au rang de dieux. Bien sûr, on ne demande qu'à en apprendre plus mais pour Stefan Platteau, c'est un travail de longue haleine qui nécessitera plus d'un roman. D'autant que Manesh n'est pas le seul passager de ces gabares à cacher des secrets.

Voici un partenariat qui m'a permis de prendre la mesure du talent de ce conteur. Arrivée aux termes de ce premier tome, je reste fascinée par cette plume dont l'époustouflant imaginaire m'a subjuguée et je ne demande qu'à poursuivre l'expédition.  

Fantasy à la carte

23/10/2018

Patrick K. Dewdney, L'Enfant de poussière, Le Cycle de Syffe, tome 1

Nominé pour le prochain prix Imaginales des lycéens, certains parlent déjà de L'Enfant de poussière comme d'une révélation en fantasy. J'étais donc curieuse de découvrir à mon tour l'univers de Patrick Dewdney, et je remercie l'équipe d'Au diable Vauvert d'avoir accepté ma proposition de partenariat. 

L'Enfant de poussière s'ouvre sur un cycle de grande envergure qui nous raconte les démêlés que rencontre un enfant issu du ruisseau. Orphelin, Syffe vit de rapines et de la générosité d'une veuve dont la ferme sert d'orphelinat de fortune aux gamins des rues. Il y grandit presque avec insouciance en compagnie des autres enfants sans famille, occupés à leurs jeux d'enfants, bien loin des instabilités politiques du pays. Jusqu'au jour où pris la main dans le sac pour avoir dérobé un beignet, notre jeune héros se retrouve à devoir jouer les espions pour le compte de la garde de Corne-Brune.
Dans un monde où la xénophobie et la haine raciale grondent, Syffe pourrait bien en essuyer les plâtres et devenir le parfait bouc-émissaire de la fronde qui se trame pour renverser l'autorité en place à Corne-Brune. Accusé à tort d'un odieux meurtre, Syffe ne doit sa survie que grâce à l'intervention d'un vieux guerrier Var qui l'entraîne sur les routes afin de faire de lui un guerrier à son tour. 

Patrick K. Dewdney s'est volontairement éloigné de ce que l'on trouve traditionnellement en romans de fantasy. En effet, il s'est concentré sur un récit plus intimiste, porté par un héros unique. L'Enfant de poussière se cristallise d'abord autour de l'initiation d'un jeune garçon qui va devoir passer de nombreuses épreuves avant de devenir adulte. L'auteur affirme ainsi sa volonté de revenir à une fantasy originelle qui prend sa source dans les contes dont l'élément moteur est la quête initiatique. 

Avant de mettre en valeur l'univers dans lequel ce récit prend forme, Patrick Dewdney va donner une grande importance à la psychologie de son héros. Il y a beaucoup d'affects dans ce texte. En racontant cette histoire à travers les yeux de Syffe, il noue entre son personnage et ses lecteurs une relation très forte. Ainsi avant d'apprécier le monde médiéval dans lequel s'épanouit cette histoire, on est déjà très attaché à ce jeune héros malmené par la vie. Il est également le prétexte pour l'auteur d'explorer les difficiles relations humaines et notamment les sentiments puissants qu'elles entraînent. Je pense par exemple aux liens que Syffe va établir avec son libérateur qui occupe tout de même une bonne moitié du livre. Tantôt défiant, tantôt reconnaissant vis à vis de ce guerrier Var aux allures de Rohirrim, il apparaît comme la clé de voûte qui va l'aider à surmonter le passage de l'enfance à l'âge adulte. 

La force de ce texte réside dans sa façon d'appréhender la fantasy. Il la défait des clichés habituels pour l'explorer d'une autre manière. Non pas qu'il n'y ait pas de magie ici car je vous confirme que l'occultisme est bien présent dans ce roman. Syffe est un enfant différent à bien des égards, à commencer par ses rêves étranges et prémonitoires qu'il fait. On le soupçonne porteur d'une lourde destinée où l'ésotérisme aura une grande importance. Des êtres surnaturels à l'image des Stryges peuplent également les lignes de cette saga. Qu'on se rassure la magie imprègne donc bien les lieux ici. Seulement, elle se dévoile par parcimonie car n'oublions pas que le Cycle de Syffe se veut comme le cycle d'une vie et nous ne sommes qu'au début du voyage. 

Saisie par la poésie de ce texte, je vous garantie que cette fantasy d'un autre genre ne demande qu'à être lue à nouveau pour envoûter les lecteurs qui se laisseront prendre dans ses filets. 

Fantasy à la carte

18/10/2018

Grégory Da Rosa, Sénéchal, Tome 3

Après des mois d'attente, Sénéchal fait son grand retour en librairie pour nous conter la fin des aventures rocambolesques de Philippe Gardeval.

Bien sûr mille issues possibles à ce récit peuvent vous passer par la tête, mais sachez que vous serez toujours loin du compte de ce que Grégory Da Rosa vous a réservé dans ce tome. Et même s'il vous met en garde, vous ne serez pas pour autant préparé à ce qui va suivre. Autant que les choses soient dites dès maintenant. 

Ce troisième roman est le moment pour Gregory Da Rosa de nous révéler ce qui se passe réellement derrière les murs de Lysimaque.

Accusé à tort d'avoir fomenter l'assassinat du roi, Philippe Gardeval croupit dans un cul-de-basse-fosse, le temps qu'il soit jugé. Un jugement qui n'est qu'une pantalonnade dont personne n'est dupe, pas même le roi. Alors même si Philippe n'est pas coupable de régicide, un traite oeuvre dans les couloirs du pouvoir depuis trop longtemps. Telle une anguille, il échappe à la vigilance de tous. Ce sera à Philippe de le faire enfin sortir du bois s'il espère un temps soit peu retrouver sa place auprès du roi. Dans cet ultime tome, l'action est encore menée tambour battant ne laissant pas une minute de répit à notre bon vieux sénéchal. Ses méninges vont tourner à plein régime, au point de côtoyer la folie parfois. Il devra pourtant mobiliser toute sa lucidité pour se défaire de sa peur et affronter les forces occultes et ennemies qui sont à l'oeuvre dans la ville. 

Avec ce troisième et dernier volet, le moment est venu pour Philippe Gardeval de régler ses comptes mais aussi de jouer cartes sur table. Or, son jeu dévoilé, il risque de déplaire à plus d'un. Le sénéchal Gardeval est le pivot de cette incroyable intrigue imaginée par Grégory Da Rosa. On le côtoie depuis trois tomes et on est pourtant bien en peine de la déclarer coupable ou innocent? Bouc-émissaire ou intriguant? Bien qu'expressif, on le sent parfois taiseux à certains moments de l'histoire. Suffisamment en tout cas pour que le doute subsiste, aussi ténu soit-il. C'est tout l'art de Grégory Da Rosa. Qu'il est retors cet auteur à jouer ainsi avec nous. Tout le long, il nous balade, nous induit en erreur et nous surprend. Et le pire étant, c'est que l'on s'en rend compte qu'à la fin du cycle. 

Cette saga qui se lit comme une intrigue policière au temps des preux nous emprisonne dans un suspense insoutenable jusqu'au dénouement. 

Sénéchal est riche d'un univers très immersif nourri aux complots et aux mensonges. 

Si vous survivez à vos premiers instants dans cette fantasy médiévale, sachez que vous ne trouverez le repos qu'au terme de cette aventure.

En bon lecteur du genre, avouez que vous êtes déjà séduit par l'idée de faire connaissance avec le sénéchal? 

Fantasy à la carte

13/10/2018

Peter A. Flannery, Mage de Bataille, Première Partie

Pour le lancement de sa collection Imaginaire, Albin Michel a voulu marquer les esprits en éditant un roman phare dans chacun des genres: fantasy, fantastique et science-fiction

La fantasy étant le cheval de bataille de ce blog, on va donc plutôt parler ici de Mage de Bataille de Peter A. Flannery.

Je commencerais bien évidemment cet article par remercier chaleureusement Gilles Dumay et son équipe pour m'avoir ouvert la porte sur l'imaginaire de cet auteur anglo-saxon. 

Mage de Bataille se présente comme un diptyque d'heroic fantasy chargé de belles promesses. On y retrouve les éléments les plus marquants du genre. Il sera question de dragons et de magie: un cocktail qui a déjà fait ses preuves. 

Falco est un jeune orphelin de nature chétive qui subit depuis l'enfance l'opprobre de son père suite à sa trahison. Mage de bataille, ce dernier a privilégié son dragon devenu noir et dangereux au détriment des siens. Cela lui a valu de périr pour trahison. N'étant plus là, c'est son fils qui a, par conséquent, reçu les foudres des autres. Souvent raillé, parfois roué de coups, Falco grandit malgré tout grâce à l'amour de son maître, qui était le meilleur ami de son père, de sa cuisinière et de son ami d'enfance, Malaki. Tous trois lui ont apporté l'équilibre nécessaire pour tenir bon. 
L'histoire démarre avec l'arrivée de l'émissaire de la reine d'Ire qui cherche à enrôler de nouvelles recrues pour enrichir l'armée et accessoirement qu'un Mage de bataille vienne invoquer un dragon. Seulement quelque-chose va mal tourner dans la cérémonie secrète et Falco n'y sera pas étranger. Mais pas le temps de s’apitoyer sur la mort de quelques thaumaturges car l'armée des Possédés se presse aux portes de Caer Dour. Les habitants n'ont pas d'autres choix que de rejoindre la première ville refuge qui se trouve à des jours de marche à travers la montagne. Les voici embarqués dans une course contre la montre dont l'enjeu n'est pas moins que celui de conserver son âme. 

Pour son roman, Peter A. Flannery a choisi de mettre en exergue la figure de l'antihéros. Souvent alité, Falco est un être faible. Dès lors, on a dû mal à l'imaginer en guerrier féroce. Ce livre, c'est donc déjà la quête menée par ce personnage pour se développer physiquement, s'affirmer mais aussi appréhender son héritage et mieux comprendre les actes de son père. Bien que ne manquant pas courage, il n'en demeure pas moins dans le déni de ses possibilités. Des forces et des faiblesses qui viennent forger un héros à la personnalité complexe qui sera sans aucun doute intéressant à suivre. Bien sûr, Peter A. Flannery met en scène tout un collectif de protagonistes qui se rangent tantôt parmi les amis de Falco, tantôt parmi ses ennemis. Comme lui, chacun est à la recherche de quelque-chose. Son ami Malaki, par exemple, veut devenir un guerrier dont son père pourrait être fier. Quoi qu'il en soit, certains seront susceptibles de devenir les compagnons d'armes dont il aura besoin dans la lutte finale contre le Mal. Car cela va sans dire que le duel manichéen est très présent ici. Le Mal s'incarne sous la forme de démons supérieurs qui se sont échappés des enfers pour dominer le monde des vivants. Pour y parvenir, ils ont levé une armée d'âmes damnées. Ce sont les Possédés, autrement dit des hommes et des femmes qui sont tombés sous leurs coups et qui se voient refuser le repos éternel. Déjà morts, ces cadavres ambulants semblent indestructibles face à de simples humains. Ils se servent des peurs profondes comme d'une arme de destruction massive. Et seule la puissance des mages et la présence des dragons semblent constituer les derniers remparts contre cette folie. 
Justement le dragon, créature emblématique de la fantasy, fait quelques timides apparitions dans cette première partie. L'auteur distille de quoi nous mettre l'eau à la bouche. Mais on imagine sans mal l'importance accrue que ce dernier va prendre au fur et à mesure du récit. Tout est réuni pour que l'on ait hâte de chevaucher ces montures fantastiques afin de vivre la plus héroïque des aventures. 

Mage de Bataille, c'est le plaisir de se plonger dans une épopée digne des cycles de Terry Goodkind, de David Eddings ou encore de Robin Hobb. A l'image de ces grandes pointures, Peter A. Flannery maîtrise le même exercice de style en délivrant un récit épique de haute volée. 

Pour ma part, c'est une lecture qui restera dans les mémoires car elle m'a titillée d'un bout à l'autre du livre. Il faut dire que dès les premières lignes, on s'attache à ce héros atypique au point de ressentir un gros pincement au cœur quand le moment de couper momentanément le cordon est venu, le temps que la suite soit éditée.

Fantasy à la carte

07/10/2018

Nadia Coste, Jivana

Jivana est le dernier roman de Nadia Coste. C'est un livre qui s'inscrit dans le même univers que celui de son cycle des Feydelins. Inconnue pour moi jusque là, je remercie au passage les éditions ActuSF pour m'avoir permis de rentrer dans le petit monde merveilleux de cette autrice. 

Jivana est une Feydelin, autrement dit une petite créature ailée, pas plus grande qu'un insecte. Après une naissance hors-norme qui lui vaut de partager son corps avec l'esprit de la déesse Savironah, tous la traitent comme un être à part. Elle est la fille de Delyndha, personnage déjà présent dans le cycle des Feydelins de Nadia Coste. Première particularité elle a survécu à la traversée du désert effectuée par sa mère alors qu'elle était encore dans sa bulle. Née bien avant les cinq ans réglementaires, elle est précoce et son existence en effraie sans doute plus d'un parmi les siens. D'autant que Savironah qui a raté sa réincarnation vit en elle. Il n'en faut pas plus aux membres de son espèce pour l'isoler. Un jour, une nuée d'insectes qui semble être infinie vient obscurcir le ciel et dissimulée leur Dor les condamnant à une nuit éternelle. Ne supportant pas de rester les bras ballants, Jivana et sa déesse décident donc de partir en quête d'une solution. 

Dans ce livre la quête est mise en exergue comme c'est souvent le cas en jeunesse et fantasy. Ici, il s'agira pour Savironah de retrouver sa place de divinité ainsi que ses pouvoirs, et pour Jivana de se trouver une place bien à elle et de se forger sa propre identité. Car toute la difficulté pour Nadia Coste a été ici de jongler entres ses deux héroïnes qui ont des personnalités bien distinctes tout en ne formant qu'un seul corps. Finalement l'originalité de ce récit réside d'abord dans ce choix d'appréhender l'histoire.

Ensuite l'autre élément remarquable à signaler est bien évidemment l'univers très immersif imaginé par l'autrice. Intégré à son monde des Feydelins, ce livre nous replonge dans l'environnement méconnu et pourtant féerique du petit peuple des herbes et des mares. A la manière de certaines productions cinématographiques comme Fourmiz ou 1001 pattes, Nadia Coste a choisi de mettre aussi en lumière le microcosme de ces petites créatures souvent invisibles à nos yeux d'humains. D'un battement d'ailes nous voici emportés dans l'aventure extraordinaire de cette petite fée aux fausses allures de la célèbre Clochette qui doit trouver le moyen de mettre un terme à cette terrible invasion. Mais vu sa petite taille, on imagine sans mal les mille et uns dangers auxquels elle va devoir faire face. Cela nous promet d'ores et déjà de connaître un ascenseur d'émotions et de lire un récit palpitant. 

Nadia Coste profite de la personnalité et des choix faits par ses héroïnes pour aborder des notions fortes comme la tolérance, l'acceptation de soi, l'indépendance, la liberté de son corps ou encore l'amour au pluriel. Plus qu'un simple récit d'aventures, ce texte est riche d'un message de paix et d'ouverture d'esprit.

Ecrit avec une belle fluidité, ce roman jeunesse n'a donc pas fini de se faire remarquer.

Fantasy à la carte

02/10/2018

Clément Bouhélier, Olangar, Bans et Barricades, partie 2

Bien que ma lecture de la première partie d'Olangar remonte à quelques semaines, je n'ai pourtant eu aucune difficulté à me replonger dans l'univers de Clément Bouhélier. C'est la force de ce récit qui distille à doses thérapeutiques le suspense nécessaire pour donner l'envie de continuer cette histoire. Mais avant d'aller plus loin, je vais commencer cette chronique par remercier les éditions Critic pour ce partenariat. 

Dans cette partie, Evyna et Torgend qui ont survécu à l'attaque spectaculaire de leur train perpétrée par des membres de la pègre, débarquent à Frontenac. Là-bas ils espèrent retrouver l'ami d'Andréan d'Enguerrand qui s'était enrôlé avec lui dans l'armée afin d'en savoir plus sur les circonstances de sa mort. Les difficultés vont se multiplier avec des ennemis toujours plus nombreux pour leur barrer la route. Il leur faudra user de tous les subterfuges et faire preuve d'un sang-froid implacable pour vaincre et obtenir les réponses voulues. 
Quant au nain Baldek demeuré à Olangar, il poursuit la lutte avec les siens contre les grands patrons. Leurs petites investigations vont même mettre à mal les élections à la Chancellerie et révéler un complot de grande ampleur. 

La seconde partie de ce diptyque s'annonce dès le départ sous haute tension. Alors que la première n'était là que pour poser ses pions, la seconde, elle, va nous dévoiler toutes les cartouches que l'auteur a mis en jeu. Il faut dire que le secret est le maître-mot de ce roman. Alors on n'attend qu'une chose, c'est de comprendre ce que Clément Bouhélier nous cache avec tant d'implication depuis le début. 

Dans ce livre, on est cernés entre l'enquête menée par cette sœur éplorée, par le combat acharné d'une population qui souhaite améliorer ses conditions de vie et par cet univers incroyable peuplé d'elfes, de nains et d'orcs imaginé par l'auteur. C'est un savant mélange d'authenticité et de fantasy auquel on ne peut pas résister. 

Son roman est l'occasion d'aborder des thématiques fortes comme la tolérance, le racisme ou encore l'envie de domination. Des notions qui nous touchent dans notre quotidien et qui sont traitées ici avec finesse et intelligence. Cela réveille un écho en nous et nous affecte au final très profondément. 

Sorti de sa zone de confort, Clément Bouhélier s'essaye avec brio à ce genre qu'il ne connaissait pas jusque-là et dont il maîtrise pourtant parfaitement les codes aujourd'hui. D'ailleurs Olangar nous le prouve de bien des façons. 
Clément Bouhélier a une manière bien à lui d'amener les éléments de son intrigue. En effet, il donne par exemple de l'importance à chacun de ses personnages mis en scène, même les plus secondaires. On apprend toujours quelques détails sur le pourquoi de leur intervention à ce moment précis de l'histoire. Cela apporte des points de vues différents et influence notre regard sur les héros et cette aventure en général. Au fur et à mesure qu'il déroule la bobine, tout nous est dévoilé. Ainsi, les rouages de cette intrigue implacable se mettent en place et nous laisse juste sans voix. 

Olangar, Bans et Barricades, c'est un tsunami qui vous laisse sens dessus-dessous, c'est une claque que vous prenez en pleine face. A la manière de ses thrillers, l'auteur nous tient dans le même suspense insoutenable. Avec ce roman, Clément Bouhélier devient l'auteur d'une fantasy que l'on recommande à son prochain. C'est juste une fantasy dont on se languit déjà de retrouver.

Fantasy à la carte

28/09/2018

Bertrand Crapez, L'Héritier d'Asgard, Chroniques des prophéties oubliées, tome 3

L'Héritier d'Asgard est le troisième opus des Chroniques des prophéties oubliées dont la sortie était autant attendue par les lecteurs que par son auteur. 

Un an après la lecture du tome 2 qui nous laissait avec bien des questions en suspens, Fantasy à la carte ne cachait plus son impatience d'obtenir toutes les clés de cette intrigue au long court.

Enlevée par Loki lors de la chute de l'Atlantide, Aelyne court un grave danger. Nul ne sait les raisons de cet enlèvement, mais tous se doutent de la gravité des conséquences d'un tel acte. Kadfael ne peut se résoudre à abandonner sa fille entre les griffes de ce dieu fourbe. Ni une ni deux, il s'enrôle avec ses amis Dargo, Merlin et Marwan dans la quête de la sauver. Attachés à leurs pas, ils nous font voyager dans certains des neuf mondes qui forment l'Yddrasil afin de découvrir où Loki se cache et surtout ce qu'il cherche à faire. Plus que de sauver une vie, cette aventure va mettre au jour un vaste complot ourdit par des dieux traîtres et avides. Mais tous grands héros qu'ils sont, seront-ils capables ici de mettre fin à la folie des Dieux? Rien n'est moins sûr car face à une force divine, le courage apparaît comme un simple grain de poussière qui peut vite être balayé. 

L'Héritier d'Asgard place encore une fois nos héros au cœur de la mêlée. Mais cette fois-ci la charge héroïque promet son lot de morts sanglantes car il ne s'agit pas moins que d'intervenir dans la guerre que les dieux se font. Affaibli le dieu des Dieux, Odin est menacé et trahi par les siens qui lui envient sa place. Comme chacun des romans de cet auteur, une prophétie est à l'origine de ce récit. Ici, on l'a bien compris, elle concerne la succession à la tête du royaume d'Asgard. Elle met clairement en danger Odin et les charognards ne vont pas manquer de sortir du bois pour se jeter sur leur proie. Le titre du roman est suffisamment évocateur pour que l'on se doute qu'un successeur est attendu. La question est de savoir qui sera cet héritier? Les candidats sont nombreux. Et l'enjeu est d'autant plus grand que le mal est à l'oeuvre et il risque d'accoucher du chaos. 

Pour son dernier volet, Bertrand Crapez a cherché à taper fort en faisant courir mille dangers à ses héros. Il les malmène, les blesse, les laisse sur le carreau parfois. Ce roman nous offre sa part de batailles titanesques qui en éclipseraient presque celles menées dans les précédents tomes les faisant passer pour de simples escarmouches. Rompu aux scènes de combat, le récit de Bertrand Crapez prend une tournure de chevauchée fantastique avec toutes ces créatures ailées qu'il met en scène. Le spectacle en ressort grandiose. 

L'Héritier d'Asgard met le panthéon scandinave à l'honneur. L'auteur truffe son récit de héros de la mythologie nordique. Il fait souvent référence à certains de leurs hauts faits comme la fameuse partie de pêche de Thor et du géant Hymir. Ici ils se battent aux côtés ou contre le camp du roi de Logres. Il a encore réussi son challenge audacieux de mêler avec talent les vieux mythes à une histoire inédite. 

Ce dernier tome apporte le mot de la fin d'une saga de fantasy bien écrite. Une trilogie qui a permis à une belle plume de sortir de l'ombre. Un auteur qui nous ouvre d'ailleurs la perspective de le retrouver pour un autre cycle arthurien dans les prochains mois. On se réjouit donc d'avance de continuer à lire sa fantasy

Fantasy à la carte

23/09/2018

Lionel Davoust, Port d'ämes

A l'heure d'aujourd'hui, Lionel Davoust est devenu un nom incontournable de la fantasy française. Régulièrement présent aux nombreux festivals du genre, il est impossible de faire l'impasse sur cette plume quand on cherche à faire l'état des lieux de cette littérature. C'est d'ailleurs à l'occasion du festival Cidre et Dragon que Fantasy à la carte a pu le rencontrer. 

Ses romans étant nombreux, il a fallu faire un choix pour commencer à faire connaissance. Le mien s'est arrêté sur Port d'Âmes. En effet il m'a semblé judicieux comme entrée en matière dans l'imaginaire foisonnant de cet auteur. Bien qu'appartenant à un vaste projet d'écriture cherchant à nourrir un univers copieux, Port d'Âmes peut également se lire individuellement. 

D'un simple roman, l'auteur a fait de Port d'Âmes une oeuvre magistrale aussi bien du point de vue de sa richesse que de sa subtilité. A travers la trépidante vie d'un jeune noble désargenté, Lionel Davoust nous fait explorer l'incroyable cité franche d'Aniagrad. 

Condamné à huit ans de servitude dans la Marine, Rhuys ap Kaledan débarque contre toute attente à Aniagrad. En vie, plus fringuant que jamais le petit noble devenu le matelot Levant ne rêve que de prendre sa revanche en récupérant son titre de baron et en faisant revivre son domaine. Mais cette ville aussi belle soit-elle n'en demeure pas moins remplie de chausses-trappes. Un retour qui ne sera pas indolore. Au fil des rencontres, il va devoir vite apprendre à jouer sa partition aux notes amères et calculatrices. Car on ne peut survivre en ces lieux sans devenir un bon stratège. Sera-t-il pour autant à la hauteur de son père pour atteindre son but? 

Lionel Davoust est l'auteur ici d'un roman tout en ambivalence. Tantôt intimiste avec un héros solitaire qui y mène une introspection personnelle grâce à certaines de ses rencontres qui lui ouvrent notamment les yeux et l'amènent à réfléchir. Tantôt de grande envergure à travers cette course menée par le personnage principal pour redorer le blason familial et étancher sa soif de vérité. L'auteur lui-même incarne un peu l'alter-ego de son héros en se faisant parfois poète, parfois intriguant. L'histoire démarre sur une cause noble menée par un protagoniste pétri de bonnes intentions arborant même une grandeur d'âme pour évoluer vers une intrigue menée par un personnage calculateur et froid. 

Un récit qui nous promet de sacrés revirements tout au long du livre. Ainsi, il offre sa dose de suspense de par l’enquête menée par Rhuys tout en délivrant sa part de rêverie poétique grâce au panel de sentiments que va goûter ce héros hors-norme. 

Evanégyre est le challenge incroyable dans lequel cet auteur s'est lancé. Celui d'écrire une série de romans aux intrigues indépendantes mais gravitant dans un monde commun. Un univers coloré et flamboyant qui nous emporte au cœur d'une fantasy fabuleuse. Soutenu par les éditions Critic, Lionel Davoust est l'écrivain français de fantasy à ne pas rater. Son écriture est dotée d'une telle sensibilité et d'un esthétisme qui fait vivre et s'égailler les émotions. Ce qui donne à sa fantasy un autre relief et la met à la portée de tous. 

Fantasy à la carte

17/09/2018

Claire Krust, L'Envolée des Enges, tome 1

L'Envolée des Enges est la première partie d'un diptyque qui rehausse d'une touche d'originalité cette rentrée littéraire 2018 de la fantasy chez Les Indés de l'Imaginaire. Après un premier essai réussi, Claire Krust a repris sa plume pour nous transporter à nouveau en terres imaginaires peuplées de créatures fantastiques. Cependant point d'univers japonisant comme dans son roman, Les Neiges de l’Éternel, L'Envolée des Enges propose plutôt un monde médiéval riche et dépaysant. 

Ce premier volet se divise en deux parties. La première s'ouvre sur Céléno, une Enge adolescente rejetée par les siens qui vit en marge des autres jusqu'au jour où l'impensable survient. Le pilier sur lequel vit sa communauté d'Enges est attaqué par des hommes. Trop tournés vers le ciel, ils n'ont pas vu venir le coup. Beaucoup sont tués et quelques-uns sont faits prisonniers. Céléno, elle, a profité de la confusion ambiante pour s'emparer des ailes d'un autre Enge en passant à travers sa toile. C'est ainsi qu'elle se retrouve seule, désorientée au pied de son pilier, projetée dans le monde cruel des hommes. Elle va croiser la route d'un Être de l'eau qui va la protéger et l'aider dans sa quête de vengeance. Car un tel crime ne peut rester impuni. D'autant plus qu'il y a des Enges à sauver. La seconde partie, quant à elle, se déroule vingt ans plus tard et se concentre sur Arhan, un jeune servant travaillant comme apprenti-artificier dans l'espoir de racheter sa dette et de retrouver sa liberté. Une situation inconfortable qui le pousse à commettre quelques illégalités afin de se faire de l'argent sous le manteau. Des activités qui vont le mettre en fâcheuse posture tout en lui permettant de faire des découvertes sur lui-même. 

Plusieurs destins sont en jeu dans ce récit. Sauront-ils pour autant capables de trouver la voie de la communication pour vaincre l’adversité qui se dresse devant eux? 

Voici un grand roman de fantasy porté par des personnages forts, auréolés de lourds destins. Des héros en demi-teinte qui cachent une obscurité intérieure, fruit de leur triste passé. Difficile de se faire une place dans une société froide et égoïste sans écorcher son âme et prendre quelques vies au passage. Mais le jeu n'en vaut-il pas la chandelle? Car se donner pour mission de sauver tout un peuple, n'y a-t-il pas de cause plus noble? 

L'Envolée des Enges donne la parole aux enfants d'Hélias parmi lesquels on distingue trois races: les Elbes, les Êtres de l'eau et les Enges. Tous disposent de pouvoirs qui atteignent leur pleine maturité à l'âge adulte et leur confèrent une belle longévité. Face à eux, il y a les hommes qui voient leur nombre grossir d'année en année au point d'éclipser les autres races. Claire Krust se sert de son livre pour explorer le cheminement mené par les uns et les autres, s'avérant uniquement motivés par leurs intérêts personnels. En jouant sur différents points de vues, l'autrice chamboule perpétuellement l'avis que les lecteurs se font de son histoire. Elle signe un récit à plusieurs sens et offre une réflexion approfondie sur les comportements humains et non-humains. Finalement la finalité en est la même. Rien n'est ni blanc ni noir, ici ou ailleurs. Mais tout n'est pas dit avec ce premier tome. L'Affaire est donc à suivre avec la seconde partie à venir de ce beau diptyque qui stimule bien la fantasy française. 

Avec une intrigue aussi passionnante, L'Envolée des Enges promet de faire un carton pour cette rentrée des éditions ActuSF. 

Fantasy à la carte

31/08/2018

Margot Delorme, Le Dompteur d'Avalanches

La rentrée de la fantasy chez Les moutons électriques rime avec nouveauté. Cette année elle sera marquée par l'entrée au catalogue d'une nouvelle plume qui s'exerce avec charme à la fantasy. Margot Delorme est donc la petite nouvelle des Indés de L'Imaginaire. Elle signe un premier roman brillant qui est à la hauteur des promesses annoncées. 

Écrite à la manière d'un conte, cette fantasy d'un genre différent est une bouffée rafraîchissante. 

Cet esprit avide de liberté, épris de grands espaces et de nature sauvage a nourri son récit de ces paysages montagnards donnant ainsi une atmosphère vertigineuse à son roman. Ce sont d'ailleurs les nombreuses légendes locales qui lui ont insufflé les premières idées de son livre. 

Ditto est un jeune paysan montagnard qui occupe parfois la fonction de guide de montagne lorsque des clients se présentent. C'est justement en attendant l'un de ces groupes en compagnie de son troupeau d'ânes qu'un dragon-cristal, sorti de nulle part, semble décidé de faire de lui et de ses baudets son prochain repas. Alors que l'adolescent croit vivre ses derniers instants, le dragon est emporté par une coulée de neige laissant le garçon miraculeusement indemne. Placés plus haut dans la montagne, les fameux excursionnistes ont assisté à l'étrange scène. Survivre à une avalanche relève un peu de l'impossible sauf si on est un écouleur, un dompteur d'avalanches. Or, Ditto n'y croit pas une seconde d'autant que ce serait jeter l'opprobre sur lui et sa famille. Si c'était le cas il deviendrait ainsi un paria. De retour au village, il est détaillé avec suspicion. La nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre. Mais Ditto a décidé d'ignorer l'hostilité et la méfiance ambiantes. Plus tard, curieux de vérifier cette théorie, il teste son soit-disant don. Quelle ne fut pas sa surprise de constater qu'il peut faire écouler les éléments. Seulement il a été négligent et sa grand-mère a assisté à sa petite démonstration. Le criant sur tous les toits illico, il n'a pas d'autre choix que de prendre la fuite pour échapper aux hommes de son village très en colère. Livré à lui-même avec pour seule compagnie la marmotte qu'il a recueilli et qui s'avère être douée de paroles et bonne conseillère, Ditto se lance dans la quête de trouver la Lorlaeï, la nymphe des glaces afin qu'elle le débarrasse de son don. C'est le début d'une grande aventure et un voyage qui promet d'être mouvementé.  

Dans Le Dompteur d'Avalanches, on retrouve la quête initiatique du jeune garçon à la recherche de son identité, de sa place dans le monde. Difficile pour un adolescent de se retrouver banni par les siens alors qu'il est en pleine transformation. En plus de devoir apprendre à maîtriser ses pouvoirs, il doit appréhender la solitude, l'exclusion et survivre dans un milieu hostile. Il se frotte de plein fouet à une xénophobie rurale. Vivant dans un lieu reculé, il y a un total rejet de l'inconnu. Il doit donc faire face à l'ignorance et se faire de nouveaux repères. Heureusement pour lui, il est accompagné par une petite ménagerie qui s'avère être de sacrés trublions. Dans ce livre, Ditto s'apparente un peu à une Alice aux Pays des Merveilles de la montagne. Comme elle, il va devoir affronter mille dangers, rencontrer de drôles de créatures parlantes et faire face à une horde de fous furieux qui en veulent à sa peau. Non pas pour lui couper la tête mais plutôt pour "éteindre" son pouvoir. 

Dans l'univers magique de Margot Delorme, les détenteurs de pouvoir sont désignés comme des Ardents pour les plus modérés et comme des Incandescents pour les plus puissants. Ditto fait d'ailleurs partie de cette seconde catégorie. En effet, depuis que son pouvoir s'est éveillé, il ne cesse de croître. A l'affût du moindre conseil, il va vite prendre conscience qu'il ne pourra pas se fier à n'importe qui. Car comme dans tout monde où la magie existe, les anti-magies sont légions. Dans Le Dompteur d'Avalanches, ces fanatiques religieux qualifiés d’Éteigneurs sont pour le moins virulents. Ils traquent leurs cibles et les torturent jusqu'à ce que plus une once de pouvoir ne coule dans leurs veines. C'est à ce funeste destin que notre jeune apprenti tente d'échapper. 

Proche du style de C.S. Lewis avec son célèbre Monde de Narnia, Margot Delorme donne également la parole aux animaux. Ainsi, la plupart des compagnons de Ditto marchent à quatre pattes, parlent et ironisent beaucoup. Ce qui donne une touche de burlesque à un roman qui cache en réalité une profonde réflexion sur des thématiques d'actualité. 

Avec Le Dompteur d'Avalanches, Margot Delorme fait une entrée pleinement réussie dans les littératures de l'Imaginaire. Longuement mûri, son texte est un petit bijou d'émotion, de drôlerie, d'absurdité parfois et d'aventure.


Fantasy à la carte

26/08/2018

Xavier Mauméjean, Car Je Suis Légion

Grâce au grand concours de l'été organisé par les éditions Mnemos, le roman Car Je Suis Légion de Xavier Mauméjean est arrivé entre mes mains. Une chance pour Fantasy à la carte de découvrir et/ou de faire découvrir une plume qui était encore inconnue pour moi jusque là. Avant toute chose je souhaite donc remercier la maison d'édition pour ce généreux concours.

Pour son roman, Xavier Mauméjean a choisi pour décor la mythique Babylone inscrivant ainsi d'office son récit dans une grande fresque historique. 

Dans Car Je Suis Légion, on suit les péripéties de l'accusateur Sarban, un fils de paysan devenu magistrat qui exerce dans la cité de Babylone. Au commencement de l'histoire, la ville s'apprête à connaître une période de grands troubles. En effet, les oracles l'ont prédit. Le dieu Marduk s'est endormi pour une durée indéterminée laissant la place à Tiamat, déesse du chaos. Une annonce qui va rendre fou les habitants qui sont pris de frénésie meurtrière n'hésitant pas à s'en prendre aux uns et aux autres sans raison particulière. Face à cette montée de violence, les accusateurs sont réquisitionnés pour protéger les lieux de pouvoir et n'interviennent plus dans les conflits populaires. Tout comme ses confrères, Sarban suit les ordres jusqu'à ce qu'il assiste en direct au meurtre prémédité d'un homme commis par un groupe d'individus masqués. La préméditation sort ici du cadre de la violence ambiante tolérée. Or, en tant qu'accusateur, il ne peut fermer les yeux et obtient de ses supérieurs l'autorisation de mener l'enquête afin de punir les responsables. Une investigation qui va l'amener sur les chemins dangereux de la vérité. Mais saura-t-il y faire face pour autant?

La qualité de ce récit réside déjà dans son héros qui prend une grande place dans l'histoire. Sarban y apparaît comme un champion de la vérité. Impartial, droit, intègre, il incarne véritablement sa fonction. Il est prêt à aller au bout même si cela doit le mettre en danger et le compromettre, même s'il risque sa place. Or, l'enchaînement des événements dont il perd vite le contrôle vont le conduire à user lui-même de violence pour arriver à ses fins. Ce qui vient entacher sa belle image du juste. Il devient à son tour un héros torturé, aveuglé par son propre désir de vengeance. Il perd son côté lissé, et nous dévoile sa part d'ombre. Ce qui le rend encore plus attachant à nos yeux. Après tout, il n'est qu'un homme comme les autres. Xavier Mauméjean a tout misé sur son personnage qui devient le seul vrai maître de ce huit-clos. 

Il est à noter que dans son roman, l'auteur fait une belle place aux dieux qui occupent ici un rang de personnages comme souvent c'est le cas dans les univers fantasy. Il est vrai que les divinités y ont régulièrement un rôle important à jouer. Xavier Mauméjean ne pouvait pas passer à côté de cela d'autant que dans la cosmogonie babylonienne, les dieux sont primordiaux à l'image de Marduk qui tranche la mère des dieux Tiamat, également déesse du chaos et des mers afin de faire de sa tête et de son torse, les cieux et de ses jambes, la terre. Et de ses larmes naîtront le Tigre et l'Euphrate, le fameux Entre deux-fleuves cité dans le récit qui désigne les provinces autour de Babylone entourés de ces fameux cours d'eau. L'auteur s'inspire donc de cette mythologie forte pour intégrer ces dieux à sa prose avec par exemple Tiamat qui se réincarne afin de faire régner le chaos sur la cité. 

Pour nourrir son univers, Xavier Mauméjean fait revivre l'orgueilleuse Babylone. Il nous fait parcourir ses rues animées, nous promène dans les fameux mais introuvables jardins suspendus et nous fait même gravir l'Etemenanki, plus connu sous le nom de Tour de Babel. Autant de lieux historiques qui deviennent le terrain de jeu de cet écrivain qui allie avec talent réalité et fiction. 

Car Je Suis Légion se présente comme une enquête à la Sherlock Holmes tout en mariant des hauts faits historiques apparentant ainsi le récit à de l'uchronie. Le résultat aboutit à un texte à l'action palpitante qui nous harponne immédiatement. Pour sa belle réédition, il fait donc toujours son petit effet.  

Un premier essai de lecture réussi pour Fantasy à la carte qui vient ajouter avec plaisir Xavier Mauméjean parmi ses auteurs à suivre. 

Fantasy à la carte

19/08/2018

Vincent Mondiot & Raphaël Lafarge, Les Mondes-Miroirs

Le mois d'août touche à sa fin et avec elle, c'est la rentrée qui se profile à l'horizon. La littérature va encore s’enorgueillir de nouveautés comme chez les Indés de l'Imaginaire qui préparent cette année une rentrée sous le signe d'une fantasy surprenante. Les éditions Mnemos donnent la parole à deux auteurs français qui ont complètement retravaillé un roman, édité auparavant chez Pygmalion afin d'en faire quelque-chose d'inédit et de plus mûr. 

Teliam Vore rebaptisé dans cette nouvelle version, Les Mondes-Miroirs, raconte les destins entremêlés de deux jeunes femmes, amies depuis l'enfance qui se sont perdues de vue pour suivre des chemins différents. Mais suite à des attaques perpétrées par de terribles créatures nommées Blasphèmes, Elsy la mercenaire et Elodianne la magicienne vont devoir s'allier pour comprendre les raisons de telles exactions et si possible y mettre un terme. Or, en acceptant de mener une telle enquête, les filles ont bien conscience qu'elles n'en reviendront sans doute pas vu la dangerosité de la mission. 

La qualité d'un récit de fantasy réside dans la richesse et l'originalité de l'univers imaginé. N'oublions pas que les plus grands auteurs du genre, ce sont ceux qui ont su développer un monde différent et autonome. Or, justement Vincent Mondiot et Raphaël Lafarge dessinent ici un univers incroyable qui nous fait totalement perdre pied. Ils nous embarquent en terre inconnue dans le territoire de Mirinar et plus précisément dans la cité démesurée de Mirinèce. On partage le quotidien de leurs héros qui évoluent dans la froideur et l'anonymat des grandes villes. A grands renforts de descriptions incisives, ils mettent en lumière la vie de la population locale en fonction de leur position dans l'échelle sociale. A l'image de notre société, on retrouve bien les mêmes clivages. Ils donnent même un côté très visuel qui vient animer cette cité imaginaire d'un soupçon de réalisme. Plongé dans un autre espace-temps, le dépaysement est garanti. 

Bien sûr comme tout bon récit du genre, cet univers transpire la magie. Ici, on en prend toute la mesure lorsque l'on passe d'un monde à l'autre. Crée par l'esprit d'un magicien, le monde-miroir est le monde parallèle dans lequel ce dernier vient trouver refuge lorsqu'il a trop usé de son pouvoir afin de se guérir car l'abus provoque de nombreuses maladies. Mais ici, il semblerait qu'un être inconnu et malfaisant se sert de cette capacité pour envahir la ville de créatures infamantes. Les auteurs jouent beaucoup avec ces deux espaces qui se reflètent tout en étant si différents. Ce qui donne une tonalité toute particulière à cette aventure. Dans ce roman, on constate donc très vite que tout y est inédit. Il n'y a par exemple aucune influence d'un quelconque bestiaire merveilleux. Les créatures imaginées y sont pour le moins grotesques et protéiformes. Elles s'adaptent à leur environnement pour agir et ne ressemblent donc à rien de connu.

Inventeurs de monde à la Mathieu Gaborit, Vincent Mondiot et Raphaël Lafarge constituent véritablement la nouvelle garde. 

Coup d'éclat pour ce roman hors norme qui illustre superbement notre triste actualité. En surfant sur une atmosphère post-apocalyptique, les auteurs réalisent avec brio une introspection des comportements déviants et notamment de ce que la souffrance humaine peut faire commettre de pire chez certains esprits faibles et isolés. 

Riche d'une intrigue ambitieuse, Les Mondes-Miroirs est un roman étonnant qui délivre ses secrets par petits morceaux. Porté par un groupe de héros très dissemblables, ils n'en sont pas moins les parfaits relais qui permettent à ce livre de tenir la distance. 

Fantasy à la carte

12/08/2018

Clément Bouhélier, Olangar, Bans et Barricades, première partie

Au programme de la rentrée littéraire des éditions Critic, le nouveau cycle fantasy de Clément Bouhélier: Olangar: Bans et Barricades. Fidèle plume de la maison d'édition, l'auteur revient ici avec un récit fort et engagé. 

Cet ancien journaliste, déjà auteur de plusieurs thrillers fantastiques, a cette fois-ci misé sur un contexte fantasy pour nous faire  voyager dans son imaginaire. 

N'ayant pas encore eu l'occasion de lire l'une de ses œuvres, les éditions Critic m'ont permis de découvrir l'étendu de ce talent. Olangar est un cycle ambitieux et parfaitement bien rythmé. 

Olangar, cité industrielle post-révolution brasse une population très cosmopolite où les hommes côtoient les nains et parfois les elfes. C'est là-bas que débarque la nobliaude Evyna d'Enguerrand. Fille d'un ancien seigneur de guerre, elle est à la recherche d'un elfe du nom de Torgend Aersellson afin que celui-ci lui vienne en aide. Elle cherche la vérité sur la mort de son frère, soldat engagé à la frontière ouest et disparu dans des circonstances troubles. Recommandé par son père, Torgend semble être l'elfe de la situation pour l'aider à éclaircir ce mystère. Quête très louable mais qui va les amener à mettre au jour des malversations de politiciens véreux en cheville avec la pègre. Aidés dans leur mission suicidaire par un nain syndicaliste, tous trois seront-ils vraiment prêts à tous les sacrifices pour faire éclater la vérité? 

La cité d'Olangar s'inscrit dans un royaume marqué par une guerre sanglante contre les orcs qui ont été repoussés à l'ouest grâce à l'union des peuples: hommes, nains et elfes. De plus, l'industrialisation a transformé durablement le paysage et donné naissance à des villes tentaculaires dévorant peu à peu les campagnes environnantes. Un tel choix permet à l'écrivain de donner une tonalité steampunk à ses romans avec une ambiance vapeur et cuivre très présente. 

Mais Clément Bouhélier forge surtout un univers, miroir de notre propre société. Il y dénonce l'enrichissement de certains hauts-placés sur le dos de la communauté ouvrière et autres modestes travailleurs. Il met en exergue les complicités qui se nouent entre les pires truands, maîtres de tous les trafics avec des hommes politiques peu scrupuleux qui siègent au gouvernement. Riche de ses propres expériences en tant que journaliste, puis rédacteur de discours politiques, il est l'observateur idéal pour nous dévoiler un envers du décor politique pas toujours reluisant. 
La première partie de Bans et Barricades est donc le point de départ d'une oeuvre haletante détentrice d'un message percutant. Avec un tel cycle, la fantasy française s'enrichie d'un nouveau nom qui promet d'assurer de beaux jours au genre. 

Fantasy à la carte